Conférence de Mère Paul

Conférence donnee A la CIB   Dzogbégan 

2-17 Septembre 2O11

Mère Paul, Monastère de Bouaké, Côte d’Ivoire

 

 

            Comment vivons-nous, dans les monastères de notre région 17, la solidarité entre nous, la vérité et l’authenticité de la pratique de la Règle et la révérence, le respect envers la terre, envers tout homme, dans un engagement pour la justice et la paix.

 

            Je suis assez intimidée et émue de parler devant des représentantes des Bénédictines du monde entier ! Et en même temps tellement reconnaissante que vous ayez accepté de venir jusqu’à nous ! Au nom des Bénédictines de l’Afrique de l’Ouest, je vous dis un immense merci pour « votre charité qui s’est donné de la peine » ainsi que le dit Saint Paul aux Thessaloniciens.

            Il m’a été demandé de vous exposer comment nous essayons de  vivre, dans les monastères de notre région, les 3 thèmes retenus pour les 4 années entre le symposium de 2010 et celui de 2014 : solidarité, authenticité, révérence ou respect.

            Je dois avouer que je suis un peu embarrassée pour répondre en vérité à cette demande car j’ai reçu très peu de renseignements, je vais donc tenter de parler à partir de ce que je sais de nos monastères d’Afrique de l’Ouest, et du mien en particulier ! J’espère ne pas trop déformer la réalité vécue par nos monastères  de la Région 17, et d’avance je les prie de m’excuser s’ils ne se sentent pas reconnus. Et je demande aussi votre indulgence si le point de vue qui est le mien est un peu restreint….

 

 

SOLIDARITE

 

Solidarité entre communautés

" Quand on sent ses limites, c'est alors que naissent les liens de solidarité"

Père Louis Cochou

L'appel à quitter son pays et à venir vivre le charisme monastique dans un lieu qui peut avoir une histoire complexe, une culture qui nous échappe,  une Eglise dont l'Evangélisation est encore très neuve, peut être  un défi. On ne peut avancer que dans la conscience d'un  projet qui ne nous appartient pas, qui a besoin d'être soutenu par l'expérience de communautés qui ont pu déjà mûrir et intérioriser le charisme monastique trouvant un chemin de vie.

C'est dans cette situation de défi qu'est né notre besoin de créer des liens de solidarité.

 

* Cette solidarité en Afrique de l'Ouest a déjà tout un cheminement qui remonte aux  années 1962 à 1970. Nous relisons avec émotion les lignes du bulletin n° 74 (année 2002) de l'AIM. Mère Jean-Baptiste Choupot, à ce moment là Prieure de Toffo et Mère Françoise de Brantes, Fondatrice de Keur Guilaye évoquent le principal bénéfice d'avoir rencontré des sœurs avec lesquelles des relations personnelles furent nouées et se poursuivent depuis.

"A partir de 1977, sous l'impulsion décidée de Mère Charles Hélie, Prieure de Toffo, naissait un projet d'Association des monastères de moniales bénédictines de l'AO. Après pas mal de moutures et de correspondances, et une rencontre à Abidjan en 1979, ce projet a été présenté et approuvé en 1980. Cette Association est précieuse. Le but est de manifester et de favoriser l'unité monastique, de collaborer par l'échange d'informations et de services, en particulier pour la formation, le partage d'expériences, l'étude des sujets nous concernant, de soutenir les fondations nouvelles."

 Dans le cadre actuel de l'Association, les Abbesse et Prieures des 7 monastères associés : Bouaké, Koubri, Dzobégan, Toffo, Keur Guilaye, Sadori et Friguiagbé se rencontrent tous les 4 ans avec les déléguées de leurs monastères en approfondissant un thème précisé, et tous les 2 ans de façon plus informelle.

