Florilège gaullien

En cette année du quarantième anniversaire de la mort du général de Gaulle, il a paru utile de rappeler quelques-unes de ses formules, traits d’esprit ou réparties, en ne faisant bien sûr qu’effleurer le sujet tant est vaste le répertoire des réflexions du Général : une bibliothèque ne suffirait pas à les citer !

J’ai parcouru plus d’une dizaine d’ouvrages, en essayant de situer les références le plus exactement possible, certaines se contredisant, et j’ai fait appel également à ma mémoire lorsque j’étais sûr de mon fait.

Enfin, j’émaillerai cet exposé de l’une ou l’autre anecdote, générale­ment inédite.

C’est surtout la période de Charles de Gaulle à la tête de la Ve République qui est la plus fertile en formules diverses, mais on ne saurait passer sous silence certaines citations datant de la période qui a précédé et ce, depuis sa jeunesse où, encore étudiant au Collège des Jésuites d’Antoing (Hainaut), il proclamait, non sans une certaine présomption déjà :

"L’avenir sera grand car il sera pétri de nos œuvres."

Phrase prémonitoire. Les événements ne vont pas tarder à lui don­ner raison. Après les péripéties de la Première Guerre mondiale et les écrits militaires de l’entre-deux-guerres, voici de Gaulle jeté dans la mêlée des combats de 1940. On connaît le dénouement et le refus du jeune général d’accepter la défaite.

C’est alors l’appel lancé de Londres, le 18 juin 1940, appel dans lequel il proclame :

"La France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule !"

Epinglons, au cours de ces années de guerre, quelques formules du Général. Ainsi, les Américains n’ayant pas jugé bon de l’avertir qu’ils débarquaient en Afrique du Nord (novembre 42), il est réveillé en pleine nuit par Billotte qui lui annonce la nouvelle.

Réaction du Général :

"Eh bien ! J’espère que… Vichy va les foutre à la mer !"

Deux mois après cette réaction de mauvaise humeur, de Gaulle s’envole pour le Maroc où il va retrouver Churchill, en réunion avec Roosevelt, à la Conférence de Casablanca, en janvier 43. Ce dernier l’invite à serrer la main du général Giraud, évadé d’Allemagne et pressenti par les Alliés pour diriger les forces françaises. (1)[1]

Peu habitué à manier la langue anglaise, de Gaulle accepte et se tournant vers Roosevelt, lui dit, avec un fort accent français :

"I shall do that for you." (Je le ferai pour vous)

On verra par la suite, lorsqu’il sera président de la République, comment il intégrera, dans ses discours à l’étranger, l’une ou l’autre phrase dans la langue du pays.

En août 1944, il reprend pied sur le continent et, le 25 août, il est à Paris et parle à l’Hôtel de ville (extrait) :

" Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !"

Voici enfin la victoire et de Gaulle à la tête du gouvernement provi­soire, jusqu’à sa démission en janvier 1946. Il fonde ensuite, en avril 1947, le RPF (Rassemblement du Peuple français). Après l’échec de ce mouvement aux élections de 1953, il se consacrera à la rédaction de ses Mémoires de guerre.

Citons deux anecdotes datant de ces années du RPF, dont le siège sera installé rue de Solférino, à Paris.

Selon Mignon (Les mots du Général, Fayard, 1962), un membre du mouvement se serait écrié, au cours d’une réunion : "Mort aux cons", à quoi le Général qui, d’un bureau voisin, avait entendu, aurait ajouté :

"Vaste programme !"

D’après Billotte (30 ans d’humour avec de Gaulle, édit. Mengès, 1978), cela se serait passé dans le bureau des aides de camp, où Jean Pompéi, compagnon de la Libération, aurait clôturé son intervention par les mêmes mots. Du bureau voisin, de Gaulle, attiré par les éclats de voix, a ouvert la porte et lancé alors la célèbre expression.

Enfin, selon Jullian (De Gaulle, pensées, répliques et anecdotes, Le cherche midi, 1994), c’est Louis Vallon qui aurait crié les trois mots provocateurs…

Où est la vérité historique ?

"Non nova, sed nove."

Toujours à propos du RPF, Jacques Foccart, le futur "Monsieur Afrique" du Général, insistait pour relancer le RPF. De Gaulle, excédé, lui asséna un jour :

"Vous m’emmerdez Foccart, avec «VOTRE» RPF !"

