Chevalier d'Algues
Updated Sep 29, 2011, 1:39 AM
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Ordre des Chevaliers du Temple

non nobis domine non nobis seb nomine tua da gloriam


" Non pour nous, ô Seigneur, mais pour la gloire de ton nom"



Les Templiers


Prologue

 

    L'histoire réussit parfois mieux aux romanciers que le genre du roman ne sied aux historiens. Authentique ou légendaire, la malédiction proférée contre le roi de France par le Grand Maître de l'Ordre du Temple, Jacques de Molay, tandis que les flammes consumaient son corps, a inspiré à Maurice Druon le puissant roman de ses "Rois maudits", les trois fils du persécuteur par lesquels finit misérablement la dynastie capétienne. Avant lui, Henri Béraud avait, d'une plume magistrale, raconté l'histoire à peine inventée de ce village dauphinois coupable d'avoir pendu à l'orée d'un bois un Templier fugitif, et que seul, l'avènement de la République libérerait près de quatre siècles plus tard, du remords et du châtiment de la vengeance divine.

    Mais il arrive aussi que la réalité nue dépasse toute fiction, parce qu'aucun conteur n'aurait été capable d'en imaginer les hasards, les cocasseries burlesques ou dramatiques, les mystérieuses coïncidences. Citadelle avancée du royaume d'Aragon, la Templerie du Mas-Deu tenait sous son regard la plaine roussillonnaise, le littoral et les approches de la Catalogne. Quand on y apprit le coup de force perpétré par le roi de  France, à l'aube du 13 octobre 1307, les Templiers verrouillèrent les portes, et mirent la citadelle en état de défense : "Qu'ils y viennent !".


       635 ans plus tard, l'armée allemande, hantée par le souvenir des Chevaliers teutoniques, y entrait en force, la transforma en un gigantesque arsenal bourré d'engins. Lorsque le débarquement français en Provence contraignit la Wehrmacht à une retraite précipitée, elle fit tout sauter, et jusqu'en Espagne, on entendit, dans la nuit qui rougeoyait, le fracas des explosions.

    Bien loin de là, à l'intérieur du triangle délimité par les anciennes commanderies de Dijon, Curtil et Fontenotte, les Allemands battus mirent pareillement le feu au grand dépôt de munitions qu'ils avaient enfoui dans les profondeurs d'un vieux fort dénommé prophétiquement " le Fort Brûlé", et les fumées rousses de l'incendie obscurcirent le ciel au-dessus du plateau où les chevaliers du Temple avaient galopé à plaisir. En 1271 avait été inhumé à Fontenotte le prêtre Templier Etienne de Til-Châtel ; sa dalle funéraire était gravée de l'inscription : Dex assoille. "Que Dieu pardonne !". Et qu'il daigne assister aussi ceux qui, à tâtons, pénètrent le coeur serré dans ces dédales de l'horreur pour y chercher la parcelle d'air pur dont le nom est : Vérité.

Raymond OURSEL Historien



Histoire


    Tout commence dans les années qui suivent la première croisade en Terre Sainte (1096-1099). Malgré la prise de Jérusalem par les croisés (le 15 Juillet 1099), la sécurité des pèlerins n'est pas assurée. Entre les brigands locaux et les croisés aux buts peu louables, les pèlerinages deviennent parfois tragiques.

    

H
ugues de Payns (Hugues de Payens, de la Maison des comtes de Champagne) et Geoffroy de Saint-Omer vivant sous la Règle des chanoines de saint-Augustin choisissent d'assurer la garde du défilé d'Athlit, le chemin d'accès le plus dangereux pour les pèlerins. Ce dernier deviendra plus tard le Château Pèlerin. Et c'est en 1118 que l'Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ voit le jour ...

    Revenant près des Lieux Saints, Baudoin II, roi de Jérusalem, leur octroie une partie de son palais, à l'emplacement du Temple de Salomon. Ils deviennent alors très rapidement les Chevaliers du Temple ou Templiers du fait de cet emplacement symbolique (bâti en 961 avant Jésus-Christ, le Temple de Salomon fut détruit par les Chaldéens en 587 avant Jésus-Christ, reconstruit et définitivement détruit en 135 par l'empereur Hadrien).

        Ils se font alors assister par sept autres chevaliers français : André de Montbard (neveu de Saint-Bernard), Gondemare, Godefroy, Roral, Payen de Montdésir, Geoffroy Bisol et Archambaud de Saint-Agnan. L'Ordre du Temple prend forme en 1119 par ces neuf chevaliers désirant protéger les chrétiens en pèlerinage à Jérusalem.

    C'est au concile de Troyes (14 Janvier 1128), à la demande de Saint-bernard (Bernard de Clairvaux) que l'Ordre est véritablement créé. L'éloge de la Milice est un témoignage capital de l'importance de Saint-bernard dans la création de l'Ordre du Temple. Il aurait lui-même écrit la Règle qui régit le fonctionnement complet de l'Ordre.


Liste des participants au Concile de Troye le 14 Janvier 1128

     Légat du pape

  • Le cardinal et représentant du Pape, Matthieu d'Albano

Archevêques

  • L'archevêque de Reims, Raymond de Martigné
  • L'archevêque de Sens, Henri 1er dit «le sanglier de Boisfrogues»

      Évêques

  • L'évêque de Chartres, Geoffroy II de Lèves
  • L'évêque de Soissons, Josselin de Vierzy
  • L'évêque de Troyes, Hatton (ou Atton)
  • L'évêque d'Orléans, Jean II
  • L'évêque d'Auxerre, Hugues de Montaigu ou de Semur
  • L'évêque de Meaux, Burchard
  • L'évêque de Châlons-sur-Marne, Herbert
  • L'évêque de Laon, Barthélemy de Jur
  • L'évêque de Beauvais, Pierre Ier
  • L'évêque de Paris, Etienne de Senlis

    Cisterciens

  • L'abbé de Citeaux, Saint Étienne Harding
  • L'abbé de Clairvaux, Saint Bernard
  • L'abbé de Trois-Fontaines, Saint Roger
  • L'abbé de Pontigny, Bienheureux Hugues de Mâcon

    Bénédictins

  • L'abbé de Vézelay, Raynaud de Semur
  • L'abbé de Molesmes, Guy

    Chanoines réguliers

  • L'abbé de Reims, Ursion
  • L'abbé de Saint-Étienne de Dijon, Herbert (ou Humbert)

    Maîtres

  • Le chanoine et docteur en théologie, Albéric de Reims
  • Le chanoine et docteur en théologie, Fulcher

    Seigneurs 

  •  Le comte de Champagne, Thibaut IV de Blois
  • André de Baudemont, sénéchal du précédent
  • Le comte d'Auxerre, de Tonnerre et de Nevers, Guillaume II de Nevers

    Templiers

  • Hugues de Payns, maître
  • Godefridus (=Gondomarus ?)
  •  (Bernard) Rollandus (Marquisat de Provence, Vaucluse actuel)
  • Gaufridus Biso/Bisol = Geoffroy de Bossoit (Comté de Hainaut, Frameries, Belgique actuelle)
  • Paganus de monte Desiderii = Payen de Montdidier (dans la Somme, en Picardie)
  • Archembaudum de Sancto Amano = Archambaud de Saint-Amand (ou Saint-Amant)

 

    C'est seulement en 1147 que le pape octroie la croix pattée rouge aux Templiers. Auparavant, les chevaliers étaient seulement vêtus d'un manteau blanc et les sergents d'un manteau brun. Cette croix est cousue sur l'épaule gauche de leur vêtement. De nombreux dessins ou illustrations sont trompeurs à ce sujet ... De plus, chaque époque a adapté leur apparence à son style : le XVIIème siècle, par exemple présente le grand maître avec un chapeau, portant une plume d'ornement, ce qui semble plutôt anachronique au temps des croisades !

    Pendant près de deux siècles, les Templiers vont accroître leur aura pour revenir en Occident en 1291 après la chute de Saint-Jean d’ Acre. Leur mission de protection des pèlerins avait bien évolué et de nombreuses dérives eurent lieu. La prise d'Ascalon (Août 1153) est un exemple de l'ambition de certains grands maîtres à l'égard du pouvoir temporel. Le grand maître en fonction, Bernard de Trémelay, avait en effet cherché à bloquer l'entrée aux autres Francs dès l'ouverture d'une brèche dans les murs de la ville pour laisser le champ libre aux chevaliers du Temple ... Leur lutte continue avec les Chevalier de l'Hospital provoque souvent des tensions dans les camps des croisés et ne facilite pas la cohésion des Francs en Terre Sainte. Leur retour ne pouvait pas plaire à tout le monde, d'autant plus que l'Ordre du Temple ne faisait que s'enrichir au fil du temps : donations, achats, intérêts des prêts accordés, ... tout semblait donner à l'Ordre une puissance lui permettant de bouleverser l'organisation féodale ...

    Philippe le Bel, envieux vis-à-vis des Templiers, du fait de leurs richesses et de leur puissance a cherché par plusieurs moyens à les utiliser à ses fins. Cherchant au départ à en devenir le grand maître tout en restant roi de France, il joua un jeu de trahison qui finit par l'arrestation, le Vendredi 13 Octobre 1307 au matin, de tous les Templiers du royaume. Les Templiers étaient devenus trop puissants et ils menaçaient de dépasser les rois en fonction. Banquiers (Henri III d'Angleterre, Saint-Louis, Philippe Auguste, ... y firent appel) , milices protectrices, ils avaient pourtant bien aidé Philippe le Bel en le protégeant par exemple des émeutes à Paris qui faillirent lui coûter la vie !

    Un procès inique suivra cette arrestation bien orchestrée. Pendant sept années, les Templiers en liberté chercheront à se justifier auprès du pape, le seul à qui ils devaient théoriquement des comptes. Menacé par Philippe le Bel et ses sbires, ce dernier ne les écoutera souvent même pas ! Le 22 Mars 1312, le pape Clément V abolit l'Ordre du Temple.

    Le 18 Mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay furent livrés aux flammes d'un bûcher dressé dans l'île de la cité de Paris. Jacques de Molay, dernier grand maître du Temple (et vingt-deuxième) lança alors l'anathème «Clément, juge inique et cruel bourreau, je t'assigne à comparaître, dans quarante jours, devant le tribunal de Dieu ! Et toi aussi, roi Philippe !». De fait, Clément V et Philippe le Bel moururent respectivement le 20 Avril et le 29 Novembre de la même année ...

 



Fondation  de l'Ordre du Temple


    L
a pieuse exaltation suscitée par les terreurs de l'an 1000 (ce chiffre fatidique figure dans l'Apocalypse) avait fait les chrétiens s'engager, dès la seconde moitié du Xe siècle, sur les routes du Proche-Orient. D'aller à Saint-Jacques, au mont Cassin, aux Saints-Apôtres ne semblait plus suffisant : il fallut remonter le courant de la foi jusqu'à sa source pour s'y retremper. C'est que, des plus humbles aux plus puissants, tous s'étaient posé la même question avec une égale anxiété : “La France (cette France distincte désormais de l'Allemagne et de l'Italie qui commence à vivre de sa vie propre en 987, à l'avènement des Capétiens) doit-elle périr et le monde avec elle ?”

    Hugues, incertain de son droit, s'était refusé par scrupule à ceindre le diadème. En qualité d'Abbé de Saint-Martin de Tours, il s'était contenté de revêtir la chape du vénérable évêque, et son fils Robert, âme édifiante, n'avait eu de pensée que pour les pauvres, les infirmes et les égrotants. On attribua à une grâce de franchir la passe redoutée avec ce bénin pilote à la barre…

    C'était le premier millénaire de la Chrétienté. Reportons-nous à ces temps lointains, rendus si proches, cependant, par l'actualité. L'homme, au lieu de mettre à profit pour son rachat, son salut, la Passion de Notre-Seigneur, n'avait cessé de perpétrer crimes sur crimes, de piller, de violer, de tuer. Il eût été juste qu'il pâtît, payât son infamie de l'anéantissement annoncé et que les trompettes du Jugement dernier retentissent le jour où l'Annonciation de la Vierge coïnciderait avec le vendredi saint, suivant la prédiction d'un ermite de la Thuringe, nommé Bernard. La conjonction s'était produite en 992 ; mais c'avait été assez de l'ouragan qui dévasta le Parisis en 945 ; des famines de 990 et de 997, lesquelles, un lustre durant, chacune, désolèrent les campagnes. Dieu, auprès de qui son Fils avait intercédé, invoquant les prières du roi, des mères au sein tari, avait suspendu son geste vengeur, accordé aux coupables un délai. On le pensa, du moins; et les premiers pèlerins, armés du seul bourdon de voyage, partirent de chez nous.

    

A
près s'être agenouillé dans l'ombre des églises, on voulut se prosterner, battre sa coulpe, exhaler son repentir et sa gratitude en pleine lumière, sur le sol où le Verbe s'était incarné, afin d'obtenir la rémission plénière de ses fautes. Jérusalem ! “Les pieds y portaient d'eux-mêmes”, a dit Michelet. Heureux qui revenait plus heureux qui mourait près du tombeau du Christ, et qui pouvait lui dire, selon l'audacieuse expression d'un contemporain (Pierre d'Auvergne) : “Seigneur, vous êtes mort pour moi et je suis mort pour vous”.