 

Entre temps, nous vivons des liens très heureux : par exemple la venue de telle sœur dans une perspective de soutien d’une communauté, comme l'envoi de telle autre qui va pouvoir cheminer un temps avec un autre accompagnement. Il est sans doute important cependant que les jeunes communautés qui sollicitent de l'aide pour renforcer une impulsion nécessaire, expriment avec précision "où" se situe leur besoin d'aide, de "vivre avec", et ne soient pas consommatrices de forces vives très précieuses dans leurs propres communautés.

 

La participation aux évènements importants de la vie d'une communauté concerne toutes les autres !  La récente Bénédiction abbatiale de Mère Marie-Espérance, Abbesse de Keur Guilaye, le 2 Juillet dernier a encore souligné les liens de fraternité.  

 

"Nous tenons beaucoup à ce lien formel et souple de l'Association qui tient la route depuis 30 ans et nous permet de nous considérer comme une grande famille au sein de laquelle chaque communauté garde son identité et  apporte aux autres ses propres richesses dans une réelle et vivante communion."

 

* Un des fruits de cette Association est un studium de jeunes professes lancé il y a quelques années.  Il est fort apprécié et offre des outils et méthodes de travail qui peuvent structurer une vie de lectio divina. Cette formation s'étend sur une durée de 3 ans à raison de 2 sessions par an. Des tuteurs  suivent les jeunes profès dans leur travail personnel ; des moines se sont également joints à ces sessions.

* Les Formateurs de jeunes dans les noviciats éprouvent eux aussi le même besoin de confronter leurs expériences, leurs questions et de travailler ensemble des sujets interpellants dans la formation actuelle. Les Maîtres et Maîtresses des novices se retrouvent actuellement au rythme de rencontres tous les 3 ans.

 

Solidarités "plus larges"

La solidarité dépasse le cercle de nos monastères. Elle permet de prendre en compte la diversité des requêtes dans le visage de l'Eglise, et même plus largement …

 

Quelques exemples :

* Solidarité avec nos oblats : leur spécificité de vivre leur quotidien dans le monde dans l’esprit de la Règle de Saint Benoît et d’être engagés avec une communauté nous enrichit dans notre propre chemin de conversion.

* La communauté de diaconesses de Bafut (Cameroun) a sollicité à 2 reprises, l'accueil de quelques jeunes sœurs dans 3 communautés pour approfondir elle-même ses racines de vie religieuse.

 

* Des novices de Congrégations Apostoliques ont été confiées à un noviciat monastique pour les aider à structurer leur cheminement.

 

* Même un  Evêque a demandé l'accueil pour un prêtre en difficulté, dans une communauté de moniales qui puisse l'aider dans son étape de vie.

 

Solidarité à l'intérieur de la communauté

* Sur elle repose toute une construction du Corps de la communauté dans sa vie quotidienne,  ses joies de l'entraide, de la fête et  des préparations de la fête !

La demande de pardon chaque soir est elle aussi très signifiante ; on peut évoquer le geste du Mandatum le Jeudi Saint, du Chapitre de charité qui l'accompagne.

 

* Une dimension importe très fort précisément en Afrique : celle de la solidarité avec la famille de chaque sœur. " En Afrique, toutes les coutumes et traditions tendent à tisser des liens très forts de solidarité entre les individus et à exercer sur chacun une pression qui le soumet aux exigences sociales" Soeur Marie-Catherine Kingbo (f.s.c.m.). Il est donc nécessaire de trouver les moyens ajustés pour pénétrer dans le tissu des coutumes et traditions africaines, pour en saisir à la fois les richesses de solidarité entre les membres de la famille mais aussi les risques de pression qui pourraient conditionner telle sœur dans telle ou telle circonstance.

En même temps, la solidarité communautaire ne peut se construire qu'en intégrant avec justesse cette solidarité familiale.

Nous pouvons citer le Père Roger Houngbédji O.P. (La radicalité de la vie religieuse en contexte africain p. 91) : " … il  résulte en contexte africain qu'une vraie communion fraternelle entre les membres d'une congrégation inclut nécessairement cette dimension familiale, source de confiance mutuelle. Cet esprit de famille, qui ne se manifeste pas seulement entre les membres de la communauté religieuse mais s'étend également aux familles de chaque religieux, est le signe que ceux qui s'engagent dans la vie religieuse sont effectivement des "frères" et qu'ils se sentent portés les uns par les autres."

