2007 Manille

                 27 déléguées sont venues de tous les coins du monde pour cette rencontre.  Ces quelques lignes offertes en partage ne se veulent pas synthèse d’un vécu : l’expérience y fut si dense et variée, qu’il faudra du temps, pour tout assimiler, en tirer une sève de vie nouvelle. Oui, j’espère que ce voyage, ne se gravera pas seulement comme un beau souvenir, mais qu’il contribuera à une communion toujours plus forte avec tous nos frères et sœurs, à une vie toujours plus fraternelle et solidaire, une vie évangélique.

Si ces échos vous parlent, vous interpellent, peut-être qu’ensemble nous pourrons vivre autrement… pour que notre terre chante la tendresse du cœur de notre Dieu.

sr Thérèse-Marie (Hurtebise)

 

 

Voyage à la rencontre, en une terre lointaine… 

La conférence de la CIB aux Philippines (septembre 2007) :

extraits du diaire de ce séjour !

 

Pour toi qui prends le temps de lire cette page, voici, je te confie aujourd’hui en toute simplicité quelques impressions, quelques moments de vie : les voyages forment la jeunesse, je crois que la formation fut intense ! Pourvu qu’elle porte fruit ! Si tu n’as pas le loisir de parcourir l’ensemble, si tu veux connaître un moment gravé profond en mon cœur, lis au 9 septembre la visite à Smokey Mountain.

Bon voyage !

 

avant le premier septembre : on se prépare…

1 septembre : voyage 

2 septembre : voyage suite… et premiers pas sur le sol Philippin !

3 septembre : un jour à Manille

4 septembre : un jour pour s’acclimater, se reposer et découvrir les beautés de la nature

5 septembre : première journée de travail de la conférence

6 septembre : journée de travail de la conférence

7 septembre : conférence suite et voyage à Manille

8 septembre : excursion

9 septembre : Jour du Seigneur : ton visage découvert dans le pauvre !

10 septembre : journée de rencontre avec les bénédictines philippines

11 septembre : visite à St Bède

12 septembre : visite à 3 communautés de Marikina

13 septembre : de retour à l’école avant de s’envoler

14 septembre : bonjour la Belgique

 

 

 

 

 

 

avant le premier septembre : on se prépare…

Préparer son cœur : là je confie la préparation à l’Esprit : il s’y connaît. Depuis quelques temps, il s’y entend pour bousculer notre communauté, l’entraîner toujours plus avant sur les chemins qu’il choisit.  Ce voyage sera une belle occasion de plus pour lui de m’inviter à l’accueil, à l’ouverture, à l’abandon à sa conduite. OK, tu me conduis à la rencontre de mes sœurs des Philippines, de mes sœurs déléguées d’autres contrées, de mon frère, ma sœur que tu placeras sur mon chemin,...

 

 

1 septembre : voyage : Bruxelles-Frankfurt / Frankfurt-Manille

 

Les contrôles de sécurité aux aéroports : ici c’est le détecteur de métaux, armes, etc… La dame préposée à la file féminine s’inquiète gentiment du volume de ma poche… J’en extirpe une petite Bible. Sourire… je passe. Pourtant, ma chère madame, je vous assure, c’est de l’explosif là-dedans ! J’en suis de plus en plus convaincue !

 

Mon voisin dans l’avion, est visiblement plus au courant… Philippin, il est marin ; et après quelques heures de vol, il me réclame une Bible et me demande des explications sur divers versets de St Paul qui le troublent. Ouf, j’avais emporté une Bible en anglais, et mon marin retrouve sans peine les versets qu’il veut. Signe indubitable : les Philippines si chrétiennes approchent.

Tandis que l’avion poursuit aussi sûrement son vol, le calendrier sans bruit tourne la page…

 

        2 septembre : voyage suite… et premiers pas sur le sol Philippin !

 

Les nuages moutonneux que nous surplombons rendent le soleil plus qu’éblouissant dans un ciel bleu intense. C’est vrai nous naviguons à plus de 9000 m d’altitude, le compteur marque souvent une vitesse de plus de 900 km/h.

Une escale à Guangzhou (anciennement Canton en Chine) 

Le soleil va se coucher…

 

Reprise du vol… enfin Manille à l’horizon… une marée de points lumineux dans la nuit noire (il est 20h20 à Manille ; 6 h de décalage avec la Belgique). Cette vue nocturne dit déjà la démesure de cette mégalopole (plus de 10 millions d’habitants)!  Opération récupération des bagages, passage des multiples contrôles, et re-contrôles… et puis une fois la sortie trouvée je scrute l’horizon…  J’éprouve déjà la chaleur moite du pays, il est pourtant passé 21h… cela promet. Je découvre au milieu de la foule qui guette, sr Fely venue me cueillir.  Le regard vif et rieur, elle est pleine de sollicitude, elle décide que je dois avoir faim… protestation inutile ! Pour nos sœurs philippines rien n’est de trop pour nous accueillir.

 

La conduite sur les routes de Manille se fait à coup de klaxon, et reconnaissons le, cela semble tout à fait efficace ! C’est ainsi qu’un dernier coup de klaxon nous ouvrira la porte du couvent de bénédictines missionnaires de Manille. Je découvre l’univers d’insécurité, les bandes de voleurs sont plus que nombreuses et obligent ceux qui ont quelques biens à s’entourer de grilles, murs et à salarier des gardiens en nombre époustouflant… nos sœurs ne sont pas épargnées et ne peuvent déroger à cet univers. Tous leurs couvents sont ainsi cernés, clôturés et gardés… l’industrie du barbelé a un bel avenir !!!

 

C’est la nuit, le prieuré dort, sr Fely me montre ma chambre, m’apporte quelques bouteilles d’eau (l’eau est à ce point non potable qu’elle est absolument contrindiquée même pour se brosser les dents ! je mesure notre luxe quotidien) et m’explique le fonctionnement du climatiseur : une chance dans ce pays où la chaleur est si humide qu’elle se fait très lourde !

 

Ma chambre comme je le découvrirai le lendemain, est séparée de la rue par une courette, un petit bâtiment et un grand mur surmonté de barbelés, les klaxons franchissent aisément la distance… Pour le taux de pollution, c’est effroyable : mon crâne habitué à l’air pur des Ardennes s’en ressent rapidement. Et les habitants de Manille vivent cela tous les jours !!! Les Philippines sont très touchées par le réchauffement, l’augmentation de la température accroit fortement l’évaporation des eaux de la mer … ce qui rend la chaleur de plus en plus lourde à Manille…

 

        3 septembre : un jour à Manille

6h sr Fely frappe discrètement à ma porte… elle m’emmène à l’Eglise pour l’eucharistie qui va débuter à 6h15. Le bataillon des sœurs est là, dans les bancs, elles prient en silence dans le brouhaha des klaxons qui nous parviennent de la rue et des ventilateurs qui tournent à toute vitesse… (une trentaine de ventilateurs rien que pour la chapelle : nous succomberons peut-être de courants d’air mais la chaleur est ainsi rendue supportable). La liturgie est belle, simple, priante, en anglais. Les sœurs n’essayent pas de couvrir le bruit de la ville, leur voix s’élèvent doucement… la température doit aussi inviter à modérer les efforts dès les heures les plus matinales. Les sœurs bénédictines missionnaires de la congrégation de Tutzing qui nous accueillent ont visiblement abattu un travail liturgique fou : un antiphonaire complet en anglais est édité par leurs bons soins ainsi que plusieurs volumes pour la liturgie eucharistique ! Le chant du psaume résonne : « Tous les peuples diront les merveilles de Dieu ». Oui, tous les peuples… la liturgie tombe à point pour commencer ce séjour CIB.

 

Après l’eucharistie, M Mary-John prieure de la communauté, nous entraîne dans une courette intérieure du monastère, une musique s’y élève: nous voilà parties pour une séance de « chibachi » ! Nous sommes invitées à entrer dans le mouvement. Il y a des photos qui se perdent ! Elle nous explique par la suite que c’est pour elle (à la suite d’une tradition chinoise) une « danse contemplative »… elle partage la signification qu’elle met en chaque geste pour en faire une prière.  Le plongeon en un autre monde est ainsi assuré en moins de temps qu’il ne faut pour le dire…

 

Petit déjeuner : riz, poulet, poissons grillés, légumes variés… sur le coté, il y a un peu de pain, de la confiture à l’ananas et des fruits… en dégustant je songe à ce que vivent tant d’étrangers en nos pays lorsqu’il leur faut s’adapter à nos repas, à nos us et coutumes, à nos climats…

 

 Nous visitons l’école fondée par les soeurs: une véritable cité dans la cité… 700 personnes travaillant en ce lieu,  6000 élèves et étudiantes depuis les primaires jusqu’aux études supérieures (réparties en classes d’une quarantaine d’élèves), une académie de musique, une section école hôtelière, une gigantesque salle de concert… Nous traversons une des nombreuses cours à l’heure de la pause : les « Good morning, sister ! »  pleuvent ; les enfants dégustent leurs friandises et se précipitent sur nous pour recevoir une bénédiction : oui, nous sommes sur un autre continent ! J’ai dit plus de « God bless you » en quelques heures que depuis le début de mon existence ! Les élèves portent un uniforme : il est confectionné par un atelier mis sur pied pour donner du travail à quelques femmes ! Génie de la créativité de nos sœurs ! Après cette visite, celle de l’« Institute of Women’s Studies ». Encore une intuition de M Mary-John et des bénédictines de Manille : il faut veiller à la femme. Elle joue un grand rôle dans la famille alors qu’elle est l’objet d’une déconsidération dans la société philippine (y compris dans les lois elles-mêmes) et souvent victime d’oppression. « Bahay Lila », un « abri » pour femmes et enfants maltraités, abusés est mis sur pied par les sœurs en 2002. Le travail pour la dignité et le bien-être de la femme est un point important de l’agenda de M Mary-John dès avant son élection comme prieure à Manille. En 1986, est fondé cet institut qu’elle nous fait visiter : son objectif : apporter lumière et éducation concernant les droits de la femme et sa dignité tout spécialement aux femmes des milieux les plus défavorisés. Plusieurs publications depuis des livres de recettes jusqu’aux livres plus juridiques ou théologiques sont assurées par cet institut.

