Histoire de la construction du Foyer Cinéma, écrite par l'abbé Roussel-Galle, curé de la paroisse de Byans de 1940 à 1947.
Le Foyer
Huit jours après le passage de Monseigneur l’Archevêque à Byans (18 octobre 1942) et l'approbation de son Excellence au projet de construction d'une salle d’œuvre, je réunis une dizaine d'hommes de la paroisse et tente de créer une société civile qui financerait ce projet.
Échec ! Personne ne veut s'engager.
Je me décide à marcher seul. Je demande à l’architecte Puichaud de Besançon et à l'entreprise Simplot de bien vouloir se charger de cette construction.
Grande hésitation ! Qui payera ? La providence !
Le plan est fait soumis à l’archevêché et accepté. Un emprunt est lancé.
Faisant le tracé de la maison sur le terrain, l'entrepreneur a cette parole : « Je vous dis que cette maison ne sera jamais achevée. Personne ne voudra financer ».
Et la providence ?
Premier mois de 1943 les murs commencent à monter bien que les autorités allemandes aient interdit de construire.
La grande difficulté est de trouver les matériaux. L'entreprise ne s'en charge pas, mais assure seulement le travail. Je dois moi-même frapper sans cesse à combien de portes pour obtenir : pierre, sable, ciment, chaux, briques, etc.
Au mois de mai, je reçois l'ordre de la kommandantur d'arrêter toute construction.
Les ouvriers quittent le chantier, mais pour quelques mois seulement.
Au mois de septembre, sans autorisation, le travail reprend. Bien vite, le chantier est dénoncé aux autorités allemandes.
Je suis averti que je dois me rendre à la kommandantur pour m'expliquer.
Longue discussion avec un capitaine autrichien « Cette maison est construite en l'hommage de la sainte vierge Notre Dame de Bonheur. Vous ne pouvez pas nous empêcher de la bâtir ».
Je n'obtiens que l'autorisation de faire pour vingt mille francs de travaux. C'est très peu car les murs sont seulement à la hauteur des fenêtres.
On presse le travail.
Bientôt les Allemands apprennent que nous avons dépassé les 20 mille francs et que la maison n'est pas achevée.
Je reçois une lettre où l'on donne l'ordre au curé de Byans 1°) de cesser toute construction 2°) de conduire immédiatement sur la place de la kommandantur de Besançon tous les matériaux disponibles 3°) de donner des explications sur mon attitude.
Je mets la lettre au panier. Je ne réponds pas. Je cache cette histoire à l’architecte et à l'entrepreneur et leur affirme que tout va bien, je leur demande de faire travailler le plus d'ouvrier possible.
On a maintenant sur le chantier des ouvriers réfractaires pour partir en Allemagne.
Je suis donc doublement coupable.
Un jour, je rencontre sur le pont Saint Pierre à Besançon le capitaine allemand responsable de la construction avec lequel j'ai déjà discuté et qui m'a transmis l'ordre d'interdiction de construire. Nous nous regardons en face. Il me reconnaît. Il détourne la tête.
Je comprends qu'il suffisait de cela : leur résister ! Ils ne me diront plus rien.
La maison continue à monter.
À la libération, 8 septembre 1944, la maison est couverte. Le gros travail est terminé.
Les Américains l'occupent pendant 15 jours.
En 1945, on termine la menuiserie des salles et de la scène. On meuble la grande salle avec des bancs. On fait trois décors de théâtre. On équipe la cabine de cinéma d'un appareil double standard 32mm. On aménage un terrain de basket.
En 1946, Mr Turas d'Abbans Dessus fait toutes les peintures extérieures et intérieures.
Et la maison (qui ne devait pas s'achever) est terminée.
Les Allemands n'ont pu empêcher de la construire.
Les difficultés inouïes pour trouver les matériaux nécessaires ou pour donner confiance aux créanciers ont été vaincues.
Et cela, grâce au Saint Curé d'Ars !
Avant de commencer cette œuvre nous avons demandé au curé d'Ars d'en être le protecteur et nous avons promis que si un jour cette maison était achevée, nous y mettrions la statue du saint Curé.
L’œuvre est terminée.
En ce dimanche 22 décembre 1946, Monseigneur l’Archevêque, son excellence Monseigneur Dubourg bénit cette statue (offerte par Monseigneur Paul Maire des Fins).
Un grand merci à la providence.
C'est elle qui a tout fait !
Le plus dur pour moi ce fut d'y croire sans cesse.
L'abbé Roussel-Galle