A chaque communauté de trouver les moyens appropriés : partage des nouvelles et  prières, visites et cadeaux quand il le faut,  aide matérielle quand c'est nécessaire…

Si cette confiance mutuelle entre sœurs se construit bien, elle conduit  chaque sœur à une liberté qui va lui permettre de cheminer dans sa "préférence " pour le Christ au sein d'une vie communautaire, signe de fraternité dans le Christ. 

 

Authenticité de notre vie

et de notre pratique de la Règle.

 

En tout temps, l’authenticité de notre vie et de notre pratique de la Règle est à chercher, vérifier…Certaines époques nous y provoquent davantage et nous sommes peut-être dans l’une de ces époques : l’Eglise, depuis une vingtaine d’années, en étant de plus en plus attentive à la vie consacrée nous réveille et nous stimule, et la société qui nous entoure nous stimule aussi par sa recherche, son attente et même ses dérives qui nous provoquent : toute la démesure de violence qui secoue nos pays nous provoque à une autre démesure : celle de notre amour et de nos manières de vivre.

* Parmi nos monastères d’Afrique de l’Ouest, un certain nombre célèbrent ou vont célébrer leurs 50 ans d’existence, c’est donc pour chaque communauté l’occasion de revoir sa manière de vivre l’Evangile à l’Ecole de St Benoît, de reprendre conscience de ce qu’elle a reçu, de ce qu’elle vit, de ce qu’elle veut transmettre ; occasion aussi de réfléchir sur les questions qui se posent à nous, le contexte actuel étant bien différent de celui des années 60. Je crois que chaque communauté, d’une manière ou d’une autre, s’est lancée dans cette «  révision de vie » et de manière fructueuse.

* C’est aussi dans beaucoup de cas, le moment du passage de flambeau des aînées européennes aux « jeunes africaines » : moment opportun pour vérifier la « pureté » de l’héritage monastique transmis, pour qu’il puisse s’inculturer le mieux possible.

* Les visites canoniques, dans leur principe, ont été un moyen pour vérifier et renouveler la fidélité de vie de nos communautés. Il nous semble pourtant qu’elles étaient peu à peu devenues moins pertinentes, un peu formalistes. Or depuis un certain nombre d’années, les visites canoniques sont redevenues des temps forts de nos vies communautaires : le plus souvent, elles sont préparées, personnellement ou en communauté, par des questionnaires adaptés à la situation de la communauté, elles sont ensuite reprises, dans leurs conclusions finales qui servent de feuilles de routes pour les années qui suivent. En outre, elles sont pratiquement toujours faites avec 2 visiteurs ou plutôt visitatrices, c’est le lieu d’un échange plus fructueux avec la sœur et entre les visitatrices. Les visites canoniques deviennent de réels moments offerts pour grandir dans l’authenticité de notre vie.

* La Parole de Dieu est toujours la lumière qui guide la vérité de notre vie. Depuis quelques temps, dans certains monastères, les partages d’Evangile ont repris une place importante  comme source de vie d’une communauté réunie autour de la Parole de Dieu. Nous avons pris conscience que nous ne parlions pas entre nous, ou peu, de la Parole que Dieu nous adressait, et qu’il y avait là un manque réel pour la construction d’une vie communautaire chrétienne. Un exemple dans cette façon de faire concrète, parmi d’autres : la communauté est divisée en 3 groupes de 6 ou 7 sœurs ; les 3 groupes  se réunissent durant une moment, une bonne heure après Vêpres, en 3 endroits de notre cloître, de manière à ne pas nous gêner, mais à être tout de même ensemble. Le partage a lieu tous les 15 jours, et il est précédé par une préparation personnelle quelques jours avant, au cours d’une « lectio divina », préparation où il est conseillé à chacune de commencer par copier le texte. Nous avons repris ces partages depuis presque 1 an et nous ne souhaitons pas les interrompre.

