Galerie des portraits : Pie XII (Christian Ferrier)

                                        PIE XII (Eugenio PACELLI) (1876-1958)

Rappel historique

      Eugenio Maria Giuseppe Giovanni PACELLI est né à Rome le 2 mars 1876 et est décédé le 9 octobre 1958 à Castel Gandolfo.

      Il est ordonné prêtre en 1899.

      Nonce apostolique de 1917 à 1929 à Munich en Bavière, puis à Berlin.

      Cardinal en 1929 et, en 1930, secrétaire d’Etat de Pie XI dont il est un proche.

      A ce titre, il participe – avec d’autres – à la rédaction de l’encyclique de Pie XI "Mit brennender Sorge" ("avec un souci brûlant") publiée le 14 mars 1937, qui, déjà, condamnait le nazisme avec la plus grande fermeté.

      En mai 1938, lors de la visite triomphale de Hitler à Rome,  Pie XI et son secrétaire d’Etat, le cardinal Pacelli, avaient délibérément quitté le Vatican pour Castel Gandolfo.

      En mars 1939, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, il succède au pape Pie XI.  

      On lui reproche précisément, à tort ou à raison, son attitude que d’aucuns qualifient de passive durant le conflit.  Le général de Gaulle était-il au courant de cette polémique au moment de lui rendre visite le 30 juin 1944 ?

      Si notre propos n’est pas de nous immiscer dans ce débat et encore moins de prendre position, il nous semble intéressant de saisir l’opportu­nité d’y apporter quelque éclairage, si modeste soit-il.

      Très bon connaisseur de l’Allemagne, Pie XII, juriste réputé et fin diplomate a, semble-t-il, préféré agir dans la discrétion plutôt que de s’opposer ouvertement à la politique d'Hitler, ce qui aurait immanqua­blement entraîné de terribles représailles envers le Pape, les chrétiens, l’Eglise tout entière.  Pie XII avait d’ailleurs sérieusement envisagé sa possible arrestation et pris toutes les dispositions avec ses cardinaux.

      Pourtant, sans vouloir remettre en cause la neutralité de l’Etat du Vatican, face au drame de la Shoah qu’il ne peut ignorer, l’action de Pie XII aura été double, par la parole mais aussi par les actes (Journal La Croix 20.12.2009).

Deux exemples :

               Par la parole

Son message radiodiffusé de Noël 1942 où il évoque "ces centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont vouées à la mort ou à l’extinction progressive" et appelle à la paix. 

               Par les actes

      En septembre 1944, suite à l’occupation allemande de l’Italie du Nord, 477 juifs italiens, dont le grand rabbin de Rome, furent hébergés à l’intérieur du Vatican, tandis que plus de 4 000 trouvèrent refuge dans des institutions ou des bâtiments d’Eglise, jusqu’à la résidence papale de Castel Gandolfo, ouverts sur instruction de Pie XII.

      La prudence de Pie XII face aux atrocités commises par les nazis s’explique peut-être aussi par la réaction de ceux-ci suite aux protesta­tions de l’Eglise hollandaise contre la persécution des Juifs en juillet 42 : des milliers de catholiques hollandais d’origine juive furent déportés vers les camps de la mort.

      Pourtant, de nombreux faits historiques, souvent méconnus, ont suscité la gratitude des Juifs à l’égard de Pie XII.

      C’est ainsi qu’au lendemain de la guerre, beaucoup de témoignages de reconnaissance lui ont été adressés comme, par exemple, celui du grand rabbin de Jérusalem, Isaac Herzog, en 1944, qui lui écrit : "Ce que votre Sainteté et ses éminents délégués (…) font pour nos frères et sœurs (…), le peuple d’Israël ne l’oubliera jamais."[1]

      En 1958, lors du décès de Pie XII, Madame Golda Meir, ministre des Affaires étrangères d’Israël, a déclaré : "Quand le terrible martyre de notre peuple arriva, pendant la décennie de la terreur nazie, la voix du Pape s’est élevée pour condamner les persécutions. (…) Nous pleurons un grand serviteur de la paix."[2]

      Le  Dr Elio Toaff, grand rabbin de Rome, écrira à la mort de Pie XII : "Les Juifs se souviendront toujours de ce que l’Eglise a fait pour eux sur l’ordre du Pape au moment des persécutions raciales." (LE MONDE, 10.10.58).

