Vulgarisation scientifique -- La science pour tous au XIXème siècle


 
 
la vulgarisation scientifique tient une place importante dans l'oeuvre éditoriale d'Edouard Charton
 
voici comment elle se situe dans l'histoire de la vulgarisation scientifique au XIXème siècle
 
Conférence faite en 2005 , à Poitiers, à l'occasion de l'année Jules Verne
 
 
 

Table des matières

  1. 1 Au Siècle des Lumières
    1. 1.1  L’encyclopédie
  2. 2 L’âge d’or de la vulgarisation scientifique
    1. 2.1  Définition
    2. 2.2 Faut-il conserver ce mot ?
    3. 2.3 Comment vulgarise-t-on ?
    4. 2.4  Le saint-simonien Cerclet plaide pour une littérature spécialisée
  3. 3 Les formes écrites de la vulgarisation
    1. 3.1 Le rêve encyclopédique de François Guizot
    2. 3.2 Les revues encyclopédiques
    3. 3.3  La revue encyclopédique de Jullien
      1. 3.3.1 Exemples d’articles scientifiques dans la Revue encyclopédique
      2. 3.3.2 Des saint-simoniens aux commandes
    4. 3.4 Le Magasin pittoresque
    5. 3.5 Son directeur Édouard Charton
    6. 3.6 Contre l’ignorance
    7. 3.7 Des illustrations
    8. 3.8 Exemples d'articles
      1. 3.8.1 Le daguerréotype
      2. 3.8.2 Le chemin de fer, premiers articles
      3. 3.8.3 La locomotive à Paris
      4. 3.8.4 Une gare place de la Madeleine
      5. 3.8.5  Le Tour du Monde en trois mois
      6. 3.8.6 La géothermie
      7. 3.8.7 L’astronomie
      8. 3.8.8 Les débuts de Camille Flammarion
      9. 3.8.9 Fiction ?
    9. 3.9  Le Musée des Familles
  4. 4  Les revues spécialisées
    1. 4.1 L'Abbé François Moigno, fondateur de la revue Le Cosmos
      1. 4.1.1 Moigno et Jules Verne
      2. 4.1.2  Vulgarisation et sacerdoce
      3. 4.1.3 Moigno à la pointe du progrès et des « commodités »
      4. 4.1.4 Moigno, pionnier des projections
    2. 4.2 Gaston Tissandier et la revue La Nature
      1. 4.2.1 Tissandier aéronaute
      2. 4.2.2 Une photographie de comète
      3. 4.2.3  Jules Verne et ‘La Nature’
      4. 4.2.4  Une mer au Sahara
      5. 4.2.5   Le centralien Tom Tit
  5. 5 Une nouvelle profession : Chroniqueur scientifique
    1. 5.1 L’Académie des Sciences s’ouvre vers l’extérieur
    2. 5.2 Les principaux chroniqueurs
    3. 5.3 Un pionnier, Alexandre Bertrand et le journal Le Globe
    4. 5.4 Son fils Joseph Bertrand et Jules Verne
    5. 5.5 Louis Figuier et l’encyclopédie annuelle
      1. 5.5.1 Un écrivain prolifique
      2. 5.5.2 Et même des pièces de théâtre
    6. 5.6 Arthur Mangin et l'éditeur Mame
  6. 6 La bibliothèque des Merveilles
    1. 6.1 Une collection ‘qui marche’
    2. 6.2 Quelques collaborateurs 
    3. 6.3 Un livre de prix sur mesure
  7. 7 Deux grands vulgarisateurs Fabre et Flammarion
    1. 7.1 Fabre
    2. 7.2 Camille Flammarion
  8. 8  Et Jules Verne ?
  9. 9 Pour conclure
 
 
Texte au format PDF, sur demande à l'adresse ci-dessous:
 

Sur le même sujet, disponible gratuitement auprès du CTHS:
La vulgarisation scientifique au XIXe siècle : entre tradition encyclopédique et nouvelle forme romanesque
 

 


 

 

 

Au Siècle des Lumières

 
L'essor de la vulgarisation scientifique au dix-neuvième siècle puise ses racines dans le Siècle des Lumières.
 

Certes on ne peut pas parler de science pour tous à cette époque où les préoccupations métaphysiques se mêlent à un discours dont seul un public cultivé des salons peut bénéficier.

 

Au siècle des Lumières, on découvre la nature, on commence à s’aventurer au sommet des montagnes. Un an après la première ascension de Paccard et Balmat, François Benedict de Saussure gravit le mont-blanc en 1787 pour y faire des expériences scientifiques.

Des érudits créent des Cabinets de curiosité, petits musées laboratoires privés.

En littérature, Fontenelle a ouvert la voie, dès la fin du dix-septième siècle aux ouvrages de science romancée ou dialoguée, en publiant Les entretiens sur la pluralité des Mondes.

L’auteur de Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre a publié avant ce livre à succès, quatre volumes intitulés les Études de La Nature. Il avait étudié à l’École des Ponts et chaussées, et il sera pendant deux ans Intendant du Jardin du Roi.

Ce même Jardin du roi dont Daubenton obtient l’ouverture au public en 1793. C’est la naissance du Jardin des Plantes et la création du Muséum d’histoire naturelle dont les conférences connaissent un succès incontestable avec Etienne Geoffroy Saint-Hilaire.

La Convention organise un second grand musée technique à Paris, avec la création, en 1794, à l’initiative de l’abbé Grégoire, du Conservatoire des Arts et Métiers. Celui qui déclarait dès 1790 dans sa lettre aux philanthropes

« Croire sans savoir, c'est sottise »,

voulait en présentant des objets scientifiques et des machines

« …éclairer l'ignorance... augmenter la somme des connaissances et le nombre des connaisseurs ».


 

 L’encyclopédie

Enfin, n’oublions pas les encyclopédistes qui, en adoptant la classification de Bacon (l’arbre de vie), ne placent plus Dieu mais l’homme au centre de l’Univers. La Théologie n’est plus qu’une des branches de la philosophie. Ce qui va changer radicalement le point de vue.

  


 

L’âge d’or de la vulgarisation scientifique

 

Tous les éléments sont réunis au début du dix-neuvième siècle pour que la vulgarisation se développe grâce à la conjonction du progrès scientifique et technique et de l’accroissement du nombre de lecteurs potentiels ( à la fois par le recul de l’illettrisme et par l’industrialisation de l’imprimerie, elle même conséquence de ce progrès).

Elle a aussi bénéficié de la volonté de fournir de saines lecture au peuple..

La vulgarisation et plus particulièrement la vulgarisation scientifique s’inscrit dans un souci plus général d’éducation des citoyens en leur procurant de saines lectures et en leur inculquant des « connaissances utiles », Souci commun à tous les régimes de Louis-Philippe à la Troisième république.
 

 Définition

Mais que signifie vulgariser

À l’origine, au 16è siècle, vulgariser signifie publier, on a donné le nom de vulgate à la traduction en latin (par saint Jérôme), des textes sacrés mais petit à petit le sens s’élargit et le vulgarisateur au XIXème siècle est celui qui répand les connaissances dans la société.
 

Faut-il conserver ce mot ?