Notre visite s’achève, nous laissant ébahies devant une telle activité,…

L’après midi, M Fabienne et moi décidons de prendre un peu le parfum de la ville. Un rapide coup d’œil sur un plan de Manille reçu à l’aéroport nous indique que le bord de l’océan (la baie de Manille en fait) ne doit pas être loin, nous décidons d’aller le voir de plus près. Le tout est sur ce plan somme toute assez sommaire, de nous situer : où est le couvent, point de départ de notre expédition ? Coté gauche ou coté droit de la route ? Et à quelle hauteur ? Le prieuré porte le numéro 2560 dans la rue, il s’agit de partir dans le bon sens ! Heureusement les gardiens savent nous orienter… nous partons dans la chaleur humide. Les rues se succèdent, la différence est forte entre les rues des pauvres et les rues destinées aux plus aisés ou aux touristes. Les mini-échoppes bordent la route, les pauvres essayent de vendre qui du maïs grillé, qui des cacahouètes, qui du poulet (plus que souvent présent sur la table aux Philippines !), ou quelques tissus,… D’autres s’improvisent ferronniers, carrossiers… 

De nombreux conducteurs de tricycles nous offrent leurs services.  Les « jeepneys », aux bariolages variés, sillonnent les rues (une sorte de véhicule au museau proche de la jeep et équipé à l’arrière de deux banquettes, service de transport en commun intramuros, les bus étant réservés à la circulation inter-cities). La plupart affichent sur leur front un nom, quand ce n’est pas un verset biblique (Le Seigneur est mon berger, Dieu viens à mon aide…).  Les rues « touristes » sont entretenues, des balayeurs de rues s’emploient à les tenir coquettes, des fleurs, des cocotiers et autres arbres (manguiers, papayers,…) les ornent. Les rues pauvres sont souvent sales, les immondices y traînant de tous côtés… Les maisons y sont souvent de simples tôles que la foi tient ensemble !

Quand les propriétaires ont les moyens des maisons en dur s’élèvent, elles sont alors peintes de toutes les couleurs, de même les toits ! Les normes de l’urbanisme ne sont visiblement pas du tout les mêmes. De nombreux buildings aux multiples étages s’élèvent dans l’horizon. Les câbles électriques nous impressionnent, par dizaines ils ourlent les deux cotés de la rue !

Après avoir découvert l’art de la conduite au klaxon la veille, maintenant nous découvrons l’art du piéton : les feux rouges et verts ne sont qu’une idée plus ou moins précise du moment où on pourrait envisager de passer, la circulation est dense (notre nez mesure le taux de CO² avec stupéfaction) mais elle n’est pas très rapide, il s’agit donc d’apprendre à se faufiler entre les véhicules, à se lancer courageusement dans la mêlée, nous trouvons qu’après quelques rues, nous devenons assez expertes en la matière. Et voilà que s’offre à nous une route superbe : voie plus rapide, avec trois bandes dans les deux sens, et une berne centrale. Un rapide coup d’œil nous découvre un passage piéton possible et mieux, M Fabienne repère qu’en franchissant la route à cet endroit nous allons nous offrir un peu d’ombre : grand luxe sous les plus de 30 degrés que le soleil nous offre. Nous mettons donc en application notre art du piéton en mégalopole klaxonnante… Et oui, nous arrivons à traverser, le trafic ici est plus rapide, mais heureusement moins dense. Nous marchons gaillardement, avec la nette sensation qu’un souffle maritime nous parvient enfin… l’océan ne doit plus être si loin ! Quelques minutes plus tard cependant, l’heure est là, il nous faut penser à retourner au prieuré… sans avoir vu l’océan ! Nous demandons notre chemin, un passant nous l’indique, il nous signale une grande route, qu’il vaut mieux traverser en empruntant la passerelle piétonne. Nous identifions aisément qu’il s’agit de la route que nous avons si victorieusement franchie. Nous nous disons : allonger le chemin rien que pour une passerelle sous cette canicule… bof !!! Enfin nous entamons quand même la route en suivant un jeune philippin qui nous montre un raccourci dans le dédale d’un complexe commercial en cours de construction, et nous voici devant la passerelle. Fou rire : nous identifions alors le lieu de notre traversée précédente : nous l’avions faite à l’ombre de… la passerelle piétonnière !!! Ah, ces sœurs !!! 

Retour au prieuré, nous sommes dégoulinantes… mais heureuses d’avoir découvert un brin l’ambiance de la cité,…  Après les vêpres nous partons pour Tagaytay, plus précisément au centre spirituel tenu par les sœurs bénédictines missionnaires, dans un coin de paradis. Car si nos sœurs sont superbement actives en toutes les zones de fractures de la société, elles gardent d’autant plus le souci de la prière. Nous y arrivons de nuit… au « chant » des « criquets » du pays. Quelques oiseaux nocturnes lancent leurs cris de temps à autre… je me promets si je trouve un perroquet de lui apprendre quelques mots de français !

Nous recevons des chambres superbes ! Un ventilateur offre ses services… un rapide coup d’œil, ici comme à Manille les fenêtres sont équipées de moustiquaires, on peut dormir en paix. Il faut choisir : la chaleur et le chant des criquets, ou la fraîcheur relative et la berceuse du ventilateur… Remarque : il n’est pas interdit de modifier votre choix au long des heures nocturnes !

 

        4 septembre : un jour pour s’acclimater, se reposer et découvrir les beautés de la nature

 

Je profite de la matinée pour découvrir le parc, bien entretenu, avec plusieurs pavillons. Un saint Benoît grandeur nature est assis sur un banc et lit… comme pour inviter à venir s’asseoir et se recueillir à coté de lui. Une sainte Scholastique fait de même quelques mètres plus loin ! Cà et là des panneaux de bois gravés offrent à qui veut un verset biblique (à coté d’une fontaine : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu », au cœur d’un bosquet : « Sois calme et sache que je suis Dieu »,  à l’entrée de notre pavillon : « Qu’en toutes choses, Dieu soit glorifié »…) 

Un Carabao bien sympathique animal national (un buffalo asiatique utilisé notamment dans les rizières) nous accueille au pavillon st Benoît où nous logeons.

En parcourant la beauté du site, je ne peux m’empêcher de penser aux pauvres des rues de Manille. J’ai à ma disposition une chambre si spacieuse et un confort inconnu de ces familles pauvres. Nos sœurs doivent être constamment tiraillées ! Je les admire !

 

Dans la plus grande des trois chapelles du centre, nous célébrons l’eucharistie. De grands vitraux nous présentent Benoît et Scholastique aux yeux bleus et à l’allure jeune ! Sr Lumen a préparé pour nous tout ce qu’il faut pour vivre la liturgie… jusqu’au formulaire de la messe et à la prière de l’angélus en anglais. Extra pour les non-anglophones… toutes peuvent ainsi aisément participer. Creusement intérieur cette grâce de joindre nos voix, venues de tous les horizons, pour chanter notre Dieu… pour intercéder. Signe très fort de notre désir de communion !

 

L’après midi, nous partons en car à la découverte du pays. Premier objectif de notre expédition : le Taal Volcano. Célèbre volcan du coin : il nous attend blotti dans la brume. Le paysage est superbe. Des collines verdoyantes, la plupart boisées, plongent dans ce lac d’où émerge le volcan. Une communauté de libellules bleues danse dans le ciel : un vrai ballet ! Envie d’applaudir le Créateur ! « Dieu, que c’est beau ! »

Ensuite, nous partons pour les Highlands. Une superbe région, de vastes hectares voués au tourisme. Les routes d’accès sont contrôlées par des barrières et un service de gardiens… il faut montrer patte blanche pour pénétrer. Sur des larges espaces vallonnés, des forêts s’étendent, des pelouses sont entretenues, des parcs aménagés, on découvre des terrains de golf, des piscines, clubs d’équitation… des lotissements complets sont établis (aux noms révélateurs : l’Edelweiss, la prairie, Belle vue, … (en français, j’ai pas dû traduire) ; d’autres portent un nom allemand (je ne m’essaye pas à le fournir de mémoire, pour éviter les fantaisies orthographiques !!!). Ce site nous révèle la beauté fulgurante de l’île ! Le chant de la création.

 

        5 septembre : première journée de travail de la conférence

Et oui, en ce lieu paradisiaque, il y a du travail au menu !!! Un temps de prière préparé par sr Zoé inaugure la séance de travail. Chacune a apporté une pierre de son pays… nous la déposons auprès du cierge allumé de la CIB, en redisant une parole du texte de Gn 28 (10-15) : Jacob eut un songe… il n’est pas le seul !