    Mais on n'approchait pas sans péril de la Judée. Si, longtemps, les califes de Bagdad et du Caire s'étaient montrés tolérants à l'égard des Occidentaux, attirés par les lieux saints, aussitôt Jérusalem tombée au pouvoir des Turcs, tout avait changé. Ces musulmans arrogants, cruels, abreuvaient d'outrages les chrétiens. Après leur avoir infligé d'odieuses vexations, s'être plu à les contraindre de souiller la pierre sous laquelle le Sauveur avait été enseveli, ils les torturaient, puis les exterminaient ou les abandonnaient, mutilés, aux ardeurs du soleil.

    En vain, l'empereur Alexis Comnène, menacé par les Arabes qui campaient devant Constantinople [sur la rive asiatique du Bosphore], avait-il crié au secours, vantant aux chrétiens pour les séduire, avec des mots de proxénète, la rare beauté des filles de son pays : son appel était demeuré sans réponse. Auparavant, une éloquente lettre adressée aux princes par le pape français Sylvestre II, n'avait produit aucun effet. Cette armée, enfin, de 5o.ooo chevaliers, dont il eût voulu prendre le commandement pour accomplir la délivrance du Saint-Sépulcre, Grégoire VII avait échoué à la lever, malgré son énergie.

    Mais ce que tant de consciences, écartelées par le remords, se répétaient sans arrêt dans leur solitude, une voix s'éleva pour l'exprimer publiquement. La grande pénitence, un moine né à Amiens ou aux environs de cette ville, et que l'on avait affublé du sobriquet de coucou Piètre, Pierre l'Ermite la prêcha.

    C'était trop peu des larmes répandues : il fallait du sang ; pour cela tenir les promesses arrachées par l'épouvante et toujours différées ; payer, sans nouveau délai, de sa personne. Pierre, qui revenait tout frémissant du théâtre des horreurs turques et avait eu à Jérusalem une vision céleste, disait, avec les paroles qui transpercent les coeurs des simples, la grande pitié des pèlerins. Monté sur une mule dont on tirait des pincées de poils au passage pour s'en faire des reliques, ce petit homme malingre, à la barbe embroussaillée, enthousiaste et rude, boutait le feu aux esprits en évoquant, crucifix au poing, les souffrances des meilleurs d'entre les chrétiens. Partout, sur son passage, s'affermissait la même volonté. “On avait pleuré en Italie, on s'arma en France”, a écrit Voltaire, son habituelle ironie tombée. Gesta dei per Francos !

    Mais les menues gens, en réclamant les premiers la guerre sainte, montrèrent plus d'empressement à acquitter leur dette envers la Providence que la noblesse assemblée à Clermont sur convocation d'Urbain II. Comme on délibérait encore, s'attardait à des préparatifs, ils devancèrent la date fixée par le Souverain Pontife pour le départ des “Croisés”, car c'est ainsi qu'on appela les chrétiens résolus de soustraire la Terre Sainte à la domination des infidèles, à cause de l'insigne qu'ils adoptèrent : une croix d'étoffe rouge fixée à leur épaule ou à leur chaperon. “Chacun doit renoncer à soi-même et se charger de la croix”, avait dit Urbain II.

    Dieu le veut ! Dieu le veut !” L’immortel cri, la foule indisciplinée des gueux, serfs et vagabonds (”l'écume de la France”) (Faex residua Francorum “Guibert de Nogent”) groupés autour du Picard, le poussa d'abord. Nulle ambition ni espoir de conquête chez ces déshérités, au rebours des comtes et barons qui, sûrs de leur vaillance, de leur épée abandonnaient leurs biens à vils prix en faisant le rêve de devenir princes, rois, empereurs même dans les pays fabuleux qu'ils allaient envahir. Mais sous la conduite d'une chèvre, démunis d'armes ou presque, sans viatique, confiants en Dieu seul, que voulaient, sinon racheter leur âme, plus que la vie ! Ceux-là qui vidaient dans les mains des misérables les boisseaux de froment qu'ils avaient tenus cachés en prévision de la disette ? “Sept brebis, dit Guibert de Nogent, furent vendues sept deniers”.

    Pierre donnait l'exemple, distribuant autour de lui les dons qu'il recevait en abondance. Les pieds déchaux, seulement vêtu d'une robe de bure, il ne mangeait ni viande ni pain, ne semblait nourri que du divin souffle. Nul mieux que lui ne justifia l'opinion que la Croisade était chose plus qu'humaine, “non tam humanitus quam divinitus”. Un siècle avant François d'Assise, il incarnait la pauvreté libératrice. Et qui avait-il pour lieutenant ou pour émule ? Un valeureux guerrier nommé Gauthier-Sans-Avoir. Huit chevaux, voilà tout ce que l'on pouvait se partager entre tant de milliers d'hommes, bientôt exténués.

    Des pauvres gens qui le révéraient, l'Ermite ne devait ramener en France qu'une poignée. Dans la marche vers l'est, il en tomba une multitude telle que la route qui emprunte la vallée du Danube en fut jonchée de bout en bout.

    Trois mois et six jours après leur entrée à Cologne, le samedi de Pâques 12 avril 1096, les bandes décimées de Pierre parvinrent à Constantinople. Près de Civitot, en Asie-Mineure, il périt on ignore combien de Croisés, et Gauthier-Sans-Avoir d'abord, symboliquement percé de sept flèches, autant que le Crucifié fut de fois blessé dans sa chair. Presque tout le reste devait mourir de la faim, de la peste devant Antioche. Ébranlée, la foi chancela, faillit s'abattre sous le faix des maux. La débauche, ce vertige que rend irrésistible le spectacle de la mort triomphante en sa furie déchaînée, s'empara de ces misérables. Leur délire horrifia Pierre qui s'enfuit, incapable d'en supporter l'abomination. Il fallut, de force, le ramener au camp des Croisés en armes, arrivés enfin.

    Seule, la convoitise avait soutenu le courage défaillant de ceux-ci. Mais, Antioche emportée, la vue de Jérusalem ranima l'enthousiasme. Un mystique élan souleva et d'un seul coup fit flamber les âmes. Des chants, hymnes et cantiques jaillirent de toutes les poitrines, battirent les murs de la ville avant les vagues d'assaut des guerriers. Pas un chrétien qui ne s'agenouillât, bras tendus ou mains levées vers le ciel. Les plus fervents, prosternés, baisaient la terre, l'arrosant de leurs pleurs.

    Par l'ouverture des haillons dont, pour la plupart, les Croisés étaient couverts, on voyait la croix qu'ils avaient imprimée dans leur chair avec un fer rouge afin d'être sûrs qu'elle ne les quitterait pas, leurs habits déjà usés, pourris par les pluies, déchirés par les coups, eussent-ils achevé de s'émietter sous la brûlure du soleil.

    Les privations, les souffrances, endurées en commun, faisaient qu'on ne distinguait plus les hommes les uns des autres, toutes classes mêlées. L'épreuve avait établi entre eux une indéfectible égalité. Celui-ci était-il de la “vilainaille” et celui-là “prudhomme” ? On ne savait. Et pourquoi eût-on voulu savoir ? Tous se retrouvaient enfants de la même foi, fils du même Dieu. Cela seul importait de les réconforter, de leur assurer la vie sauve. Mais il faut voir là plus qu'une coïncidence : c'est avec la Croisade que naissent [la chevalerie forgeant sa règle et tout chevalier pouvant en créer un autre “Jusqu'au XVIIIe siècle, on put être armé chevalier sans avoir à fournir un titre de noblesse. Par la suite, recevoir l'investiture devint une obligation pour tout gentilhomme. On punit d'amende les écuyers nobles qui, passé vingt-quatre ans, n'avaient pas été faits chevaliers”] les armoiries, les devises parlantes. En même temps, les noms de famille remplacent les noms de baptême. Jean devient Lefort, par exemple, et Robert, Lebon ou Ledoux, pour leurs qualités physiques et morales. Celui-ci s'appellera Charron, à cause du métier qu'il exerce, et cet autre Dubois, Dupont ou Duval en considération du lieu où il habite. Supprimées entre eux les différences sociales, les hommes s'individualisent. Enfin, un grand sentiment de commisération se dégage de l'expérience, de la leçon des Croisades. Si fortement trempées qu'elles soient, les âmes s'attendrissent, ici, de pitié. Et les plus rudes ne sont pas les moins émues.

    L'assaut de la ville sainte avait été donné le 14 juillet 1099. Onze ans plus tard, avec quelques-uns des 3.000 chevaliers demeurés aux côtés de Godefroi de Bouillon, le pur [il mourut vierge à trente-neuf ans] Gérard de Martigues, un Provençal, fonde l'ordre religieux, puis militaire des Hospitaliers. Ces Hospitaliers, c'est mieux que ce que nous appelons prétentieusement “l'humanité” : la charité qui les inspire. A qui le chevalier dévouera-t-il le courage, la puissance qu'il tient de Dieu et dont il est si fier, si ce n'est aux débiles ? Au moyen âge, le goût du risque pour le risque ne saurait être le mobile du héros, comme on en a hasardé le paradoxe. Le chevalier n'est pas joueur. Sans la foi il ne serait qu'un aventurier, la brute ivrogne et paillarde [bonne à tout, propre à rien] qui bataillera sous la bannière de n'importe quel chef de bande deux ou trois siècles plus tard.

    Au début des Croisades, le preux (de probus, probe) a vu dans les faibles des martyrs dont l'exemple a frayé la voie à de plus faibles encore. Car on s'élança sur leurs traces. “Le père n'osait point arrêter son fils, l'épouse son époux, le maître son esclave; chacun était libre d'aller au saint tombeau (…). Aucune route, aucune cité, aucune plaine, aucune montagne qui ne fût couverte des tentes et des pavillons d'une foule de barons, de chevaliers, d'hommes et de femmes de toutes conditions”, dit la chronique.

    La fièvre des conquérants tombée (elle ne reparut que cinquante ans plus tard), une autre lui succéda, qui devait se prolonger jusque sous le règne de saint Louis et même au-delà. Presque sans interruption le zèle des peuples l'entretiendra pendant près de trois siècles.

    En pleine guerre de Cent Ans, on verra Jeanne écrire au duc de Bourgogne pour le conjurer de faire la Croisade avec les fidèles sujets du roi Charles VII plutôt que de poursuivre une lutte fratricide. Par désir d'expiation d'une faute, pour accomplir un voeu comme Vercors, le père de Violaine, dans L'Annonce faite à Marie, ou en quête du paradis promis à ceux-là qui, à défaut de pourfendre des Sarrasins, iraient en suppliants prier à Jérusalem, on organisait des pèlerinages pareils à de véritables expéditions. Il y eut même une croisade des enfants…

    Offrir un refuge aux chrétiens errants égarés, les secourir dans la détresse, tel fut l'objet des Hospitaliers, les “Frères de la Maison allemande”, comme de leurs cadets, les Chevaliers Teutoniques. En 1128, “un honnête et religieux Allemand, inspiré par la Providence, dit Jacques de Vitry, fit bâtir à Jérusalem, où il habitait avec sa femme, un hôpital pour ses compatriotes”.

    Contrairement aux infirmiers de cet hôpital, qui ne s'armèrent qu'après coup, comme les Hospitaliers, pour devenir l'ordre militaire des Chevaliers Teutoniques, les Templiers constituèrent, d'abord, un ordre guerrier.Avant d'entreprendre de soulager les misères des pèlerins, de leur prodiguer la charité chrétienne, s'ils étaient malades ou blessés, ils songèrent à les protéger en vertu de l'adage : “Mieux vaut prévenir que guérir”. Ces “moines-soldats”, ainsi qu'on les a appelés, voulaient rendre par leur bras, aussi sûr que possible à leurs frères trop faibles pour se défendre, ce désert de Judée “qui semble respirer encore la grandeur de Jehova et les épouvantements de la mort”, comme l'a vu Chateaubriand dans L'Itinéraire de Paris à Jérusalem.

    En 1118, Hugues de Payens ou de Payns (Hugo de Paganis), de la maison des comtes de Champagne, et Godefroy ou Geoffroi de Saint-Omer (Godefridus de Sancto Andemardo), d'origine flamande, qui étaient partis pour Constantinople en 1096, se consacrèrent au service de Dieu sous la règle des chanoines de Saint-Augustin. A cette date, Baudouin Dubourg, cousin et successeur de Baudouin d'Edesse, étant roi de Jérusalem, ils choisirent, afin d'y exercer une surveillance efficace, le plus dangereux pour les caravanes, de tous les défilés qui menaient au Saint-Sépulcre, celui d'Athlit. Situé à la hauteur de Nazareth, entre Césarée et Caïpha, au sud de Saint-Jean-d'Acre (l'antique Ptolémaïs), ce défilé devint par la suite célèbre sous le nom de Château-Pèlerin.

    Pour en assurer la garde, ce parut assez à Hugues et à Geoffroi de s'adjoindre sept compagnons réputés pour leur prudhomie et vaillance : André de Montbard, Gondemare, Godefroy, Roral (ou Rossal), Payen de Montdésir, Geoffroy Bisol et Archambaud de Saint-Agnan (ou de Saint-Anian) (Lejeune cite, en outre, Hugues, comte de Champagne, le fondateur de Clairvaux. Mais de 1118 à 1127 [pendant neuf ans] le nombre des chevaliers resta à neuf).

