Colloque international

Langage et analogie. Figement. Polysémie



 Langage et analogie. Figement. Polysémie.

Colloque international organisé par :

Philippe Monneret (Université de Bourgogne)

Salah Mejri (Université de Paris XIII et Université de Manouba)

Antonio Pamies (Université de Grenade)


Grenade (Espagne)

Faculté de traduction et d'interprétariat - Facultad de Traducción e Interpretación

17-19 septembre 2014



La vitalité d’une discipline se mesure à sa capacité d’intégration des sciences et des technologies de son époque. En linguistique, une large part de l’innovation théorique se développe au contact de deux domaines particulièrement productifs : les sciences cognitives et l’informatique. Les premières découvrent un certain nombre de contraintes non spécifiquement langagières que les modèles linguistiques ne peuvent ignorer, sauf à renoncer à toute prétention réaliste au sens psychologique du terme. La dimension sociale des langues elle-même ne peut plus être pensée indépendamment du fait que les langues se manifestent et se développent par l’activité des cerveaux singuliers des locuteurs qui les parlent et les comprennent. Par ailleurs, au plan technologique, les progrès de l’informatique permettent d’explorer des quantités de données linguistiques toujours plus vastes dans des corpus de plus en plus nombreux, et par conséquent d’espérer non seulement des descriptions qui tendent à l’exhaustivité mais aussi un traitement automatique du langage qui s’approche, au moins dans ses finalités, de son traitement naturel.

Les concepts d’analogie et de figement, auxquels ce colloque est consacré, jouent un rôle essentiel dans l’articulation des sciences du langage avec la psychologie cognitive et l’outil informatique. Le rôle central de l’analogie dans la cognition humaine est aujourd’hui bien documenté : l’être humain possède une capacité beaucoup plus développée que d’autres espèces animales à percevoir, à concevoir et à traiter une multiplicité de similarités pertinentes dans son environnement, grâce auxquelles cet environnement lui apparaît à chaque instant comme structuré, ou, en d’autres termes, catégorisé, conceptualisé. Au plan linguistique, les processus analogiques sont susceptibles d’impliquer des similarités sur au moins trois plans fondamentaux : au plan du contenu, les similarités entre des entités extra-linguistiques produisent des concepts qui donnent lieu ou bien à une réification sémiotique sous la forme de dénominations, ou bien à une unification procédurale au moyen de mots grammaticaux de sens instructionnel ; au plan formel, les similarités entre les signifiants produisent des régularités présentes partout où existe un paradigme ; enfin, la similarité entre formes et contenus se traduit par le caractère motivé des signes linguistiques, qu’il s’agisse de motivation interne, c’est-à-dire d’iconicité au sens strict (imagic iconicity, symbolisme phonétique, etc.), ou de motivation externe ou syntagmatique (la motivation relative saussurienne, l’iconicité diagrammatique au sens peircien ou encore l'iconicité des linguistiques cognitives contemporaines, qui se manifeste dans les théories cognitives de la métaphore et plus largement de l'embodiment).

Or la plupart des concepts mis en jeu en linguistique analogique – dénomination, motivation, iconicité, polysémie, etc. – ont connu un profond renouvellement sous l’influence des développements de la recherche en phraséologie. Et l’on sait bien que le problème des expressions figées reste en linguistique informatique un verrou technologique qui constitue un défi majeur de la recherche contemporaine sur le traitement automatique du langage. L’enjeu de ce colloque bisannuel, dont la première session s’est déroulée en Tunisie en octobre 2012, consiste donc à croiser la recherche en linguistique analogique et la recherche en phraséologie, dans le but d’ouvrir de nouvelles perspectives dont le caractère innovant soit fondé sur la pluralité des approches.

La session 2014 accordera un intérêt particulier à la polysémie, dans les perspectives de la linguistique analogique et de la linguistique du figement. Selon la première, la polysémie constitue une situation intermédiaire entre la configuration de l’isomorphisme (une forme – un sens) et les configurations disjonctives de l’homonymie (un signifiant pour deux signifiés distincts) et du polymorphisme (un signifié pour deux signifiants distincts). Le champ d’investigation principal porte donc sur l’analyse qualitative de la similarité entre les acceptions des polysèmes et sur le traitement cognitif des analogies que conditionne cette similarité (pertinence d’un sens de base, existence d’un sentiment métaphorique, etc.). Quant aux unités polylexicales, il est établi que leur polysémie est restreinte par rapport à celle des unités monolexicales, puisque les expressions figées sont constituées d’unités saturées dans leur contexte immédiat et par conséquent que la variation contextuelle liée à la variation polysémique ne peut jouer que pour l’ensemble de l’expression. Il demeure que certaines expressions figées sont polysémiques (ex. perdre pied) et par ailleurs que la question du lien entre le sens littéral et le sens phraséologique des expressions figées interroge les limites du concept de polysémie.