 

Ce matin, M Mary-John, diapo à l’appui nous présente l’histoire de l’Eglise des Philippines et sa réalité d’aujourd’hui. Elle démarre sur une question : les Philippines avec plus de 90% de chrétiens sont de loin le pays le plus chrétien de l’Asie (2% de chrétiens seulement) ; alors comment expliquer que les Philippines sont aussi le pays d’Asie où se vit le plus de violence ? Une lecture de l’histoire des Philippines tente de répondre. La chrétienté est arrivée avec la colonisation (d’abord espagnole, puis états-uniennes) les méthodes furent plus la destruction de « l’idolâtrie », la conversion des chefs, la pression sur les femmes et enfants, bref l’évangélisation épée à la main… avec pour conséquence une certaine identification de l’Eglise avec le pouvoir et la force. L’Eglise a contribué à entretenir une mentalité coloniale dans les classes dirigeantes. Aujourd’hui l’Eglise se trouve devant divers défis : la lutte contre l’injustice et la misère, la place de la femme, la place des laïcs longtemps considérés comme des chrétiens de seconde classe, l’intégration des jeunes, le souci des minorités culturelles, l’œcuménisme, le dialogue avec les musulmans et le dialogue interreligieux en général, la pastorale des déplacés, réfugiés, des travailleurs hors frontières, la crise écologique, la paix.

 Sr Angelica prend le relai pour nous parler des bénédictines aux Philippines. Un bref historique de cette famille bénédictine (498 bénédictines : 360 sœurs, 138 moniales), une présentation des apostolats des communautés en réponse aux défis de la société,… Nous sommes ébahies par l’efficacité de nos sœurs, un seul exemple : les missionnaires de Tutzing (183 professes) tiennent 11 écoles (où les élèves se comptent par milliers !), 1 hôpital, 1 centre de retraite, 2 communautés d’immersion auprès des plus pauvres, etc…

L’après-midi, pour poursuivre dans la même ligne, en petits groupes nous échangeons sur les questions que chacune a dû préparer en collaboration avec sa région : qui disons-nous que nous sommes ? Qu’est ce que les gens disent de nous ? Esquisse pour un profil de la vie bénédictine au 21ème siècle. A ma table : M Judith-Ann (USA), M Benita (Indes), M Jolanta (Pologne), M Dolores (Corée). Un bel échantillon de la variété de la vie bénédictine. Une conclusion surgit : les valeurs essentielles nous sont communes, toutes nous mettons les accents identiques lors de nos présentations, les différences surgissent liées à la société et la culture en laquelle nous sommes insérées.

 

     

6 septembre : journée de travail de la conférence

Nous abordons le thème : Aujourd’hui, nous, bénédictines, quelle parole portons-nous à notre monde ? Au symposium l’an dernier nous avions déjà dégagé 5 grandes lignes, nous les reprenons :

* une parole concernant un vivre ensemble dans un processus de paix
* une parole sur la joie de la diversité
* une parole concernant une vie centrée sur le Christ
* une parole sur la stabilité au cœur de ce monde qui bouge et change

*  une parole au sujet du respect et de l’honneur dû à tout humain, de l’hospitalité

 

Ensemble nous esquissons une ébauche de réponse : puissance de l’Esprit qui nous donne de communier en la rédaction de ces lignes, tandis que nous venons de tous les coins du monde !

 

 

C’est l’heure de la prière. Puis du repas. Aujourd’hui les sœurs nous ont préparé des noix de coco ! Alors Sr Lumen nous explique le mode d’emploi. Chacune a devant elle une noix de coco fraîche, épluchée, et « décapsulée »… la noix de coco est emplie de jus, une paille y plonge. Voilà la boisson qui accompagne le repas… cela fait quelques verres !!! Bigre, il est temps d’avoir soif ! Une fois la noix de coco lestée de son jus, c’est l’heure du dessert. Vous déposez en la noix quelques boules de crème glace. Et vous dégustez en prenant soin de racler les bords de la noix, car une couche de gelée collée aux parois mélange agréablement son parfum de noix de coco, à celui de la glace !

 

Nous partons explorer un brin Tagaytay, la campagne est belle, les maisons de toutes couleurs font chanter l’horizon, quelques baraques en tôle rappellent la dure condition de vie de certains… nous longeons un champ d’ananas. C’est l’heure de la récolte. Quelques hommes parcourent le champ et coupent les précieux fruits qu’ils glissent dans de lourds sacs qu’ils portent de mètre en mètre. Sur la route, des tricycles vont et viennent : guetteraient-ils le moment où épuisées nous lèverions le pouce pour bénéficier de leurs bons services ? Pas de chance pour eux, nous avons choisi de marcher ! Un cantonnier, accroupi, désherbe un fossé : à la machette, au coupe-coupe… Un zébu au piquet broute le coin de terre qui lui est confié. On entend une chèvre mais mon regard a beau scruter l’horizon impossible de saluer la cousine à Biquette, elle reste invisible… Quelques volailles ça et là, au bord du chemin, disposent de leur cage personnelle… une sorte de cloche en treillis qui leur offre un espace de 50 cm sur 50 environ… à Manille les cages étaient plus étroites… Volaille des villes et volaille des champs !

 

Nous reprenons le labeur… cette fois c’est toutes les tâches plus administratives qui nous attendent : statuts, finances,…

 

J’apprécie la sagesse de l’organisation, l’horaire tout en étant bien fourni, laisse de belles plages de liberté… les soirées notamment. Cela est bon, nous nous promenons dans la « plus que relative » fraîcheur de la nuit qui tombe. Des élèves en retraite au centre nous chantent quelques pièces de leur répertoire, dont un chant à Marie.

        7 septembre : conférence suite et voyage à Manille

La prière s’ouvre sur le « combat de Jacob » (Gn 32 : 23-31).  Chacune en partageant la bénédiction qu’elle a reçue, vient chercher une pierre. Ainsi chacune s’en retournera chez elle, avec la pierre d’une autre région. La mienne porte le numéro 15. C’est l’Australie ! Tiens ! Faut-il jumeler notre région avec le pays des kangourous ? Cela nous ferait peut-être faire des bonds de géant… je nous devine chacune à bord d’un de ces si sympathiques animaux… le tout est d’accepter de se laisser mettre en poche… hum !

 

Ce matin nous poursuivons la réflexion sur les statuts… On perçoit combien la CIB en est encore à ses débuts, et qu’il ne faut pas la paralyser dans des statuts, mais lui laisser le temps de vivre, et que la vie nous enseigne les chemins justes… la sagesse a parlé !

 

M Zoé fait le point sur le fonctionnement du Website de la CIB.

 

La séance s’achève.

 

C’est l’heure du repas… allons-y gaiement… Ce sont des moments de précieuse rencontre. Quand on vient d’horizons si variés, chaque jour apporte sa surprise…

 

 

Après-midi : Nous repartons pour une demi-journée à Manille, au « Priory house » de nos sœurs. A peine débarquées dans la cour de l’école, des personnes se précipitent sur nous pour nous « décorer »… un pin’s figurant une élève en uniforme. La porte du hall s’ouvre… dans les escaliers, une classe nous attend. Sous la direction précise et discrète du directeur de l’académie de musique, les jeunes filles interprètent pour nous quelques chants de toute beauté. Nous gravissons l’escalier pour gagner le « Lieou Sy conférence hall », pièce climatisée qui doit accueillir la suite de nos échanges. Tout le long du parcours des enfants de l’école nous accueillent en agitant des drapeaux et en scandant « Welcome, sisters !». Certaines sont en tenue de majorettes.  Impressionnant ! Pas vraiment l’habitude de devoir passer entre de telles haies d’accueil !!! Dans la pièce nous attendent comme il se doit aux Philippines : boissons et nourriture.

 

Après cet entracte, nous écoutons Sr Gisela nous présenter le travail de l’Alliance Inter Monastères. Sa collaboratrice écoute assidue…

Puis nous poursuivons par un échange concernant le thème du prochain symposium. Peu à peu une orientation se dessine : on voudrait approfondir notre conversion monastique, chemin de vie évangélique qui soit signe pour notre monde… Allier réflexion sur l’intériorité de notre vie et la présence aux fractures de notre monde, la parole prophétique… On confie au conseil de préciser mieux encore. Ensuite on évoque plusieurs noms d’intervenants possibles…  Ce n’est pas les idées qui manquent ! Faut dire qu’avec les ventilateurs nos cerveaux sont bien aérés !

 

La réunion s’achève, nous allons chanter les Vêpres avec la communauté.