 

Actuellement, il n’est plus guère appliqué qu’aux sciences et encore ce n’est pas faute d’avoir essayé de le remplacer…Je serais tenté de dire avec un grand vulgarisateur du XXè siècle Jean Rostand:

…..acceptons donc courageusement ce vieux mot, consacré par l’usage, de vulgarisation, en nous souvenant que vulgus veut dire peupleJean Rostand

 


 

Comment vulgarise-t-on ?

L’écrit reste le moyen privilégié de cette transmission du savoir, mais il ne faut pas négliger les cours et conférences publiques qui se sont multipliés sur le territoire au XIXème siècle, les musées, héritiers des cabinets de curiosité et, un phénomène nouveau et important qui draine un public considérable après 1855, les Grandes expositions universelles ou technologiques.

Nous allons nous intéresser plus spécialement à cette nouvelle branche de la littérature et du journalisme qui se met en place à partir de 1825-1830 et qui connaît son apogée entre 1860 et 1890.

Le premier numéro du journal saint-simonien, Le producteur journal philosophique de l'industrie, des sciences et des beaux-arts, de 1825 aborde directement le sujet.

Ce texte souligne d’emblée l’importance de ce qu’il appelle la littérature mais n’est en réalité que du journalisme de vulgarisation.

 

 

 


 

 

 Le saint-simonien Cerclet plaide pour une littérature spécialisée

On pouvait lire sous la plume du rédacteur général de ce journal, le juriste genevois Cerclet.

« C’est en effet la littérature qui détermine l’action directe des sciences et des beaux-arts sur la multitude ; c’est elle qui met en contact avec les masses, le savant et ses découvertes, le philosophe et ses conceptions, l’artiste et les produits de son talent »

On a cette notion de transfert des connaissances spécialisées à la multitude ou masse.

Quelques lignes plus loin, utilisant le mot journalisme il en précise le sens

« ce nouveau moyen de rapports, créé par les sociétés modernes… »

 

 

 

 



 

 

Les formes écrites de la vulgarisation

 

Pour nous aider à parcourir le vaste champ des publications dédiées à la vulgarisation scientifique, je les ai scindées en cinq types.

Les pavés tracés en lignes pleines permettent de visualiser la période de leur essor mais bien souvent cette période a été précédée d’une période de tâtonnement que j’ai représentée en traits pointillés.

Il y a les encyclopédies et dictionnaires

Les revues encyclopédiques, pluridisciplinaires (vers 1833)

Les revues de vulgarisation scientifique (vers 1850)

La presse quotidienne, les journaux (1836- après 1850)

Et enfin les ouvrages de vulgarisation, livres spécialisés, romans et fictions vers 1860

 

 

 

Le rêve encyclopédique de François Guizot

Le rêve encyclopédique se poursuit pendant tout le siècle et bien au delà, mais l’encyclopédie thématique ou le dictionnaire encyclopédique restent des outils lourds, difficiles à mettre à jour, coûteux et peu adaptés à la vulgarisation aussi n’en parlerons-nous pas sauf pour évoquer l’ Encyclopédie progressive de François Guizot.

En 1826, Guizot ( qui n’est pas encore ministre) veut en lançant une encyclopédie progressive remédier à trois objections principales formulées à l’encontre des encyclopédies :

Elles sont hors de portée du plus grand nombre des lecteurs

Les matières importantes n’y ont pas la place qu’elles méritent

Et les sciences évoluant très vite elles sont périmées dès leur impression.

Cette Encyclopédie progressive, sans plan pré-établi, rédigée par des savants est destinée aux hommes instruits. Elle serait complétée d’un manuel encyclopédique, dictionnaire usuel destiné au plus grand nombre qui ne veut pas ou ne peut pas entrer dans les détails.

Ce projet ambitieux ne dépassa pas le stade de la première livraison à laquelle avaient contribué Guizot, Thiers, Broussais, Benjamin Constant et Jean Baptiste Say.

 

 

 

Les revues encyclopédiques

Finalement, ce sont les revues encyclopédiques pluridisciplinaires qui vont permettre de surmonter les obstacles signalés par Guizot. Elles répondent d’abord à un souci de communication entre savants et de mise à jour des connaissances qui commencent à se spécialiser avant de devenir un outil de vulgarisation.

Nous allons voir plus particulièrement avec la Revue encyclopédique et le Magasin pittoresque le passage de la revue encyclopédique pour érudits à la revue encyclopédique populaire.

 

 

 La revue encyclopédique de Jullien

La Revue encyclopédique (1819-1833) a été fondée en 1818 par Jullien (dit de Paris). Cet homme qui avait participé très jeune à la Révolution aux côtés de Robespierre et qui avait réussi à sauver sa tête après Thermidor, voulait

« …exposer avec précision et avec fidélité, la marche et les progrès successifs des connaissances humaines, dans leur rapport avec l’ordre social. »

Précurseur en France des sciences de l’éducation et du concept d’éducation comparée, il a été pendant plusieurs années en relation avec les plus grands savants et intellectuels européens.. et c’est par exemple sa revue qui a fait connaître Pouchkine aux français.

Cette revue, reconnue de la communauté scientifique et intellectuelle, reste austère et élitiste. Elle est peu diffusée.

 

Exemples d’articles scientifiques dans la Revue encyclopédique

à titre d’exemples d’articles scientifiques, on y trouve, sous la plume de Pierre Girard, ingénieur des Ponts et Chaussées, un compte-rendu des travaux du physicien Nicolas Léonard Sadi Carnot sur la thermodynamique en 1824.

Rappel dynastie Carnot le président assassiné Marie François Sadi Carnot dit Sadi-Carnot est le neveu du physicien

Quand le jeune mathématicien Evariste Galois rédige quelles heures avant de mourir son testament scientifique, en mai 1832, (je rappelle qu’il a 21 ans et qu’il meurt d’une mauvaise blessure reçue au cours d’un duel), il écrit à son ami Auguste Chevalier: « Tu feras imprimer cette lettre dans la Revue Encyclopédique ».

En dépit de ses engagements politiques bien connu, Galois n’attend pas de cette publication la reconnaissance du peuple mais celle des mathématiciens de son temps, il ajoute « Tu prieras publiquement Jacobi ou Gauss de donner leur avis, non sur la vérité, mais sur l’importance des théorèmes. » L’article est publié en septembre 1832.

 

 

 

 

Des saint-simoniens aux commandes

En septembre 1831, la Revue Encyclopédique où collaboraient déjà quelques saint-simoniens a été reprise par Pierre Leroux et Hippolyte Carnot avec le concours de Jean Reynaud. Jullien avait déjà quitté la direction de la revue depuis 1829 et elle périclitait.

Ces hommes ne sont pas là pas hasard, ils sont en rupture avec le saint-simonisme tel que veut le faire évoluer Enfantin, depuis le milieu de l’année 1831, ceux que certains historiens qualifient de saint-simoniens républicains n’ont plus de tribune pour faire passer leurs idées. Ils sont naturellement favorables à cette nouvelle littérature, levier de la société qu’ils veulent organiser en s’appuyant sur les sciences, les industries et les arts.

La revue qui a pris un tour plus économique et politique avec une nouvelle devise

liberté, égalité, association

va survivre jusqu’en 1833.

