Slow art painting, walking narrative painting, extra large scale painting.... CLAIRE LABONTÉ RECHERCHE ET CRÉATION: peinture, nachleben, dynamogénie du non finito, transcription génétique, réplication-répétition, oeuvres système invisible, installations, intégrations aux architectures, art contemporain

CRÉDIT PHOTO: MARIO CÖTÉ. INSTALLATION DE L'OEUVRE "L'ATLANTIDE" À SAINT ADOLPHE D'HOWARD 
POUR LE TOURNAGE D'UNE SÉQUENCE DU FILM CHOSE LUES, CHOSES VUES 
DU RÉALISATEUR ET ARTISTE MULTIDISCIPLINAIRE ALAIN FLEISCHER.

Claire Labonté, Québec, Canada

Démarche, parcours professionnel, CV

Exploration et « rédaction » d’une pratique picturale liée à différents types d’émergence : organisation autopoïétique, rétroactive et récursive d'une composition en interaction avec les réalités en cours, intérieures ou extérieures à la peinture, produisant des effets visuels inusités et permettant la réactualisation ou le recyclage de gigantesques peintures  inachevées.

Je fais de la peinture. Le principe créateur « en général » est l’objet de ma recherche et création depuis plus de 25 ans. La réitération à tendance scripturale et principalement linéaire d’un même geste pictural ou d’un même motif est le mode de composition employé pour ma recherche. Un ouvrage qui, dans un premier temps, me fit découvrir avec grand étonnement et intérêt le potentiel figuratif et narratif du processus « répétitionnel », sa puissance cognitive, son substrat archétypale, anachronique et multiculturelle; des attributs que j’explorai pendant une quinzaine
d’années.

Cependant, la velléité de figuration s’effaçant graduellement au profit d’une poïétique de la répétition et/ou réplication de la touche en peinture, les occurrences et/ou contraintes processuelles et picturales ainsi que les réalités contextuellesextérieures à la peinture, émergeants et interagissant  avec le processus répétitionnel, sont actuellement les porteurs exclusifs de ma création. Approchant ainsi cette nouvelle esthétique et perception de l’art contemporain tributaire du concept d’émergence ou de l’oeuvre système invisible, je tends, ces dernières années, à explorer les linéaments opératoires des propriétés auto-organisationnelles du processus répétitionnel, son activité récursive et rétroactive, ainsi que  son interaction avec l’environnement où se réalise la peinture

Par ailleurs, le caractère récursif et rétroactif de ma pratique ainsi que le grand intérêt que soulève la singularité des effets visuels découlant de l’ensemble de ma démarche actuelle me porte à relire et revisiter vitam aeternam des œuvres antérieures (ou en cours) gigantesques et « inachevables ». En effet, la question du principe créateur et la poïétique du processus répétitionnel, convoquant  une rigoureuse observation des aléas d’une peinture en train de se faire,  exigent une micro facture à grand déploiement, soit la réalisations d’œuvres de très grandes dimensions exécutées avec de minuscules pinceaux; de gigantesques miniatures que j’appelle non finito pittura. Ces dernières dont certaines couvrent plus de 300 pieds carrés de surface et comptent plusieurs années d’existence et de transformations sont en fait des « matériaux de production » que j’utilise, recycle ou réactualise et ajuste incessamment aux réalités contextuelles et recherches en cours, comblant ainsi ce sentiment d’incomplétude que ressent l’artiste face à ses œuvres dites « achevées» pour les besoins d’une exposition.

Il est important de rapporter ici que les étapes charnières de cette exploration ainsi que les enjeux et théories concernant ma recherche et création sont écrites en mots clé à l’endos de mes toiles et que ces inscriptions manuscrites font partie intégrante de l’oeuvre. Ainsi, toujours suspendues ou installées dans l’espace plutôt qu’accrochées au mur, il est bouleversant de voir le public circuler autour de mes odyssées picturales dans un va et vient constant pour tenter de faire le rapport entre les traces de peinture et la teneur raisonnée de ces traces.

Cette dialectique perpétuelle et suivie entre la peinture et les réalités contextuelles courantes, abstraites ou concrètes,  intérieures ou extérieures à la pratique, bref, ces émergences dont fait partie intégrante l’idée d’incomplétude ou du non finito,  engage non seulement des effets visuels des plus singuliers et innovateurs convoquant une lecture plus appropriée et contemporaine de la peinture  mais aussi et surtout, donne la possibilité aux artistes de réactualiser des œuvres antérieures et d’offrir au public des travaux magistraux qui témoigne d’une contemporanéité exacerbée. 

