Une biographie illustrée

 

Eugène Marie François BELGRAND est né à Ervy, dans l’Aube, le 23 avril 1810.
Son père était maître de forges et il a eu cinq frères.

Après des études de langues anciennes jusqu’en Rhétorique, et de mathématiques au collège Louis-le-Grand, à Paris, il entre à l’École polytechnique en 1829, et en sort en 1831, 8ème sur 113 élèves puis il accède à l’École des Ponts et Chaussées le 20 novembre 1831, 2ème sur 19 élèves.
                   © Ecole des Ponts -ParisTech

A son arrivée, le registre matricule de l’École le décrit physiquement ainsi : cheveux et sourcils châtains, front couvert, nez retroussé, yeux châtains, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, taille 1m84.

Parmi ses camarades, on peut noter Romain Morandière qui fut pendant longtemps professeur de ponts à l’École, Léon Lalanne qui deviendra directeur de l’École des Ponts de 1877 à 1892, et parmi ses aînés Léonce Reynaud qui devint également directeur de l’École des Ponts de 1869 à 1877.

Il obtient, en 1831-1832, le 1er prix de pont en charpente, le 2e prix d’architecture, le 2e prix de route ainsi que le 2e prix de sonnette.

Il est envoyé en mission, en 1832, en Côte d’Or, au pont de Pontailler sur la Saône (où il travaille sur une arche en maçonnerie de 12 mètres d’ouverture) et travaux de route (route départementale n°2).

En 1833, il part en mission dans la Loire, au pont de Roanne, au chemin de fer de Montbrison à Montrond (Loiret).

Nommé aspirant le 1er mai 1834, il prête serment de fidélité au roi le 26 mai. Il est nommé de fait ingénieur ordinaire dans le Puy de Dôme, au Service de l’arrondissement de Riom où il participe aux études de projets et de constructions de routes jusqu’en 1836.

Promu ingénieur de 2ème classe le 8 mai 1836, il passe dans la Côte d’Or à Semur et Châtillon-sur-Seine où il règle plusieurs projets de routes et de ponts dont celui de Menat sur la Sioule.
Exceptionnellement, il demande à l’administration un congé de 6 mois pour accompagner 2 de ses frères malades en Italie.

Il se marie le 11 novembre 1839 à Guillon (Yonne) avec Jeanne Félicie de Labrosse.

Pour se rapprocher sans doute de sa belle-famille, il passe dans l’Yonne dans l’arrondissement d’Avallon en 1841 où il s’occupe de la navigation de la Cure, poste qu’il occupera jusqu’en 1852.

C’est à cette époque qu’il développe ses réflexions sur les relations qui existent entre la constitution géologique du sol et le régime des eaux.

Dès 1846, l’Académie des sciences enregistre ses «Études hydrologiques dans la partie supérieure du bassin de la Seine», qu’il complète par un article dans le n°153 des Annales des Ponts et Chaussées «Études hydrologiques dans les granites et les terrains jurassiques formant la zone supérieure du bassin de la Seine ».

Après avoir été promu ingénieur de 1ère classe 18 décembre 1845, il nommé chevalier de la légion d’honneur le 29 avril 1847. Il reçoit le 30 décembre 1847 sa première consécration pour son travail sur le régime de la Seine, à savoir une médaille d’or accompagnée d’une gratification de 300 Francs.

Il publie en 1849 la description de la distribution d’eau d’Avallon qu’il complète par un article dans le n°238 des Annales des Ponts et Chaussées « Notice sur l'établissement d'une conduite destinée à amener les eaux du ru d'Aillon à Avallon, suivie de quelques considérations sur les ouvrages en ciment romain » qui lui vaudra également une médaille d’or en 1850. Il parachève par la publication de la carte géologique et agronomique de l’Yonne en 1851.

C’est alors qu’il commence la série d’études hydrologiques qu’il va poursuivre pendant 27 ans.

Préfet de l’Yonne en 1850, Georges Eugène Haussmann y remarque Belgrand ; une fois devenu préfet de la Seine en 1852, il le fait venir à Paris.