    Comme ces preux étaient sans gîte, Baudouin II leur offrit un asile à Jérusalem même, dans l'aile de son palais qui jouxtait l'ancienne mosquée d'el-Aqsâ, c'est-à-dire le Temple de Salomon (”Rex in palatio quod secus Templum Domini Australem habet partem, lis ad Tempus concessit habitaculum.” “Guillaume de Tyr”), d'où leur surnom de “Pauvres chevaliers du Christ et du temple de Salomon” (Pauperes commilitones Christi templique Salomonici).

    Auparavant (Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer avaient, tout d'abord, tenu leurs pouvoirs du patriarche Theocletes, soixante-septième successeur de l'apôtre Jean), en présence de Garimond. archevêque ou patriarche de la Ville Sainte, selon le titre quelquefois adopté par les Eglises des Gaules, ils avaient prononcé les trois voeux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, en prêtant serment de faire tout en leur pouvoir pour assurer les routes, défendre les pèlerins contre les brigandages et les attaques des infidèles : Ut vias et itinera, ad salutum perigrinorum contra latronum et incursantium insidias, pro viribus conservarent (Guillaume de Tyr).

    Par la suite, les chanoines réguliers du Saint-Sépulcre leur ayant cédé un terrain près du palais, ce fut là qu'ils édifièrent leur demeure et se fixèrent définitivement, sans préjudice de la forteresse, à destination toute militaire, qu'ils devaient bâtir à Château-Pèlerin.

    Durant les trois fois trois années qu'ils vécurent avant leur établissement, observant la règle augustinienne sans avoir été soumis à une discipline imposée par la plus haute autorité de l'Église, les Templiers remplirent, en habits séculiers, les devoirs qu'ils s'étaient prescrits. Années d'épreuve, au cours desquelles ils vécurent uniquement d'aumônes, et avec rigueur observant l'engagement qu'ils avaient pris, vis-à-vis les uns des autres, de toujours accepter le combat, fût-ce un contre trois. Leur pauvreté leur fait, d'autre part, une obligation de monter à deux sur un seul cheval, faute d'autant de montures qu'ils sont d'hommes, ou pour épargner celles dont ils disposent. Les sceaux les plus anciens de l'Ordre l'attestent, qui représentent une couple de chevaliers, la lance en arrêt, poussant leur unique cheval au galop contre l'adversaire (Ce sceau prit, par la suite, le nom de boule. Il était coulé en argent et en plomb (cf. Lavocat, Procès des Frères et de l'Ordre du Temple) et portait cette inscription : Sigillurn. militum Christi.).

    Ainsi se représente-t-on Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, faire au début de leur association la police des Saints-Lieux sur les pistes de l'immense désert, une maigre besace et la gourde à demi pleine d'eau tiédie, surie, pendues à leur selle… L'antiquité de ce cachet dénient l'accusation de manichéisme que l'on a portée contre les Templiers, en arguant de son symbolisme (Mignard : Preuves du, manichéisme de l'Ordre du Temple).

    Il n'y faut même pas chercher une allusion à la loi du binaire qui, par la suite seulement, acquerra de l'importance aux regards des Templiers quand ils seront instruits des doctrines pythagoriciennes.

    Hugues, Godefroy et les sept premiers Croisés qu'ils s'adjoignirent ne sont que des chrétiens de la plus stricte orthodoxie, choisis par le destin, sans doute, pour accomplir un grand rôle, mais qui ne voient pas au-delà de la tâche qu'ils se sont assignée : mettre les païens “hors d'état d'opprimer les fidèles”. Nulle subtilité d'esprit, aucun ésotérisme, apparemment, chez les deux compagnons, le Champenois de terre ingrate, triste, crayeuse, le Flamand de sol balayé, fouetté par l'âpre vent de mer, mais tous deux de piété fervente et sérieuse, de volonté tenace et de cœur vaillant. Le noyau des soldats du Christ est dur si le fruit, en mûrissant, gonflera une pulpe charnue, tendre, riche de sucs capiteux sous sa peau veloutée, cuivrée par le soleil d'Orient… “Combattre avec une âme pure pour le suprême et vrai roi”, voilà d'abord l'unique ambition de ces moines-soldats qui ne veulent avoir rien de commun avec les chevaliers séculiers, lesquels, par vanité, caparaçonnent leurs chevaux de soie, arborent sur leurs armures on ne sait quelles étoffes lâches et pendantes, couvrent d'ornements leurs lances, leurs boucliers, leurs selles, ont des étriers d'argent et d'or, embellis de pierres précieuses et dont “la faveur humaine est l'objet, non Jésus-Christ”.

    Les premiers Templiers, qui dépendent de la charité publique, n'ont pas d'habit distinctif. Quelle meilleure preuve, alors, d'humilité de la part de chevaliers ?

    Au surplus, leur communauté n'a rien d'exclusif. Mieux : quoique ce point ait été controversé, il faut tenir pour certain, avec Prutz, que leur règle primitive leur ait enjoint de rechercher tout particulièrement les “chevaliers escomeniés” (excommuniés) et de les convaincre d'entrer dans leur Ordre, après absolution de l'évêque. On admire ce qu'il y a de généreux, de chrétien [d'habile, en même temps, s'il est vrai qu'on peut attendre plus des âmes ardentes à l'excès que des tièdes] dans une telle entreprise de rachat, des sacrilèges, des impies, des voleurs, des meurtriers, des parjures et des adultères ! Discipliner les rebelles, ramener les égarés, fournir aux coupables l'occasion de se réhabiliter, voilà œuvre qui ne doit pas être moins agréable à Notre-Seigneur que celle de donner en son nom la mort aux oppresseurs et tourmenteurs des fidèles. Ainsi, le sénéchal du roman intitulé La Rose (1199 ou 1201, selon Servois), pour se punir d'avoir fait violence à Liénor, “entre dans l'Ordre des Templiers” ; de même le duc de La Châtelaine de Vergi (1288), après le meurtre de sa femme. Tard, la communauté restera une espèce de légion étrangère où l'on pourra, par une conduite édifiante, se refaire un nom respecté… De là, dans l'avenir, le privilège qui sera conféré aux Templiers de jouir d'une complète immunité touchant les sentences d'excommunication prononcées par les évêques et les prêtres paroissiaux. Qu'on fasse son purgatoire ici-bas, dans le cercle de cette nouvelle milice composée de chevaliers qui sont aussi des religieux, inquiète cependant l'Église et éveille ses soupçons…

    Après tout, Hugues de Payns était-il si simple que cela ? N'a-t-il pas deviné la force de l'union, entrevu l'immense avenir proposé à ceux qui savent, par la volonté, la soumission librement consentie à une rigoureuse discipline, dominer un monde instable, hésitant entre les voies à suivre, tiraillé par des motifs frivoles, animé par un vain appétit de gloire, le désir de s'emparer aussitôt d'un bien convoité ?…

     Il sentit, en tout cas, le péril qui le menaçait, et l'urgence d'obtenir pour son Ordre, enrichi déjà par les dons de pèlerins débordant de gratitude, la sanction la plus haute, c'est-à-dire sa reconnaissance par le pape.

    Dès l'automne de 1127, il délègue à Rome six de ses plus féaux, dont André de Montbard et Gondemare, précédés par une réputation de courage et de sainteté. Il faut lire le vibrant panégyrique (De lande novae militiae), que devait écrire en l'honneur des Templiers, Bernard, le puissant abbé de Clairvaux [la claire vallée] en Champagne, pour comprendre qu'avant même qu'ils touchassent sa terre natale, les ambassadeurs de Hugues de Payns avaient cause gagnée. “L'âme des Croisades”, comme on l'a appelé, le saint petit moine au poil roux, dévoré de divine ardeur et de phtisie, qui domine de son haut esprit la chrétienté tout entière, conseille s'il ne régente le pape, accueillit à bras ouverts ces preux selon son cœur. Énergiques : le réformateur de Cîteaux est homme d'action ; simples : il abhorre les ornements fastueux sous lesquels la superstition des croyants masque ou dérobe l'idéale figure de la Divinité, les Templiers lui apparaissent comme l'incarnation même des mâles serviteurs, dont il a toujours rêvé pour la foi.

    Au service de la religion, de la Vierge à laquelle il avait voué un culte, il voulait une milice de taille à frayer la voie de la Terre Sainte aux foules des croyants (Lettre 332 aux clercs et au peuple de France ; Lettre 395 à Manuel Comnène). Ces chevaliers au crâne tondu, que n'efféminent point des bains trop souvent renouvelés, qui sont “hirsutes et négligés, noirs de poussière, la peau brûlée par le soleil et aussi bronzés que leur cuirasse”, il salue, bénit en eux, dans la forte odeur de suint dont ils sont enveloppés, les plus aimables d'entre les brebis de Notre-Seigneur. C'est en soldat que les célèbre le commentateur du Cantique des Cantiques.“… Quand sonne l'heure de la guerre, ils se bardent au dedans de foi, au dehors de fer et non de dorures ; ils veulent s'armer, non se parer ; inspirer la terreur à l'ennemi, et non tenter sa cupidité. Ils s'inquiètent d'avoir des chevaux rapides sans souci de les décorer de toutes les couleurs : c'est qu'ils vont à la bataille, non à la parade, désireux de victoire et non de vaine gloire, préoccupés de se faire craindre plutôt qu'admirer…”

    Le patriarche Etienne de la Fierté avait sollicité d'Honorius II (Lambert, évêque d'Osie, élu pape le 11 décembre 1124, sous ce nom) l'accord aux Templiers de la règle qu'ils demandaient. Mais on ne pouvait faire mieux que de s'adresser à Bernard pour qu'il appuyât leur requête. Aussi les émissaires d'Hugues de Payns étaient-ils munis de la lettre ci-dessous, adressée à l'abbé de Clairvaux par le P. Chrysostome, et tout au long reproduite par Henriquez :“Beaudouin II, par la grâce de Jésus-Christ roi de Jérusalem, prince d'Antioche au vénérable P. Bernard, abbé de Clairvaux, salut et respect”.

    Les frères Templiers, que Dieu inspira pour la défense de cette province et protégea d'une façon remarquable, désirent obtenir la confirmation apostolique, ainsi qu'une règle fixe de conduite. A ce fait, nous avons envoyé André (de Montbard) et Gundomar, illustres par leurs exploits guerriers et la noblesse de leur sang, afin qu'ils sollicitent du Souverain Pontife l'approbation de leur Ordre, et s'efforcent d'obtenir de lui des subsides et des secours contre les ennemis de la foi, ligués tous pour nous supplanter et renverser notre règne”.

 

        Sachant bien de quel poids peut être votre intercession tant auprès de Dieu qu'auprès de son Vicaire et des autres princes orthodoxes de l'Europe, nous confions à votre prudence cette double mission dont le succès nous sera très agréable”.

        Fondez les constitutions des Templiers de telle sorte qu'ils ne s'éloignent pas du fracas et du tumulte de la guerre, et qu'ils restent les utiles auxiliaires des princes chrétiens…”

        Faites en sorte que nous puissions, si Dieu le permet, voir bientôt l'heureuse issue de cette affaire”.


        Adressez pour nous des prières à Dieu”.


        Qu'il vous ait en sa Sainte Garde”.


    Munis de cette recommandation royale, les ambassadeurs de Hugues de Payns s'étaient embarqués pour le port d'Italie le plus proche, et avaient été accueillis à Rome par le pape qui leur avait fait rendre les hommages dus à leur rang et à leur courage, et s'était entretenu longuement avec eux de l'état de la Terre Sainte. A Troyes, on a vu qu'ils ne furent pas reçus avec moins d'égards par Bernard que par Honorius II.

    L'objet de l'abbé de Clairvaux était, comme on l'a dit, “d'associer l'épée temporelle et l'épée spirituelle”.

    N'écrivait-il pas au pape Eugène (Lettre 56) : “Il faut sortir les deux glaives” ? Pour servir d'avant-garde à l'armée de la foi qu'il voulait lever (c'est lui qui prêchera la seconde Croisade en 1147), il ambitionnait de constituer une milice permanente, composée de guerriers d'élite. Et voilà qu'elle venait à lui toute équipée et prête à férir. Dans son exultation, il se hâta de convoquer un concile dans la capitale de la Champagne. Ce concile s'ouvrit le 13 janvier 1128 ; et Bernard s'excusa d'abord de ne point s'y rendre, arguant d'une fièvre aiguë qui l'épuisait. “Les affaires pour lesquelles on veut interrompre mon silence sont faciles ou non, disait-il en outre. Si elles sont faciles, on peut les faire sans moi ; si elles sont difficiles, je ne puis les faire, à moins qu'on ne me croie capable de ce qui est impossible aux autres”. Mais, enfin, dominant par un immense effort de volonté ses maux, sa faiblesse, il parut à l'assemblée que présidait le cardinal Mathieu, évêque d'Albane ou Albano et légat pontifical, assisté de treize évêques et archevêques, de neuf abbés illustres et de plusieurs grands seigneurs, enflammant tout le monde par son seul aspect. Bernard, chacun le sentait, était l'âme du concile.

    En suivit-il régulièrement les débats ?

    On l'ignore. Mais c'est lui qui a tracé le plan, inspiré la rédaction de la règle sollicitée par les Templiers [règle dite latine] et qui, complétée, réformée comme elle devait l'être par la suite, reçut toujours l'approbation sans réserve de l'Église.

        L'humble escrivain”, le scribe de la règle du Temple. Jolian Michiel (de Saint-Michel ou de Saint-Michel), rédigea, en effet, celle-ci “par le commandement du concile et du vénérable père Bernard abbés de Clervaux”.