      Si, après la Seconde Guerre mondiale, l’action de l’Eglise contre le nazisme et l’antisémitisme fait l’objet de diverses critiques, c’est surtout après la mort de Pie XII qu’elles vont prendre de la consistance et accuser délibérément ce dernier d’avoir cautionné, par son silence, les agissements des nazis.

      En 1963, une pièce de théâtre (interdite en Israël !) "Le Vicaire" du dramaturge allemand Rolf Hochhuth va relancer durablement le débat.  Cet ancien membre des Jeunesses hitlériennes, y présente Pie XII sous les traits d’un monstre d’indifférence, n’ayant pas parlé ni agi comme il aurait dû.

      D’autres éléments vont ancrer cette thèse dans l’esprit du public : le livre de John Cornwell, Hitler s’Pope, et le film "Amen" de Costa-Gavras en 2001 qui s’inspirera de la pièce "Le Vicaire".

      Une récente biographie de Pie XII due à un journaliste spécialiste du Vatican, Andrea Tornielli,[3] s’appuyant sur des archives inédites et privées, notamment celles de la famille Pacelli, peut être considérée comme un ouvrage de référence dans la "question  Pie "XII".  Avec ce livre, la thèse du "pape d’Hitler" et même celle du pontife faible et timoré, peu sensible au sort des Juifs, est sérieusement mise à mal.

      Sans doute, pour avoir une vision claire et objective, faudra-t-il attendre que la totalité des archives correspondant au pontificat de Pie XII soit accessible, ce qui devrait intervenir d’ici 4 à 5 ans.

      Quant à la controverse suscitée par la probable béatification de Pie XII, je citerai deux réactions récentes : celle de l’historien et avocat  Serge Klarsfeld, infatigable chasseur de criminels nazis, qui écarte les critiques et soutient la décision de Benoît XVI tout en regrettant que toutes les archives ne soient pas encore ouvertes, et celle du philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy qui, dans un article du Corriere della sera[4], prend la défense de Pie XII qu’il présente comme un "bouc émissaire", victime de la désinformation et parle de lui comme de l’auteur "d’un des manifestes antinazis les plus fermes et les plus éloquents".  Quant à Rolf Hochhuth, il le présente comme "un négationniste patenté, plusieurs fois condamné comme tel" et s’étonne qu’on accuse Pie XII d’être resté silencieux, alors qu’on n’en fait aucun reproche aux chefs d’Etat de l’époque.


                                                                                                 1920 : Mgr Pacelli quitte le palais de la nonciature à Munich.

DE GAULLE ET LE VATICAN A LA LIBERATION 

NDLR : Etienne Fouilloux, professeur émérite de l’université Lumière – Lyon II, a traité le sujet : "Les catholiques français et de Gaulle (1940-1958)" lors du colloque international "Charles de Gaulle, chrétien, homme d’Etat", qui s’est tenu à Paris, les 13 et 14 novembre 2009, à l’initiative de la Fondation Charles de Gaulle.

      Tout au long de la guerre, Charles de Gaulle a déploré l’attitude des autorités ecclésiales à l’égard de la France Libre et de son chef.

      Au Vatican, quelques prélats français ne cachaient pas leur sympa­thie pour l’entreprise courageuse de Charles de Gaulle dont le cardinal Tisserant n’était pas le moindre mais qui, comble de malchance, n’était pas bien en cour auprès de Pie XII.[5]

      Soucieux de clarifier ses rapports avec le Vatican, de Gaulle écrivit au Pape à la fin du mois de mai 44, afin de le rassurer sur deux points cruciaux :

      1)   Les forces françaises font et feront la guerre jusqu’à la victoire "avec tout le respect que nous portons aux souvenirs de notre foi chrétienne, ainsi qu’au patrimoine religieux, intellectuel et moral qu’ils représentent".

      2)   "Dès la délivrance, les intérêts spirituels du peuple français retrouveront leur primauté que met en péril l’oppression de l’ennemi."[6]

      Séduit et sans doute rassuré par la lettre du Chef du gouvernement provisoire de la République française (GPRF), Pie XII lui accorde audience dès le 30 juin.

