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La Loire

Le trajet

  • Longueur : 137 km de Bouchemaine à St Nazaire
  • Écluses : 0
  • TE : 4 à 12m dans la partie maritime. Variable dans la partie fluviale. En principe on peut toujours compter sur 2m d'eau dans le chenal.
  • TA :  6m en eaux moyennes

Présentation

La Loire n'est pas une voie d'eau comme les autres. C'est un fleuve majestueux, vivant, superbe, et passionnant à naviguer. Entre les 17 et 19eme siècles, il était une des principales voies d'eau françaises avec une batellerie très active. Jusqu'à environ 1850, des milliers de bateaux faisaient la navette entre Saint-Nazaire et Briare. A la montée, poussés par les vents d'Ouest dominants, la vitesse était faible, mais le trajet était considéré comme facile, le seul risque étant l'absence de vent. La descente en  revanche était beaucoup plus acrobatique : le bateau dérivait avec le courant, le batelier tentant de le diriger au moyen d'une grande perche en bois.

De nos jours, le fleuve n'est officiellement navigable qu'entre son embouchure et le confluent de la Maine (à Bouchemaine, près d'Angers). Navigable signifie en pratique "avec un chenal balisé, et la possibilité d'être secouru en cas de problème". En amont de Bouchemaine, les pratiques locaux (comprenez les pécheurs du pays) ne se gênent pas pour naviguer. De nombreux ligériens sortent pécher ou se promener sur leurs fûtreaux traditionnels à fond plat, ou parfois avec des bateaux modernes, sur tout le cours de la Loire angevine et tourangelle. Pourtant, quelque soit notre plaisir à naviguer en Loire, nous ne les imiterons pas avec nos bateaux de croisière.

En Loire, le chenal est variable. Les bancs de sable se déplacent, parfois dans la même saison et le bras qui était parfaitement praticable lors d'un premier passage peut être barré par un banc de sable laissant moins d'un mètre de tirant d'eau un mois plus tard. Ce n'est pas de la théorie, je l'ai vu vers Montjean l'été 2008, le chenal recommandé fin juin était inutilisable début août. Dans la partie navigable, les bateaux baliseurs font la navette continuellement pendant la belle saison, surveillent le déplacement des bancs, et déplacent ou ajoutent les balises marquant le chenal. De plus, si vous vous mettez au sec, par erreur de navigation, par suite d'un incident mécanique, ou en raison d'un déplacement d'un banc non balisé, vous serez secouru sans trop de difficulté. Dans la partie non officiellement navigable, le chenal n'est pas matérialisé ou seulement de façon ponctuelle. Et aucune administration n'est tenue de venir vous aider à vous désensabler, sauf bien sur en cas de danger pour les personnes.

Depuis le début du 20e siècle, de nombreuses tentatives plus ou moins fructueuses (voire pour certaines franchement catastrophiques)  furent faites pour "aménager" le lit du fleuve et créer un chenal central  en principe navigable en toutes saisons sauf périodes de fortes crues ou de sécheresse extrême. Les plus visibles de ces aménagements restent les épis rocheux, perpendiculaires aux rives, que l'on observe sur la presque totalité de la longueur du fleuve navigable. A la belle saison, lorsque le niveau du fleuve est proche de l'étiage ces épis sont visibles et ne posent donc pas de problème de navigation. En revanche, lors des crues, ils sont submergés et il est alors strictement impératif de respecter le balisage et de rester dans le chenal central. 

Par ailleurs, le plaisancier devra être conscient que le courant sur certains tronçons (St Florent le Vieil notamment) ou sur certains ouvrages (barrage à seuil du Fresne sur Loire, pont de l'Alleux) peut être violent (de l'ordre de 10 km/h) et tourbillonnaire.  La navigation sur la Loire en montant nécessite un bateau bien motorisé, dont la vitesse de croisière soit d'au moins 10km/h et dont la vitesse maximum (pour passer les points délicats)  soit d'au moins 8 nœuds, soit 15 km/h. Les bateaux marins (pêche-promenades, vedettes de croisière) ou les bateaux de croisière "mixtes" mer / rivière conviennent parfaitement. Les pénichettes faiblement motorisées très utilisées sur les canaux sont en revanche inadaptées à la navigation sur la Loire.

Enfin, le marée se fait sentir depuis l'embouchure jusqu'à Ancenis. Pour simplifier, on retiendra la règle suivante. De l'embouchure jusqu'à Nantes, le flot est assez fort pour inverser le courant du fleuve. Sur cette partie maritime, on prendra donc garde à remonter avec le flot et à descendre avec le jusant. De Nantes à Ancenis, le flot est sensible, il neutralise le courant du fleuve. On préférera donc, pour économiser le gazole, remonter avec le flot, sans que cela soit un impératif. Bien entendu cette règle doit être nuancée selon l'amplitude de la marée et le débit du fleuve. Autre règle simplifiée bien pratique : compter trois heures de décalage des heures de PM et BM entre St Nazaire (port de référence) et Nantes.

