TRIPARTITE ET RÉALITÉ DES SALAIRES

publié le 28 sept. 2011 à 04:21 par Yus Heb   [ mis à jour : 21 oct. 2011 à 19:30 ]

TRIPARTITE ET RÉALITÉ DES SALAIRES

Par Hebib YOUCEF (*) - Mercredi 28 Septembre 2011 

Les vraies questions

Le niveau du Smig est contestable sachant par exemple, que même des P-DG algériens sont payés au Smig français, à peine.


Entre la tristesse amère de leur salaire, l'amertume de leur perspective d'existence réduite au seul fond d'un couffin et la désespérante salaison de ce dernier, la plus grande majorité des travailleurs algériens n'en finit pas d'attendre les nouvelles du Snmg (Salaire national minimum garanti), tel d'un enfant prodige dont le retour serait fêté de ripailles. C'est que le salaire est vu non pas comme le prix plus ou moins élevé d'un travail plus ou moins qualifié, mais comme une part de la manne définie et distribuée suivant des paramètres régaliens dont on ne saura jamais s'ils sont «économiques, politiques, sociaux, politiciens, moraux ou humoraux». Certes, le salaire, notion et valeur, est partout dans le monde un lieu de réflexion, de débat et de conflit toujours ouverts aussi bien pour l'Etat que pour les organismes de travail. De fait, le salaire minimum (minima salarial ou salaire minimal) qui existe dans de nombreux pays (dans 21 pays européens, comme au Canada, au Mexique, Japon, Etats-Unis, Nouvelle Zélande, etc.), est inexistant ailleurs comme en Allemagne, Suède, Autriche, Italie ou Suisse, par exemple. Et s'il est admis peu ou prou sous l'angle de «la justice sociale» il n'en suscite pas moins de controverse. Les «capitalistes-libéraux» le considèrent comme un facteur d'injustice, un prix artificiel du travail, dont un niveau «trop élevé» augmenterait le chômage, cependant que pour les «socialistes» c'est tout le salaire versé par le capitaliste qui est déjà injuste en soi puisqu'il ne rémunère pas tout à fait le travail de l'employé qui dégage de la richesse (profit, plus-value, bénéfice) que l'employeur empoche tout seul (exploitation capitaliste du travail)... Par ailleurs, il semble injuste que le minimum salarial ne soit pas pondéré en fonction des disparités régionales des coûts de la vie. De manière générale, il est calculé en fonction de paramètres liés au pouvoir d'achat et aux standards économiques relatifs aux pays concernés. En France, le Smic est indexé à l'inflation et il est révisé chaque année, cependant qu'il est resté inchangé pendant plus de dix ans aux USA. En Algérie, le Salaire national minimum garanti (Snmg) tel que défini par le défunt Statut général des travailleurs (SGT) était censé être indexé sur un budget familial type considérant l'évolution des prix des produits de première nécessité et de large consommation. Mais dans le package des réformes «libéralisantes» de la fin des années 1980, la loi n°90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de travail, modifiée et complétée le 11 janvier 1997, adossera le Snmg à la conjoncture économique générale, la productivité moyenne nationale et l'indice des prix à la consommation, évidemment sans en fixer la périodicité de la révision... Toujours est-il, on vit sérieusement la «conjoncture générale» faite d'insécurité et de bureaucratie tous azimuts empêchant tout pronostic favorable pour l'avenir des honnêtes gens; comme on se doute un peu de «la productivité nationale»; et on sait que «l'indice des prix» officiel est des plus irréels et erronés, ignorant par exemple le prix méchant du loyer exigé par une crise du logement qui a de longs jours beaux et dodus devant elle. D'où la contestation du niveau du Snmg, sachant par exemple, que même des P-DG algériens, et que dire donc des autres salariés, sont payés au Smig français, à peine! Mais la contestation touche aussi la composition du Snmg, telle qu'établie par le fameux article 87 bis, qui s'étend, outre le salaire de base, à toutes les indemnités et primes de toute nature (rendement, expérience ou ancienneté, nuisances, panier, etc.), à l'exclusion des indemnités versées au titre de remboursement de frais (transport, déplacement, hébergement, etc.) engagés par le travailleur... Or le salaire est «le prix du travail» tel qu'il