      Par la suite, une mission diplomatique officieuse se mit en place auprès du Saint-Siège avec pour objectifs la reconnaissance de jure du GPRF et, naturellement, le retrait du représentant du Maréchal, M. Léon Bérard.  Comme le Vatican souhaitait reconduire Mgr Valerio Valeri dans ses anciennes fonctions de nonce à Paris et que de Gaulle s’y opposait catégoriquement, la reconnaissance du GPRF par le Saint-Siège n’eut lieu que… six mois plus tard !  C’est finalement un simple délégué apostolique en poste à Istanbul, Mgr Roncalli, le futur Jean XXIII, qui sera désigné comme nonce apostolique à Paris, tandis que le résistant et philosophe Jacques Maritain, après beaucoup d’hésitation, acceptera le poste d’ambassadeur de France près le Saint-Siège.

      Résigné au remplacement du nonce, Pie XII marquera son oppo­sition à toute épuration d’un corps épiscopal qui, selon lui, n’aurait fait que son devoir en se ralliant au régime de Vichy après la défaite de 1940.[7]  En fin de compte, l’épuration, que d’aucuns auraient voulu plus impor­tante, se limitera à cinq prélats.

 
Extrait : Mémoires de guerre, Tome II, L’Unité, Ed. Plon, 1956, p. 233
 
      "Le 30 juin (1944), visite au Pape.  Le Saint-Siège, conformément à son éternelle prudence, était resté jusqu’alors sur une complète réserve à l’égard de la France Combattante, puis du Gouvernement d’Alger.  Mgr Valerio Valeri, qui occupait en 1940 la nonciature à Paris, avait gardé ses fonctions à Vichy auprès du Maréchal, que M. Léon Bérard représentait au Vatican.  Cependant, nous n’avions pas cessé d’utiliser des moyens de fortune pour faire connaître au Siège apostolique nos buts et nos sentiments, non sans, d’ailleurs, y trouver d’actives sympathies, notamment celles de l’éminent cardinal Tisserant.  Nous savions que la défaite d’Hitler et de son système était souhaitée par le Saint-Père et nous voulions, dès que possible, nouer des relations avec lui.  Le 4 juin, tandis qu’on se battait encore dans Rome, le commandant de Panafieu et le lieutenant Voizard avaient porté à Mgr Tisserant une lettre du général de Gaulle adressée à Pie XII.  Le Pape m’avait répondu le 15.  Aujourd’hui, je me rends à l’audience qu’il veut bien me donner.

      Au Vatican, je prends d’abord contact avec le cardinal Maglione, secrétaire d’Etat, qui, malade et près de la mort, a tenu à se lever pour converser avec moi.  De même que Rome, du haut de sa sérénité, regarde de siècle en siècle couler au pied de ses murailles le flot des hommes et des événements sans cesser d’y être attentive, ainsi l’Eglise assiste-t-elle, impavide mais compatissante et, au surplus, très rensei­gnée, au flux et au reflux de la guerre.

      Mgr Maglione, convaincu de la victoire des alliés, se soucie surtout de ses suites.  Pour ce qui est de la France, il escompte la disparition de Vichy et déclare voir en fait, en ma personne, le chef du Gouvernement français.  Il espère que le changement de régime pourra s’opérer sans graves secousses, spécialement pour l’Eglise de France.  J’indique au cardinal que le Gouvernement de la République entend qu’il en soit ainsi, bien que certains milieux ecclésiastiques français aient pris à son endroit une attitude qui, demain, ne lui facilitera pas les choses.  Quant à l’avenir de l’Europe après la défaite du Reich et l’ascension des Soviets, je dis que la condition d’un équilibre nouveau sera le redressement intérieur et extérieur de la France.  Je demande au Vatican d’y aider de son immense influence.