Ce sont là quelques exemples de formules propres au Général. Dès 1958 et son retour aux affaires, les formules font florès, que ce soit dans les discours, les voyages officiels ou dans telle ou telle circonstance.

Reportons-nous à mai 58 où, après le soulèvement d’Alger, un comité de salut public lance un appel au général de Gaulle. Le 15, ce dernier, depuis Colombey, se déclare prêt à assurer les devoirs de la République.

Le 19 mai, au cours d’une conférence de presse, un journaliste fait état des craintes exprimées par d’aucuns que de Gaulle n’attente aux libertés publiques.

La réponse fuse :

"Pourquoi voudriez-vous qu’à soixante-sept ans, je commence une carrière de dictateur ?" (rires)

Le 1er juin, il devient chef du gouvernement et entame ensuite plusieurs voyages en Afrique. Le 4, il est à Alger où, du balcon du Gouvernement général, il lance la célèbre phrase ambiguë :

"Je vous ai compris."

II y en aura d’autres par la suite. En effet, peu à peu la population européenne se rend compte que la France prépare l’autodétermination. En janvier 60, le 24, commence la semaine des barricades où des civils retranchés réclament le départ du Général. Quelques mois plus tard, ce seront – sans succès – les premières négociations avec le FLN, à Melun.

De Gaulle :

"Il faudra que l’on ait déposé les couteaux au vestiaire."

L’année suivante, le 22 avril, on assiste à une tentative de putsch par quatre généraux français à Alger.

De Gaulle fustige "un quarteron de généraux en retraite."

Deux mois plus tôt avait été créée l’OAS (Organisation Armée Secrète), qui va se livrer à des attentats en Algérie et en métropole. Le 22 août 1962, de Gaulle (qui a déjà échappé à un attentat à Pont-sur-Seine (Aube) le 8 septembre 1961), échappe à nouveau à un attentat au Petit Clamart, la voiture présidentielle étant mitraillée.

En sortant de la voiture, de Gaulle secoue la poussière de son costume et déclare avec flegme :

"Cette fois, c’était tangent… Ils tirent comme des cochons !"

Le 18 mars avaient été signés les accords d’Evian qui mettaient fin à la guerre d’Algérie et le 1er juin, un cessez-le-feu était conclu entre l’OAS et GPRA.

L’attentat du 22 août était donc un geste de désespoir fou.

Le Général-président n’est cependant pas au bout de ses peines… ni de ses discours. Suite donc de ce florilège…

De Gaulle et l’Eglise

Il ne nous appartient pas de sonder les consciences. Il est néan­moins une déclaration du Général qui peut paraître troublante quand on connaît son attitude respectueuse à l’égard de l’Eglise catholique. Dans Ainsi parlait de Gaulle (Fondation Ch. de Gaulle, édit. Albin Michel, 2010) figure la citation suivante :

"Moi, je ne crois en rien. La religion catholique fait partie des structures politiques de la France."

Ces propos rapportés, sans autre précision, je les avais déjà lus ou entendus par ailleurs. Or, dans de nombreuses autres circonstances, de Gaulle a manifesté des sentiments d’attachement à l’Eglise catholique, peut-être par tradition chrétienne. N’assistait-il pas à la messe chaque dimanche, à Colombey ?

Je saisis cette occasion pour citer une anecdote concernant mon frère Christian (il me pardonnera cette histoire personnelle) qui, déjà empreint de ferveur gaulliste dans sa jeunesse, décida un dimanche de partir en vacances en passant par Colombey pour assister à la messe en même temps que le Général. Il raconte :

"J’arrive bien avant le début de la messe pour ne pas le manquer et je prends place à proximité des premiers bancs. De Gaulle arrive et se rend à sa place habituelle. Il se tient debout. Je ne le quitte pas des yeux. A un moment donné, il tourne la tête dans ma direction ET NOS REGARDS SE SONT CROISES !"

Je crois que ce fut le plus beau jour de sa vie. Aujourd’hui, Christian Ferrier est vice-président du Cercle d’Etudes Charles de Gaulle et collabore régulièrement à la revue GRANDEUR.

De Gaulle polyglotte

Au cours de ses nombreux déplacements officiels à l’étranger, le général de Gaulle affectionnait particulièrement de terminer ses discours par l’une ou l’autre phrase dans la langue du pays.