semble être admis universellement, et le travail est strictement l'usage (l'utilisation, la mobilisation) par le travailleur, de ses aptitudes et compétences (ressources humaines) intrinsèques pour générer (produire) une utilité (bien: produit ou ser-vice) dans un délai. Par conséquent les primes ou indemnités (d'expérience/ancienneté, d'isolement, de rendement collectif, d'intéressement, etc.) non inhérentes au travail de la personne constituent des éléments de revenu de l'employé mais non pas des éléments de salaire ou de rémunération du travail stricto sensu. Du reste, au niveau des emplois de référence pour le Snmg (emplois les moins qualifiés), l'expérience exigée aux emplois est tellement dérisoire que l'indemnité versée à ce titre ne relève en fait que de l'ancienneté de l'employé qui n'est pas inhérente au travail comme le serait l'indemnité de nuisance et d'insalubrité, par exemple. En tout état de cause, il y a lieu de considérer sérieusement la variabilité (intersectorielle ou entreprises) des indemnités liées directement au travail (de nuisances, de rendement individuel, etc.) et en fixer les valeurs minimales ou maximales à inclure dans la composition du Snmg. Par l'effet de ces ajustements qui procèdent du bon sens et de la cohérence, il est attendu donc un relèvement en conséquence des salaires les plus bas de la hiérarchie des emplois. Mais si l'on ne s'en tenait qu'à la revalorisation du Snmg, sans répercussion sur toute l'échelle des salaires au plan national, tous les salariés finiront par être rémunérés au «Snmg», notamment les plus diplômés dont le tassement de leurs revenus est une constante... Punition de leur réussite scolaire et universitaire! Cependant, si la matière grise est sous-payée, matière première s'il en est, il est un travail qui n'est pas payé et dont on parle en marge d'une fiche de paie à 500 DA. C'est le travail de la femme qui produit, entretient et reproduit la force de travail de la société. Qu'elle travaille ou pas à l'extérieur du foyer, elle travaille à l'intérieur, et beaucoup (et c'est ce même type de travail qui est payé lorsqu'il est effectué à l'extérieur du foyer). Or, l'entreprise (qui, par ailleurs, ne peut être que capitaliste, car devant générer du surplus économique) paie le travail en référence au «panier de la ménagère»; ce faisant elle ne paye pas au juste le travail de la ménagère, mère ou épouse traditionnellement censée être à la charge de l'employé. Puisque Snmg il y a, il devrait s'appliquer aussi au travail de foyer. On est tenté de dire que c'est ce travail là, gratuit, qui a fait la richesse du monde et qu'il faut réhabiliter. Comme il y a lieu de dépasser la vision inflationniste de l'augmentation des salaires. Car l'inflation est surdéterminée, plusieurs facteurs y concourant, dont en premier lieu en Algérie, la quasi structurelle insuffisance de la production et la rigidité de l'investissement productif en quantité et en variété, puis la spéculation marchande la plus retorse; sans oublier que le renchérissement du coût de la vie de manière générale n'est pas sans lien important avec les innovations de tous genres de produits et leur marketing d'une part, avec d'autre part, les politiques financières et fiscales de l'Etat ainsi qu'avec ses politiques sociales dont le moins qu'on puisse en dire au passage, est qu'elles sont loin d'être équitables, au regard des subventions des produits de consommation par exemple (les plus riches en bénéficient comme les pauvres, et ils n'en consomment pas moins, tiens!) et des taux d'imposition des revenus individuels (le salarié paye plus d'impôts que le commerçant pour... les villas de ce dernier!). In L'Expression  http://www.lexpressiondz.com/autres/contributions/139785-les-vraies-questions.html

(*) Psychologue, Ex-DRH et Consultant

Notes

1- Salaire vient de «salarium», solde allouée aux légionnaires romains pour s'acheter du sel servant à conserver des aliments en campagne.

2- Evidemment on est loin de la vérité des prix qui s'appliquerait au travail comme aux autres marchandises (le travail, dit K. Marx, est une marchandise qui produit des marchandises)

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