 
PORTRAIT : M.G. p. 234

      Le Saint-Père me reçoit.  Sous la bienveillance de l’accueil et la simplicité du propos, je suis saisi par ce que sa pensée a de sensible et de puissant.  Pie XII juge chaque chose d’un point de vue qui dépasse les hommes, leurs entreprises et leurs querelles.  Mais il sait ce que celles-ci leur coûtent et souffre avec tous à la fois.  La charge surnaturelle, dont seul au monde il est investi, on sent qu’elle est lourde à son âme, mais qu’il la porte sans que rien le lasse, certain du but, assuré du chemin.  Du drame qui bouleverse l’univers, ses réflexions et son information ne lui laissent rien ignorer.  Sa lucide pensée est fixée sur la conséquence : déchaî­nement des idéologies confondues du communisme et du nationalisme sur une grande partie de la terre.  Son inspiration lui révèle que, seules, pourront les surmonter la foi, l’espérance, la charité chrétiennes, lors même que celles-ci seraient partout et longtemps submergées.  Pour lui, tout dépend donc de la politique de l’Eglise, de son action, de son langage, de la manière dont elle est conduite.  C’est pourquoi, le Pasteur en fait un domaine qu’il se réserve personnellement et où il déploie les dons d’autorité, de rayonnement, d’éloquence, que Dieu lui a impartis.  Pieux, pitoyable, politique, au sens le plus élevé que puissent revêtir ces termes, tel m’apparaît, à travers le respect qu’il m’inspire, ce pontife et ce souverain.

     
      Nous parlons des peuples catholiques dont le sort est en balance.  De la France, il croit qu’elle ne sera, d’abord, menacée que par elle-même.  Il aperçoit l’occasion qu’elle va trouver, malgré ses épreuves, de jouer un grand rôle dans un monde où tant de valeurs humaines sont réduites aux abois, mais aussi le danger qu’elle court de retomber dans les divisions qui, trop souvent, paralysent son génie.  Vers l’Allemagne, qui par beaucoup de côtés lui est particu­liè­re­ment chère, se porte en ce moment sa principale sollicitude. «Pauvre peuple ! me  répète-t-il. Comme il va souffrir !»  Il prévoit une longue confusion en Italie, sans en éprouver, toutefois, une inquiétude excessive.  Peut-être, pense-t-il, qu’après l’effondrement du fascisme et la chute de la monarchie, l’Eglise, moralement très puissante dans ce pays, y demeurera la seule force d’ordre et d’unité ;  perspective qu’il semble envisager assez volontiers.  Tan­dis qu’il me le laisse entendre, je songe à ce que, tout à l’heure, des témoins m’ont rapporté.  A peine finie la bataille d’hier, une foule énorme, d’un seul mouvement, s’est portée sur la place Saint-Pierre pour acclamer le Pape, tout comme s’il était le souverain délivré de Rome et le recours de l’Italie.  Mais c’est l’action des Soviets, aujourd’hui sur les terres polonaises, demain dans toute l’Europe centrale, qui remplit d’angoisse le Saint-Père.  Dans notre conversa­tion, il évoque ce qui se passe déjà en Galicie où, derrière l’armée Rouge, commence la persécution contre les fidèles et les prêtres.  Il croit que, de ce fait, la Chrétienté va subir de très cruelles épreuves et que, seule, l’union étroite des Etats européens inspirés par le catholicisme : Allemagne, France, Italie, Espagne, Belgique, Portugal, pourra endiguer le péril.  Je discerne que tel est le grand dessein du pape Pie XII.  Il me bénit.  Je me retire."
 
 
Analyse textuelle

      Le portrait de Pie XII comprend deux paragraphes.

     Dans le premier paragraphe, le mémorialiste décrit l’impression que lui a faite le Saint-Père.

      Incontestablement, de Gaulle a été fortement impressionné par la personnalité de Pie XII.

      A travers le respect avec lequel il dépeint celui-ci, on distingue combien il a été sensible à l’humanité du Pontife, qu’il qualifie de "pitoyable" (enclin, accessible à la pitié, généreux, humain – Le Robert, 10 vol., 1969).

      "Pie XII juge chaque chose d’un point de vue qui dépasse les hommes, leurs entreprises et leurs querelles.  Mais il sait que celles-ci leur coûtent et souffre avec tous à la fois."

      Cette hauteur de vues, au-dessus des intérêts opposés et des pas­sions rivales, rendra toujours ardue la tâche de comprendre la politique et la personnalité du pape Pie XII.[8]

      Nous avons déjà vu dans d’autres portraits l’importance accordée à la responsabilité de l’homme d’Etat ou de l’homme de guerre souvent com­parée à un fardeau lourd à porter chez des hommes comme Reynaud, Weygand, Churchill, Eisenhower… et plus récemment, Pompidou.

