Les yeux sans visage

Un film de Georges Franju - France 1959 - 88 min. Mardi 25 mars. 2014, 20h15. Cinéma Les 400 Coups.

Le docteur Génessier, célèbre chirurgien esthétique, veut greffer un visage à sa fille, défigurée dans un accident de voiture dont il est responsable. Il installe un laboratoire dans sa propriété où son assistante dévouée attire des jeunes filles...

Georges Franju (1912-1987) se réfugiait dans les salles obscures parce qu'il trouvait les images projetées sur l'écran plus réelles que le monde extérieur. Ce trait de caractère, rapporté par ses proches, permet de mieux comprendre la puissance poétique d'une œuvre traquant les failles et l'insolite. Dans Les Yeux sans visage (1959), l'un des premiers films d'épouvante réalisés en France, la peur naît des silences, de la précision des gestes d'un chirurgien fou, de la présence obsédante d'objets tranchants. Le masque blanc qui recouvre le visage défiguré d'Edith Scob se révèle plus angoissant que ses chairs brûlées, puisqu'on peut tout imaginer. Et, plus poétique, quand l'héroïne libère des oiseaux blancs dans la nuit, magnifiée par la photographie d'Eugène Schüfftan...  

Le Havre

Un film d'Aki Kaurismäki - Finlande  Allemagne  France 2011 - 93 min. Mardi 22 avril 2014, 20h15. Cinéma Les 400 Coups.

Marcel Marx a remisé ses ambitions d'écrivain et s'est installé dans un vieux quartier du Havre. Cireur de chaussures de rue, il est un jour témoin de la découverte par la police d'un container rempli de clandestins africains. Un enfant, Idrissa, parvient à fuir. Il veut rejoindre sa mère en Angleterre. Marcel et tout le quartier vont lui venir en aide, tandis que l'ambigu commissaire Monet et un affreux voisin rôdent dans les parages...

C'est la première fois que Kaurismäki confronte son univers de fable à une actualité brûlante : la France des centres de rétention, des clandestins traqués. Le Finlandais n'est pas pour autant militant. Il reste ce drôle d'artisan, un peu poète, un peu peintre, qui se décale pour dépeindre le monde de manière burlesque. A l'image de son Marcel Marx (André Wilms, auguste), cireur de chaussures qui parle volontiers en vers et qui a l'air de trimballer un chevalet dans son barda.

Le film fleure bon le rétro provincial des années 1950-1960. Un vieux téléphone noir à cadran, une table en Formica, une R16, et c'est toute une France oubliée que le cinéaste fait ressortir nettement, avec une pointe de mélancolie joueuse. Kaurismäki a trouvé au Havre, ville de la modernité quadrillée, un décor idéal. Il a invité les gars du coin — ça ne s'invente pas, ces trognes de Normands pur jus — et une légende locale, Roberto Piazza himself, alias Little Bob, pionnier du rock et du rhythm'n'blues en France...