Sources : Texte de John Charpentier, L'Ordre des Templiers - Editeur : La Colombe - 1962 



Histoire de l'Ordre du Temple


    L'histoire de l'ordre est étroitement liée à celle des Croisades et de la Reconquista. Comme les cisterciens, les Templiers accomplirent un vaste travail de défrichement et d'irrigation. Rapidement, l'ordre acquit de grandes richesses, et devint le banquier des papes et des rois. Son activité militaire fut également importante, les Templiers participant aux grandes batailles à la fois au Moyen Orient (Ascalon, Ansur, Gaza, Daroum, Ramlah, Damiette, Alep et Mansourah) et en Espagne (Las Navas de Tolosa, Badajoz, Cáceres, Alarcos, Salvatierra).

    Nicolas IV et Clément IV promulguèrent de nombreuses bulles pour confirmer les privilèges Templiers. Mais quand Martin IV et le Templier Raymond de Lille tentèrent d'unir Hospitaliers et Templiers, la réforme échoua. Elle fut tentée de nouveau par Boniface VIII, mais celui-ci se heurta à l'opposition du maître Jacques de Molay.

    La chute de l'Empire latin d'Orient précipita le destin du Temple. Au lieu de se replier en Espagne, l'ordre se concentra en France, où il n'avait pas de rôle militaire à tenir. Philippe le Bel, les jugeant encombrants, décida donc de s'en débarrasser. Le 13 octobre 1307, tous les Templiers de France furent jetés en prison. Philippe le Bel saisit la tour du Temple, où se trouvaient leurs archives leur trésor et leur comptabilité. Les dominicains chargés de l'interrogatoire firent avouer aux frères toutes sortes d'ignominies, mais plusieurs se rétractèrent ensuite. Clément V, circonscrit par Philippe le Bel, fit lire à l'ouverture de la 2e session du Concile de Vienne (avril 1312) la suppression par provision de l'ordre, en attendant un concile définitif sur le sujet (qui ne se réunit jamais). En 1314, Jacques de Molay et le commandeur de Normandie furent brûlés vifs dans l'île aux Juifs.

    Les Hospitaliers héritèrent des biens du Temple sauf en Aragon et Portugal où furent créés des ordres successeurs du Temple, Notre-Dame de Montesa en Aragon en 1317 et l'ordre du Christ en 1319 au Portugal. De nombreux Templiers rejoignirent les Hospitaliers ou se retirèrent dans des maisons religieuses. Au XVIIe s., certaines observances maçonniques prétendirent avoir une filiation avec les Templiers, mais sans fondement.

    Les origines de l'ordre sont mal connues, les archives ayant été perdues au moment de sa dissolution en 1311. Il est certain pourtant que les Templiers sont apparus plus beaucoup plus tard que les autres ordres militaires, dont ils deviennent les grands rivaux, et d'autre part qye leur vocation militaire est pratiquement d'origine ce qui montre bien l'évolution des mentalités entre le XIe et le XIIe s.

    En 1114, un chevalier champenois du nom d’Hugues de Payns revient en Terre Sainte pour la deuxième fois et s’y installe. Vers 1118 (entre 1119-1120 selon Laurent Dailliez), en compagnie de Godefroy de St Omer et de huit autres chevaliers, il crée une milice : les pauvres chevaliers du Christ. Une milice dont l’objectif est de protéger les pèlerins, d’assurer la sécurité des chemins et la garde du St Sépulcre.

    Ils résolurent de vivre en communauté suivant l’exemple des chanoines réguliers, régis par la règle de St Augustin et prononcer les trois vœux : Pauvreté, Chasteté et Obéissance et par un quatrième s’engagèrent à défendre les pèlerins dans leur personne et dans leurs biens.

    En 1119, Hugues de Payns (petit noble de Champagne) et Geoffroy de Saint-Omer, deux chevaliers français, fondent l'ordre des Pauvres Chevaliers du Christ, futur ordre du Temple. Leur objectif est de protéger les pèlerins par les armes, notamment sur la route Jaffa-Jérusalem. Ils se placent sous la protection de Baudouin II, qui vient d'être couronné roi de Jérusalem. L'ordre observe la règle des chanoines réguliers du Saint-Sépulcre, et s'installe dans la partie méridionale du Temple de Jérusalem, qui leur a été donnée par Baudouin. En 1128, il y a déjà 14 frères chevaliers. « Certains nobles chevaliers, pleins de dévotion envers Dieu, religieux et craignant Dieu, se remettent entre les mains du seigneur patriarche pour le service du Christ, firent profession de vouloir vivre perpétuellement selon la coutume des chanoines en observant la chasteté et l’obéissance et en repoussant toute propriété. » Guillaume de Tyr

        «Le roi, ses chevaliers et le seigneur patriarche furent remplis de compassion pour ses nobles qui avaient tout abandonné pour le Christ, et leur donnèrent certaines propriétés et bénéfices pour subvenir à leurs besoins. Et parce qu’ils n’avaient pas d’église ou d’habitation qui leur appartint, le roi les logea dans son palais, près du Temple du Seigneur. L’abbé et les chanoines réguliers du Temple leur donnèrent, pour les besoins de leur service, un terrain non loin du palais. » Jacques de Vitry et parce que l’enclos du Temple de Salomon devint ainsi leur lieu d’hébergement, ils changèrent leur dénomination de « pauvre Chevalier du Christ » en celle de « Chevaliers du Temple, ou Templiers »

    On ne saurait préciser la date à laquelle ce changement intervint mais ce fut sous le règne de Baudouin II de Jérusalem.

    Malgré des débuts difficiles, l’Ordre va assurer la sécurité à travers le Royaume de Jérusalem pendant près de neuf ans. En 1127, Hugues de Payns, sur la suggestion de Baudouin, part au Saint-Siège demander la confirmation de son ordre. Il est renvoyé au concile de Troyes de 1128. Celui-ci approuve l'ordre et lui donne une règle rénovée. Hugues de Payns parcourt ensuite la France et l'Angleterre, recevant de nombreux dons, mais échoue à recevoir la bénédiction de Bernard de Clairvaux on sait que S. Bernard a dissuadé le comte de Champagne d'entrer chez les Templiers, la milice ne lui paraissant pas conforme à son idéal religieux. S. Bernard se ravise néanmoins : en janvier 1128, il fait venir les Templiers devant le concile de Sens, pour qu'ils exposent leur projet. Il rédige également une Louange de la nouvelle milice où il vante les mérites des Templiers : « ils doivent apprendre à combattre comme des lions et à haïr l'ennemi. » Tous les cisterciens ne sont pas si enthousiastes : le théologien Isaac de l'Étoile craint qu'ils « ne prennent le goût du sang ».

    Bernard de Clairvaux qui est la plus haute autorité spirituelle de l’époque leur soumet une règle de vie qui sera validée lors du concile de Troyes.

    Celui-ci se réuni donc le 13 Janvier 1128 dans la cathédrale de Troyes, présidé par le légat du pape, le cardinal Mathieu d’Albano assisté des archevêques de Sens et de Reims, de dix évêques et d’un grand nombre d’abbés, de scoliastes et de clercs. Parmi les dignitaires du siècle figurent le comte Thibaud de Champagne et le comte de Nevers.

    Les frères chevaliers Godefroi, Roland, Joffroi, Bisot, Archambaud de St Amand et Payen de Montedidier assistaient Hugues de Payns.

    Celui-ci exposa au chapitre « la manière et l’établissement » de son Ordre :
« Et modum et observantiam equestris ordinis par singula capitula ex ore ipsius predicti magistri hugonis audire meruimus » relate Jehan Michel qui rédigea le procès verbal, et de rajouter : « ac, juxta noticiam exiguitatis nostrae sciencae, quod nobis videbatur bonum et utile colaudavimus ; verum enimvero quod nobis videbatur absurdum… » ( Et selon la connaissance de la petitesse de notre science, ce qui nous paru bon, nous l’approuvâmes, ce qui parut déraisonnable nous l’évitâmes.

    La milice prend alors le nom de « Ordre du Temple »   

    Hugues de Payns et ses compagnons, munis de la règle du nouvel ordre, s’étaient dès le printemps 1128, dispersés à travers toute l’Europe pour recruter de nouveaux membres et obtenir des aides matérielles et financières indispensables.

    L’idéale Templier, en ce qu’il comportait de vertus chevaleresques et d’esprit de charité, répondait à merveille aux inquiétudes spirituelles.

    «Une nouvelle chevalerie est apparue dans la terre de l’incarnation. Elle est veuve, dis je, et non encore éprouvée dans le monde, où elle mène un combat double. Tantôt contre les adversaires de chair et de sang, tantôt contre l’esprit du mal dans les cieux. Et que ses chevaliers résistent par la force de leur corps à des ennemis corporels, je ne juge pas cela merveilleux, car je ne l’estime pas rare. Mais qu’ils mènent la guerre par la force de l’esprit contre les vices et les démons, je l’appellerai non seulement merveilleux, mais digne de toutes les louanges accordées aux religieux….»

    Le chevalier est vraiment sans peur et sans reproche qui protège son âme par l’armure de la Foi, comme il couvre son corps d’une cotte de mailles. Doublement armé, il n’a peur ni des démons ni des hommes. Assurément, celui qui souhaite mourir ne craint pas la mort… » St Bernard de Clairvaux

    De nombreux dons des plus divers vont affluer : chevaux, armures, manteaux, braies, chemises, terres et maisons….

    L’ enthousiasme gagna les plus grands seigneurs de la chrétienté.

    En 1130, en Espagne, Raymond III, comte de Barcelone et Marquis de Provence, prend l’habit et donne ses châteaux de Granena et Barbera.

    En 1132, le comte Urgel Ermangaud donne lui aussi son château.

    En 1134, Raymond IV de Barcelone et vingt-quatre de ses chevaliers se mettent au service de l’Ordre pendant un an.

    Le roi, Alphonse de Castille et d’Aragon ayant enlevé la place de Calatrava aux maures, la donne à la gérance de l’Archevêque de Tolède qui confit la sécurité de la cité aux Templiers. Ce même souverain voulu partager son royaume entre les Templiers et les Hospitaliers car il n’avait point de descendance. Les Templiers refusèrent l’offre en prétextant qu’il n’était point de leur attribution d’être les gérants d’un royaume. Devant leur modestie, le roi leur confia alors les châteaux de Calamera, Montjoie, Curbin, Ramonila, Monzon.

    Au Portugal, Don Alphonse, fils de la reine Thérèse, leur donna la forêt de Céra, encore accupée par les Sarrasins. L’ordre les en chassa et fonda les villes de Coïmbra, Ega et Rodin.

    Le 29 mars 1139, le Pape Innocent II publie sa Bulle « Omne datum optimum ». Il va permettre au Temple de prendre son indépendance face au Patriarche de Jérusalem. L’ordre ne payera plus la Dîme mais pourra la percevoir sur ses domaines. Enfin il pourra construire ses propres églises et avoir ses cimetières.

    Dés lors, l’Ordre ne cessera de s’émanciper en France puis dans le reste de l’Europe ainsi qu’en Terre Sainte.

    De retour en Palestine, L’Ordre est engagé chaque fois que cela est nécessaire. Les Templiers prennent une place importante dans le dispositif militaire défensif du monde chrétien et des Etats Latins et reçoivent de nombreux châteaux : tel que Tortose qui devient leur maison chevêtaine, la Roche Guillaume, Chastel Blanc, Sidon, Beaufort et Gaza. Ils reçoivent aussi une partie de Jéricho et le Temple de Salomon.

    Leur nombre, leur organisation, leur discipline, permet à l’Ordre de garantir un dispositif permanant et efficace qui force le respect de ses alliés et suscite la crainte dans les rangs ennemis.« Lions en guerre, agneaux en paix. Durs et féroces avec les ennemis du Christ, ils marchent précédés d’une bannière noire et blanche, qu’ils appellent Baussant ou Baucéant. »

    Le Gonfanon Baussant noir et blanc (qui veut dire mi-parti, s’y ajoute après 1145 une croix de gueule). Il est le point de ralliement des chevaliers lors des batailles. Ils doivent l’entourer du mieux qu’ils le pourront. Un frère ne doit baisser la bannière sous aucun prétexte, même pour se défendre. C’est une faute grave qui est sanctionné par la perte de l’habit.

    En 1147, le pape Eugène III assiste à un chapitre, en présence de 130 chevaliers et du maître de France Evrard des Barres. Impressionné, il leur octroie le droit de porter la croix vermeille sur le coté gauche. « Que cet insigne, leur serve de bouclier et qu’ils ne tournent jamais bride en face d’aucun infidèle. » La croix symbolise également le martyre et le sang du Christ.

    Pendant les croisades, des milliers de pèlerins vont sur les routes en direction de Jérusalem. Hors celles-ci sont peu sûres et bien souvent des brigands et autres coupe-jarrets les détroussent de tous leurs biens. C’est pourquoi, les templiers vont proposer des « attestations de crédit ». Contre une somme déposée dans une des nombreuses commanderies jalonnant sa route, le pèlerin se verra remettre une lettre de change à son nom, sans valeur pour d’autres. Une fois arrivé à Jérusalem, la somme lui est restituée.

    Avec la chute de Jérusalem le 23 août 1244 où les templiers payeront un lourd tribut avec la perte de trois cents d’entre eux, les Etats latins tombent les uns après les autres. Les dernières forces Occidentales se regroupent à St Jean d’Acre. Mais à partir du 5 avril 1291, le nouveau Sultan Qalâwun assiège la cité.