      Cette comparaison, bien qu’elle soit d’un autre ordre, est clairement définie pour Pie XII :

      "La charge surnaturelle, dont seul au monde il est investi, on sent qu’elle est lourde à son âme, mais qu’il la porte sans que rien ne le lasse, certain du but, assuré du chemin."

      Le Général met souvent l’accent sur l’adéquation entre l’occasion et les dons d’un chef qui fait que celui-ci est bien à sa place.  C’est assurément  le cas de Pie XII qui, dans son rôle de Pasteur "déploie les dons d’autorité, de rayonnement, d’éloquence que Dieu lui a impartis".

Le rythme ternaire :

      Comme toujours, le rythme ternaire dont l’écrivain de Gaulle use… et  abuse parfois, est  bien présent dans ce portrait :
 
              … les hommes, leurs entreprises, leurs querelles 
 
           ...  la foi, l’espérance, la charité…
           
             ... de son action, de son langage, de la manière dont elle est conduite.

             ... Pieux, pitoyable, politique…

      Pour caractériser les qualités et les défauts de ses personnages, de Gaulle emploie souvent des substantifs et des adjectifs dont le choix révèle l’attention qu’il porte à la sonorité des mots.

      Il recherche des figures de style telles que : assonances, allitérations dont voici un bel exemple :

      Comment Pie XII apparaît-il à de Gaulle ?  "Pieux, pitoyable, poli­tique…" 
 
Le tour démonstratif :

      Nous avons vu récemment dans le portrait du général Giraud (GRANDEUR n° 112),  l’usage fréquent que fait de Gaulle de ce procédé par lequel il définit celui dont il trace le portrait par un nom ou une expression précédés d’un adjectif démonstratif.

      Giraud : ce grand chef.
      
      Pompidou : ce néophyte du forum.
     
      Grâce à la répétition du tour démonstratif, de Gaulle introduit les divers traits d’un même personnage.
 
      Pie XII : "tel m’apparaît, à travers le respect qu’il m’inspire, ce pontife, ce souverain."  

      Maréchal Smuts : "ce personnage… ce héros… ce boer…"

 
      Dans le deuxième paragraphe, de Gaulle résume son entretien avec le Saint-Père dont les réflexions et son information ne lui laissent rien ignorer du drame qui bouleverse l’univers.

      Divers sujets sont ainsi abordés :

      - menace pour les peuples catholiques ;  

     - espoir de voir la France se redresser et jouer à nouveau un grand rôle mondial ;

     - souffrance pour l’Allemagne chère au pape où il fut nonce aposto­lique durant 12 ans ;

     - longue confusion en Italie ;

     - danger du communisme et persécution des chrétiens.

    
    
  Cependant, pour faire face à ce grave péril, Pie XII compte beaucoup sur l’union des pays catholiques européens.

      Le résumé de l’audience se termine par deux phrases d’une remar­quable concision :

      "Il me bénit.  Je me retire."

      Charles de Gaulle n’aura plus jamais l’occasion de rencontrer Pie XII, qui mourra quelques mois après le retour du Général au pouvoir.

      Lors de la parution du premier tome de ses Mémoires de guerre, en 1954, la première dédicace fut pour le pape Pie XII.

 
      30 juin 1944 : Le général de Gaulle quitte la basilique Saint-Pierre de Rome en compagnie du cardinal Jacques Martin, Préfet de la Maison pontificale.                                                                                                                                                                                                                                                  (photo DR)

Extrait du journal du cardinal Martin :

      "Impression.  Le général de Gaulle : homme vraiment supérieur.  Inspire pleine confiance.  Personnifie la France réhabilitée par magni­fiques victoires armée française en Italie.  Grave, méditatif, lent dans sa démarche et dans ses mouvements."

                                                                                                                                                                   Christian FERRIER

 



[1]   Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, Vol X, p. 242.

[2]   Article du Père jésuite allemand Peter Gumpel in The Tablet (13.02.99).

[3]   Andrea Tornielli, Pie XII, Paris, Editions Tempora, Ed. du Jubilé, 2009, 812 pages.

[4]   Article du 20 janvier 2010.

[5]   Etienne Fouilloux in Dictionnaire De Gaulle, Ed. Robert Laffont, 2006, pp. 408-409.

[6]   Ibid.

[7]   Ibid.

[8]   Pierre Blet, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, d’après les archives du Vatican, Editions Perrin, 1997.