 

Sitôt après nous gagnons the PWU : Philippine Women’s University : cette institution a été fondée avec pour projet la préparation de femmes à des tâches de dirigeantes dans un esprit de service. D’autres objectifs s’y sont ajoutés, telle la promotion de la culture philippine. Un spectacle haut en couleur nous y attend. « Bayanihan Dance Company » est un groupe de danse, qui allie préservation de la culture philippine et de ses danses traditionnelles avec créativité et ouverture à la nouveauté. Nous voici aux premiers rangs d’une petite salle de spectacle. Plusieurs sœurs du prieuré nous ont accompagnées. Nous formons donc quasi l’entièreté du public de cette soirée. Sur le coté une dizaine de musiciens, avec les instruments traditionnels du pays (gongs, xylophones, instruments à cordes (mandolines, guitares, …) vont nous offrir une musique forte. Les costumes très colorés sont de toute beauté. Les danses alternent en genre et rythme, depuis la romance nuptiale jusqu’aux danses plus « guerrières ».  Même la noix de coco devient source d’inspiration. C’est ainsi que nous avons droit à une danse au rythme staccato battu par les danseurs eux-mêmes : ils portent des demi coquilles de noix de coco sur le buste, dans le dos, sur la ceinture et les jambes, et les frappent avec dextérité au moyen de celles qu’ils tiennent en main… un rythme endiablé, empli de variété. Les bambous figurent eux aussi en bonne place, utilisés comme des castagnettes en une autre danse. Vient un numéro à vous faire frémir : tandis que des danseurs accroupis frappent rapidement l’un contre l’autre de longues perches de bambous, d’autres en couple, dansent glissant leurs pieds entre les bambous qui s’entrechoquent à un rythme de plus en plus effréné… rassurez-vous, il n’y a eu aucun pied broyé entre les bambous… L’heure de la dernière chorégraphie est venue… les danseurs descendent dans nos rangs, chacun invite une des sœurs et l’entraîne ensuite sur la scène… j’échappe de justesse, tous ont trouvé une cible… je puis donc contempler avec beaucoup d’amusement les braves déléguées de la CIB qui se prêtent de bon cœur au jeu ! Certaines sont particulièrement douées. Les musiciens se déchaînent. Mon cœur enfant bat des mains, ravi du spectacle !  Ah, quand notre monde abolissant les frontières formera une grande farandole… merci Seigneur, pour ce signe d’espérance !

Le rideau est tombé, les projecteurs sont éteints, il faut rentrer à Tagaytay. Bonsoir, le car. Le casse-croûte nous y attend. C’est vraiment un car-resto ! Le menu du soir nous est servi dans un superbe sac tissé. Rien n’est laissé à l’à peu près ! « Qu’en toutes choses Dieu soit glorifié » ! C’est là le leit-motiv de nos sœurs.  Les boissons circulent sous l’attention prévenante de sr Lumen. « Le moindre verre d’eau partagé… » Quelle saveur d’évangile ! Nous rentrons dans la nuit, les criquets chantent. On croit rêver… je m’arrête un peu sous le ciel étoilé. J’essaye de repérer quelques constellations invisibles depuis nos cieux. Mais ma cartographie céleste est un peu trop loin dans la mémoire… Alors, contemple simplement, petite sœur, c’est si beau.

 

        8 septembre : excursion

Aujourd’hui fête de la nativité de Marie. Monseigneur Luis Antonio Tagle évêque d’Imus vient présider l’eucharistie pour nous. Un visage rieur, bon enfant. Une célébration joyeuse, une homélie qui allie l’invitation à la prière, le bon sens et l’humour. Ce matin, plusieurs oblats et oblates de st Benoît nous ont rejointes. Tous se retrouvent pour le breakfast encore plus copieux que d’ordinaire. C’était donc possible ! Les oblates arrivent avec un bouquet de roses… chacune porte une étiquette avec un nom… elles se glissent entre les tables, avec l’aide complice des sœurs qui les aiguillent… « Good morning, sister Thérèse-Marie »… Je reçois « ma » rose avec l’étiquette qui porte au-dessus de mon nom un « God bless you » ! J’accueille celle qui me l’offre et nous partageons le repas. C’est une jeune maman, enseignante. Une autre vient se joindre à la table. On perçoit leur profond attachement à la communauté. 

Dehors, le car frétille d’impatience … Aujourd’hui direction « Dasmarinas » (30 kms au sud de Manille). Après avoir longé des murs aux parois emplies de fresques estudiantines, de bon goût, nous voici au milieu du campus de l’université de La Salle. Nous visitons la « Bahay na bato » « maison dans le roc », typique maison de riche durant la période de colonisation espagnole (19ème siècle). On y pénètre par une porte immense : les attelages devaient pouvoir y entrer autrefois ! Le rez est formé de pierres, briques et mortier, l’étage tout en bois. Dans les diverses pièces sont rassemblés des mannequins habillés en tenues d’époque, de nombreux meubles et objets de la vie quotidienne d’alors… Il y en a tant qu’on ne sait sur lequel poser son regard. Je m’arrête aux fresques qui ornent les murs de la salle à manger : quelques oiseaux et papillons peints délicatement retiennent mon souffle. On pourrait y passer des heures… mais ce n’est pas là le seul objectif du jour.

 

On remonte dans le car, nous partageons la route avec plusieurs camions,…  nos regards amusés découvrent un passager original, qui profite du trajet pour faire la sieste installé sur un tas de sacs dans la benne d’un camion… pourquoi pas ! Occasion de prier pour tous ces voyageurs…

Nous faisons une escale rapide dans une autre école tenue par nos sœurs : ici aussi les élèves doivent se compter par milliers !!! Nous  chantons l’office de midi, dans la petite chapelle de la communauté. Le car nous attend… Nous roulons vers la ferme écologique. La première pluie philippine nous surprend en chemin : une douche tropicale qui a tôt fait de transformer les routes en rivières… au fait c’est un car ou un bateau ? Le chauffeur continue imperturbable… il s’enfile dans de petits chemins qui me font deviner que le but ne doit pas être loin… je suis quelque peu impatiente : qu’est-ce qui nous attend ? Une ferme écologique… est-ce agriculture bio ? Élevage bio ? Les deux ?

 

Nous arrivons devant un bâtiment à la forme pour le moins originale… le comité d’accueil est là, avec force parapluies… le car se cale au plus près de l’accès, cette fois nous ne ferons pas notre entrée sous escorte de majorettes, mais sous toiture de parapluies. Les chaussures ou sandales sont invitées à nous attendre dans le hall, tandis que nous enfilons les tongs mises à notre disposition.

Bien sûr nous commençons par… manger. Des légumes bio aux sauces bio, avec « chicken » pour qui veut… je me risque à quelques algues… ! Du riz, du pain… Des boissons variées… nous sommes plus que gâtées. Pendant ce temps la pluie continue de laver la terre… nous pouvons la voir aisément, le bâtiment est conçu pour vous donner l’impression d’être dehors tandis que vous êtes dedans… On se prendrait à ouvrir un parapluie !

 

M Mary-John se plaît à nous faire explorer d’abord le bâtiment central, puis tout le domaine : il peut accueillir quelques groupes, pour un stage de culture biologique, d’écologie. Oui, par ici aussi, nos sœurs sont passées.

 

La pluie s’est calmée, nous allons d’un pavillon à l’autre, en traversant de beaux espaces cultivés, un site fabuleux. Des bananiers, papayers, manguiers, cocotiers,… et d’autres non identifiés. De nombreuses plantes de toutes sortes,  des fleurs de toute beauté, un jardin de plantes médicinales, quelques petites mares offrant aux bambous un espace de croissance,… Entre les divers lieux, les chemins serpentent, dansent presque, autour de l’eau, au-dessus de l’eau… un bâtiment est construit autour d’un arbre, pas de problème : un trou dans le toit permet à la ramure de s’épanouir… Cet autre espace est protégé par un treillis, quel prédateur redoute-t-on ? Je ne sais. Ici des rangées de fleurs poussent dans des demi coquilles de noix de coco suspendues, d’autres en pots de terre alignés… la nature chante… et la pluie ne l’a pas altérée… peut-être a-t-elle-même affiné son chant… instant de profonde respiration...

 

 

Là s’ouvre un ermitage, ici l’accueil pour un petit groupe : dortoir, salle à manger, salle de rencontre et … oratoire ! Oui, bien sûr nos sœurs y veillent, la culture biologique prend racine en la prière. Cet oratoire est aménagé dans le plus pur style japonais, dépouillé, recueilli, un espace ouvert sur la nature, …

« Terre bénie de Dieu, monde créé pour la louange… » Nous nous asseyons un moment en ce lieu… il respire la paix… je pense à tous les jeunes et moins jeunes qui auront la chance de faire un stage ici… Seigneur, bénis-les!!!

 

Bonheur, nous pouvons flâner et nous permettre de mordre sur l’horaire pour allonger la découverte de ce coin de terre.  Je pense à l’hymne que mes sœurs doivent chanter en ce 8 septembre : La terre desséchée, tressaille de joie : une source jaillit, transparence nouvelle où notre humanité retrouve son visage… Source pure, Vierge Marie, avec toi l’espérance renaît ! Merci Seigneur !

 

Le car nous reconduit doucement à Tagaytay… Nous rentrons enchantées. Dans le couloir de nos chambres : sur une longue table nous retrouvons notre linge lessivé, repassé, plié, rangé… oui, depuis le début du séjour, tandis que le climat fait transpirer plus que d’ordinaire, les sœurs veillent et offrent un service buanderie impeccable ! Bien pratique… les premiers jours, j’avais lessivé me disant : « avec la température, cela séchera vite »… Naïve, j’avais oublié le taux d’humidité de l’air ! En fait, il n’y a qu’un moyen pour parvenir à sécher quelque chose : suspendre la lessive dans la douche, elle s’égouttera gentiment, et caler devant un ventilateur ! Autrement, bernique !

Dernier souper à Tagaytay. Les fourmis se sont invitées. Elles processionnent en rang serré sur un mur… une armée en déplacement ! Elles nous laissent entrevoir le travail de nos sœurs pour maintenir ce petit coin de paradis en une telle qualité de vie. Sans cesse il faut lutter contre ces petits envahisseurs que les moustiquaires font rire !

