Plaquette réalisée à l'occasion de la:

RESTAURATION

DU TEMPLE

BETTENS 1968

Histoire de l’église de Bettens

Le plus vieux document que nous possédions, attestant de l’existence d’une chapelle à Bettens, date du XVI’: siècle. Elle est mentionnée dans les comptes communaux de 1660 et de 1702 qui font état de réparations. Elle se trouvait déjà à l’emplacement de l'église actuelle. Point haut du village, cet emplacement était tout désigné pour y recevoir un lieu de culte. Entourée d’un petit cimetière, cette chapelle remplit son office jusqu’au début du XVIIIe siècle.

En 1725, jugée sans doute trop petite, la vieille chapelle est démolie pour faire place à un édifice plus important. Les archives communales possèdent encore les comptes de la mise des : « échuttes », fenêtres, vieux bois et autres épaves. Les acheteurs ont nom : Jean-François Moran, Louis Guillet, Louis Clavel, Jean-Pierre Magnin, Joseph Délédevant, etc., tous noms encore bien connus aujourd’hui au village. Cette mise rapporte 100 florins, auxquels s’ajoute un don de Leurs Excellences de 900 florins. Le Pays de Vaud est encore sous la domination bernoise. Enfin, le noble et généreux seigneur de Bettens (il est nommé ainsi dans les vieux documents) donne de son côté 100 florins. Cela fait 1100 florins, environ 14000 francs d’aujourd’hui, qui permettent de passer contrat avec les maîtres maçons Jean-David Pelot et Nicolas Duveluz. Ce contrat, daté du 3 avril 1725, engage ces messieurs à « faire toutes choses nécessaires à l’égard de leur art sans exception à rendre cet ouvrage parfait »... Ainsi fut construite la nef de l’église actuelle avec la belle porte d’entrée qui se trouve aujourd’hui dans le vestibule. Cette porte devait se trouver sous un porche. Il devait exister également un porte-cloches, pour deux cloches, car certains documents en font mention. L’histoire de la construction de l’église est encore bien vivante lorsqu’on parcourt : L’état des dépenses faites pour la construction de la chapelle de Bettens en 1725 ». On y trouve aussi bien le prix de « seillées » de chaux que celui des pots de vin offerts aux charpentiers. On y trouve décrites les activités d’un certain Maire Moran, aussi nombreuses que variées : il voiture les tuiles et créneaux, va acheter les chevrons à Polliez-Pittet. Il se rend même quatre fois à Lausanne, « par ordre de M. le châtelain pour demander à emprunter de l’argent à M. de Brétigny » !

Environ quarante ans plus tard, soit en 1761, les habitants de Bettens décident d’adjoindre à l’église le clocher qui lui fait encore défaut. C’est le maître charpentier Henri Gache, de Bioley, qui est chargé des travaux. Sa facture se monte à 2950 livres, soit environ 90 000 francs l968.
L’église est enfin terminée, mais non pas son histoire. Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Ce sont donc ses malheurs qui nous la racontent. Ils commencent par la fâcheuse tendance qu’ont les cordes des cloches à s’user, puis, le clocher est infesté de chauves-souris. Il faut payer 1 livre 3 balz – 40 francs 1968 – à Louys Villard, de Daillens, « pour avoir chassé les chauves-souris de l’église et fourni les drogues » ! Mais il y a plus grave : les pasteurs se font rares. Plusieurs villages sont donc réunis en une seule paroisse. Pour des raisons de commodité, les cultes ont lieu à Daillens ou à Saint-Barthélemy.

L’Eglise de Bettens subit alors le pire de outrages : e!le est désaffectée pourtant en 1836, la commune de Bettens profite d’un remaniement qui la rattache à Oulens pour obtenir un service dominical. Mais il faut faire d’assez considérables réparations dans ce « bâtiment depuis fort longtemps à peu près hors d’usage » comme il est dit dans une lettre de l’époque. Cela coûte cher, malgré la générosité du châtelain Georges Grussel qui offre une cloche neuve, la chaire en noyer, les livres à l’usage de l’église et la table de cène en marbre. M. Mercier offre même la coupe en argent pour la communion. Cela coûte cher, et il n’y a pas si longtemps, les paroissiens de Bettens avaient dû participer à l’achat des objets du culte de Daillens. Il n’est pas question naturellement de penser les récupérer. En date du 30 novembre 1838, la Municipalité de Bettens écrit à la Municipalité de Daillens pour demander une indemnité de 800 francs, en compensation desdits objets restés à Daillens. Malgré un préavis municipal proposant de verser 200 francs, le Conseil général de Daillens refuse catégoriquement, alléguant que « ceux de Bettens n’ont aucune obligation de restaurer leur église puisqu’ils peuvent utiliser gratis celle de Saint-Barthélemy » ! Cette ténébreuse affaire n’en resta pas là puisqu’en avril 1839, la Municipalité de Bettens demande au Conseil son arbitrage, après avoir ramené d’ailleurs ses prétentions à 500 francs. Comment se termina ce différend ? Il n’est pas possible de le savoir. Aucun procès-verbal ne mentionne le dénouement de cette affaire dont le dossier fut versé aux archives de l’Etat en 1842. Qui pouvait se douter, à l’époque, qu’un peu plus de 120 ans après, Daillens et Bettens, redevenus depuis fort longtemps bons amis, se trouveraient à nouveau réunis dans la même paroisse ?

