La Meuse wallonne de Maastricht à Givet

Immédiatement après avoir quitté Maastricht vers l'amont et après avoir passé l'écluse de Lanaye , nous rejoignons le canal Albert, la grande voie d'eau qui arrive directement d'Anvers et qui contourne Maastricht par l'Ouest. Quelques kilomètres après ce confluent, nous avons le choix entre continuer le canal Albert directement vers Liège, ou rejoindre la Meuse qui coule en contrebas  à quelques centaines de mètres du canal. Un ami plaisancier belge nous a recommandé le trajet par la Meuse, plus tranquille et plus jolie que le canal Albert. Nous avons donc bifurqué à la hauteur de Visé, pour prendre le petit canal de  Haccourt à Visé. L'écluse d'entrée sur ce canal permet de rattraper la différence de niveau entre le canal Albert et la Meuse, soit trois ou quatre mètres à descendre (de mémoire). Le jour où nous nous sommes présenté (printemps 2009), l'écluse était en panne. L'éclusier, très sympathique et faisant de son mieux pour nous rendre service, nous a proposé de passer quand même en patientant pendant que le bassin se vidait sur la fuite des vantelles aval, impossibles à manœuvrer ! Heureusement, les fuites aval étaient plus fortes que les fuites amont, en un peu plus d'une heure et demie, nous étions sur la Meuse. En restant sur le canal nous aurions pu gagner Liège pendant ce temps d'attente, mais relisez le titre de la page d'accueil de ce site :-)

Quelques kilomètres plus loin, l'écluse de Monsin rattrape la petite différence de niveau et permet à la Meuse et au canal Albert de se rejoindre, juste avant d'entrer dans Liège. Le port de plaisance de Liège est sur le fleuve,  protégé des remous des bateaux de passage par une longue digue de pierres. Seuls les "gros" de plus de quinze mètres restent à l'extérieur. C'est un port très accueillant, parfaitement sur. Le capitaine du port habite sur place dans un bateau. Il faut marcher environ 350 à 400 m pour rejoindre le centre ville proprement dit.

Liège est une ville très animée, qui mérite un longue escale si vous vous intéressez à l'architecture, à l'art classique, à l'archéologie et à l'ethnologie, et à l'histoire de la Wallonie.
Pour l'architecture, vous comprendrez en feuilletant mon album pourquoi j'ai aimé me promener dans cette ville très imprégnée des styles "Art nouveau" et "arts décos". Les amateurs savent que Bruxelles fut une des capitales de l'Art nouveau, avec des réalisations majeures de Victor Horta, de Paul Hankar et bien d'autres. Liège ne propose pas de réalisations aussi prestigieuses, mais elle fourmille de jolies maisons que la bourgeoisie éclairée de la fin du XIX siècle se fit construire. On y voit aussi de jolies réalisations "arts décos", aux lignes droites épurées très typiques.

Liège offre en outre des musées qui méritent l'escale :
  • Le grand Curtius regroupe cinq départements dans un bel ensemble architectural formé par le palais Curtius, l'hôtel de Haxhe et l’hôtel de Hayme de Bomal :
    • Le département d'archéologie propose notamment des collections gallo-romaines qui témoignent de la présence ici de peuplades gauloises (les Aduatiques, les Eburons, les Condruses…) bien avant la conquête romaine.
    • Le département d'art religieux et d'art mosan;
    • Le département des Armes présente des pièces majeures de la production des armuriers liégeois, célèbres en Europe dès le moyen-age.
    • Le département des arts décoratifs propose notamment de très belles collections d'orfèvrerie, de faïences et de porcelaines.
    • Enfin, la donation François Duesberg est une extraordinaire collection des arts de la table, et surtout de pièces d'horlogerie (pendules de Louis XVI à la restauration).
  • Le musée de la vie wallonne est un superbe musée installé dans un ancien couvent et consacré à l'ethnologie wallonne. La section consacrée à l'histoire du Mouvement wallon vous permettra de comprendre un tout petit peu par quels méandres de l'histoire la Belgique se trouve plus ou moins écartelée en régions (et communautés) qui semblent avoir parfois du mal à coexister.
  • Enfin, le musée de la métallurgie et de l'industrie de Liège attirera ceux d'entre vous qui sont sensibles aux patrimoine industriel et à l'histoire des techniques. Il est un peu excentré, il faut prendre le bus pour y aller. Le capitaine du port vous expliquera gentiment comment s'y rendre.
Quelques kilomètres et deux écluses en amont de Liège, nous arrivons à Huy, qui mérite aussi une escale. Huy dispose de deux ports de plaisance, les ports de Statte et de Corphalie. Pourtant, je ne vous conseille pas d'y faire escale car ils sont situés plusieurs kilomètres à l'extérieur de la ville. Pour visiter, il est préférable de stationner le long des quais de Huy : c'est gratuit, tranquille et vous n'aurez pas à marcher beaucoup pour être en ville ou faire vos courses. Je conseille notamment le petit quai situé rive gauche (donc à droite en remontant le fleuve) immédiatement en amont du pont du roi Baudoin, tout prés du supermarché.
Huy est une petite ville sympathique, dominée par une ancienne citadelle qui abrite un musée. La ville a quelques maisons anciennes, une belle collégiale du XIVe siècle remaniée au XVIIIe. J'ai particulièrement aimé la Grand'Place avec ses terrasses de cafés  (couvertes ou découvertes, il y a le choix) où il fait bon s'arrêter et déguster une bonne bière.
La citadelle est une ancienne prison. Elle abrite un musée de la résistance et des camps de concentration, très émouvant, avec une collection d'objets, de photos et de coupure de presse datant des années d'occupation et de la libération. Les salles où étaient détenus les prisonniers sont pour certaines restées en l'état. N'oubliez pas un gros pull pour visiter, il fait 13 ou 14° dans les salles. On y monte en prenant un téléphérique qui part de la rive gauche de la Meuse, 200m en amont du pont du roi Baudoin, donc à peu près en face de la collégiale.