    Acculé comme les autres défenseur de la ville, les templiers se retirent dans leur couvent-forteresse de « la voûte d’Acre » et se battent jusqu’au dernier. Le 28 mai, ils furent ensevelis avec deux milles adversaires après l’effondrement de la voûte de la commanderie. Cela scella le sort des Francs en Orient.

    Ceux qui auront réussi à rejoindre Château Pèlerin, embarqueront pour Chypre le 12 août 1291.
L’ordre va continuer à prospérer après les croisades, achetant des terres et vendant le fruit de ses productions agricoles et artisanales. Mais pour beaucoup le commerce n’est pas concevable pour un ordre qui prétend vivre dans la pauvreté, de plus la présence de commanderies est mal acceptée par les autorités cléricales locales.

    La raison d’être de l’Ordre résidait dans les croisades. Mais tout cela est maintenant terminé et nombre de ceux qui avaient un idéal sont tombés en Terre Sainte. Il devient évident que son existence est menacée par ceux qui considèrent sa présence comme inutile. L’Ordre parait de plus en plus orgueilleux et ne semble plus attirer que des gens sans scrupules.

        En 1293, Jacques de Molay est élu à la tête de l’Ordre. Il refuse la demande du pape Clément V de fusionner avec les Hospitaliers.

    A cette époque, les terres du Temple, sont cinq fois plus nombreuses que celle du roi de France, Philippe Le Bel. Ce dernier a du mal à assouvir son pouvoir et son autorité alors que ses barons se gaussent de la situation. De plus le Souverain a des problèmes d’argent et ses relations avec Clément V sont tendues.

    C’est son conseiller Nogaret, son conseiller qui va tout manigancer. Il connaît un ancien templier : Esquieu de Floyran chassé de l’Ordre et jeté en prison pour de graves fautes. Celui-ci lui rapporte de soi-disant pratiques d’adorations d’idoles, d’actes obscènes et d’hérésie. Les prétextes de chocs sont trouvés. Nogaret va en informer le roi qui va commander l’arrestation de tous les Templiers.

    Tôt le matin du vendredi 13 octobre 1307, toutes les commanderies sont investies par les forces royales.

    Philippe le Bel ordonne alors que les templiers soient jugés. A partir du 19 octobre, des interrogatoires seront mis en place et la torture sera utilisée pour les faire avouer.

    Trente huit d’entre eux vont mourir en refusant de parler. Mais certains avoueront dans la confusion la plus totale: sodomie, adoration d’idole, reniement de la croix et sympathie avec l’Islam. Cinquante quatre d’entre eux seront brûlés à Paris le 12 mai 1310. A la suite de cet événement, les templiers avoueront tout et n’importe quoi afin d’éviter le bûché.

    Le 22 mars 1312, le Pape Clément V dans sa Bulle « Vox in excelso » prononce non sans amertume l’abolition de l’Ordre du Temple. Ses biens seront redistribués aux Hospitaliers
Le 18 mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay avouent avoir menti et préfèrent mourir l’âme en paix plutôt que de laisser accusé l’Ordre de la sorte.

    Le même jour, Philippe le Bel décide de réunir son propre conseil et condamne de relaps les deux templiers. Faisant fi de la bulle qui protégeait l’Ordre, uniquement sous tutelle du Pape et outrepassant ses droits, il l’envoie au bûcher installé en toute hâte sur l’île aux juifs face à Notre-Dame.On dit que c’est sur le bûcher que Jacques de Molay cita le Pape Clément V et le Roi de France à comparaître devant le tribunal Divin avant un an.

  • Selon le témoignage du chroniqueur Geoffroy de Paris, Jacques de Molay est mort dignement, brûlé sur le bûcher en 1314 : « Le maître, qui vit le feu prêt, s'est dépouillé immédiatement, et se mit tout nu en sa chemise... Il ne trembla à aucun moment, bien qu'on le tire et bouscule. Ils l'ont pris pour le lier au poteau, et lui, souriant et joyeux, se laisse faire. Ils lui attachent les mains, mais il leur dit : "Dieu sait qui a tort et a péché, et le malheur s'abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tort. Dieu vengera notre mort. Seigneur sachez que, en vérité, tous ceux qui nous sont contraires par nous auront à souffrir". »
  • Dans son Histoire des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, l'abbé de Vertot affirme qu'au moment où tous ses juges et tout Paris s'attendaient à voir Jacques de Molay confirmer publiquement ses prétendus aveux : « on fut bien surpris lorsque ce prisonnier secouant les chaînes dont il était chargé, s'avança jusqu'au bord de l'échafaud, d'une contenance assurée ; puis, élevant la voix pour être mieux entendu : il est bien juste, s'écria-t-il, que dans un si terrible jour, et dans les derniers moments de ma vie, je découvre toute l'iniquité du mensonge, et que je fasse triompher la vérité.  Je déclare donc, à la face du ciel et de la terre, et j'avoue quoiqu'à ma honte éternelle, que j'ai commis le plus grand de tous les crimes ; mais ce n'a été qu'en convenant de ceux que l'on impute avec tant de noirceur, à un ordre que la vérité m'oblige aujourd'hui de reconnaître pour innocent. Je n'ai même passé la déclaration qu'on exigeait de moi que pour suspendre les douleurs excessives de la torture, et pour fléchir ceux qui me les faisaient souffrir. Je sais les supplices que l'on a fait subir à tous ceux qui ont eu le courage de révoquer une pareille confession. Mais l'affreux spectacle qu'on me présente n'est pas capable de me faire confirmer un premier mensonge par un second, à une condition si infâme : je renonce de bon cœur à la vie qui ne m'est déjà que trop odieuse. Et que me servirait de prolonger de tristes jours que je ne devrais qu'à la calomnie ?.... »
  • Semblable aux martyrs qui célébraient les louanges de Dieu, Jacques de Molay chantait des hymnes au milieu de la flamme. Mézeray rapporte qu'on entendit le grand-maître s'écrier : « Clément ! Juge inique et cruel bourreau ! Je t'ajourne à comparaître, dans quarante jours, devant le tribunal du souverain juge. »
  • Une autre légende affirmera plus tard que le grand maître du Temple se serait écrié : « Maudits ! Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !... ».
  • Tout le monde donna des larmes à un si tragique spectacle, et on prétend que des personnes dévotes recueillirent les cendres de ces dignes chevaliers. Si ces sortes de traditions ne sont pas toujours véritables, elles permettent du moins de croire que l'opinion publique, qui les accueillit, jugeait que les condamnés étaient innocents. Toute l'affaire s'explique par ce mot profond de Bossuet : « Ils avouèrent dans les tortures, mais ils nièrent dans les supplices ».

                                      Arrestation des Templiers

                                          LE VENDREDI 13 OCTOBRE 1307.

                                   La plus extraordinaire « OPÉRATION DE POLICE » de tous les temps.

                                                                            Par Philippe Ritter

    Ce matin, dès l'aube, toutes les polices et les gens d’armes de France et de Navarre, ont investi près de trois mille demeures sur l’ensemble du territoire, pour en arrêter tous les occupants. En fin de journée, l’opération est terminée et il est encore impossible de connaître le nombre exact de ces arrestations. Elles continueront plus tard, dans toute l’Europe, jusqu’à la fin de l’année. Nous sommes le vendredi 13 octobre 1307.

    C’est bien ce vendredi 13 qui sera à l’origine d’une croyance populaire, de bon ou de mauvais présage, qui persiste encore aujourd’hui, 700 ans après. Jaloux de leur puissance et de leur richesse, inquiet de leur pouvoir auprès du pape, ou bien mal informé par une campagne délétère, le roi de France, Philippe IV Le Bel, fait arrêter tous les Templiers du royaume, pour apostasie et mauvaises mœurs. L’Affaire est menée par Guillaume de Nogaret, qui fait adresser, dans le plus grand secret, dés le 14 septembre, des « lettres closes » à tous les Baillis et Sénéchaux du royaume, à n’ouvrir « qu’à jour dit ». Ce matin du vendredi 13, de Nogaret lui-même, dirige l’arrestation de près de 140 Templiers de la Maison Centrale de Paris. Sur tout le territoire, ils sont incarcérés, puis interrogés et torturés. Ceux qui réussissent à s’échapper sont repris le jour même. On leur propose le pardon ou la mort. Très peu abjureront. Peu de temps après, ils sont condamnés au bûcher, et dés le 12 mai 1310, 54 Templiers sont brûlés à Paris.

    La malédiction : Lors du Concile de Vienne, le 20 mars 1312, l’Ordre est dissout, et leurs biens sont confisqués. Ce n’est que le 18 Mars 1314, que le Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay monte sur le bûcher. Ce jour-là, il va maudire ses tortionnaires, pour leur « traîtrise du vendredi 13 ». En effet, la veille, le jeudi 12 Octobre 1307, Jacques de Molay assistait aux obsèques de Catherine de Valois, belle sœur du roi, pendant lesquelles, il porta même un des « Cordons du Poêle », honneur suprême.

    La Mémoire populaire retiendra la mort du pape Clément V, à Roquemaure du Gard, dans la nuit du 19 au 20 avril 1314, puis celle de Philippe le Bel, dans les six mois qui ont suivi, comme le prévoyait la malédiction de Jacques de Molay . « Pape Clément, roi Philippe, Chevalier Guillaume, avant qu'il soit un an, je vous cite à comparaître au tribunal de Dieu ! Maudit ! Maudit ! Soyez maudits jusqu'à la septième génération ! »

      A Nîmes et sa région, tout a commencé par cette « lettre close » du 14 septembre 1307, adressée à Bertrand Jourdain de l’Isle, Sénéchal de Beaucaire. Les chevaliers du roi, Henry de la Celle et Oudard de Maubuisson, sont nommés commissaires de la sénéchaussée, pour l’arrestation du 13 octobre. La suite de cette mission est de faire l’inventaire de leurs biens, et de les interroger sur les faits qui leur sont reprochés. De Nîmes, oú réside le Sénéchal de Beaucaire, les ordres sont donnés, là aussi dans le plus grand secret, sur toute la région.

    Ce vendredi 13, donc, aux premières lueurs du jour, les « Gens d’armes » de la sénéchaussée investissent près d’une dizaine de Commanderies, et plus d’une cinquantaine de maisons. Trente-trois Templiers sont arrêtés à la commanderie d’Alès, quarante-cinq à Aigues-Mortes enfermés à la Tour de Constance, soixante à Beaucaire et cent cinquante à la commanderie de Nîmes ; soit deux cent quatre-vingt-huit membres de l’Ordre. C’est dire l’importance de la Maison de cette ville, à Paris par exemple, ils n’étaient que cent quarante. Parmi les Templiers arrêtés dans notre région, il y avaient quelques commandeurs, et quelques chevaliers, mais surtout, un très grand nombre de servants. Ils venaient des maisons oú eurent lieu les arrestations, mais aussi des maisons de Calvisson, Aubais, Générac, Montfrin, et Saint-Gilles. A Alès, certains même, venaient des commanderies de Montpellier, Jallès en Ardèche et Le Puy-en-Velay.

    Dés le 08 novembre 1307, de Maubuisson lui-même, dirige les interrogatoires des prisonniers d’Aigues-Mortes, oú était retenu Bertrand de Falgues, Commandeur de Saint-Gilles. Le 16 novembre suivant, il poursuit ses investigations à Nîmes, c’est le début de l’Inquisition et des tortures. En 1308 et 1309, débutent les enquêtes pontificales, Clément V est déjà installé en Avignon depuis 1305, l’évêque de Nîmes Bertrand de Languissel prend à son tour les réponses des Templiers. On transférait facilement les détenus d’une prison dans l’autre, d’Aigues-Mortes à Alès, ou de Beaucaire à Nîmes, pour éviter les « réponses convenues »et les faire passer entre les mains de plusieurs inquisiteurs différents. Il y a eu torture, et peut-être bûcher. Toujours est-il qu’en juin 1310, le Concile de Nîmes prononça la condamnation des Templiers du Languedoc. Certains meurent sous la torture, d’autres se parjurent et sont libérés, d’autres enfin sont transférés à Carcassonne ou à Paris et passeront par le bûcher entre 1310 et 1314. Vers la fin de 1312, vingt-deux Templiers, arrêtés en 1307 et incarcérés à Alès, sont absouts.

    A cette même époque, Guillaume de Nogaret achète de nombreux biens sur Nîmes, sa région, et en Vaunage, avant de mourir au printemps 1313, à Paris.