* L’accueil aussi nous provoque à rechercher la vérité de notre vie, car nous recevons, nous écoutons bien des personnes, jeunes ou moins jeunes, qui cherchent une cohérence dans leur vie.  Nous essayons de les aider par une écoute et un dialogue personnel, mais aussi par un dialogue plus structuré, en particulier au moment de Noël et Pâques, où nous pouvons offrir un enseignement, le plus souvent à partir de la liturgie, un certain partage de notre vie de travail et bien sûr de la prière liturgique.

* Nous voulons aussi évoquer quelques réalités qui mettent notre recherche d’authenticité de vie monastique à l’épreuve, et d’autant plus fortement que cette vie monastique étant très jeune dans nos pays, il conviendrait qu’elle s’implante de la manière la plus droite possible.

La vie religieuse apostolique est bien ancrée dans le paysage ecclésial de  nos pays d’Afrique de l’Ouest, la vie monastique beaucoup moins, ou même très peu. Les sollicitations ne manquent pas, que ce soit de la part de nos familles, des amis, et même de l’Eglise.  Beaucoup comprennent mal ou pas du tout, que nous ne répondions pas à leurs demandes comme les sœurs de vie apostoliques (en particulier en ce qui concerne la participation aux fêtes de tout genre, aux funérailles, etc.…)

Très concrètement, les téléphones portables sont un vrai défi pour nos communautés, spécialement en ce qui concerne la séparation et relation au monde, la communauté de biens, la dépendance, etc.… : qui peut avoir un téléphone portable dans nos communautés ? …Car ici, c’est le cadeau offert le plus facilement  du monde ; et comment en user en communauté (durée des communications, moment et fréquence,  raisons pour les quelles on téléphone, etc..?) Internet est, du moins chez nous, beaucoup moins utilisé et utilisable, car les connexions sont fort difficiles et longues…  Les formateurs de nos noviciats ont déjà longuement réfléchi à cette question, mais c’est à chaque communauté de  gérer sa façon de faire !

* Il nous semble nécessaire aussi de signaler que, dans nos pays d’Afrique de l’Ouest en particulier, nous sommes en présence d’une autre recherche d’authenticité, une authenticité africaine dans la manière de vivre,  de célébrer. Ce désir d’authenticité n’est pas toujours en  totale harmonie avec la recherche d’authenticité monastique, surtout lorsqu’elle est imprégnée par des valeurs culturelles qui ne sont pas celles de l’Evangile (recherche de la puissance, trop grande importance des liens claniques, ethniques, etc...) Persévérer dans une droite ligne monastique demande d’autant plus de courage, de discernement que nos communautés ne vivent pas dans un cadre aussi porteur que nos communautés d’Europe. Ici, nous avons au contraire à créer notre cadre dans un environnement dont, par la force des choses, nous restons très proches, et qui nous bouscule souvent par ses sollicitations, ses imprévus, et ses soubresauts. Mais c’est en même temps une chance pour prendre conscience que le cœur de l’authenticité de notre vie monastique ne se situe pas tant dans les observances, mêmes si elles sont traditionnelles, bonnes et nécessaires, que dans la persévérance d’une vie de conversion à l’amour, à la suite du Christ Jésus, dans une communauté fraternelle qui veut se construire dans l’écoute de la Parole de Dieu  et la célébration du mystère du Christ, et qui, pour cela, a besoin d’une certaine distance d’avec le monde.

 

 La révérence, le respect que nous devons à la terre

Et pour la dignité de tout être,

Dans l’engagement pour la justice et la paix.

 

Le respect que nous devons à la terre.

