Le Christianisme n'est pas un dérivé et un perfectionnement des antiques religions sémitiques





"Dans les anciennes religions de l'Egypte, de la Perse, de l'Inde, on retrouve, disent certains philologues et certains archéologues, des traits généraux qui indiquent une sorte d'identité.

C'est évidemment une même idée qui s'est défigurée, altérée dans ses détails en passant d'un peuple à un autre, et en traversant les siècles. On y voit, par exemple, les linéaments généraux de l'unité de Dieu et de la Trinité des chrétiens, une déchéance originelle ou la femme et le serpent jouent un rôle, un libérateur promis, attendu, puis apparaissant sur la terre et adoré comme un Dieu; on y voit une Vierge, mère de ce libérateur. Des peines et des flammes éternelles y apparaissent comme punition des méchants; des délices éternelles, comme récompense des bons. On y voit des demi-dieux, bons ou mauvais, protecteurs ou ennemis des hommes, présidant aux éléments matériels. On y trouve un culte, des sacrifices, une hiérarchie sacerdotale; en un mot, la base des dogmes chrétiens.

Il est donc plus que probable que le fondateur du christianisme n'a fait que reprendre en sous-oeuvre, en les épurant toutes, ces données primitives, et que le christianisme n'est que le dérivé et le perfectionnement des vieilles religions sémitiques
". Voilà ce qu'ils disent.

Le christianisme n'est pas plus le dérivé ou le perfectionnement des vieilles religions sémitiques, que la monnaie véritable n'est le dérivé ou le perfectionnement de la fausse.

Rien de plus vrai que ce fond de croyances communes qui se retrouve à la base de toutes les religions fausses: les anciens mystères d'Osiris et d'Isis en Egypte, de Brahma et de Vishnou, et des autres divinités de l'Inde, ceux de Mithra en Perse, des druides dans les Gaules, d'Odin en scandinavie; et même les mystères de la mythologie grecque et romaine; tout annonce une sorte d'unité dans ces fables aussi grossières qu'impures.

Cette conformité, naturellement inexplicable, la foi chrétienne en rend admirablement raison: elle nous enseigne, en effet, qu'à l'origine même du genre humain, Dieu se révéla Lui-même surnaturellement à l'homme, ajoutant ainsi aux lumières et aux connaissances de la raison naturelle d'Adam d'autres lumières, d'autres connaissances d'un ordre supérieur; Il lui révéla, lui enjoignant de Le croire, qu'en l'unité de Son essence divine, éternelle, il y avait trois personnes distinctes: le Père, le Verbe, et le Saint-Esprit; que le Verbe devait S'incarner et Se faire homme au milieu des temps pour être le Seigneur, le Roi et le Pontife visible de la création; que toute créature, pour être sauvée, devait croire à cette révélation et au Christ à venir, Lui rester fidèle, Le servir et L'aimer; que le feu éternel de l'enfer serait la punition des prévaricateurs, et la béatitude divine du Paradis, la récompense des fidèles; Il ordonna à l'homme de rendre à son Dieu un culte intérieur et extérieur; d'autres vérités encore dont l'ensemble forma la religion patriarcale. Cette religion était la même que celle de Moise, la même que la nôtre, quant à la substance: elle était chrétienne, en ce qu'elle se rapportait tout entière au Christ; elle était catholique, en ce qu'elle était universelle et faite pour tous les hommes, sans exception.

Noé, dépositaire de cette religion sainte, et second père du genre humain, la transmit à ses fils: à Sem, son fils ainé, dont les descendants la portèrent dans l'Asie; à Japhet, qui la porta dans notre Europe; à Cham, le fils maudit, qui la porta ou ne la porta guère en Afrique, patrie de la race déchue. L'Amérique fut peuplée selon toute probabilité par les descendants de Sem.

Mais l'orgueil et l'esprit, uni à la corruption des moeurs, altéra peu à peu dans la plupart des peuples les vérités primitives de la religion du vrai Dieu; chaque peuple, sous l'influence de son climat et de ses goûts particuliers, les altéra insensiblement; et ainsi l'erreur naquit ou sortit pour ainsi dire de la vérité, conservant les traces évidentes de l'origine commune, au milieu de la dépravation des formes et des détails. Là est l'explication, seule scientifique, de l'étrange ressemblance que l'on constate dans les fondements de toutes les religions, aussi bien que de toutes les langues. C'est l'altération de la religion primitive, l'altération de la langue primitive.

Abraham, puis Moise, furent choisis de Dieu pour conserver intact au milieu de la dépravation universelle le dépôt de la révélation et de la vérité chrétienne; car la vraie religion a toujours été chrétienne, le Christ étant le centre lumineux auquel tout se rapportait.

Le peuple Hébreu demeura seul fidèle au Seigneur, et mérita, pour cette raison, d'être appelé le peuple de Dieu. Il accomplit fidèlement sa mission jusqu'à l'avènement du Christ-Rédempteur, lequel confia ce même dépôt, enrichi de nouvelles lumières et de nouvelles grâces, au sacerdoce catholique et principalement aux Pontifes romains, successeurs de Pierre, jusqu'à la fin des temps. Depuis Adam jusqu'au Christ, et depuis le Christ jusqu'au dernier Pape, jusqu'au dernier chrétien, la révélation nous apparaît ainsi dans une unité splendide et inaltérable.

Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a rien pris à ces vieilles sectes qu'il trouva répandues sur la face du monde. Il révéla plus explicitement au monde ce qu'en qualité de Verbe, de Parole de Dieu, Il avait daigné révéler déjà à Adam, aux Patriarches, à Moise et aux Prophètes. Le christianisme est le parachèvement de la révélation première, le développement, non des fables paiennes, mais des vérités religieuses conservées chez les Hébreux, héritiers des Patriarches.

Il dérive du ciel et non de la terre, et les prétendus savants sémitiques qui vont pêcher dans l'eau, plus que trouble, d'une antiquité qu'ils ne connaissent pas, d'un sanscrit qu'ils ne connaissent guère, d'un hébreu qu'ils connaissent mal, sont d'impudents personnages dont l'impiété fait le seul mérite.

Donc, les traits de ressemblance qui se manifestent très réellement dans les anciennes sectes religieuses de l'Asie, loin de prouver la thèse de nos modernes rationalistes, attestent au contraire la réalité d'une révélation primitive et la sainteté divine du christianisme qui fait briller d'un éclat incomparable tout ce qu'il y avait de vrai, de pur et de divin dans ces religions altérées.

(Monseigneur de Ségur, in La foi devant la science moderne)
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