M Mary-John se faufile entre les tables : chacune reçoit une petite figurine (la ste Scholastique du jardin en format réduit) et un ensemble de documents… et une photo grand format de notre groupe ! Où s’arrêtera l’attention généreuse de nos sœurs ???

Nous quittons le réfectoire, pour une dernière nuit au chant des criquets.

 

        9 septembre : Jour du Seigneur : ton visage découvert dans le pauvre !

Ce dimanche on applique la Règle de Benoît : lever plus tôt que d’ordinaire.  Bagages bouclés, car les prochaines nuits nous les passerons à Manille. Laudes, breakfast. « Le dernier » me chuchote une sœur philippine en me glissant quelques Rambotans et Lanzones (comprenez deux sortes de Liechies), le premier surnommé Barberousse par nos bons soins au vu de son apparence extérieure. En plus de leur saveur, ils ont celle de ce geste fraternel. Les sœurs sont incroyables de prévenance !

 

Aujourd’hui direction : Las Pinas, cité juste au sud de Manille. Nous sommes attendues pour la messe paroissiale à l’Eglise st Joseph. Cette église a la particularité de disposer du seul orgue au monde construit en bambou : « Bamboo Organ ». Il a été construit entre 1816 et 1824 et restauré en 1972, car tout comme l’église, il a beaucoup souffert de la seconde guerre mondiale. Hormis le jeu de trompette, tous les jeux sont en bambou. Et le bambou a gagné aussi l’église : le plafond en est recouvert, les lustres ont une ossature bambou… bref, entre les murs en pierre volcanique le bambou a trouvé mille manières de servir. L’église est comble ! Sommes-nous en retard ? Non, c’est le service précédent qui s’achève, bientôt un flot de chrétiens aux visages souvent jeunes, quitte l’église pour laisser place à la marée suivante, dont nous sommes. Le prêtre et des membres de la paroisse nous accueillent. Sr Lumen est passée par là, nous sommes vraiment attendues ! Les premiers bancs nous sont réservés ! L’eucharistie va commencer, cette fois nous allons participer à une liturgie en tagalog. Accrochez-vous ! Procession d’entrée avec les enfants de chœur en nombre, les dames qui liront la Parole, les intentions de prière et feront la collecte, une douzaine d’hommes qui distribueront la communion. Les chants sont assurés par une chorale réputée : « Las Pinas Boys’ Choir », elle est effectivement remarquable ! Un mot d’accueil du prêtre en tagalog, puis en anglais, il fait allusion à notre présence, et la foule applaudit… Pour le Gloria, 6 jeunes filles munies de tambourins dansent dans le chœur durant tout le chant. Très beau ! Un petit philippin a réussi à se faufiler jusqu’à nous, il mendie… Son regard est plein d’attente… « Ton visage découvert dans le pauvre ! » Lectures assurées par des femmes. Procession de l’Evangile avec cierges et encens. Toute l’Eglise vibre. Impressionnant ! Homélie avec quelques mots d’anglais en sandwich dans les envolées tagalog. Procession d’offrande : quelques cadeaux (nourritures précieusement emballées), le pain et le vin, emportés par une douzaine de personnes, une femme aveugle et un enfant handicapé font partie du cortège. La collecte prend place. La foule participe avec conviction aux prières. Vient le moment de la communion. Les hommes préposés à la distribution s’avancent et forment un demi-cercle autour de l’autel. Deux vont jusqu’au tabernacle, on croit rêver : ils en sortent 2 colonnes de 6 ciboires empilés les uns sur les autres… l’église n’est pourtant pas si grande ! Ah cette chrétienté philippine ! La communion distribuée, l’eucharistie s’achève. Un missionnaire aux yeux pétillants vient témoigner de son apostolat… une vraie harangue qui tient son assemblée en haleine. On va collecter pour lui et l’applaudir ! Cette fois, la messe est dite… les paroissiens au lieu de filer comme des lapins, font un dernier tour de procession, ils défilent devant le prêtre qui se tient au pied de l’autel, ils viennent chercher une bénédiction finale, un à un !!!

Après l’eucharistie, nous visitons le musée attenant à l’église : le musée du « Bamboo Organ ». Une présentation très didactique explique le fonctionnement de l’orgue, des panneaux présentent son histoire. Puis, un membre de la paroisse nous entraîne voir l’instrument de plus près. Nous gravissons un sombre escalier entre deux murs de pierre volcanique, et parvenons à la tribune. L’eucharistie achevée, l’orgue a rendu son souffle… qu’à cela ne tienne l’organiste est rappelé, et le voici qui nous sert un morceau de toute beauté.

Ensuite, nous sommes accueillies à la salle paroissiale : une trentaine de fidèles y est déjà attablée autour de quelques nouilles frites chinoises et d’ice-tea ! Le prêtre en ornement y a un mot pour chacun. Il se prépare pour l’eucharistie suivante ! C’est ton jour, Seigneur !

 

Nous regagnons le car… où nous mènes-tu, Seigneur ?

Un dépliant reçu le matin nous a annoncé la visite prochaine : Smokey Mountain. Vous cherchez de quelque montagne il s’agit ? Elle ne figure pas sur la carte cette montagne fumante ! Car ainsi les philippins ont surnommé l’immense décharge de Manille. Par la suite aplatie et transférée sur ordre du  gouvernement, elle a gardé son nom. Si elle fume parfois, c’est d’un nuage de méthane lourd qui par moment la couvre…  A l’approche le nombre de taudis longeant les rues augmente furieusement… Le car quitte la route, s’engage dans un chemin plus cahoteux : halte ! On n’entre pas sans montrer patte blanche. Oui, même Smokey Mountain a ses gardiens, je ne sais pourquoi. Sur le coté commence la décharge… Manille compte 10 millions d’habitants, cela dit l’ampleur de la décharge attenante. Ici, des hommes, des femmes, des enfants, par centaines vivent… Leur travail : avec une pique, ils fouillent, cherchent tout ce qui peut être recyclé, le trient, ils le vendront pour une bouchée de pain…

Le car ne peut aller plus loin, la route n’est plus praticable pour lui. Il ouvre ses portes. L’odeur forte nous saisit. Je devine par delà la puanteur la toxicité de cet air que doivent respirer au quotidien ceux qui n’ont pour résidence que ce seul lieu. Certaines d’entre nous ne pourront aller plus loin et attendront dans le car. Nous descendons et stupéfaction : là aussi nous sommes attendues, accueillies par des voix d’enfants « Welcome, sisters ». Souriants, ils brandissent des affiches « Welcome Communio Internationalis Benedictinarum… ». Nous grimpons dans deux voitures des sœurs bénédictines pour aller plus avant. Elles nous déposent au milieu de baraquements de tôles, une cité dans la décharge… les mouches y sont aussi nombreuses, quelques chiens tournent et retournent… 1500 familles y ont leur résidence ! La maison du Seigneur !

Une femme distribue de l’eau potable dans de grands bidons, la vie s’organise comme elle peut, en ce lieu qui nous invite… baptistère ?

A la suite des enfants et des sœurs, nous marchons à la queue leu-leu, un sentier étroit se devine entre les baraques. Procession d’entrée… Il faut vérifier où l’on pose ses pieds… des blocs de pierre offrent un gué çà et là pour franchir la boue noire qui se glisse partout, les enfants eux y courent pieds nus… Je retiens mon souffle : l’impression qu’un rien mettrait tout par terre… Au milieu de tout cela, nous gagnons un abri construit de tôles, plastics et cartons récupérés, comme tous ces habitats : un centre de jour… Oui, nos sœurs bénédictines sont là aussi… Avec l’aide de donateurs, avec leur bon zèle surtout, ce petit espace a pu être mis sur pied. Une vingtaine, une trentaine d’enfants de deux, trois, quatre ans… nous y attend. L’espace réduit est divisé en deux, une minuscule classe, et un espace de rencontre… les enfants y dansent et chantent pour nous… poignant. Nous sommes là, ils nous accueillent… Sr Judith-Ann me pointe du doigt dans ce groupe de danseurs en herbe un petit « pink » : il a le regard éveillé, rieur et danse de tout son cœur, à nous faire oublier un instant qu’il danse sur la décharge ! Chant du Gloria ! Merci petit bonhomme rose ! Une fillette vient près de moi, et plante son regard confiant dans le mien : qui console qui ? Foi, espérance : Alléluia qui traverse la nuit ! Sr Monica s’assied sur un banc de fortune, un petit s’installe sur ses genoux : langage universel de la tendresse. Parole d’Evangile !