 

                                                                                          
 
















                                                       CRÉDIT PHOTO: JUAN MILDENBERGER INSTALLATION DE L'ATLANTIDE AU CENTRE DE DIFFUSION ET D'EXPÉRIMENTATION , UQAM, QUÉBEC (2010)

Je fais de la peinture depuis 1977. Ma vie entière tourne autour de cette action, envers et contre tous mes besoins et ceux de mes proches, envers et contre tous mes rêves. Je m’épuise en conjectures pour entendre la raison de cette urgence de peindre. Étant au fondement de mes recherches et de ma pratique picturale, cette question de grande envergure me conduit peu à peu à réaliser des oeuvres de plus en plus grandes exécutées avec des pinceaux de plus en plus petits parce que la micro facture à grand déploiement, exigeant patience, minutie et longueur de temps, permet de fixer ma pensée et de suivre à la trace les aléas d’une peinture en train de se faire. Mon travail consiste à appliquer sur de très grandes toiles, de façon compulsive et sans concept préétabli, de minuscules formes en couleur que je réplique indéfiniment constituant ainsi d’interminables chaînes de motifs. Ce processus de réplication, que je nomme aussi le processus répétitionnel, est le pivot central de ma pratique depuis 35 ans. Cette occupation d’abord «naïve» se transforme en une obsédante préoccupation.

En 1987 et 1988, grâce à deux subventions consécutives du Ministère des affaires culturelles du Québec, je réalise un tableau de 5 pieds par 40 pieds, Casse maison, qui demande deux années de travail à plein temps. Cette oeuvre, engagée pour explorer le potentiel figuratif et narratif du processus de réalisation répétitionnel, génère une nouvelle approche quant à ma pratique. Désormais je peins pour observer mon processus de création et j’observe ce processus pour peindre. Cette poïétique transforme peu à peu mes tableaux en grands laboratoires, en de prodigieux lieux d’expérimentations, de recherches et d’analyses du processus de réalisation à caractère répétitif dont la moindre donnée, s’offrant à voir dans chacune de mes peintures, engendre systématiquement, à la manière des poupées gigognes, chacun des tableaux à venir. Au cours des années, la répétition de la touche, un des principes les plus récurrents de la composition picturale, devient l’objet exclusif de mes recherches pratiques.

Autour de 1992, fascinée et bouleversée par certaines découvertes concernant les multiples concernant les multiples potentialités du processus répétitionnel, je canalise toutes mes énergies sur mon travail, délaissant ainsi mes ambitions de carriériste, la corruptrice course aux galeries d’art et la communauté artistique. En 1997, je m’isole dans les montagnes des Laurentides. Cantonnée dans mon atelier et vivant « d’expédients », je poursuis assidument une pratique et des recherches toutes personnelles.

Entre temps, exposant sporadiquement mes peintures, je reçois des prix, mentions d’honneur et reconnaissances écrites, délivrés par diverses associations en arts visuels plus ou moins importantes, du Québec, des États Unis, de France et de Suisse, ainsi qu’une bourse de voyage à Paris en 1984 octroyée par le Ministère des affaires culturelles du Québec. Mais le processus répétitionnel « utilitaire », soit comme outil de création ayant céder toute la place à l’étude pratique des données expérimentales du processus, c’est le prix de recherche et création octroyé en 2002 par le Conseil de la culture de Ville de Laval et les 5000 $ déboursés pour acheter l’oeuvre intitulée « Le manifeste de l’homme primitif », laquelle intègre ainsi une des belles collections publiques du Québec, qui s’avère pour moi la première réelle reconnaissance pour mes travaux. Ce prix détermine un changement de cap radical. En effet, l’art visuel n’est plus au coeur de mes intérêts, seul le manifeste du processus de réplication des motifs et la poïétique conduisent désormais mes travaux picturaux.

Débutée en l’an 2000, une série de grands tableaux, intitulée La pensée sauvage, est consacrée à l’analyse d’une forme de « mythicité » et de « ritualité » involontairement liées à mes travaux de peinture. Ces réalisations échelonnées sur une dizaine d’années, permettent de dégager le potentiel cognitif du processus répétitionnel en raison de sa faculté d’archétypalité, d’anachronicité et de multiculturalité. En effet, les oeuvres réalisées témoignent de cette idée qu’au fond de notre esprit habitent des images survenant d’autres temps et d’autres cultures que le processus répétitionnel semble en mesure d’actualiser. Par ailleurs, la pensée sauvage « en tant qu’elle n’est pas cultivée et domestiquée à des fins de rendement » tel que le processus répétitionnel, m’apparait comme un mode de pensée émergeant de l’action répétitive. De ce fait, le processus répétitionnel serait le producteur des caractères exceptionnels de cette pensée étudiée par Claude Lévi-Strauss. Entendant l’importance de cette découverte, et dévouée au bon développement de mes recherches et créations qui demandent de plus en plus de connaissances, je décide d’intégrer la communauté universitaire en 2003.