 

 


 

Le Magasin pittoresque

C’est avec le lancement du Magasin pittoresque en 1833 que cette idée d’une encyclopédie sans plan pré établi, accessible au plus grand nombre va prendre corps mobilisant tout un réseau d’hommes de science, d’ingénieurs ou d’érudits de bonne volonté dont les travaux anonymes sont coordonnés par Édouard Charton.

L’initiative de la création de cet hebdomadaire illustré, bon marché, revient à l’imprimeur saint-simonien Lachevardière. Il veut créer en France, l’équivalent du Penny Magazine anglais publié à Londres de 1832 à 1845. Son équivalent français tiendra jusqu’en 1914. Le projet est présenté, à Édouard Charton, par un groupe d’amis dont Jean Reynaud, Hippolyte Carnot et Sainte-Beuve qui ont déjà travaillé avec Lachevardière, ils le sollicitent à la fin de 1832 pour en prendre la direction.

Il n’existe pas de filiation directe entre les deux publications, mais les collaborateurs les plus zélés de la Revue encyclopédique vont participer activement aux débuts du Magasin pittoresque.

La Revue disparaît l’année de la naissance du Magasin.

En passant de la Revue encyclopédique au Magasin pittoresque, le pas est franchi

entre la vulgarisation au sens ancien (publication)

Et la vulgarisation au sens moderne (large diffusion des connaissances),

entre la communication scientifique et la ‘science pour tous’.
 

 

Son directeur Édouard Charton

Né à Sens en 1807, Édouard Charton, est avocat, inscrit au barreau de Paris depuis 1827, mais il n’exerce pas cette profession pour laquelle il a une véritable aversion. Collaborateur puis membre de la Société de la Morale chrétienne, association philanthropique d’inspiration protestante, proche du groupe de Coppet (Madame de Staël), engagée dans la lutte contre l’esclavage et la peine de mort.

Il adhère au Saint simonisme en 1830.

Prédicateur saint-simonien en 1831, il est, au moment de la fondation du Magasin pittoresque en rupture avec le Saint-simonisme comme ses amis Jean Reynaud et Hippolyte Carnot.

Il va diriger et marquer de son empreinte cet hebdomadaire pendant cinquante-cinq ans, de 1833 à 1888 avec une seule obsession, un seul but combattre l’ignorance.

Edouard Charton entré en politique dans le sillage d’Hippolyte Carnot déclare à l’occasion des élections de 1848 sous la seconde République.
 

Charton connaîtra d’autres succès éditoriaux :

Il est à l’origine du lancement de l’Illustration en 1843.

Il débute à partir de 1860 une fructueuse collaboration avec Hachette :

Il est directeur de publication du Tour du Monde, grande revue de vulgarisation de voyages, (mais aussi comme je l’ai montré dans une conférence au congrès des sociétés savantes et historiques de La Rochelle, vulgarisation industrielle.) Il crée et dirige aussi la Bibliothèque des Merveilles dont nous reparlerons plus tard.

 
 

 

Contre l’ignorance

 

« L’œuvre de toute ma vie a été de détruire l'ignorance, origine première des inégalités sociales, de tous les désordres et de presque tous les maux »

Il a 41 ans quand il rédige cette profession de foi. Il conservera cette ligne de conduite jusqu’à la fin de sa vie en 1890, tant dans ses activités de Directeur de publication que dans son action politique.

C’est bien une encyclopédie puisqu’elle couvre tous les domaines des connaissances mais l’absence de plan établi l’a fait qualifier par Jean-Paul Laffitte, le gendre de Charton d’encyclopédie en désordre.

L’objectif est d’intéresser, d’instruire, en particulier ceux qui n’ont ni les moyens financiers ni les loisirs de le faire, tout en les distrayant.

Pendant cinquante ans, période qui correspond à la première série ( tomes 1 à 50, publiés de 1833 à 1882), les articles ne sont pas signés et seuls figurent les noms des auteurs des pensées ou des poèmes.

Charton attache une importance particulière aux illustrations. Il y veille personnellement dans toutes ses entreprises éditoriales et on peut mettre à son crédit le renouveau de la gravure sur bois en France.

 

Des illustrations

On peut lire en 1833 sous la signature de la direction (c-à d de Charton) à propos des illustrations,

« Notre conviction est telle à cet égard que nous dirions volontiers : Sans les dessins il est impossible d’arriver à l’éducation complète des hommes grands ou petits. »

Cette publication hebdomadaire, d’un coût modique qui présente des articles courts et bien illustrés, connaît un succès immédiat. Les tirages (80000 ex) sont dans un rapport de 1 à 100 avec la Revue encyclopédique.

 

Exemples d'articles

Le Magasin pittoresque avec ses rédacteurs polytechniciens et scientifiques, débutants ou chevronnés est un véritable vecteur de vulgarisation scientifique et technique proposant des articles courts, clairs et bien illustrés.

 

 

Le daguerréotype

1839 : daguerréotype Premier article illustré

Rappel de l’histoire du daguerréotype et de l’intervention d’Arago

Fin 1838, Daguerre, associé au fils de Nièpce ne trouvant personne pour financer le lancement industriel du daguerréotype présente son dispositif à Arago, Arago le dissuade de déposer un brevet considérant que cette invention est trop importante pour la science pour en laisser le monopole à quelqu’un. Arago évoque l’invention devant l’Académie des sciences, puis troquant sa casquette de secrétaire de l’Académie des Sciences pour celle de député (de l’opposition républicaine) il obtient de l’assemblée l’attribution d’une rente à vie pour Daguerre et Nièpce fils, les propriétaires de l’invention s’engagent à divulguer toutes les informations pour mettre le procédé à la portée de tous. Il en est résulté un nombre considérable de publications mais l’article du Magasin pittoresque présente l’avantage d’être le premier article illustré.

 

 

 

 

Le chemin de fer, premiers articles

Le chemin de fer, symbole d’un progrès utile qui réduit les distances et met le voyage à la portée d’un grand nombre (ou presque) occupe des les premiers numéros une place importante dans le Magasin pittoresque. Dès 1834, paraît une série d’articles techniques sur le chemin de fer. L’aspect économique n’est jamais négligé lorsqu’il s’agit de décrire des réalisations ou des projets. Cet article s’appuie sur un mémoire d’ingénieur paru dans les Annales des Mines. Il témoigne de l’équipement de la France en voies ferrées et des projets en cours en ce début de 19ème siècle.

 

 

 

 
 

La locomotive à Paris

En 1836, dans un article intitulé “De la Machine à vapeur locomotive, premier chemin de fer de Paris” l’auteur, après un long rappel destiné à frapper l’esprit du lecteur, sur la puissance des machines à vapeur, « La machine à vapeur sous sa forme locomotive doit changer la face du monde » s’adresse à son imagination “Aussi quelle affluence il y aura de tous les points du globe sur notre capitale!…les Parisiens ne trouveront plus de place à l’Opéra, parce qu’il sera encombré d’Anglais, de Hollandais, d’Allemands et d’Italiens, venus pour se distraire un instant… ” Après cette envolée, qui n’a pu que mettre le lecteur en appétit, on expose avec carte et dessins à l’appui, le projet de chemin de fer de Paris à Saint-Germain.

 

 

 

 

 

Une gare place de la Madeleine

 

On nous présente même la façade de la gare qui aurait dû se situer place de la Madeleine, à l’angle de la rue Tronchet.