Un ventilateur tourne : ainsi au milieu de ces baraques un peu d’électricité parvient… ma tête trop scientifique se prend à trembler pour tous ces petits ! Dans un tel dénuement, un court circuit et tout serait en feu !!! Je chasse comme je peux cette pensée.  Aux parois sont accrochés quelques panneaux didactiques : premières notions d’anatomie, les plantes utiles aux premiers soins… Bonne idée, des plantes c’est moins cher que des médicaments, et sans doute meilleur… Cela me fait réaliser qu’il n’y a en fait pas un arbre en ce lieu, pas une plante, pas une fleur, pas le moindre petit brin d’herbe … rien que les détritus…

Dans l’encadrement de l’entrée, un tout petit se met à pleurer : prière universelle…

Superbe délicatesse des sœurs : nous avoir emmenées en ce lieu un dimanche : jour du Seigneur… « ton visage découvert dans le pauvre ». Infinie bonté des sœurs, nous avoir emmenées à l’heure de la distribution des repas… ainsi nous ne sommes pas touristes parmi eux, nous pouvons tout simplement, timidement participer à cette distribution. Un système de ticket repas a été instauré, et chacun reçoit en échange de son ticket une ration de nourriture. Qui suis-je Seigneur, que tu me permettes de donner cette portion de nourriture à cette femme qui tend la main ? Je ne suis pas digne,… Ils sont pauvres, misérables, mais ils sourient mes frères et sœurs des Smokey Mountain, ils attendent avec la plus grande patience leur tour, pour recevoir cette modeste ration. Dans la détresse, ils s’entraident. Procession de communion… Les sœurs ont bien titré leur petit dépliant « Au delà de la puanteur de la “montagne fumante”  (smokey mountain) il y a la vie, il y a l’espoir ».  Elles y partagent leur projet :

- donner une formation de base aux mamans (hygiène, premiers soins, éducation), qu’elles puissent au mieux prendre soin de leur famille,

- trouver les fonds pour permettre de bâtir pour chaque famille un abri décent, pour développer ce petit centre de jour, pour soutenir le programme d’alimentation…

- trouver surtout une tonne d’amour pour réaliser tout cela… Que les uns et les autres puissent s’entraider pour s’offrir mutuellement des conditions décentes de vie…

Je me prends à rêver : si nous pouvions devenir partenaires de ce projet… cela se fait un jumelage avec une décharge ?

Nous refaisons à l’envers le chemin parcouru dans ce labyrinthe… mais ne sommes plus les mêmes… nous rejoignons le car… Que la blessure ouverte en mon cœur m’humanise, m’évangélise, me donne des yeux pour découvrir toute détresse autour de moi, des mains pour aller à la rencontre... que jamais ces visages ne s’effacent de ma mémoire… Les petits nous font signe au revoir : Allez dans la paix du Christ ! Il faut partir… sans voix ! Je repense à notre travail en conférence : quelle parole avons-nous pour notre monde ? Quelle parole avons-nous pour nos frères et sœurs de Smokey Mountain ?  Vous serez mes témoins…

 

Prochaine escale : la cathédrale de Manille.  Un bâtiment somme toute assez sobre. Ouf. J’aurais difficilement supporté beaucoup de dorures après notre visite de la décharge. Il n’y a pas de célébration à cette heure-ci, l’église est déserte… une poignée de personnes perdues dans cet immense espace prient, quelques touristes contemplent. Un homme balaye consciencieusement l’allée centrale apparemment propre pourtant… je voudrais lui demander d’aller balayer là-bas… là où les enfants sont pieds nus dans la boue et les déchets… là où mon Seigneur est pieds nus dans la boue et les déchets… Devant la cathédrale, quelques vendeurs proposent des chapelets,… et des chapeaux ! Une femme mendie… un peu plus loin une petite fille en tenue coquette déguste une crème à la glace. Une calèche espère un touriste… Hasard qui fait que l’un naît dans l’indigence et la boue, l’autre dans l’abondance et le confort… Pourquoi ?

 

Le car redémarre, il nous emmène au « Mananzan Handicrafts ».  Si vous voulez rapporter quelques souvenirs, c’est le moment… Le shopping n’a jamais été mon fort, ce n’est pas aujourd’hui que je vais pouvoir m’y convertir. Comme plusieurs, je reste un peu dans le car et grignote, le dîner nous est servi depuis un petit temps déjà, mais l’appétit n’est pas au rendez-vous… On finit par descendre et aller faire un tour en ce magasin. Les gardiens du lieu ouvrent la porte, ils ont aussi mission de bien accueillir : le gag : la matraque et le pistolet à la ceinture… ils nous enfilent à chacune un collier de coquillages ! Je regarde l’artisanat local : beaucoup de sculptures en bois, des bricolages en coquillages, des étoffes tissées,… un rayon bijou : là ne me demandez pas mon appréciation : je n’y connais rien !!! Mes bijoux à moi, ils chantent Laudes à 10.000 kms d’ici ; mes bijoux à moi, ils vivent sur la décharge à quelques kms !

On attend que toutes soient prêtes, et on repart… Direction : le « mall ». Un rapide tour dans ma petite tête : un mall c’est un centre commercial, non ? Sr Lumen nous explique que nous allons voir le plus grand mall d’Asie. Je me dis, je me trompe, ce ne doit pas être un centre commercial… Nous arrivons : une gigantesque mappemonde est devant nous, au cœur d’un rond point. Et nous voici effectivement devant un immense centre commercial… Décidément, les Philippines nous offrent les contrastes les plus déroutants : à quelques kilomètres l’un de l’autre : un important bidonville sur décharge et le plus grand centre commercial d’Asie…

 

Nous gagnons avec joie le prieuré de Manille. Je retrouve ma chambre armoire froide, douce fraîcheur ! J’ouvre le robinet et me rafraîchit… la pensée de Smokey Mountain ne me quitte pas. J’aurai franchement de la peine à déposer quoi que ce soit dans la poubelle… l’idée que cela va filer à la décharge, sous les pieds des enfants, me paralyse. « Tout considérer comme vase sacré de l’autel » nous dit Benoît… faudra que je creuse...  il y a là un lien secret...

 

Un petit temps de prière silencieuse est bienvenu.

 

Il faut nous habiller le cœur pour rencontrer les sœurs bénédictines des Philippines qui vont nous rejoindre à partir de ce soir.  Je quitte ma chambre… la chaleur moite du couloir me surprend… j’avais oublié la bienveillance du climatiseur… la différence est forte, la buée se colle aux lunettes. Un miracle du séjour : nous n’avons cessé de passer du chaud moite au tempéré, nous n’avons cessé de vivre dans les courants d’air, partageant là le sort quotidien de nos sœurs philippines… et aucune grippe, aucun rhume à déplorer !!! Grâce tropicale ?

 

Un snack de bienvenue aux bénédictines des autres couvents, l’office de Vêpres, et puis… concert au st Cecilia’s hall (une immense salle de spectacle dans l’enceinte de l’école), au programme : « une célébration de 100 ans de musique 1907-2007 » spectacle monté pour la CIB ! Les élèves de l’académie de musique nous ont préparé un récital. Cette académie est le fruit du rêve d’une sœur, artiste pianiste entrée au monastère… Rêvez, rêvez, mes sœurs,… car le Seigneur en fera jaillir plus grand que vos rêves. Les pièces se suivent (Bach, Brahms, Handel, Gounod, Puccini, Schubert et bien d’autres…): violons (maniés y compris par de petits bouts pas plus haut que trois pommes), guitare, chants … tout est d’un professionnalisme remarquable… Le dernier morceau nous époustoufle… il est joué par 100 doigts, pour fêter les cent ans de la fondation… 5 pianos étaient sur la scène depuis le début, voici qu’y prennent place 10 sœurs de la communauté dont M Mary-John : c’est parti pour une symphonie folle « Filipino folk songs ».  La connivence endiablée de nos sœurs passe dans l’auditoire : on applaudit, applaudit, on voudrait qu’elles continuent nos sœurs… Quelle bande !

Les projecteurs s’éteignent, nous sommes entraînées plus loin… au Carridad Barrion hall : les portes de la grande salle s’ouvrent sur des tables de fête : nappes bleues, serviettes dansant sur la vaisselle ! Nous y entrons au son de l’accordéon : une sœur de la communauté joue en se faufilant entre les tables ! Un vaste self-service nous attend. On rit, on échange, joyeux contact avec les sœurs des diverses communautés bénédictines des Philippines.

 

Le jour s’achève… empli de tant de contrastes…

 

    10 septembre : journée de rencontre avec les bénédictines philippines.

Première surprise du matin : au long du séjour, sr Lumen nous a vu amusées par les jeepneys : qu’à cela ne tienne ! Voici qu’elle a dévié deux jeepneys, ils nous attendent dans une cour de l’école… embarquez mes sœurs, c’est parti pour le tour du quartier ! Rires, amusements… les sœurs au cœur enfant !!!

Occasion aussi de se rappeler, au cœur de la rue entre les klaxons et les pétarades le taux de pollution incroyable… un rien de plus on asphyxierait. On comprend certains agents qui portent un masque pour régler la circulation ! Que nous dis-tu, Seigneur, à travers cette promenade ?

 

On croyait avoir fait le tour de cette cité au cœur de la ville qu’est le prieuré et son école, et bien non… il y avait encore à voir. Ce matin, M Mary-John nous entraîne à la découverte du St Scholastica’s Archives-Museum. Un lieu pour garder mémoire de ces cent ans de présence des sœurs à Manille et aux Philippines, un lieu pour garder mémoire de ces cent ans d’enseignement à Manille et ailleurs… Nous voici dans un bâtiment spacieux, organisé à la perfection. Stupéfiant ! Un étage pour la communauté, un étage pour l’école… maquettes, photos, panneaux pédagogiques, vidéos,… tout y est ! Dans une petite salle, un montage tourne en boucle : sur un fond de musique engageante, quelques photos bien choisies, nous montre la lutte pour la justice, la paix,… M Mary-John nous confie qu’elle aime beaucoup cette musique… on n’a aucune peine à saisir pourquoi. On la voit grimper les barricades dès que la cause le requiert … Au fond de cette salle, des personnages grandeur nature, en rang derrière un large calicot illustrent cette protestation… au centre de ces personnages, plus grand que les autres : une sœur ! Cela vous étonne ? Après quelques jours dans le sillage de M Mary-John et ses sœurs, cela ne surprend plus !  Un pan de mur présente quelques élèves de l’école devenus célèbres, en tête : Cory Aquino !