Je serais tentée de dire que dans le contexte de société qui est le nôtre ici, cette préoccupation est assez secondaire. Il me semble qu’un de nos maux est l’incurie, le manque de soin, pour les choses, les bâtiments et même l’environnement. Le souci premier est d’abord de parvenir à se nourrir, à nourrir les hommes et pas tellement de ménager la terre. Le respect de la terre engage l’avenir, or nous avons beaucoup de problèmes immédiats à résoudre, et donc de la peine à nous projeter dans un avenir proche ou lointain.

            Les communautés masculines ont sûrement un rôle de plus grande envergure pour le développement durable, la sauvegarde de la terre. Ce que nous faisons, nous moniales, est beaucoup plus modeste, et se situe le plus souvent dans l’enceinte même du monastère.

            Certes, je crois que nous sommes assez sensibilisées aux questions concernant l’environnement, le développement durable, les changements climatiques… grâce à des conférences, des lectures.   Même si nous ne nous engageons pas d’une manière explicite dans tel ou tel domaine, il me semble qu’une communauté bénédictine, simplement en vivant sa vie, pose des actes de respect et de sauvegarde de la terre, de la création, notre style de vie l’implique nécessairement.  Le texte suivant, recueilli à Cîteaux et évoquant donc l’expérience cistercienne, me semble tout à fait applicable à notre vie bénédictine : « L’expérience cistercienne transmet une spiritualité du lieu, une manière de vivre ensemble harmonieusement dans une terre. Le moine cistercien habite le monde comme un hôte. Etre un hôte, c’est être reçu dans la maison d’un Autre. L’hôte se sait de passage. Il veille à traiter avec égard et respect ce qui lui est simplement confié pour un temps donné. En présence de Dieu, il prie et travaille, solidaire de son temps, des générations passées et à venir… »

            Evoquons brièvement quelques aspects de notre vie « comme un hôte » qui expriment notre respect pour la terre :

* notre vœu de stabilité nous provoque à faire de notre  monastère un lieu de vie convivial, où il fait bon vivre, et qu’il nous faut transmettre en bon état à celles qui nous suivent.

* normalement notre terrain  est entretenu, bien cultivé, fleuri, nous ne laissons pas trop de terres en friche ; les bâtiments également sont entretenus…Tout cela est assez différent du monde qui nous entoure, et suscite souvent des réactions « admiratives » de la part de nos visiteurs. Mais il est vrai que l’attention pour ne pas gaspiller, pour ne pas salir inutilement, pour prendre soin des choses est un réel effort quotidien et pas très spontané.

* pour la fertilité de notre sol, nous n’employons pas, habituellement, d’engrais chimiques, mais le compost que nous fabriquons, grâce au tri sélectif des déchets que nous essayons le plus possible de faire.

 

Le respect que nous devons à la dignité de tout homme

* Peut-être commence-t- il par le respect que nous nous devons les unes aux autres ; avec raison nous y devenons extrêmement sensibles : respect de chaque personne dans son unicité, respect aussi de sa faiblesse, de ses limites comme de ses richesses, avec le risque de basculer plus ou moins facilement dans le « je veux me faire respecter ». Tout ce qui est agressivité, paroles dures, autoritaires ou moqueuses ou même blessantes sont vécues comme des manques de respect difficiles à accepter, même si ce n’était pas l’intention au départ. Dans le monde qui nous entoure, les relations sont souvent dures et sans égard, et nous participons de ce monde !

* Au-delà de la communauté, il y a tout proche, nos ouvriers et toutes les personnes qui travaillent chez nous et pour nous. De plus en plus il y a une réelle attention à avoir pour leur rendre le respect que nous leur devons : lieux de vie (vestiaire, repos …), horaires et durée de travail, salaire digne, prévision de retraite, etc., et déjà manière de leur parler, de s’intéresser à eux et leurs familles…Il ne s’agit pas simplement de respecter la législation du travail, mais de leur manifester le respect et la reconnaissance que nous leur devons et ils le sentent bien.