Ainsi, par exemple, outre quelques mots prononcés en espagnol, en roumain, en polonais, en turc et autres, citons notamment son voyage en Russie soviétique, du 29 juin au 1er juillet 1966, et particulièrement le 30 juin où, à Moscou, il s’essaie sans trop de succès à la langue de Tolstoï :

"De la part (ou au nom de ?) du peuple français, salut au grand peuple soviétique. Vive la Russie…"

La traduction est approximative car des mots sont mal prononcés. En effet, selon M. Alexis Guédroïtz, interprète de Spaak et Harmel, tra­ducteur d’œuvres de Dostoïevski, et qui fut mon professeur de russe à l’Ecole de Guerre, le présentateur de la radiotélévision soviétique a dû préciser : "le général de Gaulle a dit…" et il a repris ensuite les termes de façon compréhensible.

En revanche, le discours prononcé à Bonn, le 4 septembre 1962, en allemand (de Gaulle avait appris cette langue au cours de sa captivité, pendant la 1ère Guerre mondiale), est d’une tout autre facture… On retiendra la phrase finale :

"Es lebe Bonn, es lebe Deutschland, es lebe die Deutsch-Französische Freundschaft."

(Vive Bonn, vive l’Allemagne, vive l’amitié franco-allemande.)

Ce qui lui vaudra des applaudissements nourris.

Enfin, il convient de mentionner certaines phrases prononcées en breton, lors de sa visite à Quimper, en février 1969, où il récite quelques vers de son aïeul, le barde Charles de Gaulle, pour la plus grande joie de la foule.

Quant à l’anglais, on ne connaît à de Gaulle guère de dons pour cette langue, malgré son long séjour à Londres (voir plus haut la phrase adressée à Roosevelt).

De Gaulle et la Chine

Le président de Gaulle fut un des premiers hommes d’Etat à avoir reconnu la Chine populaire, avec laquelle la France a rétabli des relations diplomatiques le 21 janvier 1964.

Deux ans plus tard, avec l’éclosion de la Révolution culturelle, l’attitude chinoise à l’égard du président français prend une autre tournure et on voit apparaître, sur les murs de Pékin, des affiches portant l’inscription "de Gaulle est un chien".

Apprenant la chose, de Gaulle eut ce trait d’esprit :

"C’est assez plaisant d’être traité de chien par des Pékinois !"

De Gaulle en ballottage

Le 5 décembre 1965, lors de l’élection présidentielle, de Gaulle est mis en ballottage face à François Mitterrand.

Avant le second tour, deux semaines plus tard, ses collaborateurs lui suggèrent, étant donné ses talents audiovisuels, de pratiquer la formule de l’entretien au coin du feu. Réaction :

"Quoi ?... C’est cela que vous escomptez : que de Gaulle se mette en pyjama ?"

Il opte plutôt pour un entretien télévisé avec Michel Droit, le 1er décembre. Il parle de l ‘Europe et insiste sur les réalités :

"On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant : «L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !» mais cela ne signifie rien. Il faut prendre les choses comme elles sont."

En enchaînant sur l’Europe

Le 15 mai 1962, après l’échec du plan Fouchet (Union d’Etats), de Gaulle tient une conférence de presse dans laquelle il raille les apatrides partisans de quelque "espéranto" ou "volapük" intégré.

Ce n’est pas qu’il soit antieuropéen, mais il refuse l’entrée dans l’Europe d’une Grande-Bretagne qui serait le cheval de Troie de l’Amérique. C’est ce qu’il expliquera dans cette autre conférence de presse du 14 janvier 1963. Et il tiendra bon pendant plusieurs années encore, opposant à deux reprises, en 1963 et 1967, un veto français à l’adhésion de la Grande-Bretagne à la CEE.

C’est ainsi qu’André Fontaine, dans LE MONDE du 18 décembre 1963, fait dire à de Gaulle :

"L’Angleterre, je la veux nue."

Devant les controverses soulevées, au cours de la conférence de presse du 27 novembre 1967, un journaliste pose au Général la question de la véracité de ses propos. Voici ce que répond de Gaulle :

"La nudité, pour une belle créature, c’est assez naturel, et pour ceux qui l’entourent, c’est assez satisfaisant. Mais quel que soit l’attrait que j’éprouve pour l’Angleterre, je n’ai jamais dit cela. Cela fait partie des propos que l’on me prête."

Merci à Jacpé, le talentueux caricaturiste de "Père Ubu", le "Canard enchaîné belge".