Dans la systématique générale des langues, une tension existe entre deux grands principes d’économie cognitive : l’économie quantitative et l’économie procédurale. Cette dernière est maximale dans les situations d’isomorphisme (analogie diagrammatique) et d’iconicité (analogie imaginale). Les systèmes sémiotiques sont en effet d’autant plus simples dans leur fonctionnement qu’ils sont réguliers et d’autant plus aisés à mémoriser qu’ils sont motivés. Cependant, à ces principes, s’oppose une tendance à l’économie quantitative visant à réduire le nombre de signes à mémoriser, tendance qui se traduit ou bien par la polysémie (analogie entre signes fondée sur la similarité des signifiés), qui permet d’augmenter le rendement cognitif d’un signe en lui donnant plusieurs emplois, ou bien par le figement, qui permet de construire un sens nouveau au moyen d’unités lexicales déjà disponibles, la séquence figée étant le plus souvent motivée (analogie entre forme et contenu). L’un des enjeux de ce colloque sera donc de chercher à mieux comprendre les modalités de résolution de cette tension selon les langues et les discours considérés. Plus largement, le colloque accueillera toute contribution visant à éclairer les rapports entre au moins deux des trois concepts interrogés : analogie, figement et polysémie. 


Conférenciers invités

Xavier Blanco (Université autonome de Barcelone)

Mirella Conenna (Université Aldo Moro, Bari)

Christian Cuxac (Université de Paris VIII)

Maribel González Rey (USC, Saint Jacques de Compostelle

Jean-René Ladmiral (Université de Paris X)

Pedro Mogorrón (Université d’Alicante)

Emmanuel Sander (Université de Paris VIII)

Olivier Soutet (Université de Paris IV)

Mark Turner (Case Western Reserve University)

 

 

Comité d’honneur

 

Angela Collado Ais

Doyenne de la Faculté de l’Université de Grenade

Presentación Padilla Benítez

Directrice du département de Traduction-Interprétation de l'Université de Grenade

Antonio Chicharro Chamorro

Directeur du département de Linguistique Générale et Théorie de la Littérature de l’Université de Grenade

Sylvie Laigneau-Fontaine

Directrice du Laboratoire CPTC (EA 4178), Université de Bourgogne

Eric Heilmann

Doyen de la faculté de Lettres et Philosophie de l’Université de Bourgogne

 

 

Comité scientifique

 

Natalia Arregui (Université de Grenade)

Didier Bottineau (Université de Paris X)

Samir Bajric (Université de Paris IV)

Carmen Mellado Blanco (Université de St Jacques de Compostelle)

Pierre-André Buvet (Université de Paris XIII)

Gaston Gross (Université de Paris XIII)

Georges Kleiber (Université de Strasbourg)

Juan de Dios Luque Durán (Université de Grenade)

Lucía Luque Nadal (Université de Cordoue)

Angel López García (Universidad de Valencia)

Aleksandar Mijatović (Université de Rijeka)

Rosemeire Monteiro-Plantin (Université Fédérale du Ceará)

Julia Sevilla Muñoz (Université Complutense de Madrid)

Franck Neveu (Université de Paris IV)

Luca Nobile (Université de Bourgogne)

José Manuel Pazos Bretaña (Université de Grenade)

Thierry Ponchon (Université de Reims)

Christian Puech (Université de Paris III)

Dan Savatovsky (Université de Paris III)

Jean-Pierre Thibaud (Université de Bourgogne)

Thomas Verjans (Université de Bourgogne)



Les communications seront proposées en français

Elles doivent être envoyées à l’adresse suivante : colloqueanalogie@gmail.com

Date limite de soumission (5000 signes + orientations bibliographiques) : 5 mai 2014

Réponse du comité scientifique : 30 juin 2014

Remise des articles : 31 décembre 2014 au plus tard.

Publication des actes : 2015