* Le respect concerne aussi toutes les personnes que nous accueillons à la porte, en majorité des pauvres qui viennent demander de l’aide : respect dans la manière d’accueillir tout le monde, y compris ceux dont nous savons bien qu’ils nous trompent, ceux qui reviennent sans cesse et nous « fatiguent », etc. ; respect dans la manière d’aider : s’intéresser à la personne et parler avant de donner de l’argent ; quand on donne de l’argent, le plus possible, susciter la participation et éviter à tout prix d’en faire des assistés. Mais en même temps, certains donateurs européens posent de telles conditions à leurs dons (rédaction précise d’un projet, budget détaillé…etc.)  que la personne concernée ne se sent pas respectée : elle ne peut pas répondre à toutes ces conditions. Pour respecter l’autre, nous essayons de nous adapter à ses possibilités.  Nous devons aussi avoir parfois le courage de ne pas répondre à certaines demandes pourtant justifiées  et réelles, précisément par respect  pour la vie de la communauté qui ne peut pas devenir un bureau d’aide sociale. Les enfants aussi font partie des visiteurs à respecter et ils sont nombreux. Noël est leur jour et ils le savent : après la messe du matin, quelques sœurs les regroupent autour de la crèche dans l’église pour expliquer, prier, chanter et …recevoir ensuite biscuits et bonbons.

* Le respect que nous portons à nos fournisseurs et clients en ville, n’est pas non plus anodin. Le patron d’un magasin où nous allons faire des achats a récemment vivement remercié une de nos sœurs parce que, arrivant au magasin au début de l’heure de la prière -ils sont musulmans- elle a fait demi tour et est revenue plus tard, et parce que d’autre part, elle parle toujours très aimablement avec eux. Ils ont trouvé qu’elle les avait respectés dans leur religion.

* Notre célébration liturgique est aussi un lieu où se manifestent, dans les objets concrets et les attitudes, notre respect envers Dieu et envers les autres. Ils ne sont pas rares les prêtres qui nous disent : « chez vous pour la liturgie, tout est propre, en ordre, soigné. » Et c’est loin d’être toujours ce qui est vécu dans les paroisses : le  respect qu’ils perçoivent ainsi peut être pour eux un appel à traiter toute  réalité, liturgique ou non, avec le respect qui lui est dû.

 

Dans un engagement pour la justice et la paix

* Nous prions beaucoup pour la justice,  la paix, la réconciliation dans le monde, mais il est des moments, dans nos communautés, où l’engagement concret pour cette cause demande un grand effort de dépassement de soi dans la foi. Les crises et les conflits violents qui secouent et bouleversent nos pays ne sont pas sans atteindre - et même parfois contaminer - nos communautés en Afrique de l’Ouest. Nous expérimentons que le premier combat pour la justice et la paix est, pour nous, dans chacun de notre cœur qui doit dépasser des jugements, des préjugés, des blessures ou des rancunes pour aller plus loin et regarder tout être comme un frère, une sœur qui est enfant de Dieu comme moi. Nous aussi nous sommes concernées par la Prière Eucharistique pour la réconciliation : « C’est à Toi, Seigneur que nous le devons, si le désir de s’entendre l’emporte sur la guerre, si  la soif de vengeance fait place au pardon, si  l’amour triomphe de la haine. »

* L’engagement pour la justice et la paix peut trouver son enracinement dans notre vœu de conversion : pour adopter les manières de Dieu, nous nous y engageons à « bouger » pour nous ouvrir à l’autre, pour découvrir comment l’autre voit le monde, pour nous enrichir mutuellement de nos cultures, dans la conviction que notre appartenance au Christ est plus forte et plus grande que toute culture. 

 

            Je conclus ces quelques réflexions  en reconnaissant, comme le faisait Mère  Henriette dans sa dernières circulaire, que ces trois valeurs de solidarité, authenticité, révérence et respect sont à un titre éminent « des valeurs constructives de nos communautés » à l’étape où nous sommes toutes dans le contexte africain qui est le nôtre.  Oui, Dieu conduit nos histoires et « à tout chair il donne le pain ; » (ps 135,25)

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