Le projet ne vit pas le jour sous cette forme, la voie de chemin de fer pénétra un peu moins au cœur de Paris, mais toute la partie concernant la traversée de l’actuel quartier de l’Europe qui n’existait pas encore, et la sortie de Paris se réalisa.

Ces premiers articles ont été suivis de bien d’autres, et cinquante ans plus tard, c’est le propre fils de Charton, ancien élève de l’Ecole Centrales , ingénieur à la compagnie du Midi des frères Perreire qui rédige des articles pour la revue toujours dirigée par son père.

 

 Le Tour du Monde en trois mois

 

Pour continuer sur les progrès des transports et faire notre premier clin d’œil à Jules Verne arrêtons-nous sur l’article intitulé : Le Tour du Monde en Trois mois, il est paru en 1870 dans le Magasin pittoresque.

Grâce au percement de l’isthme de Suez, on peut, en partant de Paris, faire désormais le tour du monde, en moins de trois mois. Le service, pour ce voyage circulaire, ne tardera pas à être organisé. Voici l’itinéraire, dont la durée pourrait être encore abrégée :

Suit une liste d’étapes et de moyens de transports avec un décompte de jour dont le total est 80 :

De Paris à Port-Saïd, tête du canal de Suez, chemins de fer et service à vapeur  6 jours

De Port-Saïd à Bombay, bateau à vapeur                                                             14 jours

De Bombay à Calcutta, chemins de fer                                                                  3 jours

De Calcutta à Hong-Kong, bateau à vapeur                                                         12 jours

De Hong-Kong à Yédo, bateau à vapeur                                                                6 jours

De Yédo aux îles Sandwich, bateau à vapeur                                                       14 jours

Des îles Sandwich à San-Francisco, bateau à vapeur                                             7 jours

De San-Francisco à New-York, chemins de fer du pacifique aujourd’hui achevé 7 jours

De New-York à Paris, bateau à vapeur                                                                 11 jours

 
 

 

Jules Verne a publié Le Tour du Monde en 80 jours, trois ans après ce petit article, en reprenant, à une variante près, justifiée par le départ de Londres l’itinéraire suggéré dans le Magasin pittoresque. Jules Verne a dit en avoir eu l’idée en lisant un article dans une brochure dans un café parisien, plusieurs spécialistes de Jules Verne considèrent qu’il ne peut s’agir que du Magasin Pittoresque.

 

 

La géothermie

La géothermie en 1837

Dans un article remarquable publié en 1837, l’auteur recense les énergies naturelles utilisables :

La géothermie, l’énergie solaire et l’énergie hydraulique. Il ne doute pas que ces énergies soient maitrisées un jour mais à cette époque c’est la géothermie qui semble ouvrir le plus d’horizons avec le forage du puits artésien de Grenelle en cours de réalisation à Paris. Arago qui suit de près ce chantier commencé en 1832 (et terminé en 1840 après bien des vicissitudes) fait faire de fréquents relevés de température, il a déjà souligné tout le parti utile et économique qu’on pourrait tirer « d’une grande masse inépuisable de liquide à 30 degrés… » L’article s’en fait l’écho.

 

 

 

L’astronomie

 

Il ne peut pas y avoir de vulgarisation scientifique au XIX ème siècle sans astronomie.

La revue d’Edouard Charton est pionnière en cette matière.

Des articles généraux sont rédigés dès la première année par Abel Transon et Jean Reynaud, tous deux polytechniciens et saint-simoniens.

Pour l’éclipse du 15 mars 1858, phénomène attendu de tous en France, on fait appel à Jacques Babinet (1794-1872) pour rédiger une brochure spécifique.

Voici ce qu’en dit ce polytechnicien physicien et savant, qui écrit régulièrement dans le Journal des Débats :

« Les éditeurs du Magasin pittoresque […] étaient venus me demander à la minute une notice illustrée qui en quelques jours, et presque en quelques heures fut imprimée, dessinée, gravée et livrée à 20000 exemplaires »

Il complète parlant du Magasin pittoresque :

« … cette publication, qui, malgré la concurrence actuelle arrive au chiffre vraiment incroyable de quatre-vingt-dix mille exemplaires par chaque numéro….»

 

 

 

Les débuts de Camille Flammarion

 

Après le décès de son ami Jean Reynaud en 1863, Edouard Charton fait appel à un jeune homme dont le livre La pluralité des mondes habités publié en 1862, avait reçu des éloges de Reynaud. Il s’agit de Camille Flammarion qui accepte avec enthousiasme.

 « J’étais fier d’être admis dans sa rédaction »

« Je pensai que mon devoir était de profiter de ma situation au Magasin pittoresque pour répandre le mieux possible dans le public la connaissance de l’Astronomie, ma science adorée. »

 C’est ainsi que Camille Flammarion, un des grands vulgarisateurs de la fin du XIX ème siècle a fait ses premières armes en 1864 au Magasin pittoresque avec un article sur la détermination de la distance des étoiles à la terre.

Fiction ?

Au tournant des années 1860 les articles de vulgarisation scientifique du Magasin pittoresque, se rapprochent de la littérature qui devient à la mode sans aller trop loin dans la fiction dont Charton se méfie. Édouard Charton a publié plusieurs nouvelles de son ami, l’écrivain breton Emile Souvestre, il n’a pas publié son roman d’anticipation, Le Monde tel qu’il sera.

Quand en 1865, l’histoire d’une comète de Flammarion paraît pour la première fois (sans signature), l’avant-propos précise :

« Le récit qui va suivre n’est pas un roman de pure fantaisie, éclos spontanément dans les champs trop fertiles de l’imagination ; il appartient pour le fond et par droit de naissance aux études positives : il est né sur le sol scientifique. »


 Le Musée des Familles

Le concurrent direct du Magasin, le Musée des Familles a été lancé par Emile de Girardin en octobre 1833, soit 8 mois après le Magasin pittoresque.

On peut remarquer au passage la grande réactivité : MP moins d’un an après le Penny Magasin et le musée des familles quelques mois seulement après le MP.

Cette revue mensuelle est aussi une revue encyclopédique par les sujets qu’elle aborde. Elle ouvre ses colonnes à quelques vulgarisateurs dont Arthur Mangin. Mais elle est plus domestique et littéraire que son modèle. Elle est surtout connue pour ses feuilletons littéraires (Dumas, Balzac). Les premières œuvres de Jules Verne y ont été publiées amis elle avait déjà ouvert ses portes aux romans et fictions scientifiques.

Dès 1837 et 1839 on avait pu y lire deux textes de Pierre Boitard (1789-1859), une nouvelle scientifique préhistorique (Paris avant les hommes ) et un voyage historique dans l’espace (Etudes astronomiques). Si le second est un voyage fantaisiste dans les astres et dans le temps le premier est considéré comme roman ‘pré-darwinien’


 Les revues spécialisées

 

Les revues de vulgarisation exclusivement consacrées à la science apparaissent après 1850.

On a dénombré entre 1850 et 1914 ? au total 73 titres (hebdomadaires, mensuels et annuels) qui ont connu des fortunes diverses.

