Lettre à Comenius


Message à l'occasion de la clôture du projet Comenius au Lycée Marseilleveyre le jeudi 5 juin 2009

 

« Toutes nos différences et nos petites jalousies, nous devons les fondre dans la passion pour ce grand but de fidélité à notre passé commun et de foi en notre avenir commun. »  Stefen Zweig

 

Cher Comenius, mes chers amis,

 

 

 

 

L’historien polonais Bronisław Geremek s’inspirant du célèbre patriote italien Giuseppe Mazzini disait : « Nous  avons fait l’Europe, désormais nous devons faire les Européens… »1 Mais il ajoutait : « Sinon nous risquons de la perdre ! »  Comme la cité des Athéniens notre maison commune demeure fragile. Tel est notre défi !

 

Dans le cadre de notre projet Comenius nous avons porté notre regard sur l’Europe de la culture, de l’éducation, de la civilité.

 

L’Europe de la culture puise ses racines dans les grands auteurs, les musiciens, les poètes, les savants qui ont traversé les frontières et dans des pages d’histoire heureuses et souvent tragiques !

 

L’Europe de l’éducation, de la connaissance nous permet d’aller voir un peu plus loin… d’être accueillis chez  « l’Autre » et d’explorer ce qui se passe ailleurs, de s’enrichir de ses partenaires mais aussi d’apprécier parfois ce qui peut-être bien chez soi !

 

L’Europe de la civilité et du citoyen s’enracine dans nos valeurs communes, fil directeur de notre projet sur trois années : la paix, la solidarité, la démocratie, « le vivre ensemble », l’esprit critique, le respect de la personne humaine, des minorités et de l’environnement.

 

Nous avons appris à travailler ensemble en utilisant différents moyens d’expression : le théâtre, le chant, la danse, la musique, l’art plastique, l’écriture, l’internet, les langues étrangères. Nous avons fait un bout de chemin ensemble vers la connaissance de « l’Autre », tenté de rapprocher deux parties de l’Europe longtemps séparées. Nous avons combattu les stéréotypes, appris à écouter « l’Autre » car nous savons que la construction européenne est un compromis difficile qui exige de la volonté mais aussi une forte dose de patience !

 

Que reste t-il de ce projet ? C’est d’abord un enrichissement personnel, c’est un « plus » pour nos écoles. Mes pensées vont d’abord vers notre famille européenne : Hongrie, Transylvanie, Pologne, Italie, Lettonie, Gascogne. J’éprouve un peu de nostalgie en pensant à vous. Faire l’Europe c’est mettre des noms et des visages sur les mots et les cartes de géographie, c’est se souvenir d’une personne, d’un prénom, d’un geste, d’un éclat de rire, d’une chanson, d’une conversation, d’une odeur, d’un goût particulier, d’un paysage et bien d’autres choses encore… C’est aussi donner l’exemple en tant qu’éducateur -sans être un modèle parfait- pour nos élèves qui ont apprécié notre entente et de nous voir nous les professeurs autrement que dans une salle de classe ! Notre équipe s’est révélée solidaire et déterminée, enrichie par notre diversité et nos compétences partagées. Travail et bonne humeur firent bon ménage ! Sur mon ordinateur défilent les souvenirs de nos rencontres : Budapest, Casteljaloux, Cluj, Marseille, Paterno, Riga. Je revois avec émotion les visages de nos jeunes lycéens et collégiens à travers toutes les activités que nous avons organisées : Antigone la polonaise, les danses et le théâtre hongrois, la magnifique chorale de Cluj, les lycéens lettons si beaux dans leurs costumes traditionnels, Esmeralda l’italienne, sans oublier « les petits mousquetaires » de Casteljaloux. Je pense aussi à nos élèves de Marseille si heureux de savoir qui vous êtes. L’expression de ces jeunes gravée dans ma tête nourrit mon espérance. Même si ces rencontres ne sont qu’un tout petit moment dans leur vie, je sais par expérience qu’il y a des évènements qui marquent une vie entière qui peuvent être des déclencheurs dans des études, une carrière, un engagement… Espoir enfin que ces jeunes se sentent des Européens : Libres, créatifs, humanistes qu’ils deviennent des femmes et des hommes qui s’approprient l’Europe, qu’ils soient en quelque sorte des  bâtisseurs d’Europe !

 

 

 

 

Daniel Micolon

Coordinateur Comenius Lycée Marseilleveyre

Marseille, le 4 juin 2009

A l’occasion de la clôture du projet Comenius au

Lycée Marseilleveyre

 

1- « Nous avons fait l'Italie, maintenant, il nous faut faire les Italiens » déclare le député. Massimo d'Azeglio à la proclamation du Royaume d'Italie en 1861 ».