    A Montpellier et ses environs, les évènements de 1307 ont marqué, là aussi l’histoire de notre région. Lors de l’inventaire des biens des Templiers, entamé dés la fameuse « lettre close » du 14 septembre, car il fallait bien répertorier les sites avant d’organiser les arrestations du vendredi 13 au matin, Oudard de Maubuisson donne une liste impressionnante de commanderies et de maisons, dépendantes de l’Ordre en Provence, réparties le long de la côte méditerranéenne, et limitées au Nord, par les autres possessions du Temple en Quercy et Rouergue. Ce patrimoine, dans certains cas, est encore bien visible de nos jours. Il faut citer à l’Ouest de Montpellier les commanderies du Mas neuf et de Launac, à l’Est Vauguières près de Mauguio, puis Castries et Saint-Michel de Bannières, Lunel et Marsillargues, et enfin Bruyère, sur la commune actuelle de Saint Christol. Dans un périmètre plus large, autour de Montpellier, on notera Lodève, Clermont-l'Hérault, Tiberet, Cazouls, Nébian, Pézenas, Peyrat et Périès, pour ne citer que les plus significatives. Imaginons qu’il en est de même pour l’Aude avec Narbonne, Douzens, Carcassonne, Bezu ou Campagne sur Aude, on comprend facilement que sur la France entière, près de trois milles commanderies ont été visitées, ce vendredi 13, au même instant. C’est cette dernière prouesse, pour l’époque, qui rend l’évènement aussi exceptionnel. Tous les Templiers ont été arrêtés, enfermés dans les places fortes, de Nîmes à Carcassonne, certains même, à l’intérieur de leurs propres commanderies, dans lesquelles ils ont subi la Question, et parfois la torture.

    Après son arrestation à Aigues-Mortes, puis son transfert à Alès pour interrogatoires sous la torture, le Commandeur de Saint-Gilles, Bertrand de Falgues (appelé sur certains documents Bernard de Salgues), finira par faire des aveux le 29 août 1311, quatre ans plus tard. Il était accompagné de Pons Gaillard, Commandeur de Launac, et Bertran da Silva, chevalier lui aussi de la Maison de Montpellier. Ce même jour, ils avouent tous les trois, qu’à Montpellier une « Tête magique » est conservée, et qu’elle est apparue sous la forme d’un « Chat parlant la langue des hommes ». Selon la tradition, un trésor serait enfoui à l’emplacement de la commanderie de Montpellier.

    Le 20 mars 1312, Clément V, par le Concile de Vienne, confisque tous les biens ayant appartenu aux Templiers pour les confier à la Couronne, puis plus tard aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem. Entre temps, certains droits, et quelques domaines ont été acquis par des Seigneurs peu scrupuleux. Nous ne retiendrons que Guillaume de Nogaret, qui avait déjà réalisé la même démarche en 1294, avec les biens des Anglais, et en 1306, avec ceux des juifs, sur notre seul Languedoc.

Chronologie régionale sous Philippe IV Le Bel

  • Le 5 octobre 1285 : Mort de Philippe III, Le Hardi, à Perpignan. Son fils Philippe IV Le Bel, remonte à Reims, pour son sacre, et passe à Nîmes les 25 et 26 octobre. Le 27, il part pour Le Puy en Velay.
  • 1288 : Philippe Le Bel permet aux marchands de Montpellier de commercer à Nîmes, et interdit aux marchands italiens établis à Nîmes, (les Lombards) de « trafiquer » à Montpellier.
  • 1294 : Philippe Le Bel ordonne au Sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, de saisir les biens des Anglais de la sénéchaussée.
  • 1295-1302 : Guerre des Flandres : Le Sénéchal de Beaucaire envoie, à trois reprises, des troupes de la région, pour rejoindre le roi.
  • 1Le 12 mars 1302 : Guillaume de Nogaret, professeur ès lois, chevalier, ayant auparavant exercé la fonction de Juge Mage de la sénéchaussée de Nîmes en 1294, se porte accusateur contre le pape Boniface VIII, dans le conflit qui l’oppose au roi.
  • Le 13 avril 1304 : Boniface VII excommunie Philippe Le Bel, qui charge de Nogaret d’arrêter le pape, pour le juger et le remplacer. À son tour de Nogaret sera excommunié. 
  • Le 11 octobre 1304 : Mort de Boniface VIII. Election pour quelques mois de Benoît XI.
  • 1305 : Le conclave met en place l’évêque de Bordeaux, Bertrand de Goth, sous le patronyme de Clément V, qui s’installe en Avignon, avec la bienveillance de Philippe Le Bel.
  • Les 21, 22 et 23 octobre 1305 : Bertrand de Goth, le futur Clément V, est de passage à Nîmes, sur la route de Lyon, pour son couronnement.
  • 1306: Philippe Le Bel confie à Guillaume de Nogaret, Seigneur de Calvisson, la mission de faire arrêter les juifs de la sénéchaussée, et de confisquer leurs biens. Cette opération sera menée, par Nogaret, sur la France entière, et dans une seule journée…
  • le 14 septembre 1307 : « Lettre close » de Philippe IV, à Bertrand Jourdain de l’Isle, Sénéchal de Beaucaire, ordonnant de saisir tous les Templiers de sa juridiction, et leurs biens. Elle est rédigée dans le plus grand secret, à Maubuisson, par Philippe Le Bel et Guillaume de Nogaret.
  • Le 22 septembre 1307 : De Nogaret accède à la plus haute dignité du royaume : Garde du Sceau Royal.

Il se fera secondé, dans ses actions, par Guillaume de Plaisians, Seigneur de Vézénobres.

  • Le 13 octobre 1307 : Plus de 280 arrestations sur la sénéchaussée. Seulement sur Beaucaire, 66 Templiers, y compris ceux de St Gilles sont arrêtés. Ils sont 45 sont mis en prison à Aigues-Mortes, 15 à Nîmes, et 6 dans le Château Royal d’Alès. Par ailleurs, à Nîmes, près de 150 Templiers sont enfermés dans leur commanderie ; à Alès, ce sont 33 d’entre eux qui subissent le même sort.
  • Le 8 novembre 1307 : Début de la procédure d’inquisition à Aigues-Mortes, par Oudard de Maubuisson. « Il faut prendre la réponse des Templiers » ; Tortures dans toutes les prisons.
  • 1312 : Concile de Vienne. Comme dans toute l’Europe, les domaines templiers du Languedoc, sont confisqués au bénéfice de la Couronne, puis remis à l’Ordre des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem.
  • Fin 1312 : Vingt-deux Templiers, arrêtés en 1307 et incarcérés à Alès, sont absouts.
  • Entre le 25 Mars et le 20 Mai 1313 : Mort de Guillaume de Nogaret à Paris.
  • Le 1 avril 1314 : Philippe Le Bel cède à l’abbé de St Gilles les biens saisis aux juifs, sur son territoire, en 1295.
  • Le 19 mars : Mort de Jacques de Molay, sur le bûcher à Paris. Le pape et le roi sont maudits.
  • Le 20 avril : Mort du pape Clément V, à Roquemaure du Gard.
  • Le 29 novembre : Mort du roi Philippe IV Le Bel.
  • Le 6 juin  : Mort de Louis X Le Hutin, son fils.
  • 1316 : Naissance et mort de Jean 1er, Le posthume, fils de Louis X, petit fils de Philippe IV.


Croissance de l’Ordre


    En 1139, Innocent II confirme dans sa bulle Omne datum optimum l'ordre du Temple. Il leur accorde l'exemption et ils reçoivent la garde de forteresses en Orient. En 1199, Innocent III leur donne le privilège de n'être excommuniés que par le Pape, ils sont ensuite exemptés des taxes pontificales (décimes et annates). L'ordre connaît un développement rapide : à la mort de Robert de Craon, 2e grand maître, il y a déjà deux couvents à Jérusalem (environ 350 chevaliers). Au XIIIe s., on compte en Occident 13 provinces (Provence, France, Poitou, Bourgogne, Angleterre, Aragon-Catalogne, Castille Portugal, Toscane-Lombardie, Sicile-Pouilles, Hongrie, Magdebourg et Mayence), ainsi que les deux sous-provinces de Trêves et de Valencia. En Palestine, il y en a trois (Jérusalem, Tripoli, Antioche), ainsi que la sous-province de Petite Arménie depuis 125.



Organisation


À
la tête de l'ordre se trouve le grand maître, souveraineté représentative du chapitre général, à l'autorité limitée (les décisions importantes étaient prises à la majorité absolue du chapitre, sa voix comptant pour une seule). Il était assisté d'un chapelain, d'un clerc, de plusieurs sergent, d'un interprète, d'un ou plusieurs turcoples et écuyers, de quelques chevaliers de rang. En campagne, il était accompagné du gonfanon baucéant (parti d'argent et de sable).

Son second et suppléant était le sénéchal. Le maréchal, lui, disposait de l'autorité militaire. Le rôle de trésorier était rempli par le commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem. Le drapier s'occupait de l'habillement.

Venaient ensuite les commandeurs de province. Les trois principaux étaient l'hospitalier, commandeur de Jérusalem, chargé des pèlerins, puis les commandeurs de Tripoli et d'Antioche. Il faut distinguer les pays de combat de ceux de rapport. Dans les pays de combat, comme la Palestine ou l'Espagne, les commandeurs de province, nommés directement par le chapitre général, nommaient les commandeurs de leur choix. Dans les pays de rapport en revanche, les provinces étaient divisées en régions, chacune ayant à sa tête un commandant régional. L'unité de base était la maison, plusieurs maisons étant regroupées sous l'autorité d'un commandant majeur.

Le chapitre général se réunissait tous les ans en Palestine. Il comprenait tous les dignitaires de Palestine, les dignitaires de pays de rapport ne s'y rendant qu'une fois tous les 5 ans.



Hiérarchie de l'ordre du Temple en Orient 


La hiérarchie de l'ordre du Temple en Orient a été mise en place pour répondre aux besoins d'organisation de l'armée de l'ordre en Orient. Ce sont les retraits de la règle qui nous renseignent sur cette hiérarchie et le rôle des différents dignitaires qui vivaient en Orient.

 

Le Maître

Vingt-deux articles des retraits de la règle sont consacrés au maître de l'Ordre. (Articles 77 à 98). Il résidait obligatoirement à Jérusalem en Terre Sainte car ce lieu était la raison d'être de l'Ordre du Temple et en fut la capitale jusqu'en 1187 (chute de Jérusalem). Son élection se faisait par treize frères selon une procédure complexe, décrite en détail dans vingt-cinq articles des retraits. (Articles 198 à 223) Les pouvoirs du maître étaient assez limités ainsi que son rôle qui était principalement "représentatif" lors des manifestations et visites officielles. Il était souvent tributaire des décisions du chapitre général. Il était le seul à décider de l'engagement de l'Ordre dans une bataille et se trouvait accompagné de deux frères-chevaliers qui lui servaient de conseillers et qui le suivaient dans tous ses déplacements
Il était fourni au
 maître quatre montures dont un turcoman (destrier de guerre).

On trouvait à son service :

  • 1 frère-chapelain
  • 1 clerc avec trois montures
  • 1 frère-sergent avec deux montures
  • 1 valet avec une monture (il portait l'écu du maître et sa lance.)
  • 1 maréchal-ferrant
  • 1 écrivain sarrasin, c’est-à-dire un secrétaire arabe qui lui servait également d'interprète
  • 1 turcopole
  • 1 queux (cuisinier)
  • 2 palefreniers qui s'occupaient uniquement du cheval de bataille du maître

Toute cette maison suivait le maître en tout lieu et tout temps.En campagne, le maître logeait dans une tente ronde, rappelant la chapelle du Saint-Sépulcre et était toujours escorté par un chevalier et le gonfanon


Le Sénéchal

Il était le deuxième dignitaire de l'Ordre après le maître. Les retraits de la Règle lui consacrent deux articles (articles 99 et 100). Son rôle consistait à remplacer le maître lorsque celui-ci était absent. Mais, "en tous lieux où la maître est absent, tous les équipages des terres et des maisons et toutes les maisons et les viandes (nourritures) sont au commandement du sénéchal."

L'Ordre lui fournissait :

  • 4 chevaux dont un palefroi
  • 2 écuyers
  • 1 frère chevalier pour "compagnon", (conseiller) avec trois chevaux
  • 1 frère sergent avec deux chevaux
  • 1 diacre-écrivain (secrétaire et prêtre)
  • 1 turcopole (soldat arabe)
  • 1 écrivain sarrasin avec un cheval (secrétaire et traducteur arabe)
  • 2 palefreniers

Tout comme le maître, il devait avoir un compagnon de rang qui le suivait et le conseillait. Lorsque le maître était absent, il pouvait sceller les papiers officiels et missives avec un sceau identique à celui du maître. C'était aussi lui qui portait le gonfanon.

 

Le Maréchal

On connaît ce grade grâce aux neufs articles des retraits qui lui sont consacrés (articles 101 à 109). Il s'agissait de l'autorité militaire suprême subordonnée aux décisions militaires du maître. En temps de paix ainsi qu'en temps de guerre, il était responsable de la discipline et de l'entretien des armes et montures. Il répartissait les tâches de la journée et faisait l'appel des chevaliers lors des messes. En campagne, le maréchal dirigeait tous les hommes d'armes du Temple et "fournissait la pointe" pour la charge qu'il exécute en portant lui-même le gonfanon. A la mort du maître de l'Ordre, c'est lui qui faisait annoncer la nouvelle dans toutes les commanderies et réunissait les dignitaires pour l'organisation de l'élection d'un nouveau maître.

L'Ordre lui fournissait :

  • 4 chevaux dont un turcoman pour les batailles
  • 2 écuyers
  • 1 frère-sergent monté
  • 1 turcopole également monté

 

Le Commandeur de La Terre et Royaume de Jérusalem

Les retraits de la Règle lui consacrent dix articles (articles 110 à 119). C'était le grand trésorier de l'Ordre et le chef de la province de Terre Sainte. Il gérait toutes les transactions financières de l'Ordre qu'elles aient été effectuées en Occident ou en Orient. Il avait la mainmise sur la flotte du Temple car tous les échanges commerciaux transitaient par le port d'Acre. Il s'occupait également de répartir les frères dans les forteresses ou les commanderies selon les besoins en hommes de celles-ci. Il était secondé par le drapier de l'Ordre.