Nous allons évoquer deux des acteurs majeurs de cette littérature, l’abbé Moigno et Gaston Tissandier. Ils ont fondé et dirigé deux grandes revues de vulgarisation scientifiques, les seules qui ont duré jusqu’au XXème.

 
 
 

L'Abbé François Moigno, fondateur de la revue Le Cosmos

 
Né à Guéménée en 1804 dans une famille de petits hobereaux il fait ses études chez les jésuites à Sainte-Anne d’Auray. Repéré par ses maîtres il est envoyé au séminaire de Montrouge et ordonné prêtre en 1822, jésuite, il enseigne les mathématiques dans un grand séminaire parisien.

En 1830, réfugié en Suisse avec son ordre il rencontre le mathématicien Cauchy qui a lui aussi choisi l’exil en raison de ses convictions royalistes et de sa fidélité à Charles X. Moigno travaille avec Cauchy, de retour en France il reprend son enseignement et publie en 1840 un traité de calcul différentiel et intégral qui fait date.

En relation avec la communauté scientifique il se brouille avec sa hiérarchie qui le sanctionne en lui retirant son poste de professeur de mathématiques à Paris pour le nommer professeur d’hébreu à Laval. Il entre en dissidence et trouvera un compromis après 4 années de résistance. Il reste dans les ordres et cesse d’appartenir à l’ordre des jésuites. Il est aumônier au lycée Louis Le Grand de 1848 à 1851 puis rattaché à la paroisse de Saint-Germain des Prés et au chapitre de Saint-Denis où il meurt en 1884.

 
 

Moigno et Jules Verne

Ouvrons 20000 lieues sous les mers. La communauté scientifique s’interroge devant un phénomène inexpliqué, l’apparition d’une forme qui pourrait être une île ou un serpent de mer.

Jules Verne énumère

« Aux articles de fond de l’Institut géographique du Brésil, de l’Académie royale des sciences de Berlin, de…, du Cosmos de l’abbé Moigno, des Mittheilungen de Pertemann…, la petite presse répondait avec une verve intarissable »

On pourrait imaginer l’abbé et sa revue sortis de l’imagination de Jules Verne, il n’est est rien, l’abbé Moigno est un des acteurs, incontournable, de la vulgarisation scientifique de la seconde moitié du XIX siècle.

 

 

 

 Vulgarisation et sacerdoce

 

Chroniqueur scientifique à la Presse et au Pays, il fonde en 1852 la revue Cosmos qu’il abandonne en 1863 lorsqu’elle est rachetée par Seguin (ingénieur saint-simonien). Rappel ponts suspendus et chaudière tubulaire) Il fonde alors Les Mondes. Cette revue refusionnera plus tard avec Cosmos.

Il considère que son apostolat est totalement compatible avec son engagement en faveur de la science et de la vulgarisation scientifique et même si ce n’est pas toujours simple. Il affiche dans sa revue un catholicisme sans concessions.

Moigno affirme

« La science dont je me suis fait l’interprète est la science vraie et vivifiante… le progrès dont je me suis fait l’écho est le progrès réel et vivifiant dont j’avais arboré courageusement le drapeau, en le définissant comme une marche ascendante et incessante vers tout ce qui est Vrai, Bon et Beau »

 
 
 
 

Moigno à la pointe du progrès et des « commodités »

 

Les publications de Moigno sont incontournables pour qui s’intéresse à la photographie et même aux prémices de la télévision. Il consacre un de ses tous premiers articles aux travaux de l’anglais William Fox Talbot (photographie sur papier) et reste en relation avec lui.

Il a ouvert ses colonnes aux travaux de Charles Cros dont le "procédé d'enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l'ouie", décrit le 16 avril 1877 à l'Académie des Sciences, anticipe l'invention du phonographe par Edison. Il publie le premier article sur le telectroscope de Senlecq

« …un projet d'appareil destiné à reproduire télégraphiquement à distance les images obtenues dans la chambre noire. Cet appareil serait basé sur cette propriété que possèderait le Sélénium d'offrir une résistance électrique variable et très sensible selon les différentes gradations de lumière »

 

Moigno qui laisse une œuvre écrite considérable a fait connaître les travaux des savants anglais et italiens. Mais il ne se passionne pas que pour les mathématiques ou l’optique.

En 1881, il est un des plus ardents propagandistes de l’invention d’un habitant de Vesoul Jean-Louis Mouras. Moigno réalise des essais et fait installer une fosse Mouras dans son presbytère pour soutenir l’inventeur. Il s’agit ni plus ni moins que ce qui nous reviendra d’Angleterre sous le nom de une fosse sceptique. On a peine à imaginer, à notre époque, le progrès apporté dans les villes par cette invention qui a moins de 130 ans.

 

Moigno, pionnier des projections

 

Persuadé que la vulgarisation ne doit pas se faire seulement par l’écrit mais aussi par l’image et la parole, il est un des premiers sinon le premier à utiliser un appareil de projection dans ses conférences dès 1863.

En 1872 il publie L’art des projections et complète ce livre par deux catalogues de photographies sur plaques pour l’enseignement.

Pour se confronter aux rationalistes athées, il publie Les livres saints et la science mais ses écrits théologiques sont mis à l'index par le Vatican.

La Ligue de l’Enseignement l’aurait contraint à suspendre au nom de la laïcité les conférences qu’il avait organisées à Saint-Denis en 1875. Conditionnel justifié par le fait que cette notion de laïcité en 1875 me paraît un peu prématurée. À cette époque les conférences sont encore soumises à autorisation (Charton intervient à l’assemblée pour demander la liberté de conférence)…

 
 
 
 

Gaston Tissandier et la revue La Nature

Gaston Tissandier est né à Paris en 1843 dans une famille de la bonne bourgeoisie où on a déjà compté un académicien. La postérité a surtout retenu de lui ses activités d’aéronaute, mais il est à l’origine d’une des plus intéressantes revues de vulgarisation scientifique, La Nature, ancêtre de la revue La Recherche.

Après des études classiques, il s’intéresse à la chimie et entre au laboratoire de Dehérain, au conservatoire des arts et métiers.

Dehérain collabore au Magasin pittoresque et il est vraisemblable qu’il y ait introduit Tissandier.

A 20 ans Tissandier dirige un laboratoire qui effectue des analyses pour les industriels de la chimie mais son intérêt pour la météorologie va le pousser à effectuer ses premières ascensions en ballon.

 

En 1873, il lance la revue La Nature. Il dirigera cette revue pendant 24 ans jusqu’en 1897. Malade, il en laisse la direction à de Parville.

Gaston Tissandier avait collaboré dans sa jeunesse au Magasin pittoresque et à la Bibliothèque des merveilles. Il considère Charton comme son maître dans ce domaine et il veut en lançant la Nature fonder un Magasin pittoresque consacré à la science. Il veut aussi comme il l’a dit dans les conférences qu’il multiplie en 1872, créer les conditions d’un sursaut scientifique après la défaite de 1870.

Suivant l’enseignement d’Édouard Charton, il attache une grande importance aux illustrations qui doivent être esthétiques.

La Nature est publiée chaque semaine, chaque numéro compte 16 pages, tous les domaines des sciences et des techniques y sont abordés. Elle paraît sous ce titre jusqu’en 1964, date à laquelle elle devient La Recherche.