Note à propos de ce dessin

Bien qu’il n’y ait pas de contemporanéité (politique) entre les deux personnages, il a paru judicieux de faire figurer Margaret Thatcher pour personnaliser l’Angleterre, en raison de son intransigeance ("my money back") bien connue, à propos de l’Europe notamment.

Ainsi, lors d’une réunion européenne au sommet, le président Giscard d’Estaing, n’arrivant pas à faire céder ladite Thatcher, lui déclare : "Je suis désolé, Madame, mais je ne peux rien de plus pour vous."

Quant à Chirac, plus prosaïque, il lâche à un de ses collaborateurs, lors d’une réunion ultérieure (Bruxelles, 1988) : "Qu’est-ce qu’elle veut de plus, la ménagère, mes couilles sur un plateau ?"

Ce qu’il ignorait, c’était qu’un micro de la BBC était branché à proximité. Aussi, le lendemain, on pouvait lire dans la presse londo­nienne : "Le Premier ministre français est ordurier."

Comme quoi il faut se méfier des micros. Cela me rappelle cette anecdote plus ancienne, lorsque le Hollandais Luns était Secrétaire général de l’OTAN. A ce titre, il présidait une réunion au sommet de l’OTAN (c’était le 26 juin 1974, à Bruxelles). Après la réunion, un de ses compatriotes vient lui parler tandis que le président américain Nixon s’approche pour lui parler à son tour. Après la conversation (en néerlan­dais), Luns se tourne vers Nixon et, comme pour s’excuser, lui dit : "De tous les cris d’animaux, le néerlandais est le plus horrible !"

Ici, c’est un micro de la BRT (flamande) qui capte la remarque. Dès le lendemain, une intervention avait lieu au Conseil culturel flamand, blâmant le Secrétaire général de l’OTAN pour avoir méprisé "notre langue".

Autrement dit, on n’apprécie guère l’humour "au nord du pays" !

Réception à l’Elysée

En décembre 1967, lors d’une réception au palais de l’Elysée, en l’honneur des personnalités du spectacle (acteurs, comédiens, etc.), le général de Gaulle rencontre Brigitte Bardot.

Galant, il s’exclame : "Je suis ravi, Madame, c’est le cas de le dire."

Commentaire du journaliste qui décrit la scène : "De toutes les personnes présentes, c’est lui le plus grand comédien."

Au sujet de Brigitte Bardot, je citerai au passage l’anecdote sui­vante : participant en 1959, dans le Tarn, à un camp-école de "La Route des scouts de France", camp de formation réservé aux chefs scouts aînés (appelés routiers), j’ai rencontré là-bas, outre des Français, des Africains et même deux Philippins. Ceux-ci nous disaient que chez eux, on ne connaît que deux noms de la France : Brigitte Bardot et le général de Gaulle.

Comme quoi la célébrité peut dépendre d’attributs différents !...

Réception d’un autre genre : Bokassa

Né en 1921 en Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa s’engage dans l’armée française en 1939. Devenu soldat dans les forces françaises libres, il combat en Provence, sur le Rhin, puis en Indochine et en Algérie.

Dûment médaillé, il quitte l’armée française avec le grade de capitaine. En 1965, il prend le pouvoir dans son pays dont il deviendra président, puis empereur. Il décèdera en 1996 après de nombreuses péripéties.

Surnommé "le soudard" par le général de Gaulle, il fut reçu officielle­ment à Paris en février 1969. Sur un ton très sérieux, il dit au président français : nous sommes les deux seuls de la France libre à être devenus présidents !

Il se voulait également le père de tous les Centrafricains ; quant à de Gaulle, il l’appelait "papa".

Un jour, de Gaulle, exaspéré, lui lança :

"Mais cessez donc de m’appeler papa."

Et Bokassa, dans un réflexe : "Oui, papa !"

Autres phrases célèbres

Répondant un jour à des responsables syndicalistes qui s’adres­saient au Général en disant avoir déjà maintes fois exposé le problème à ses prédécesseurs, il leur dit, en appuyant sur les dernières syllabes :

"Messieurs, vous vous trompez de personne ! De Gaulle n’a pas de pré-dé-ces-seurs !"

Sur Israël : en juin 1967, on assiste à la guerre des six jours entre Israël et trois voisins arabes. Le 27 novembre, dans une conférence de presse, de Gaulle, qui a condamné l’agression israélienne, trace un vaste panorama de l’histoire des juifs, qu’il qualifie de :

"peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur".