Entre 2003 et 2012, des prêts et bourses émis par le Ministère de l’éducation, une centaine de milliers de dollars, me font profiter d’un enseignement en philosophie de l’art et en art visuel. J’acquiers ainsi du savoir dans mon domaine pour structurer ma pensée, affiner mon vocabulaire, théoriser ma pratique picturale et ainsi progresser dans ma recherche et création. Sans jamais arrêter de peindre à la mesure des connaissances acquises, j’obtiens mon baccalauréat ès art à l’Université de Montréal en 2006. Cependant, voulant ardemment demeurer dans la pratique artistique et ne désirant aucunement que la théorie prenne le pas sur ma conduite picturale, en 2007 je m’inscris au programme de maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal, en recherche et création. D’autant plus, que mes plus récentes données processuelles, ouvrent sur une particularité des plus intéressantes qui exige une rigoureuse et méticuleuse observation de mon processus répétitionnel. En effet, tel que le processus de réplication des gènes hérités en biologie moléculaire et le processus de réplication des mèmes en anthropologie culturelle, il semble bien que le processus de réplication des motifs dans une pratique artistique soit un processus de singularisation. Cependant, ce paradoxe, analogue à celui

de la simultanéité des caractères analytique et synthétique de la pensée sauvage inhérente au processus répétitionnel, ne sera picturalement traité qu’après ma maîtrise.


En janvier 2010, Monsieur Robert Poulin, fondateur de la prestigieuse collection d’oeuvres d’art La peau de l’ours, intègre une de mes plus belles oeuvres à sa collection; l’Énigme archéologique de la flotte Atlante, exposée à la Maison de la Culture Frontenac en 2010-2011, lors du 15ème anniversaire de la Collection, sera une des oeuvres les plus remarquables selon La Presse. Cette exposition sera déterminante pour le redressement d’une carrière que j’ai hautement négligée.


En 2012, En 2012, malgré l’atypie de ma recherche et création, j’obtiens ma maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’université du Québec à Montréal avec les éloges dithyrambiques des membres du

jury : Mario Côté (M.A.) artiste chercheur multidisciplinaire et directeur de l’école des arts visuels et médiatiques de l’université du Québec à Montréal; Monique Régimbald-Zieber (D. Litt.), directrice du programme de doctorat en études et pratiques des arts de l’EAVM; Alain Fleischer (D. hc), écrivain, artiste multidisciplinaire et directeur fondateur du Studio national d’art contemporain Le Fresnoy, en France. Je crois qu’il est important de mentionner que Monsieur Fleischer me fit l’immense plaisir d’honorer publiquement mon travail de recherche et création picturale lors de l’obtention de son doctorat honoris causa remis le 13 juin 2013, à

l’Université du Québec à Montréal. Mon mémoire en recherche et création était constituée de trois parties: une peinture de 4 pieds par 70 pieds intitulée L’Énigme archéologique du visage souriant de Côteau du Lac qui interrogeait le potentiel cognitif du processus de réalisation à caractère répétitif; une rédaction d’une quarantaine de pages intitulée La répétition de la touche dans une pratique contemporaine de la peinture ritualisée; puis une présentation orale d’une quarantaine de minutes sur la répétition en peinture. Cette présentation orale se conclut sur une nouvelle donnée processuelle questionnant le rôle des occurrences inhérentes au processus de création répétitionnel. Donnant suite à cette ouverture sur les occurrences, une oeuvre de 10 pieds par 30 pieds intitulée L’Esthétique des contraintes, réalisée de 2011 à 2013, questionne les occurrences comme

principe de singularisation du processus répétitionnel. Au sortir de cette oeuvre, la question des occurrences comme pierre angulaire de mon processus de création invite à un nouveau traitement pictural. D’ores déjà, j’anticipe le prochain travail comme une tentative de minimisation extrême des occurrences.


Depuis 2008, j’expose mes « gigantesques miniatures » dans les institutions muséales du Québec qui disposent de l’espace requis pour les recevoir. Je donne des conférences et des ateliers pratiques sur les différentes avenues du processus répétitionnel. J’ai reçu deux bourses du Conseil des arts du Canada; en 2011 pour participer à la 4ème Biennale des arts hors normes de Lyon en France et en 2013, pour de l’équipement d’installation de trois murales à la Maison de la culture Frontenac à Montréal, une exposition tenue en 2014 et intitulée Culture en voie de disparition.


Par ailleurs, en 2013, j’ai été sélectionnée au concours international «100 painters of tomorrow » initié par les Éditions Thames & Hudson et la Beers.Lambert Contemporary Art Gallery de Londres. Je suis dans les 427 finalistes choisis parmi 4,700 maîtres ès art venant du monde entier. Le jury devait choisir les 100 peintres qui figureraient dans une publication de référence pour la conduite picturale du XXIe siècle et qui exposeraient à l’Institute of Contemporary Arts of London. Je n’ai malheureusement pas été retenue lors de la sélection finale. Depuis 2012, je suis inscrite au répertoire des artistes pour l’intégration de l’art à l’architecture (1%). J’ai été ainsi sélectionnée cinq fois pour construire et présenter des maquettes. J’ai obtenu une intégration à l’architecture d’une école à Joliette en 2014. Une non finito pittura, comme j’appelle mes gigantesques miniatures en raison des retouches effectués vitam aeternam jusqu’à ce que ces murales ne soient plus en ma possession. 





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