Depuis lors, l’église de Bettens n’a plus été abandonnée. On la répare en 1893. En 1921, un vitrail du peintre Louis Rivier est posé dans le chœur. On y fait d’importants travaux en 1928. On perce notamment deux fenêtres latérales à encadrements de ciment pour remplacer les petites fenêtres uniques des façades nord et sud. Enfin en 1967, une nouvelle restauration devient nécessaire. Les toitures et les murs intérieurs et extérieurs sont remis en état. Les quatre fenêtres de la nef, créées en 1928, sont remplacées par quatre fenêtres à encadrements de molasse ayant les mêmes dimensions que la fenêtre du chœur, elle encore d’origine. Sans que l’éclairage soit diminué, l’unité dans les proportions des ouvertures est rétablie. Le plafond en plâtre est remplacé par un nouveau plafond en sapin. Un escalier tournant en chêne, dans la tour du clocher, donne accès à la sacristie, aux combles et à la chambre des cloches. Cette solution permet de mettre en valeur le volume intérieur de la tour. Une grille vitrée, exécutée d’après un dessin de J.-P. Stauffer, est posée entre la net et le vestibule, permettant une meilleure relation entre ces deux espaces. Un nouveau porche est créé, ainsi qu’un nouvel escalier extérieur améliorant l accès à l’église. La table de communion et le vitrail de Rivier ont maintenus à leur emplacement primitif. La chaire en noyer, qui date de 1838, est remise en état, déplacée vers le côté sud du chœur et légèrement abaissée.

L’ancienne cloche do dièse, coulée en 1838 par François-Humbert Demorteau, a maintenant deux compagnes : l’ancienne cloche du collège, fa dièse, coulée en 1880 par Gustave Tréboux à Vevey, et une cloche neuve. Cette cloche a été coulée le 7 décembre 1967 à la Fonderie Rüetschi à Aarau. Son nom est « La Reconnaissance » et tonalité est mi. Ces trois cloches ont été électrifiées. Une horloge leur permet de sonner automatiquement selon un programme désiré. Un chauffage électrique sous les bancs a remplacé le chauffage à bois. Le sol en carrons a été refait et soigneusement isolé.

A. Raccourcier

Bettens

A l’aube du second millénaire chrétien, dans un Gros-de-Vaud encore très forestier, Bettens était déjà une petite agglomération, sise dans une clairière défrichée depuis longtemps. Ses premiers habitants furent-ils des Helvètes ? Ou des Burgondes, dont on a retrouvé quelques tombes ? Autant d’inconnues, que des trouvailles archéologiques permettront peut-être de résoudre un jour.

Nous savons, en revanche, qu’une famille d’hommes forts s’érigea en protectrice du village, dès avant le XIIe siècle ; elle allait fournir, durant tout le Moyen Age, une lignée de chevaliers de Bettens. Chefs civils et militaires, ces petits nobles semblent avoir gravité tout d’abord autour des puissants barons de Grandson-La Sarraz. On relate en effet que Bourcard de Bettens fut présent lors de la fondation de l’abbaye du lac de Joux par Ebal de Grandson, vers 1141 ; Bourcard fut très probablement l’un des premiers bienfaiteurs du nouveau couvent. Quelques années plus tard, Albert de Bettens donna encore aux Prémontrés du lac de Joux des terres et des vignes, sises autour du village. Au XIVe siècle, les nobles de Bettens entrèrent dans l’hommage des sires de Cossonay. Ils possédaient alors plu- sieurs maisons, dont l’une était construite en pierre, au Marais. Etait-ce une maison forte, protégée par des fossés