Après cette présentation digne d'un guide touristique, place aux images :
Liège - Huy
La Meuse belge 1ère partie : Liège - Huy

Quinze kilométres et une écluse après Huy, nous arrivons à Namur, capitale de la Wallonie, et selon moi, capitale de la convivialité. Les plaisanciers qui apprécient le confort stationnent au port de Jambes (Meuse rive droite), parfaitement équipé. Ceux qui comptent leurs sous stationnent en face, le long du quai rive gauche de Meuse, assez malcommode et bruyant. Attention, le stationnement sur la Sambre dans Namur est réglementé et n'est possible que pour de très courts arrêts. Du port de Jambes, de petites navettes fluviales, les Namourettes, permettent de rejoindre le centre ville de Namur sans marcher. A pied, compter une quinzaine de minutes de marche.

Namur reste pour moi l'escale parfaite. La ville n'est pas une vaste conurbation, on peut la découvrir à pied sans grande difficulté (quoique la montée à la citadelle soit un peu raide...). Elle est jeune, animée, plaisante à vivre, jamais agressive. Pour la découvrir dans ses meilleurs jours, je suggère deux périodes :

  • Namur en Mai est un festival international et annuel des arts forains. Il a lieu vers la deuxième ou la troisième semaine du mois de mai (prochain du 12 au 16 mai 2010). Des dizaines de troupes d'artistes de rue viennent y donner des représentations  dans la rue, dans des cours d'immeubles, au théâtre, etc. Vous verrez dans mon album quelques aperçus de spectacles donnés lors du festival 2009 : théâtre de rue, clowns, marionnettes, jaquemarts humains, jongleurs, et autres artistes surprenants, jamais vus ailleurs. Je ne suis pas spécialement connaisseur d'arts forains et j'ai vraiment beaucoup aimé. Il est vrai que la bonne humeur et la gentillesse des wallons font pour beaucoup dans le succès du festival ! Namur en Mai, à lui seul, vaut le voyage.
  • Les Fêtes de Wallonie ont lieu chaque année le troisième dimanche du mois de septembre. Pendant toute cette journée et le soir, tout le monde chante, danse, mange, boit et s'amuse. A propos de boisson, j'ai été agréablement surpris de voir que les namurois savent boire avec assez de modération pour que la fête ne soit jamais gâchée par l'ivresse agressive et bête de quelques uns.  Les fêtes de Wallonie ne justifient sans doute pas le voyage si vous habitez loin, mais si vous êtes dans la région mosane en septembre, il faut en profiter.
Après (ou avant) avoir bien fait la fête, on peut envisager à Namur des loisirs plus culturels, par exemple :
  • Le musée Félicien Rops permet de découvrir un artiste belge (il vécu aussi en France) de la période 1850-1890. Graveur, dessinateur, peintre, il fut l'ami des poètes Théophile Gautier, Alfred de Musset, Stéphane Mallarmé, Barbey d'Aurevilly... dont il illustra les oeuvres. Dans sa peinture il aborde aussi bien le nu féminin que les paysages. A découvrir ! (les amateurs d'art qui me liront vont sourire de ma naïveté, Rops est tout de même assez connu :-)
  • Le musée de Groesbeeck de Croix, situé dans un ancien hôtel particulier, propose d'admirables collections d'arts décoratifs du namurois, mobilier, verres et cristaux, faïences, argenterie, peinture et sculpture, qui ensemble recompose le décors de la demeure d'un aristocrate au XVIIIe  siècle. Le cadre est somptueux, la présentation bien faite, c'est une très belle visite.
  • Le musée des arts anciens du namurois, que je n'ai pas visité, ce sera pour ma prochaine escale namuroise.
Après Namur (toujours en remontant la Meuse vers la France), nous arrivons à Dinant, autre escale sympathique sur la Meuse belge. Dinant est une ville touristique qui s'étire tout en longueur le long de la Meuse, à l'abri d'une citadelle perchée sur le coteau qui domine le fleuve. Le port n'est pas spécialement agréable : bordé de terrasses de restaurants et d'une rue passante, il est assez bruyant. En revanche, il est au cœur de la ville, et sa situation facilite la visite de celle-ci. Dinant a de jolies maisons (voir l'album photo), et nous offre un belles collections de clochetons et toitures à bulbe. L'escale se justifie pleinement pour ceux qui s'intéressent à l'architecture et au patrimoine bâti.

Après Dinant, nous passons Anseremme et son écluse (port de plaisance), puis les écluses d'Hastière et des Cheminées, cette dernière matérialisant la frontière entre la Belgique et la France.  Tout de suite après l'écluse  nous entrons dans Givet, dominée par la citadelle de Charlemont. A Givet, le petit port est très calme et offre toutes les commodités nécessaires (douches dans la petite maison qui fait face au port). La ville est plutôt agréable, sans toutefois présenter les trésors architecturaux que nous avons trouvé dans les autres villes wallonnes (ne sursautez pas, Givet est bien en France, mais elle est considérée par les historiens et ethnologues comme faisant partie des Ardennes wallonnes). L'hôtel de ville d'une part, et la place Méhul d'autre part témoignent de la splendeur passée de cette petite ville des Ardennes.
Namur - Givet
La Meuse de Namur à Givet


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Meuse-wallonne.kml
(89k)
Mister Mellipheme,
2 févr. 2010 à 10:34
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