Les premières année de cette revue de 1873 à 1905 sont disponibles sur Internet sur le site du CNAM. http://cnum.cnam.fr/fSER/4KY28.html

 

 

Tissandier aéronaute

Connu et reconnu pour ses activités aéronautiques qu’il partage avec son frère Albert, il a effectué plus de 40 ‘excursions’ aériennes, établit des records.

voici l’extrait d’une lettre que Victor Hugo lui a adressé d’exil en 1869 concernant ce qu’il appelle « les utiles et vaillants voyages perpendiculaires » de Tissandier qui n’a que 26 ans

« Certes l’avenir est à la navigation aérienne et le devoir du présent est de travailler à l’avenir. Ce devoir vous l’accomplissez. Moi, solitaire, mais attentif, je vous suis des yeux et je vous crie : Courage ! »

En 1875, après un record de distance avec son ballon le Zénith il établit un record d’altitude marqué par la mort de ses deux compagnons Crocé et Spinelli.

 

Ce drame ne l’arrête pas. En 1884 il fait voler un aérostat électrique auquel Jules Verne fait référence dans Robur le Conquérant.
 
 
 
 
 

Une photographie de comète

Il n'y a pas de bonne vulgarisation sans astronomie, voici une gravure réalisée à partir d’une des toutes premières photographies de comète (par Jansen qui disait que la photographie était la rétine du savant)

J’ai glissé en haut à gauche une représentation ancienne d’une comète.
Jules Jansen a aussi collaboré au Magasin pittoresque.
 
 
 
 
 
 
 
 

 Jules Verne et ‘La Nature’

 

Dans le même roman de 1886, Jules Verne évoque les nacelles à hélices propulsives de Krebs et Renard. Elles ont été testées en 1884 et ont été décrites dans La Nature trois semaines après ce vol.

Il faut remarquer sur cet exemple le soin apporté à cette illustration réalisée d’après un croquis d’un témoin.

 
 
  
 
 
 
 

 Une mer au Sahara

 

Un dernier clin d’œil à Jules Verne, grand lecteur de La Nature : Quand paraît en 1905, L’invasion de la mer, Jules Verne s’est appuyé sur les descriptions des touareg de Duveyrier en particulier dans le Tour du Monde, mais cette idée de mer intérieure n’est ni plus ni moins le projet présenté en 1872-73 par l’officier hydrographe François Roudaire, projet dont la Nature s’est fait l’écho avec beaucoup d’enthousiasme en 1874.
 
 
 
  
 
 
 
 
 

  Le centralien Tom Tit

 

La Nature a ouvert la voie au centralien Arthur Good (1853-1928), alias Tom Tit auteur des trois volumes de La science amusante, parus entre 1889 et 1893. Tom Tit avait commencé en 1886 par des articles dans La Nature. Très connu, il mène en parallèle une carrière de directeur d’usine avant de fonder son agence de brevets d’invention.
 
 
 

Une nouvelle profession : Chroniqueur scientifique

La presse quotidienne et les chroniqueurs scientifiques

L’essor de la presse quotidienne à partir de 1836, mais surtout après 1850 va faire naître la profession de chroniqueur scientifique.

En 1836 le lancement de deux journaux bon marché, La Presse de Girardin et Le Siècle d’Armand Dutacq bouleverse le paysage de l’édition.

Progressivement tous les journaux vont ouvrir une rubrique, chronique ou feuilleton scientifique.

Parfois la chronique est tenue par un savant, (on a déjà évoqué Jacques Babinet au Journal des débats), mais petit à petit cette rubrique est assurée par un journaliste ou rédacteur scientifique à plein temps.

Les plus importants ne se contentent pas de rédiger des articles dans les quotidiens, ils collaborent à des revues spécialisées, publient des livres, quelquefois des romans et même pour Figuier des pièces de théâtre.

 


L’Académie des Sciences s’ouvre vers l’extérieur

Mais il faut d’abord évoquer les relations qui existent vers 1830 entre l’Académie des Sciences et la presse. Avant 1830, seuls sont admis aux séances hebdomadaires de l’Académie de sciences et de l’Académie de Médecine les auteurs des communications et quelques personnes invitées ou agréées. Arago a obtenu en 1830, contre l’avis de Cuvier et de Biot que les journalistes soient autorisés à assister à ces séances, puis à la mort de Cuvier, en 1832, qu’ils disposent d’une salle aménagée à leur intention ou ils peuvent consulter les dossiers. A partir d’août 1835, nouvelle initiative d’Arago, c’est l’Académie qui se charge de la publication régulière des comptes-rendus hebdomadaires.

Cette publication exploitée par les journalistes spécialisés va contribuer à l’essor d’une vulgarisation scientifique de qualité.

 

Les principaux chroniqueurs

Les professionnels sont nombreux. Voici les noms des plus célèbres.
Alexandre Bertrand, Louis Figuier et Arthur Mangin.
La chronique de La Presse a été successivement tenue par l’Abbé Moigno, Victor Meunier et Louis Figuier. De Parville (qui a dirigé un temps La Nature) a tenu la chronique du Journal des Débats pendant 38 ans.
 

 

Un pionnier, Alexandre Bertrand et le journal Le Globe

Le pionnier est incontestablement Alexandre Bertrand, ancien élève de l’École Polytechnique et médecin (Il a été contraint de démissionner en 1814 et a repris des études de médecine)

Bertrand publie la toute première chronique scientifique dans le journal Le Globe du 16 octobre 1824.

Bertrand avait été condisciple au lycée de Rennes des fondateurs du journal, Pierre Leroux et Paul-François Dubois Dubois, il est rédacteur souscripteur du journal.

Le Globe qui vient d’être lancé fin 1824 est le journal de la jeune France, c’est à dire de toutes les oppositions à Charles X. Il ne deviendra le journal des saint-simoniens (et ce pendant moins de deux ans) qu’après la révolution de 1830, le départ de la plupart des rédacteurs et souscripteurs et le ralliement de Leroux au Saint-simonisme.

Les chroniques d’Alexandre Bertrand sont consacrées aux séances hebdomadaires de l’Académie de sciences et de l’Académie de Médecine.

Considérant que les journalistes n’avaient pas accès aux séances des Académies à cette époque, les auteurs du livre Savants et ignorants (Daniel Raichwarg et Jean Jacques) ont affirmé dans leur édition de 1991 qu’Alexandre Bertrand détenait ses informations de son fils,

 

 

Son fils Joseph Bertrand et Jules Verne

Joseph Bertrand. Son fils a bien été académicien mais il est né en 1822, il avait deux ans en 1824. Il est entré à l’Académie des sciences trente ans après le décès prématuré de son père.

Je ne souligne cette erreur que parce qu’elle me fournit l’occasion d’évoquer Joseph Bertrand mathématicien de renom, expert en balistique qui avait hérité de la fibre vulgarisatrice de son père. Il a conseillé Jules Verne pour son roman de La Terre à la Lune.

Et, quand le narrateur de 20000 lieues sous les mers, Arronax, visite la bibliothèque du Capitaine Nemo il y découvre le livre de Joseph Bertrand ‘Les fondateurs de l’astronomie’ ce qui lui permet se rappelant de la date de parution du livre d’estimer depuis quand Nemo sillonne les mers dans son Nautilus.