Nous quittons le Musée pour regagner le prieuré pour une rencontre avec nos sœurs philippines. Père Paul abbé du monastère bénédictin de Manille donne une touche masculine à notre assemblée. Par petits groupes, nous partageons les photos de nos communautés, manière de se présenter les unes aux autres. L’échange est intéressant, on entre un peu dans ces univers si variés qui communient par la racine.

 Puis vient la cérémonie de clôture car dès le lendemain certaines reprendront l’avion. Le cierge de la CIB est confié à sr Chiara, puisque la prochaine rencontre aura lieu à Rome.

 

Le soir nous nous retrouvons au réfectoire des sœurs pour le repas… les sœurs ont préparé un dernier petit spectacle. Sitôt le repas fini, les tables valsent, la scène se dégage, un piano s’avance : une sœur quelques plumes sur le crâne joue le présentateur. Rires ! Se succèdent quelques numéros : les jeunes professes dansent au rythme des bambous, une autre tourne et tourne au rythme portugais ; sr Cecilia de Croatie chante accompagnée du piano, et pour conclure bien entendu : un quatre mains au piano : M Mary-John et sr Angelica ! Vigoureux comme il se doit ! Des intrépides !

Sr Judith-Ann remercie au nom de toutes ! Il n’y a pas de mots suffisants pour caractériser un tel séjour. 

 

        11 septembre : visite à St Bède

Aujourd’hui souplesse du programme : certaines s’envolent, d’autres font un tour dans Manille, d’autres répondent à l’invitation du Père Paul et se rendent à l’abbaye de Montserrat à Manille. Je suis de la partie. Un père nous attend sur le pas de la porte. Il nous accueille tout sourire. Père Abbé le rejoint. Il s’enquiert du temps dont nous disposons : au vu, il décide : visite de l’Eglise. Ils tiennent aussi un immense collège avec grades académiques, mais il y faudrait la journée ! Une église gothique somptueuse s’ouvre à nous… nous pénétrons pour mieux en sortir, notre guide veut nous faire découvrir la façade ! Nous recevons de lui l’explication générale de l’ensemble de l’édifice, du gothique tropical ! C'est-à-dire ? Un sourire en clin : voyez les baies : pas de vitres, une simple grille doublée de moustiquaire suffit ! De toutes les fresques qui illustrent le plafond, nous recevons une explication, un décodage, passionnant. Tiens, parmi les rares saints et saintes qui figurent en cet ensemble : Thérèse d’Avila… - Que fais-tu là, toi ? - Et toi ? me répond-elle ! Faut que je l’attrape en photo !

La croix de procession vaut le détour : elle est formée de trois flèches (armes des indigènes d’autrefois). Elle fut refusée comme croix de procession lors de la visite du pape… imaginez qu’un utilisateur lui rende sa fonction première !!!!

Passage dans le cloître : un océan de lumière, de fraîcheur, au cœur de Manille !!! Visite aux défunts… frères qui avez consacré votre vie en ce lieu… bénissez le Seigneur, pour l’éternité !

Sacristie : climatisée… non pour les frères, mais pour la conservation des vêtements liturgiques ! Chapitre… et puis ? Réfectoire bien entendu : une pause avant de quitter les lieux ; un gâteau, des fruits, des boissons… Merci mes frères pour cet accueil !

Retour au prieuré ste Scholastica. Prière, repas… le groupe s’amenuise encore avec quelques vols prévus l’après-midi…

 

        12 septembre : visite à 3 communautés de Marikina

Ce matin, effervescence dans le pays : l’ancien président est poursuivi en justice pour détournement de fonds… la sentence doit tomber aujourd’hui. Coupable ? Non coupable ? Il y a quelques manifestations… le célébrant se fait attendre : qu’à cela ne tienne, on décide une ½ heure d’adoration en offrande pour la paix et la justice. La situation politique est difficile, le gouvernement semble décevoir le pays entier… alors condamner en plus l’ancien président est matière délicate. Le prêtre finit par arriver. Tandis qu’il se prépare, on nous distribue des cierges de bon calibre (ils portent une inscription dans le bas : cierge pour la paix) ; ils n’en sont visiblement pas à leur premier ni à leur dernier usage. On les allumera pour le chant final : un chant d’appel pour la paix. Et à la dernière strophe, les sœurs les brandiront littéralement ! Impressionnant !

Le verdict tombe dans la matinée : coupable de détournement, non-coupable de parjure. Il risque la prison à perpétuité. Le peuple accueille somme toute assez paisiblement ! Mes sœurs sont exaucées !

Au programme du jour : sr Lumen a prévu une visite à Marikina, sr Fely nous accompagne : là vivent côte à côte trois communautés bénédictines dépendant du prieuré de Manille : une communauté pour sœurs ainées (important qu’elles puissent vivre dans un climat plus supportable que celui de Manille !) Elles nous reçoivent avec le sourire, leurs visages disent une histoire, celle d’un amour, d’une vie donnée dans la confiance. L’ainée a 98 ans ! Moments simples de partage. Juste à côté : la communauté de formation regroupe les aspirantes, postulantes et novices. Nous passons d’une table biscuits à une table fruits ! Nulle part on n’entre aux Philippines sans être accueilli autour d’un verre, d’une nourriture… grâce de l’accueil ! Enfin, en traversant le jardin, nous parvenons au champ d’apostolat de la troisième communauté résidant en ce lieu : une vaste école s’étend devant nos yeux… Nous nous sentons en terre connue : les enfants portent les mêmes uniformes qu’à Manille. Ainsi en va-t-il dans toutes les écoles de St Scholastica ! Ici aussi les élèves se comptent par milliers !

Retour à Manille, il pleut ! Voilà pour te faire plaisir monsieur Météo… on aura quand même un brin de pluie ! On rentre alors au prieuré. Non pas en jeepney ! Mais avec les bons soins de ce fidèle chauffeur des sœurs. Toujours aussi délicat et attentionné ! Vraiment il nous a adoptées ! C’est beau cette fraternité humaine par delà les frontières !

Dernière soirée à Manille. Une ainée, super attentive me glisse qu’aujourd’hui la récréation est libre, alors elle m’invite pour jouer aux cartes : un jeu très facile m’assure-t-elle, vous saurez tout de suite ; et cela sera une belle surprise pour sr Stella et sr Mary-Samuel qui sont à l’infirmerie. Je pense donc rencontrer deux aînées. Joie de consentir à ce qui nous est proposé. Je me laisse entraîner et me retrouve assise un jeu de cartes à la main. Je découvre mes deux sœurs à l’infirmerie : deux jeunes en fait. Sr Stella roumaine, en convalescence après une opération. Sr Mary-Samuel en chimio. Autour d’un jeu de cartes on tisse les liens. Elles sont tout sourire. Sr Lumen passe, elle vient munie de sa bouteille d’eau bénite offrir la bénédiction du soir à sr Stella qui ne pouvait être à l’office. Beauté du geste de foi, fraternel et attentionné.

Cette fois, il faut aller dormir. Je salue mes hôtes. Je réalise combien, alors que j’étais partie à la rencontre de l’inconnu, ce sont des sœurs qu’il me faudra quitter demain.

 

        13 septembre : de retour à l’école avant de s’envoler

Dernier office de Laudes, dernière Eucharistie… aujourd’hui la communauté prie pour les vocations. Au moment de la prière universelle, tous les membres de l’assemblée, ensemble, invoquent le Seigneur longuement, en proclamant une des prières prévues à cet effet. Forte est la conviction avec laquelle la demande est adressée au Seigneur. Clin d’œil pour moi qui m’en retourne en un pays où les vocations sont rares.

Au sortir de cette eucharistie… dernier « Chibachi » ! Oui, Sr Lumen nous emmène et nous confie à M Mary-John… à cette heure c’est clair, c’est parti pour le « chibachi » dans la courette musicale. Allons-y gaiement ! Essayons d’entrer en cette prière : accueillir le jour, recevoir la lumière, repousser les ténèbres,…

Puis breakfast parlant, M Mary-John se lance en italien, je tâche de suivre… c’est vrai qu’après 15 jours de bouillon linguistique, on finit par s’y retrouver un peu et que l’italien tous comptes faits ce n’est pas trop chinois !

Sr Vida est chargée de nous entraîner à l’école… comique j’ai passé ma première matinée à l’école, j’y retourne pour la dernière ! Cette fois, nous visitons en priorité le quartier des plus petits. Et bonheur, nous les trouvons en classe plutôt que dans la cour de récréation. Nous arrivons dans la classe de cuisine à l’heure où les enfants s’initient à la pasta ! Avec une abbesse italienne comme visiteuse on ne pouvait mieux tomber. Dès notre entrée en classe, les enfants entonnent en chœur un « Good morning sisters » dont la musique résonne encore à mes oreilles ! On fait le tour des tables. M Giacinta approuve le travail ! La pasta sera bonne ! La classe suivante nous livre un atelier de travaux à l’aiguille : aujourd’hui fabrication de coussins. Broderie appliquée, etc… Ces classes sont des vraies ruches avec leur quarantaine d’enfants. La Miss administrator pour les plus petits nous fait le cadeau de sa présence et nous pilote dans les coins et recoins. Je ne regrette pas cette deuxième visite. Une classe de musique nous livre les instruments en attente d’élèves : une rangée de plus de 20 guitares, des instruments à percussion… il y en a pour tous les goûts. Deux salles d’informatique : deux fois 50 ordinateurs serrés les uns contre les autres, pour que chacun puisse s’initier à cette technologie nouvelle !