Sur le Québec : on connaît les mots célèbres, lancés du balcon de l’Hôtel de ville de Montréal : "Vive le Québec libre."

Sur les fromages : De Gaulle se serait écrié un jour :

"Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe plus de 300 sortes de fromages ?"

Cette citation, attribuée à de Gaulle d’après Wikipédia, semble la plus vraisemblable. En effet, divers autres auteurs citent des chiffres différents et il n’y a aucune source sûre à ce sujet.

Sur la presse : De Gaulle ne prisait guère les journalistes, parfois trop critiques à son égard ? Il disait d’eux :

"Tout ce qui grouille, grenouille et scribouille…"

A Peyrefitte, il confie : "vous ne les empêcherez pas de pisser leur vinaigre…"

Humour ou prétention. D’après Malraux, de Gaulle aurait dit un jour :

"Vous savez, mon seul vrai rival international, c’est Tintin !..."

Dans la livraison de mars 2008 de GRANDEUR, le RP Joseph Boly tente d’apporter un éclairage sur cette citation (Tintin et de Gaulle, pp. 27 & 28), dans la présentation d’un ouvrage dédié à Hergé. On s’y reportera avec profit sans avoir pour autant une certitude quant à la citation en question.

Sur l’intégration : clôturant un exposé à Peyrefitte sur les inconvé­nients d’une émigration arabe trop massive, il dit :

"Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !" (A. Peyrefitte : C’était de Gaulle, Fayard, 1994, p. 52)

Sur les événements de mai 68 :

Devant la tournure des événements au début, de Gaulle se serait d’abord exprimé en privé, selon la formule très vite répandue :

"La réforme, oui ! La chienlit, non !"

Le 24 mai, il prononce depuis l’Elysée une allocution radiotélévisée dans laquelle il affirme que l’ordre sera maintenu.

Quelques jours plus tard, le 29 mai, il se rend à Baden-Baden, au QG de l’armée française en Allemagne où il rencontre le général Massu. (2)[(2)(((((2222222(((((((((((2)

De retour à Paris, le 30 mai, nouvelle allocution radiotélévisée qui sera suivie d’une manifestation de soutien massif sur les Champs-Elysées.

"Les Français sont des veaux !"

D’après LE POINT (Jeux), n° spécial, avril-juin 2010, c’est ce que de Gaulle aurait dit avant cette grande manifestation. La même revue ajoute (p. 64) que son fils, Philippe de Gaulle, raconte dans ses entretiens avec Michel Tauriac qu’il entendit pour la première fois le Général qualifier les Français de veaux, à Londres, en juin 1940 : "Il vient de stigmatiser l’armistice au micro de la BBC (…). Puis il me souffle : «Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent.»" (Philippe de Gaulle, De Gaulle mon père).

Jullian (op. cit.) mentionne deux occurrences où cette expression revient, l’une (p. 25) citée par Louis Vallon, l’autre (p. 120) où Alain de Boissieu cite de Gaulle disant :

"(…) Que voulez-vous que je fasse au milieu des veaux ?"

Réactions d’humeur ? Sans doute…

Enfin, le 28 avril 1969, devant l’échec du référendum proposé aux Français, il quitte la présidence de la République.

A un de ses collaborateurs qui le presse d’accepter la rente que l’Etat verse aux anciens chefs de l’Etat, il rétorque :

"Voyez-vous le général de Gaulle accepter un bureau de tabac ?"

Retiré à Colombey-les-Deux-Eglises, il y décèdera le 9 novembre 1970. Il avait dit :

"Après ma mort, on dressera une grande croix de Lorraine sur la plus haute colline, derrière ma maison. Et comme il n’y a personne par là, personne ne la verra... Elle incitera les lapins à la résistance."

Roland Ferrier

(1) Cf. à ce sujet la présentation d’Henri Giraud, par Christian Ferrier, in GRANDEUR, n° 112, mars 2009.

(2) Sur l’entrevue entre de Gaulle et le général Massu, on consultera avec intérêt la question posée, sur un ton insolent autant qu’impertinent, par un certain Ysengrim Hébert au général de Gaulle et la réponse percutante de ce dernier. Le texte est trop long pour être reproduit ici, mais il suffit de taper, sur la Toile, "Chienlit de Gaulle", puis de cliquer sur "Dialogus", suivi des mêmes mots. Cela vaut son pesant… d’octets.