En tant que haut dignitaire, il avait droit à :

  • 4 chevaux dont un palefroi
  • 2 écuyers
  • 1 frère sergent à deux montures
  • 1 diacre lettré
  • 1 soldat turcopole monté
  • 1 écrivain (secrétaire)
  • 2 garçons à pied (palefreniers)

 

Le Drapier

On connaît ce grade de la hiérarchie de l'Ordre du Temple grâce aux deux articles des retraits de la Règle qui lui sont consacrés (articles 130 et 131). Le rôle du drapier du couvent était de la toute première importance. C'est pourquoi il était cité comme le troisième personnage de l'Ordre après le maître et le maréchal. Il y avait en orient deux autres drapiers, celui de la Terre d'Antioche et celui de la Terre de Tripoli. Le frère drapier gérait le stock de vêtements ainsi que tout ce qui dépendait de la literie. Il surveillait lui-même l'arrivée des vêtements importés d'Europe, et destinés aux templiers d'Orient. Il contrôlait l'ouverture des colis. Il devait veiller à ce que tous les Templiers aient un vêtement correct et "soient habillés honnêtement." Il préparait également l'habit blanc ou noir des frères nouvellement reçus dans l'Ordre lors de la cérémonie de réception et récupérait leurs vêtements civils.

En tant que haut dignitaire, le drapier avait à son service :

  • 4 chevaux
  • 2 écuyers
  • 1 sommelier (homme de peine)
  • 1 aiguillier (grande tente)
  • 1 grembeleure (petite tente)
  • une équipe de parmentiers (ouvriers drapiers)

Le Commandeur de  la Cité de Jérusalem

Il était l'hospitalier de la Maison. Il assurait la protection et la défense des pèlerins francs dans toute la Palestine, parfois leur transport, et commandait, pour ce faire, un escadron de dix chevaliers. Le commandeur de Jérusalem et ses chevaliers avaient le privilège de la garde permanente de la Sainte-Croix. Cinq articles lui sont consacrés dans les retraits de la Règle.(articles 120 à 124)

L'Ordre lui fournissait :

  • 4 montures dont 1 turcoman ou 1 bon roncin
  • 2 écuyers
  • 1 frère sergent avec deux montures
  • 1 écrivain sarrasin (secrétaire arabe) avec une monture
  • 1 soldat turcopole avec une monture

Selon, Marion Melville, ce grade a disparu à partir de la chute de Jérusalem en 1187.

 

Les Commandeurs de Provinces

Cinq articles des retraits de la Règle nous renseignent sur ce grade. (Articles 125 à 129). Les Commandeurs des Provinces de Tripoli et d'Antioche étaient des personnages importants de l'Ordre capables de remplacer le maître ou le maréchal en leur absence. Sa fonction consistait à fournir aux forteresses templières de sa province, cuir, blé, vin, fer, acier et des sergents pour la garde des portes. A charge pour lui de fournir à ses garnisons, chevaux, mules et tout équipement. Pour cela, il pouvait ponctionner de l'argent dans les commanderies et les forteresses de sa Province. Leur rôle était assez proche de celui du Commandeur de la Terre et du Royaume de Jérusalem sans toutefois avoir la fonction de trésorier.

Leur fonction leur permettait d'avoir droit à :

  • 4 montures dont 1 palefroi
  • 1 chevalier (conseiller)
  • 1 frère sergent avec deux montures
  • 1 diacre avec une monture
  • 1 turcolpole avec une monture
  • 1 écrivain sarrasin (secrétaire arabe) avec une monture
  • 1 palefrenier
  • 1 tente ronde
  • 1 gonfanon baussent

Les Commandeurs de Maisons ou Châtelains

Quatre articles des retraits de la Règle leur sont consacrés. Ils n'avaient que peu de pouvoir car celui-ci ne s'étend pas en dehors des murs de la commanderie. Même s'ils avaient toute autorité sur les frères dont ils avaient la charge, ils ne pouvaient rendre justice sans l'avis du chapitre. Ils ne pouvaient en aucun cas faire construire de nouvelles maisons en dur (en chaux, mortier et pierre) sans l'autorisation du maître. Cependant, ils avaient le devoir de faire faire tous travaux de réparation s'imposant dans leur maison ou château.

L'Ordre leur fournissait :

  • 4 montures
  • 2 écuyers

 

Les Commandeurs des Chevaliers

Ce grade est connu par l'article 137 des retraits de la Règle. C'était en quelque sorte les lieutenants du maréchal. Ils commandaient chacun un escadron de dix frères-chevaliers. Ils pouvaient présider le chapitre en l'absence du commandeur de la Terre ou du maréchal.

Comme les chevaliers, le commandeur des chevaliers avait droit à :

  • 3 montures
  • 1 écuyer

 

Les frères Chevaliers et les Frères Sergents

Ces hommes constituaient le corps principal de l'armée du Temple. Ils étaient des combattants d'élite, généralement recrutés en Europe, formés dans les commanderies, puis envoyés en Orient. Les chevaliers étaient issus de la noblesse, tandis que les sergents provenaient de la paysannerie et de la bourgeoisie. Dix articles des retraits de la Règle précisent leur façon de vivre, de se comporter. (Articles 138 à 147) Ils sont complétés par les articles révélant comment les frères devaient :

  • prendre l'herbage (articles 148 à 155)
  • aller dans la troupe (articles 156 à 160)
  • aller en escadron (articles 161 à 163)

Les frères chevaliers avaient à leur disposition :

  • 3 montures (4 avec la faveur du maître)
  • 1 écuyer (2 avec la faveur du maître)

Le matériel militaire qui devait leur être fourni comportait :

  • 1 haubert, 
  • des chausses de fer
  • 1 heaume
  • 1 chapeau de fer
  • 1 épée
  • 1 écu
  • 1 lance
  • 1 masse turque
  • 1 jupon d'arme
  • des espalières
  • des souliers d'armes 
  • 3 couteaux.

Le matériel complémentaire qui leur était fourni comprenait :

  • des couvertures de chevaux
  • 2 chemises
  • 1 petite ceinture
  • 1 jupon à giron
  • 1 pelisse
  • 2 manteaux blanc
  • l'un à pan
  • l'autre sans pan
  • 1 chape
  • 1 cotte.

Pour son couchage :

  • 1 paillasse (sac rempli de paille)
  • un linceul (drap)
  • 1 étamine (couverture)
  • 2 petits sacs pour ranger les chemises et le surcot 
  • 1 sac de cuir ou de maille pour ranger le haubert.

Pour son repas et celui de ses chevaux :

  • 1 toile (serviette) pour manger
  • 1 toile pour se laver
  • 1 carpite (tamis pour cribler l'orge
  • 1 chaudron 

Les dignités exceptionnelles destinées aux Frères Sergents


Les Turcopolier

Il dirigeait toute la cavalerie indigène de l'Ordre : les soldats turcolpoles. Il s'agissait d'une force supplétive locale.
En temps de guerre, en plus d'avoir les turcopoles sous ses ordres, il commandait également tous les frères-sergents.

 

Le Sous Maréchal

Les retraits de la Règle lui consacrent quatre articles. (Articles 173 à 176) Il disposait de :

  • 2 chevaux
  • 1 écuyer

Il avait la charge de l'entretien de tous les harnais et armes telles que épées, pic, lance, écus,... Il était également responsable de la caravane de chevaux de rechange lors des batailles. En l'absence du maréchal, il commande au gonfanonier. Il veillait à l'embauche des écuyers et à leur répartition selon les besoins. Il pouvait présider le chapitre des écuyers et rendre la justice parmi eux.

 

Le Gonfanonier

Les retraits de la Règle de l'Ordre lui réservent trois articles de 177 à 179. Il commandait tous les écuyers de l'Ordre : il les engageait, tenait chapitre pour juger les fautes qu'ils ont commises et peut les faire fouetter en cas de désobéissance ou de faute.

 

Chevalier servant à terme

L'article 34 de la Règle leur est consacré. Ils devaient fournir leurs chevaux, leurs armes et tout leur équipement. Au terme de leur service, ils devaient laisser à l'Ordre la moitié du prix de leur cheval.


Vie quotidienne


    Les devoirs religieux se cantonnaient à l'assistance aux offices dits par les frères chapelains et à la récitation de prières pendant les heures canoniales. Il y avait jeûne tous les vendredis de la Toussaint à Pâques, et maigre quatre fois par semaine. Les frères mangeaient à deux sur chaque écuelle. On note pourtant des accommodements avec la règle monastique : les templiers mangent plus de viande, et le vin n'est pas rationné (ce qui donnera l'expression « boire comme un templier »).

    Le code disciplinaire était sévère. Les peines encourues étaient l'exclusion (pour simonie, révélation des choses du chapitre, meurtre d'un chrétien, vol, évacuation d'une maison, complot, trahison, désertion, sodomie, mensonge lors de la réception d'un frère), la privation du port de l'habit (bataille avec un frère, compagnie de femmes, accusations calomnieuses contre un frère, etc.), perte de l'habit pour 3 jours avec jeûne, jeûne pendant 2 jours, pendant 1 jour, discipline en communauté, etc.

    L
e trousseau comprenait deux chemises, deux paires de chausses, deux braies, un justaucorps, une pelisse, deux manteaux dont un avec fourrure pour l'hiver, une chape, une tunique et une ceinture. La couleur du manteau différait suivant le statut : blanc pour les chevaliers, noir pour les chapelains, les sergents et les écuyers. Tous les manteaux recevaient la croix ancrée rouge, donnée par le pape Eugène III en 1146. La tenue de campagne comprenait un haubert et des chausses de fer, un heaume, des espalières, des souliers d'arme et un jupon d'arme. L'armement comprenait un écu en bois recouvert de cuir, une épée, une lance, une masse turque et un couteau d'arme. Les harnais de prix, en or ou en argent, sont interdits. Les frères doivent garder la barbe et les cheveux courts pour ne pas être gênés au combat.

 

Chronologie


1095

  • Première Croisade 

1098
  • (Mars) Fondation de l'Ordre de Cîteaux 

1118
  • Mort de Godefroy de Bouillon. 

1119
  • Couronnement de Baudouin, roi de Jérusalem. 

1119
  • Fondation de l'ordre du Temple par Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Omer. 

1125
  • Le comte de Champagne se fait templier. 

1126
  • Voyage d'Hugues de Payens en Europe. 

1128
  • (13 janvier) Concile de Troyes, élaboration et approbation de la Règle du Temple. Quatorze frères sont connus par les actes. 

1129
  • Le Temple s'implante en Espagne et au Portugal. 

1134
  • Traité de Saint Bernard sur la Milice nouvelle. 

1136
  • (24 mai) Mort d'Hugues de Payens. - Robert de Craon, 2 ème maître du Temple. 

1139
  • Innocent II confirme l'ordre du Temple par sa bulle, Omne datum optimum au 1er concile du Latran. 

1143
  • Baudouin III, roi de Jérusalem. 

1146
  • Saint Bernard prêche la IIème croisade à Vézelay. 

1147
  • (13 janvier) Mort de Robert de Craon. - Evrard des Barres. 3 ème maître du Temple. (28 avril) Première mention d'un chapitre général. La forteresse de Kalaat-Rawaah, en Espagne, est prise aux musulmans et confiée aux Templiers. 

1148
  • Eugène III fixe définitivement l'habit des chevaliers du Temple et leur donne la croix rouge. 

1149
  • Attaque d'Ascalon et donation de Gaza aux Templiers. 

1150
  • Echec de la IIème croisade - Construction de Gaza. 

1151
  • (mai juin) Evrard des Barres démissionne et se retire à Clairvaux. Bernard de Tremblay 4e maître du Temple. 

1153
  • (19 août) Mort de Bernard de Tremblay au siège d'Ascalon. Evrard II, 5ème maître du Temple. (20 août) Mort de saint Bernard à Clairvaux. 

1154
  • Mort d'Evrard II. (17 octobre) André de Montbard, 6ème maître du Temple. 

1156
  • Traité de Baudouin, roi de Jérusalem avec les Pisans. Bataille du lac Méron. Le Maître du Temple est fait prisonnier. 

1162
  • Amaury Roi de Jérusalem 

1163
  • Expédition d'Amaury contre les Fatimides du Caire. Traité avec le Sultan et mise en défense d'Antioche. 

1164
  • Perte d'Arin et de Belvias. 1167 Livraison de la forteresse de Belvias aux musulmans. 

1169
  • (2 janvier) Mort de Bertrand de Blanquefort. Philippe de Milly ou de Naplouse, 8 ème Maître du Temple. 

1171
  • (3 avril) Philippe de Milly démissionne. Eudes de Saint-Amand. 9ème Maître du Temple. 

1172
  • Ambassade des Ismaéliens auprès du roi de Jérusalem. Assassinat des ambassadeurs par des frères du Temple. 

1174
  • Baudouin IV, roi de Jérusalem. (hiver) Saladin assiège Alep. 

1176
  • Deuxième siège d'Alep par Saladin. 

1177
  • Bataille de Mongésirat. 

1178
  • Construction de la forteresse du Gué Jacob. 

1179
  • Prise du Gué Jacob par Saladin. Le maître du Temple est fait prisonnier. 

1181
  • Mort d'Eudes de Saint-Amand. Arnaud de Tour Rouge, 10ème maître du Temple. 