Une salle de théâtre, une petite troupe y répète un numéro. En passant dans les couloirs nous voyons dans les classes les enfants : la plupart disposent d’une chaise avec une tablette pour écrire. Pour les travaux de groupe, quelques groupes dans la classe, les autres assis par terre dans le couloir. Dehors, sous le préau une classe de danse !

Dans une des cours, un petit shopping center : les élèves peuvent y acheter aussi bien leur repas de midi, que les cahiers et crayons nécessaires. Quelques petites échoppes proposent les hamburgers et autres plats chauds à qui veut. Tout est prévu pour que les enfants n’aient pas besoin de sortir de l’école à l’heure de la pause… et ils sont pourtant 6000 !!!

 

Il est l’heure pour l’office de midi. Ensuite dernier repas avec les sœurs. J’échange un peu avec M Mary-John de leur projet écologique entre autres…

C’est l’heure de la sieste et des bagages. Un coup discret à ma porte : sr Aïda m’apporte quelques numéros de la revue dont elle assure la coordination : Tao-Kalikasan revue qui veut faire entendre un appel écologique aux Philippines. Les alertes sont nombreuses en ce bulletin : culture OGM, riz contaminé, diminution inquiétante de la population des abeilles (hé, sos la ruche !!!), impact du réchauffement, crise de l’eau… Vraiment nos sœurs sont présentes en toutes les fractures de leur société ! Merci sr Aïda. Que ton souci soit contagieux !

16 h 30 : il faut partir…

Le chauffeur glisse nos bagages dans le coffre. Rien à faire il ne supporte pas de nous voir les porter. C’est lui qui m’avait cueillie à l’aéroport avec sr Fely, et c’est le même tandem qui nous y reconduit. Les sœurs sont là pour nous saluer… oui, il faut se quitter ! « See you again ».  La communion internationale des bénédictines est vraiment cadeau, don de Dieu !

Arrivée sans encombre à l’aéroport, au revoir au charmant chauffeur ! Il entend bien qu’il y ait un jour un revoir, « pourquoi pas l’an prochain », me lance-t-il ? Sr Fely vient avec nous jusqu’où elle peut dans l’aéroport. Comme une bonne mère attentive elle s’inquiète de tout : vous avez l’argent nécessaire pour la taxe ? Vous êtes sûre ? Toute son amitié se dit à travers cette sollicitude. Puis voilà le premier contrôle, il faut se quitter… sr Fely file alors discrètement, elle est déjà perdue dans la foule, inutile de la chercher du regard… au revoir sr Fely !

Maintenant Thérèse, tu regardes en avant, et c’est parti pour un nouveau round d’attente, de files et de contrôles. Je ne cesse de sortir passeport, ticket, certificat d’immigration, et ceci, et cela… bon ici c’est la taxe, OK. Heureusement que les sœurs nous ont prévenues, sans quoi je serais arrivée sans les pesos requis… et le taux de change est salé ici. Me voilà donc lestée de mes derniers pesos, j’entre dans la zone « duty free »… je dois y passer deux heures. L’abondance des files et des contrôles m’a réduit la peine, il n’en reste qu’une et demie… cela me permet de prendre la température des gens du voyage… à Manille. Je m’assieds et peu de temps après une sœur philippine de l’ordre de st Camille vient s’asseoir près de moi. Nous bavardons. Elle va suivre une formation de 3 mois à Rome. Echange qui fait s’écouler les minutes de manière agréable. Elle part pour son vol. Il me reste encore un peu de temps, je marche doucement dans le dédale des couloirs, autant se dérouiller avant les longues heures de vol, je passe un à un de nouveaux contrôles : alors pour celui-ci c’est le passeport, pour celui-là le ticket, pour celui-là les deux, … il me semble arriver, non, encore un contrôle : un jeune douanier en uniforme me réclame pour la nième fois mon passeport… est-il donc si précieux ce document ? Puis il me demande mon rosary… un rapide tour en ma cervelle… qu’est ce que c’est que ce papier encore ? Soudain je réalise, on a changé de registre… il souhaite un chapelet ! Et ouf, je viens d’en glisser un, cadeau d’une sœur philippine, dans mon sac à dos : heureusement qu’il n’est pas parti pour la soute à bagages ! Je lui donne, il est ravi ! Et ainsi je quitte le dernier contrôle, avec le large sourire d’un douanier comblé par un chapelet ! Il ne le quitte pas des yeux ! Oui, Thérèse, c’est ton au revoir aux si chrétiennes Philippines !

 

Dernière attente devant le quai d’embarquement… des femmes sont là avec des tout petits, prêtes pour un si long vol. J’admire ! On embarque… vol au dessus de Manille qui plongée dans la nuit, brille de tous ses feux. Cette fois ma compagne de voyage est une jeune espagnole avide de sommeil. Il ne me faudra vraiment pas soutenir la conversation. Juste quelques mots de temps à autre. Tandis que nous volons dans la nuit noire, je laisse tout le film de ce séjour se dérouler dans ma tête. Ai-je rêvé ?

Escale à Guangzhou. Une longue heure d’attente… qu’importe, une de plus ou de moins… on est en chemin ! Cela donne du temps au temps. Et la prière coule pour tous ces visages rencontrés, action de grâce, intercession… Dans le fond le voyage sera trop court… On a tant à partager, Jésus…

Redécollage…  Le jour s’achève… enfin quel jour, heure de Manille ? heure d’Europe ?

 

        14 septembre : bonjour la Belgique

Beaucoup sommeillent, je relève régulièrement le volet du hublot… nous allons bénéficier d’un long lever de soleil… on va de l’Est à l’Ouest… alors le soleil doit se battre, il n’en finit pas de se lever. C’est de toute beauté. Je prends quelques photos.  Mais monsieur l’avion ne veut pas s’arrêter, pour que le ciel ait le temps de poser ! Soit ! Fiat ! Finalement le voyage ne me parait pas trop long…

Je pense à nos sœurs de Manille. Aujourd’hui en la Croix Glorieuse, elles vont fêter l’anniversaire de leur fondation,… hors de leurs murs : oui, elles vont faire la fête avec les enfants à Smokey Mountain. J’en ai les larmes aux yeux ! Je les vois en ce lieu,… merci mes sœurs d’être là. Merci d’être qui vous êtes et de l’être si bien ! Je pense à mes sœurs d’Hurtebise, deux anniversaires de profession aujourd’hui. Le monde un village…

On annonce l’atterrissage. Voici Frankfurt de jour ! Des contrôles bien entendu. Tiens ! Là, ils fouillent systématiquement les bagages à main. Je me prépare à l’opération. Mais non quand j’arrive au contrôle, je passe sans la moindre difficulté… quelques mètres plus loin je m’arrête stupéfaite et observe… il semblerait que les fouilles soient réservées aux non-européens… j’ai mal à mon Europe. Pardon, mes frères et sœurs… je voudrais vous serrer la main, vous accueillir au nom de tous…

J’enfile le dédale de couloirs qui n’en finissent pas. Excellent, ce moment de marche après 16 h de vol.

Le vol de Bruxelles est annoncé. On embarque. Une hôtesse nous propose la presse du jour. Bon, ben pour l’allemand ce sera plus tard. Je lui demande si elle a quelque chose en français, anglais ou néerlandais. Elle avise la pile sur son bras et m’en extirpe un journal francophone « édition Namur-Luxembourg ». Je reste baba ! Le matin à Frankfurt, ils me servent le quotidien que mes sœurs n’ont peut-être pas encore en main ! Je feuillette. Un article sur le retour de la messe en latin ! Bigre, j’étais à mille lieues de ce genre de « soucis ». Toujours pas de gouvernement en Belgique. Doucement le journal tente de me faire atterrir avant l’heure. Une heure de vol, cette fois en basse altitude : le découpage des champs, des forêts, les routes et les cités défilent. Là un village se blottit dans la brume ! Vais-je passer dessus notre clocher ? Qu’elle est jolie, notre terre. On atterrit, j’ai l’impression qu’on a à peine décollé. Merci l’avion !

La marche dans les longs couloirs… pourquoi tu te hâtes dis-moi ? Oui, une sœur t’attend ici, et les autres au monastère… Opération récupération des bagages… Hé ! mon sac sort dans les premiers. T’es pressé aussi toi ?

Je sors… un regard à gauche, un regard à droite : oui, tu es là ! Merci l’archange de m’assurer la dernière ligne du voyage. On babille gaiement. Elle me donne les nouvelles de la communauté. Cela raccourcit la route. 

12 h 30 : je pose mon sac. Un grand « bienvenue » me guette au tableau ! Tiens, ce n’est plus « Welcome sister ». Terre Thérèse ! C’est le doux temps du revoir ! En un instant on se retrouve toutes ! Moment béni, … ah, mes sœurs ! 

Quant à dire que j’ai vraiment atterri… après quelques jours, je ne le jurerais quand même pas ! Je crois avoir laissé une ancre de mon coeur en terre philippine.

 

 

 

 

Sous-pages (1) : L'Eglise aux Philippines