Nommé le 4 juillet 1852 ingénieur en chef de 2e classe, il est chargé du service de la navigation de la Seine entre Paris et Rouen.
C’est réellement à partir de 1853-1854 que Haussmann lui confie l’étude du développement de l’approvisionnement en eau de Paris à travers les recherches sur les barrages, sur le service hydrométrique du bassin de la Seine et des recherches statistique sur les sources du bassin de la Seine. Il publie alors dans l'annuaire de la société météorologique de France un article « Etudes des lois qui régissent les crues des cours d'eau (suivi) des relations qui existent entre le mode d'écoulement des eaux pluviales à la surface du sol et la culture des prairies » qui sera récompensé en 1854 par une médaille d’or gratifiée de 600 Francs. Dés lors, il publie divers articles « Hydrologie - de l'influence des forêts sur l'écoulement des eaux pluviales », «Notes sur le projet du pont de Vernon (département de l'Eure)» ou « Recherches statistiques sur les matériaux de construction employés dans le département de la Seine, rapport sur le mémoire de M. l'ingénieur Michelot en date du 20 octobre 1853 », principalement dans les Annales des Ponts et Chaussées.

A partir de mars 1855, l’administration lui adjoint le service des eaux et l’étude de la dérivation souterraine de la Somme Soude (Marne), et en janvier 1856 le service des eaux de Paris. Il reprend en main ce service, le réorganise et commence l’étude du réseau complet d’égouts et de conduites d’eau dans Paris d’après le programme du préfet et les avant-projets de Jules Dupuit.

A partir de 1857, les travaux commencent : égout collecteur d’Asnières, égouts du boulevard Sébastopol, réservoir de Passy, conduite des Champs-Élysées, rues de Rivoli, de Lyon et de Bercy et boulevard Mazas, enfin le grand chantier de la voirie de Bondy. Parallèlement il continue d’écrire sur l’hydrométrie de la Seine dans les Annales des Ponts et Chaussées (n°168): «Service hydrométrique du bassin de la Seine. Mémoire : 1) sur les observations faites du 1er mai 1854 au 30 avril 1855 ; 2) sur la qualité des eaux de sources du bassin».

En 1858, il est nommé ingénieur en chef de 1ère classe. Reconnu par ses pairs, il est successivement nommé membre libre de l’Académie des sciences et officier de la Légion d’honneur en 1861, enfin commandeur de 2ème classe de l’ordre du Nichan Iftikar deTunisie en mai 1862.

En remplacement de son beau-père, il se présente au Conseil Général de l’Yonne en novembre 1862 où il est élu dans le canton de Guillon. Il n’en demeure pas moins à Paris, telle cette note à l’adresse de l’administration ministérielle en 1864.

On peut noter aussi la progression de ses travaux pour amener de l’eau de source à Paris avec l’arrivée de la Dhuis en septembre 1865 à travers des aqueducs clos afin de la préserver et de la construction de réservoirs souterrains pour la stocker. Un philanthrope anglais, Richard Wallace, offrira de construire des fontaines pour que les Parisiens puisse se désaltérer dans les rues, et c’est Belgrand qui en 1871 déterminera les 50 emplacements de celles-ci. La première fut inaugurée au 214 Boulevard de la Villette en août 1872.

Ces actions en faveur de l’assainissement et de l’hygiène furent reconnues très rapidement, et Belgrand reçut naturellement des récompenses honorifiques, comme commandeur de 2ème classe de l’ordre du Lion de Zahringen du Duché de Bade en décembre 1865 ou commandeur de l’ordre suédois de Wasa en novembre 1867 et enfin une médaille d’or pour ses travaux sur les égouts hors du cadre de l’exposition universelle de 1867.
Il publie également un article dans les Annales des Ponts et Chaussées «Sur la fondation de l'égout de la Pépinière à Paris» en 1866, est nommé en février 1867 inspecteur général de 2ème classe et directeur des eaux et des égouts de Paris, ce qui lui permet de continuer ses travaux : Achèvement du réservoir de Ménilmontant, avant projet de l’aqueduc de la Vanne, 2ème égout collecteur général, machine de Trilbardou, machine de St Maur, puits artésien de la Butte aux Cailles et de la place Hébert.