Le père de Joseph Bertrand, Alexandre Bertrand, en dépit de quelques démêlées avec Cuvier avait tout simplement ses entrées à l’Académie des sciences où le journal Le Globe ne manquait pas de sympathisants.

 
 
 
 
 
 
 
 

Louis Figuier et l’encyclopédie annuelle

Louis Figuier débute dans le journal d’Émile de Girardin une longue et fructueuse carrière de vulgarisateur. Il y tiendra la rubrique pendant 23 ans.

Né à Montpellier en 1819, docteur en médecine, agrégé de pharmacie il renonce à sa carrière universitaire à la suite d’un différend qui l’oppose à Claude Bernard. Il était à son époque aussi connu que Jules Verne, mais il a aussi été souvent contesté par les milieux scientifiques et ses confrères (peut-être un peu jaloux de ses succès édidoriaux).

 

 

Il a l’idée en 1857 de regrouper par année ses chroniques (feuilletons) sous le titre L’Année scientifique et industrielle. Ces ouvrages publiés par Hachette constituent une sorte d’encyclopédie annuelle. Voici ce qu’il dit dans son avant-propos

« La marche des sciences est incessante, et chaque jour signale pour elles un progrès nouveau. Faire connaître et répandre leurs conquêtes diverses, au fur et à mesure qu’elles sont réalisées, est encore une tâche éminemment utile » avant-propos de décembre 1856

Cette encyclopédie annuelle paraît jusqu’en 1914.

 

Un écrivain prolifique

Il publie environ 80 volumes sur tous les sujets comme par exemple les ouvrages de la Il collabore à de nombreux journaux La Revue des Deux Mondes, La France, La Nature et La Lumière électrique…

Il rédige les livres de la collection ‘Les Merveilles de l’Industrie’ de 1867 à 1891

 

Et même des pièces de théâtre

Il regroupe sous le titre ‘La science au théâtre’ une douzaine de drames et de vaudevilles ‘scientifiques’ qu’il a écrit. Denis Papin, Miss telegraph, le sang du turco (transfusion sanguine) ou Cherchez la fraise (sur les taches de naissance).

La pièce Gutenberg écrite par sa femme Juliette Bouscaren, actrice et écrivain qui rêvait de devenir la George Sand de l’Aquitaine, lui est parfois attribuée.

Après la mort de son fils âgé de 16 ans en 1870, il s’intéresse au spiritisme (il est en bonne compagnie, Victor Hugo et Camille Flammarion pour n’en citer que deux…) et écrit un livre qui nie le jugement dernier ce qui lui vaut quelques soucis.

 
 
 

 
 
 
 
 
 
 

Arthur Mangin et l'éditeur Mame

 

Arthur Mangin est le grand vulgarisateur de l’éditeur catholique de Tours, Mame.

Je n’ai pas trouvé de notice biographique le concernant.

Il a collaboré au Musée des Familles de Girardin et publié près de 45 ouvrages.

Dans 20000 lieues sous les mers Jules Verne utilise abondamment son livre Les mystères de l’océan publié en 1864 pour décrire les coraux (sans donner sa source).

Il fournit aussi à Jules Verne la description d’une algue géante au début du roman « le voyage au centre de la terre. »

  
 

 
 

 

La bibliothèque des Merveilles

Nous allons aborder un autre aspect des livres de vulgarisation avec la Bibliothèque des Merveilles lancée en 1864 par Charton chez Hachette. Cette collection comportait plus de cent titres à la mort d’Edouard Charton mais elle n’était pas exclusivement consacrée aux sciences et techniques ;

En lançant cette collection il reprend une idée qu’il avait eue plus de 20 ans auparavant mais qu’il n’avait pas pu faire aboutir dans le cadre du Magasin pittoresque.

Comme toutes les entreprises de Charton elle bénéficie d’illustrations nombreuses et de qualité.

 

Une collection ‘qui marche’

La bibliothèque des Merveilles connaît un grand succès, en particulier auprès des bibliothèques populaires.

 En 1890, à la mort de Charton, plus de cent volumes

45% Sciences naturelles, sciences physiques et phénomènes naturels

20% Géographie, voyages

35% Autres sujets (histoire, art, sciences humaines)

Après 1890, en partie en raison du départ de Charton mais aussi parce que l’édition scolaire supplante celle des ouvrages de vulgarisation, on publie moins de nouveautés ; la collection va se maintenir jusqu’en 1954

(L’empire du froid de Ferdinand Lot)
 
 

 

Quelques collaborateurs 

 

Pour démarrer l’aventure, Charton sollicite le jeune Flammarion qui rédige en un temps record « Les Merveilles célestes » publié en 1865.

« Du reste je vous connais, si vous le voulez vous pouvez l’écrire en un mois »

Flammarion rédige d’autres ouvrages (l’optique, les merveilles de la végétation, les ballons…) qu’il signe Marion Fulgence peut-être pour ne pas trahir sa « science adorée »

 

Parmi les collaborateurs on retrouve ses jeunes collaborateurs du Magasin pittoresque, Tissandier et Flammarion et des journalistes Amédée Guillemin, Victor Meunier, Wilfried de Fonvielle.

Charton arrive à mobiliser des ‘hommes spéciaux’, spécialistes de tous les horizons, comme Henry du Moncel, l’autorité française en matière de sciences de l’électricité, directeur du journal La lumière électrique. D’autres sont des spécialistes de l’industrie comme Louis Simonin, ingénieur des mines de Saint-Etienne dont les deux ouvrages Les merveilles du monde souterrain 1874 et L’or et l’argent en 1877 ont été réédités dans les années 1980. Jules Garnier, comme Simonin, ingénieur des Mines de Saint-Etienne, envoyé en Nouvelle Calédonie pour y trouver du charbon et de l’or va découvrir les gisements de nickel.

On peut signaler deux ouvrages rédigés par Madame Stanislas Meunier belle fille de Victor Meunier (et non sa femme comme je l’ai lu quelque part).

 

Un livre de prix sur mesure

 
Les ouvrages de cette collection a été largement distribuée comme livres de prix pas seulement pour les écoliers ou collégiens comme nous le montre ce bulletin trouvé dans un des ouvrages en notre possession (exemples) association polytechnique
 
Pour en savoir plus sur cette collection voir le site consacré à Edouard Charton

 



Deux grands vulgarisateurs Fabre et Flammarion

 

Pour clore l’étude des ouvrages de vulgarisation nous allons évoquer rapidement deux grands vulgarisateurs spécialistes, l’astronome Camille Flammarion dont nous avons déjà beaucoup parlé et l’entomologiste Jean Henri Fabre.

 

Fabre

Jean-Henri Fabre (1823-1915), spécialiste des insectes était devenu légendaire de son vivant grâce à ses Souvenirs entomologiques, dix volumes publiés une première fois entre 1879 et 1907 et, sans cesse réédités.

Fabre a fait toute sa carrière dans sa région avec une incursion de trois ou quatre ans en Corse et c’est un autodidacte bardé de diplômes.