et dans laquelle les paysans pouvaient se réfugier en cas de détresse ? C’est bien possible. Ce qui est certain, c’est que vers le début du XVe siècle, les seigneurs de Bettens cessèrent de résider au village. Leur maison du Marais tomba en ruine et le lieu de refuge des habitants fut dès lors la ville fortifiée de Cossonay. Le 29 juin 1419, quelques chefs de famille du village, parmi lesquels deux Magnin et un Grussel – déjà – promirent de contribuer de leur personne et de leurs biens à. l’entretien toujours fort coûteux des murailles, des tours et des fossés de Cossonay. Ce statut dura jusqu’au XVIIe siècle et entraîna plus d’un procès entre Bettens et Cossonay. Les nobles de Bettens finirent en quenouille au XVIe siècle. Leur petite seigneurie passa successivement dans les mains de plusieurs familles, pour parvenir enfin aux Mannlich, aux Saussure et aux Mercier qui la conservèrent jusqu’à la Révolution de l798. Ajoutons que peu après le milieu du XVIIIe siècle, les Mannlich ou les Saussure avaient édifié un nouveau château, dans le style de l’époque et qui reste aujourd’hui encore l’un des attraits du village. Sur le plan spirituel, Bettens est attesté comme église paroissiale en 1228. Plus tard, nous ne savons quand, Bettens devint annexe de Daillens, puis en I837, d’Oulens, lors d’un remaniement des circonscriptions.

Les chevaliers de Bettens, déjà bienfaiteurs des Prémontrés du lac de Joux, nous l’avons vu, appelèrent ou laissèrent s’établir sur leurs terres d’autres religieux : les chanoines du Mont-Joux, soit de l’actuel Grand-Saint-Bernard. Un prieuré rural fut édifié et doté de terres, de prés et de Forêts. Les religieux virent leur prieuré de Bettens protégé par le pape Alexandre Ill en 1177 déjà. Un texte du XVIe siècle mentionne une chapelle du prieuré. Etait- elle le lieu de culte du village ? Ou servait-elle aux services particuliers des religieux ? Nous l’ignorons pour l’instant. Lorsque les Bernois imposèrent la Réforme en 1536, ils sécularisèrent les biens ecclésiastiques. Ils conservèrent à leur profit direct les revenus de l’abbaye du lac de Joux et amodièrent les bâtiments et les terres du prieuré du Mont-Joux. Avec les années, les édifices disparurent et il n’en reste plus aucune trace valable. Ainsi le beau village dont l’église vient d’être restaurée a derrière lui un long passé. Puissent ses habitants ne pas laisser s’évanouir à jamais le souvenir de leurs anciens chevaliers et de leurs moines du Moyen Age, car tous contribuèrent, avec leurs paysans, à rendre possible un présent réjouissant et un futur que nous souhaitons florissant.

Olivier Dessemontet

Commission de restauration:

M. Henri Pache, président - M. François Fontannaz, secrétaire - M. Henri Boulard - M. Louis Delédevant - M. Fernand Fontannaz - M. Paul Fontannaz - M. Ernest Guillet - Mme Jeanne Magnin - M. André Reymond - M. Jean-Pierre Stauffer - M. Maurice Terrail.

Ont collaboré à la restauration de l’église de Bettens :

Architectes : Claude et Anne Raccoursier, Lausanne-Bettens.
Maçonnerie : Chiovini frères, Daillens.
Couverture, ferblanterie : Fr. Ernst, Chavornay.
Charpente : Hertig & fils, Sugnens.
Electricité : A. Duvoisin, Echallens.
Chauffage : Accum AG, Gossau.
Menuiserie : G. Mani, Oulens.
Plafond :C. Despont, Bioley-Orjulaz.
Peinture : A. De Maria & fils, Daillens.
Serrurerie : Ph. Market, Echallens.
Grille : O. Neuenschwander (d’après un dessin de J.-P. Stauffer), Renens.
Coq : L.Bride.
Marbrerie, soI, carrelage : Eug. Pedroli, Lausanne.
Paratonnerre : P. Capt, Epalinges.
Cloches : H. Rüetschi AG, Aarau - J. Ecoffey, Broc.
Jardin : E. Massarutto, Penthalaz.
Plaquette : J.-P. Stauffer, Bettens.
Photos : J.-P. Stauffer, Bettens.
Clichés : F. Dupuis, Bettens.
Imprimeur : Corbaz SA, Montreux.