1183
  • Désastre de Séphonie. 

1184
  • (30 septembre) Mort d'Arnaud de Tour Rouge à Vérone. Gérard de Ridefort, 11ème Maître du Temple. 

1185
  • Mort de Baudouin IV. 

1186
  • Coup d'Etat de Guy de Lusignan. 

1187
  • Bataille d'Hattin. Perte de Tibériade, Acre est donné en échange. (20 décembre) Début du siège de Jérusalem par les musulmans. 

1188
  • Perte de Gaza. 

1189
  • Mort de Gérard de Ridefort au siège d'Acre. Robert de Sablé, 12 ème Maître du Temple. 

1191
  • Capitulation d'Acre. Troisième croisade. 

1192
  • Conrad de Montferrat est assassiné. Les Templiers vendent Chypre à Guy de Lusignan, qu'ils avait reçue l'année avant de Richard Coeur de Lion. 

1193
  • (13 janvier) Mort de Robert de Sablé. Gilbert Erail, 13ème Maître du Temple. 

1194
  • Exemption du Temple par Célestin III. 

1195
  • Yacoub ben Yousef débarque à Algésiras et entame la conquête de la péninsule Ibérique. 

1196
  • L'ordre de Saint-Sauveur de Montréal est affilié au Temple; dans le royaume d'Aragon, c'est la fin de cet ordre. Trêve de cinq ans signés entre le roi d'Angleterre et Saladin le Maître du Temple participe. 

1198
  • Almançor débarque à Tarifa et continue la conquête de la Péninsule ibérique. 

1200
  • (20 décembre) Mort de Gilbert Erail. Philippe du Plaissiez, 14ème Maître du Temple. 

1204
  • Nouvelle trêve de six ans avec les musulmans. Prise de Constantinople. 

1205
  • Mort d'Amaury de Lusignan, un conseil de régence est créé pour le royaume de Jérusalem. 

1208
  • Le maître du Temple propose aux maîtres de l'Hôpital et des Teutoniques une trêve de cinq ans avec les musulmans. 

1209
  • (12 novembre) Mort de Philippe du Plaissiez. 

1210
  • (début de l'année) Guillaume de Chartres, 15ème Maître du Temple. (Octobre) Al-MU'AZZAM dévaste la banlieue d'Acre. Siège de Salvatierra en Espagne. 

1211
  • Gautier de Montbéliard pille le rivage de Damiette. L'évêque de Ségovie demande au pape la bulle de croisade pour l'Espagne. 

1212
  • Bataille de Las Navas de Tolosa en Espagne. 

1215
  • IIème concile du Latran. 

1216
  • (16 juillet) Mort d'Innocent III, le pape du Temple. 

1217
  • Début de la Vème croisade. 

1218
  • (9 mai) Une partie des croisés s'engage à l'embouchure du Nil avec la flotte du Temple. (20 mai) Combat naval contre les Egyptiens est gagné par les Francs. (24 août) Prise de la Tour de Cosbaine. (26 août) Mort de Guillaume de Chartres. (Septembre) Pierre de Montaigu, 16ème Maître du Temple. 

1219
  • (5 novembre) Prise de Damiette. 

1220
  • Invasion mongole. 

1221
  • (printemps) Offre de paix par le sultan d'Egypte. 

1228
  • Frédéric II part pour la croisade. Le parti guelfe s'installe en Italie. Les Cortes de Barcelone confient aux Templiers d'Aragon l'expédition sur les Baléares. 

1229
  • (17 mars) Frédéric II entre à Jérusalem. (21 mars) Négociation de l'empereur avec les musulmans. Traité de Jaffa. (1 er mai) Départ de Frédéric II de Terre sainte. 

1230
  • Vengeance de Frédéric II contre les Templiers par la calomnie. 

1232
  • Mort de Pierre de Montaigu. Armand de Périgord, 17ème Maître du Temple. Alliance de Frédéric II avec le sultan Al-Kamül. Annexion des Baléares à la Couronne d'Aragon. 

1233
  • Concorde entre les Maîtres du Temple et de l'Hospital. 

1236
  • Ibiza devient Espagnole. 

1239
  • Nouvelle Croisade demandée par Grégoire IX. 

1241
  • Invasion mongole sur la Terre sainte. Traité de Damas. 

1242
  • Conquête du royaume de Valencia. 

1243
  • Conquête du royaume de Murcia. 

1244
  • Louis IX, roi de France, se croise. 17 octobre) Désastre de Forbie. Le maître du Temple est blessé. Jérusalem est à jamais perdu. (20 octobre) Mort d'Armand de Périgord. Guillaume de Sonnac. 18ème Maître du Temple. 

1245
  • (juillet) Concile de Lyon. 

1248
  • Louis IX s'embarque pour la croisade. (Décembre) Le roi de France reçoit l'ambassade du Grand-Mongol. 

1250
  • (6 avril) Saint Louis est fait prisonnier à Damiette. (6 mai) Damiette est remise aux musulmans, Saint Louis est libéré contre une rançon de 200 000 livres. (3juillet) Bataille de Mansourah. Mort de Guillaume de Sonnac. Renaud de Vichier, 19ème Maître du Temple. 

1252
  • (mars) Louis IX signe une trêve de quinze ans avec les Egyptiens. 

1253
  • Attaque et fortification de Sidon. 

1256
  • Ravages des Mongols. 

1260
  • Acquisition des places de Sayette et Beaufort. 

1265
  • (27 février) Prise de Césarée par les musulmans. (26 avril) Prise d'Arsuf, par les musulmans. 

1266
  • Perte de Saphet. 

1268
  • Perte de Jaffa, Beaufort. Banyus, Antioche. Gastein. 

1273
  • (25 mars) Mort de Thomas Beraud. Guillaume de Beaujeu, 21ème Maître du Temple. 

1275
  • Concile de Lyon auquel assiste le Maître du Temple et plusieurs maitres d'écoles militaires. 

1278
  • Nouvelle trêve avec les musulmans. 

1285
  • Tripoli accepte la protection des Mameluks. 

1291
  • Prise d'Acre, perte de la Terre sainte. Mort de Guillaume de Beaujeu. Thomas Gaudin, 22ème Maître du Temple. 

1292
  • Retour en France des Templiers survivants. (16 avril) Mort de Thibaud Gaudin. Jacques de Molay 23ème Maitre du Temple. Chapitre général de Montpellier. 

1296
  • Jacques de Molay prend parti pour Boniface VIII dans le conflit qui l'oppose à Philippe le Bel. 

1302
  • Concile de Rome. Bulle Unam Sanctam contre Philippe le Bel. 

1305
  • Les Templiers sont dénoncés au roi d'Aragon et à Philippe le Bel. Election de Clément V. 

1306
  • Philippe le Bel confisque les biens des juifs. Le roi de France se réfugie au Temple pendant une émeute. 

1307
  • Ouverture d'une enquête sur les Templiers par Clément V. sur la demande de Jacques de Molay. (12 octobre) Jacques de Molay assiste aux obsèques de Charles de Valois. (13 octobre) A l'aube, les Templiers de France sont arrêtés. (25 octobre) Aveux de Jacques de Molay. (27 octobre) Protestation de Clément V contre les inquisiteurs. (17 novembre) Bulle de Clément V ordonnant l'arrestation de tous les Templiers du monde. 

1308
  • Les inquisiteurs sont cassés de leur pouvoir par le pape, au scandale de Philippe le Bel. (10-20 mai) Etats généraux de Tours. (l7-20 août) Les Templiers, envoyés à Poitiers pour rencontrer Clément V, sont arrêtés à Chinon et questionnés par Nogaret. 

1309
  • (août) Deuxième série d'interrogatoires. 

1310
  • Philippe, impose Philippe de Marigny comme archevêque de Sens, il fait brûler cinquante-quatre templiers devant l'abbaye Saint-Antoine de Paris. (Juillet) Interrogatoire de Castille. (Octobre) Interrogatoire de Florence. Pendant cette même année, déroulement des conciles régionaux de Mayence, Rouen, York, Lisbonne, Tarragona, Salamanca, Medina del Campo. 

1311
  • (5 juin) Fin du deuxième interrogatoire Concile de Canterbury Londres. 

1312
  • (3 avril) Bulle Vox Clamantis. (2 mai) Bulle Ad Providendam. (6 mai) Bulle Considerantes dudum. 

1313
  • (décembre) Procès de Jacques de Molay. 

1314
  • (18 mars) Le même jour, jugement, rétractation de Jacques de Molay et de Geoffroy de Charnay. Ils sont brûlés le soir même à la pointe de l'lie aux Juifs à Paris. 

1317
  • (10 juin) Fondation de l'ordre de Montesa en Aragon. 

1319
  • (19 mars) Fondation de l'Ordre du Christ du Portugal. Ces deux derniers Ordres sont les seuls à prétendre être les successeurs de l'Ordre du Temple.


Chronologie réalisée par Laurent Dailliez 

 

 Liste des 140 Templiers arrêtes dans paris le 13 octobre 1307

  • Le Grand Maitre, Jacques de Molay
  • Le Grand Prieur de Normandie, Guy, Dauphin Viennois
  • Le Grand Prieur d'Aquitaine, Hugues de Péralde
  • Le Grand Prieur de France, Benigne, Coeur de Roi
  • Jean de Foley  
  • Jean le Moine
  • Renier de l'Archant
  • Renaud de Tremblay
  • Jean de Nivelle
  • Pierre de Tourtaville
  • Matthieu de Bosc Adhémar
  • Jean de Tourtaville
  • Ferry de Rheims
  • Jean de Saint Loup
  • Théobald de Bauffremont
  • Guillaume de Giac
  • Gerad de Sanche
  • Robert de Surville de Yvis
  • Pierre de Brocart
  • Jean de Tournon
  • Bernard de Brosse
  • Pierre de Grosmenil
  • Thomas de Brele
  • Gui d'Oratoire
  • Raoul Quarré
  • Pariset de Bure
  • Guillaume d'Yvriac
  • Ordon de Latignac Liecon
  • Guy de Montfort Amaury
  • Etienne de Domont
  • Bernard de Paris
  • Jacques de Rubemont
  • Pierre Gaset
  • Geffroy de Charny
  • Guy de Châlon de la Reine
  • Guillaume de Bicey
  • Richard de Caprey
  • Gaucher de Lienticour
  • Guillaume de Herbley
  • Guillaume de Vernage
  • Nicolas Doublet
  • Imbaud de La Boissade
  • Jean de Cagy
  • Robert de Arblay
  • Jean de l’Aumône
  • Pierre de Suire
  • Thomas de Quenay
  • Nicolas de Chapelle
  • Jean de Crotoy
  • Jean de Venier
  • Gilles d'Epernant
  • Jean du Duc de Taverniac
  • Pierre de Montezand
  • Jean de Cormeil
  • Gautier de Bailleul
  • Richard de Liobard
  • Pierre de Boulogne
  • Jean de Saint Remy
  • Constantin de Biciac
  • Jacques de Crumel
  • Aubert de Rocher
  • Raoul de Granvilar
  • Jean de Buvine
  • Frère Raynald
  • Jacques Duc
  • Jean de Valbande
  • Arnoul de Fontaine
  • Michel de Saint Main
  • Adam Maréchal
  • Nicolas de Pouzzol
  • Robert de Saunac
  • Odon de Viermy
  • Guillaume d'Hermont
  • Pierre Pidansat
  • Pierre de Blois
  • Michel de Flés
  • Jean de Bauffremont
  • Jean d'Amblainville
  • Raoul de Betencourt
  • Pierre de Villars
  • Dominique Toussaint
  • Jean de Laigneville
  • Robert de Monbain
  • Matthieu de Quenoy
  • Renaud de Fontaine
  • Gautier de Bure
  • Jean de Chorme
  • Gautier de Payan
  • Jean de Paris
  • Gillon de Chevreuse
  • Jean Bersée
  • Geoffroi de Fer
  • Elie de Jotro
  • Beaudouin de Vabe
  • Jean de Morfontaine
  • Lambert Flaming
  • Milon de Saint Fiacre
  • Lambert de Coisy
  • Dreux de Viviers
  • Laurent de Tarnay
  • Raimond de Farde
  • Guillaume de Hautmenil
  • Raoul de Gisy
  • Imber de Saint Josse
  • Jean de Dansiac
  • Jean de Livriac
  • Dominique de Rivion
  • Jean de Chateauvilars
  • Nicolas de Sarte
  • Matthieu d'Arras
  • Gilles d'Ecey
  • Raibaud de Caromb
  • Henri d'Hercigny
  • Raoul de Taverniac
  • Jean de Pont L'Eveque
  • Jean de Tournon
  • Matthieu de Table
  • Simon Chrétien
  • Gérard de Galle
  • Foulques de Trecy
  • Jean de Poisson
  • Jacques de Verjus
  • Geoffroi de Goneville
  • Henri de Sirpy
  • Bon de Sirpy
  • Nicolas de Menil
  • Bertrand de Montiniac
  • Nicolas de Trecy
  • Raoul de Sauts
  • Albert de Romecourt
  • Ponce de Bonnoeuvre
  • Raoul de Moiset
  • Etienne de Romain
  • Pierre de Montiniac
  • Gui de Feriere
  • Jean de Gisy
  • Pierre de Laigneville
  • Nicolas d'Ambian
  • Thomas de Roquencourt
  • Nicolas d'Agrégé



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