 
 

On connaît l’histoire portée à l’écran dans les années 50 (avec Pierre Fresnay) de cet enfant élevé chez ses grands parents à la campagne qui quitte le petit-séminaire en 5ème pour gagner sa vie en vendant des citrons. Boursier, il entre à l’école normale primaire d’Avignon et devient instituteur à Carpentras en 1842. Tout en enseignant, il passe une licence de mathématiques et physique, une licence d’histoire naturelle. Professeur de physique en Corse de 1849 à 1853, il revient sur le continent pour préparer son doctorat qu’il passe avec succès en 1855.

Il découvre le colorant rouge extrait de la garance et dépose des brevets d’invention en 1860.

Il avait noué des relations avec le botaniste Requien en Corse et le naturaliste universitaire Alfred Moquin-Tandon, (auteur d’un ouvrage de vulgarisation Le monde de la mer, publié sous le pseudonyme d’Alfred Frédol, 1866), cité par JV.

Victor Duruy ministre de l’instruction publique sous N III lui fait obtenir la légion d’honneur. Les livres de Fabre sont de véritables ouvrages de vulgarisation et d’enseignement dans lesquels il met ses talents de conteur au service de ses dons pour l’observation.

 

Camille Flammarion

Camille Flammarion né en 1842 est aussi très connu. Il quitte sa ville de Langres où il a reçu quelques rudiments d’instruction au petit séminaire. Apprenti graveur à 14 ans il suit les cours gratuits de l’Association polytechnique (philomatique) pour passer son baccalauréat. Il est employé à l’observatoire de Paris d’où il est renvoyé en 1862 par Le Verrier après la publication de son livre La pluralité des mondes habités (apprécié de Jean Reynaud).

Il est réintégré en 1876. Il collabore d’abord au Magasin pittoresque puis à Cosmos et au Siècle. Il est accueilli et aidé par l’abbé Moigno et Jacques Babinet.

 

Il participe en 1867 à la fondation de la ligue de l’enseignement avec Jean Macé. Après le succès de l’Astronomie populaire publiée en 1880 il s’installe en 1882 à Juvisy où un mécène lui a permis d’acquérir une propriété. Il y fait construire un observatoire officiellement inauguré en 1887.

Il a publié plus de 60 livres de vulgarisation scientifique, d’astronomie mais aussi des ouvrages philosophiques, des ouvrages de spiritisme, des romans. Il a fait de nombreuses conférences et donné toute sa vie des cours gratuits.


 

 

 

 Et Jules Verne ?

Il nous resterait encore à explorer les domaines de la littérature de jeunesse et de la science romancée dont le maître incontestable est Jules Verne que nous avons évoqué à plusieurs reprises.

 

Il a publié son premier roman Cinq semaines en ballon en 1863. Il en publiera au total 63 romans, le premier 18 nouvelles et plusieurs contes.

Jules

Verne n’a pas inventé ce genre littéraire, J’ai déjà cité Pierre Boitard (1789-1859) auteur de deux nouvelles scientifiques publiées dans Le Musée des Familles presque trente ans avant le premier roman de Jules Verne.

Jules Verne est situe généralement l’action de ses romans dans le monde contemporain ou dans un futur immédiat, il extrapole les connaissances scientifiques de son époque, ce qui l’oblige à accumuler les informations vérifiables et à fournir ses sources. Cet environnement scientifique concourre à la vraisemblance.

C’est ce travail minutieux de documentation auquel il s’est livré pour écrire son œuvre qui en fait actuellement tout l’intérêt et justifie le nombre d’études et de recherches qu’il a suscités.

 



 

Pour conclure

 

Cette avalanche de noms de dates et de titres… vous a, je l’espère permis de retrouver ou de faire connaissance avec quelques acteurs marquants de la vulgarisation scientifique et de découvrir les multiples formes offertes à la lecture et leur évolution au fil du temps.

Il existe, pendant toute cette période un consensus pour apporter, au nom de croyances et de buts divergents 'la lumière' des sciences aux élites et au peuple.

Le projet d’éducation populaire commun à tous les régimes depuis les lois Guizot de 1833 s’appuie sur le développement de la lecture et que peut-on trouver de plus consensuel que la science et la technique pour promouvoir la lecture auprès du peuple et de la jeunesse ?

La vulgarisation scientifique s’impose comme bonne lecture face aux mauvaises lectures du colportage et du roman bon marché. Elle a la faveur des anticléricaux qui y voient un moyen de combattre l’obscurantisme, mais les éditions catholiques en comprennent vite l’enjeu.

Vers 1830, c’est le temps des philanthropes et des saint-simoniens, jeunes gens souvent désintéressés qui veulent combattre l’ignorance ou tout simplement apporter leur contribution à l’émancipation du peuple.

La science est traitée au même titre que les autres ‘connaissances utiles’. Le saint-simonien Cerclet appelle de ses vœux une littérature qui mette les sciences, les techniques et les arts, à la portée de la masse, de la multitude.

Guizot veut créer un dictionnaire pour diffuser plus largement le savoir encyclopédique.

Édouard Charton mobilise avec un succès qui ne se démentira pas les bonnes volontés pour intéresser, et instruire tout en les distrayant ceux qui n’ont ni les moyens financiers ni les loisirs de le faire.

La science se dévoile au grand public grâce à Arago vers 1835, mais elle ne s’émancipe réellement qu’après 1850.

Elle a ses rubriques spécifiques dans les quotidiens, on crée des journaux spécialisés d’abord lus par quelques érudits (Le Cosmos de l’Abbé Moigno), puis accessible au plus grand nombre par la variété des sujets abordés et la qualité des illustrations (La Nature de Tissandier). C’est généralement l’œuvre de scientifiques ou d’ingénieurs menant en parallèle leur carrière.

Après 1860, la vulgarisation scientifique devient une bonne affaire commerciale surtout pour certains éditeurs comme Hachette ou Hetzel dont les intérêts économiques rejoignent les convictions.

C’est le règne des écrivains spécialisés, vulgarisateurs connus et appréciés comme Louis Figuier ou Jules Verne, courtisés par le monde de la presse et de l’édition.

Les éditeurs font un effort tout particulier vers la jeunesse à qui cette littérature fournit des modèles. Elle prépare les ‘jeunes esprits aux carrières utiles’ comme le dit l’ingénieur vulgarisateur Louis Simonin. La carrière utile par excellence c’est celle de l’ingénieur, exemple de promotion sociale fondée sur les qualités professionnelles et humaines, bienfaiteur de l’humanité par les progrès qu’il met en oeuvre.

 

Mais cette littérature n’est-elle pas finalement populaire que parce qu’elle n’est pas savante ?

Était-elle, en dépit des efforts sincères de la plupart de ses acteurs, vraiment pour tous ?

Je vous laisse le soin de répondre à ces questions.

   

 

 

 

voici pour terminer quelques lignes extraites d’une correspondance de 1883 :

Hélas ! à quoi servent ces allées et venues, et ces fatigues et ces aventures chez des races étranges, et ces langues dont on se remplit la mémoire, et ces peines sans nom, si je ne dois un jour, après quelques années, pouvoir me reposer dans un endroit qui me plaise à peu près et trouver une famille, et avoir au moins un fils que je passe le reste de ma vie à élever à mon idée, à orner et à armer de l’instruction la plus complète qu’on puisse atteindre, et que je voie devenir un ingénieur renommé, un homme puissant et riche par la science ?

Arthur Rimbaud mai 1883

 

 


 

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