Ses études écrites continuent de montrer son intérêt pour l’hydrologie : «Étude sur le régime des eaux du bassin de la Seine pendant les crues du mois de septembre 1866, par M. E. Belgrand, et M. G. Lemoine» (Annales des Ponts et Chaussées 1868), son travail : «Mémoire sur l'égout collecteur dit "de la Bièvre" et sur le siphon de l'Alma» (Annales des Ponts et Chaussées 1869), la paléontologie : «L'âge des tourbes dans la vallée de la Seine» (Bulletin de la Société géologique de France 1869).
Belgrand reçoit en 1871 la croix de commandeur de la Légion d’honneur pour avoir continué à assurer le service des eaux.


Continuant ses travaux sur l’histoire de l’eau comme «Sur les aqueducs romains» qu’il publie d’abord dans les Annales de chimie et de physique en 1872, il s’intéresse comme son contemporain Alfred Durand-Claye à l’utilisation des résidus d’égouts : «Assainissement de Paris. Transformation de la vidange et suppression de la voirie de Bondy. Achèvement des égouts et emploi de leurs eaux dans l'agriculture» en 1871 ou à la recherches des eaux de source : «Sur les conditions qu'on a dû chercher à réaliser dans le choix de sources destinées à l'alimentation de la ville de Paris» qu’il présente en avril 1873 à l’Académie des Sciences où il a été élu le 28 août 1871 à l’unanimité.
 La plupart de ses écrits furent toutefois détruits dans l’incendie de l’Hôtel de Ville de Paris d’où il avait son bureau.

Ses travaux s’intensifient et en 1874, Belgrand peut s’enorgueillir des constructions des réservoirs de Charonne, de Télégraphe, de Ménilmontant et de Passy, des usines de Trilbardou, d'Isles-les-Meldeuses, de Port-a-l'Anglais, de Maisons-Alfort, de l'Ourcq, de Ménilmontant et de Saint-Maur. C’est à cette date aussi que le réservoir de Montsouris est construit, fournissant 1/3 de la consommation quotidienne de la capitale.
La même année, il passe inspecteur général de 1ère classe des ponts et chaussées, est nommé membre de la Commission de la Carte Géologique de France en 1875 et publie un « Historique du service des eaux depuis l'année 1854 jusqu'à l'année 1874 : note à M. le préfet de la Seine » et commence la publication de son œuvre monumentale « Les Travaux souterrains de Paris » qui s’étalera jusqu’en 1887.
 
A partir de 1875, il fait plusieurs demandes de congés pour raisons familiales. La veille de sa mort, un journal le décrit faisant les mesures d’étiages de la Seine. Il meurt le 8 avril 1878 dans son bureau signant les états de ses employés.

Parmi ses collaborateurs, on peut distinguer Georges Lemoine qui lui fut le plus fidèle, Emmery qui lui succéda ; Bechmann, Mille, Huet et Humblot parachevèrent son entreprise.

A l’initiative de M. Cadet, membre du Conseil Municipal de Paris, une rue entre la place Gambetta et la porte de Bagnolet (20ème arrondissement) lui a été dédiée le 23 juin 1879. Enfin, quand il a été question de décorer la grande frise qui se trouve à 65 mètres du sol sur la Tour Eiffel, le nom de Belgrand a été apposé sur la façade regardant l’Ecole Militaire aux côtés de Cauchy, Regnault, Fresnel etc. en lettres dorées de 60 cm de hauteur.


Sources consultées :
-         Fichier Richard, notice biographique
-         Registre matricule des élèves de l’École des Ponts
-         250 ans de l’École des Ponts en cent portraits, sous direction de Guy Coronio
-         Notices biographiques sur les ingénieurs des Ponts…par Tarbé de St-Hardouin
-         Le corps des Ponts et Chaussées de Brunot et Coquand
-         Le Livre du centenaire de Polytechnique
-         Dossier Eugène Belgrand de l’Ecole des Ponts
-         Notice biographique par Léon Lalanne (1881)
-         Revue scientifique de la France et de l’étranger, tome XIV
-         L’année scientifique et industrielle, tome XXII
-         Bulletin de la Société d’encouragement, tome VII








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