En résumé, pour naviguer sur la Loire :

  • un bon bateau, suffisamment motorisé, avec un moteur soigneusement révisé sur lequel on puisse compter;
  • respect du balisage. Sauf à connaitre les lieux, ne pas sortir du chenal.
  • entre l'embouchure et Ancenis, tenir compte des marées.

Les escales sur la Loire

  • Saint Nazaire. Quelques places pour les plaisanciers de passage dans le bassin de Penhoet. L'entrée se fait par la vieille écluse (entrée Est). Contact obligatoire par VHF pour s'annoncer. Attention : Saint Nazaire n'est pas un port de plaisance. Les plaisanciers y sont seulement tolérés pour de courtes escales. A Saint-Nazaire, nombreuses visites possibles : écomusée (sur l'histoire de la ville), sous-marin Espadon, reconstitution de paquebot Escal'Atlantic, chantiers Aker Yards.
  • Cordemais. Petit port de plaisance très accueillant et bien équipé derrière la centrale thermique. Accessible à peu près à partir de mi-marée. Piscine et hippodrome à proximité du port.
  • Nantes. Grande ville très accueillante avec des installations portuaires pour la plaisance bien équipées. Pour une escale de quelque durée, préférez le port de l'Erdre (Ile de Versailles) aux pontons sur la Loire, vous y gagnerez en tranquillité. Visites en ville : château Anne de Bretagne, musée d'art classique et moderne, cathédrale, jardin botanique, etc. Réseau très dense et pratique de transports en commun (tramways, bus) idéal pour les plaisanciers sans voiture.
  • Oudon. Petite ville agréable avec deux ports. Le premier est un bassin au centre ville. On y accède par un chenal étroit. Le tirant d'eau est très faible, en pratique il faut que le niveau de la Loire soit haut pour que l'on puisse entrer. Caractéristique amusante : le bassin du port est hanté par des milliers de batraciens (crapauds ou grenouilles ?) qui vous gratifient d'un concert le soir quand vous espériez dormir. L'autre port est un ponton sur la Loire. Moins joli, mais on y accède été comme hiver (sauf lorsqu'il est cassé comme pendant l'hiver 2007-2008). Peu de places disponibles.
  • Ancenis. Petite ville sympathique, avec un petit port (pontons sur la Loire) malheureusement  très insuffisant, et sans places réservées pour les navires de passage. On y trouve toutefois assez facilement de la place à couple d'un local. Eau sur le ponton. Commerces alimentaires en ville.
  • Saint-Florent le Vieil. Joli village avec un ponton toujours complet. J'y ai trouvé une seule fois une place sur six passages.
  • Chalonnes sur Loire. Petite ville agréable. Ponton-barge pour les bateaux de passage, une seule place (la barge fait une douzaine de mètres de longueur) mais j'ai pu y faire escale à chacun de mes passages. Toutes ressources en ville à proximité. Supermarché avec carburant. A noter : un très bon viticulteur en ville (distance pédestre, prendre le caddy cool, Bruno et Christophe Brouard, 1 place Notre Dame. On y déguste en particulier le Coteau du Layon, vin de vendange tardive qui est la spécialité locale.
  • Bouchemaine. Pontons sur la Maine, à proximité du confluent avec la Loire. Pas de ressources mais une belle nature et tranquillité assurée.


PHOTOS : ne soyez pas surpris si le temps parait très différent d'une photo à l'autre prises à quelques centaines de mètres l'une de l'autre. J'ai mélangé ici des photos prises en septembre 2007, juin 2008, août 2008 et septembre 2008. 

L'estuaire

Notre croisière sur la Loire commence à l'entrée de l'estuaire,  au sémaphore de l'Aiguillon sur la pointe de l'Eve, rendu célèbre par les bulletins de la météo marine. Peu après après le phare, on découvre le mouillage de l'anse de l'Aiguillon, où l'on pourra attendre l'heure du flot tranquillement amarré sur corps-mort, en regardant passer les gros navires qui vont ou viennent de Saint Nazaire. Reprenant notre route avec le flot, nous passons sans nous attarder  devant les musoirs des jetées d'entrée aux bassins intérieurs du port de Saint Nazaire, puis l'on découvre les chantiers Aker Yards et les grands paquebots en construction. En 2008, une série de trois (Fantasia, Splendida, et le troisième dont je ne sais plus le nom) étaient visibles à des niveaux d'avancement différents. On arrive ensuite au pont de Saint-Nazaire après lequel commence l'immense port industriel.


https://goo.gl/photos/JAKj6ceQo2WCUN7m6
Estuaire de la Loire

Port de Saint Nazaire

Le port de Saint Nazaire est un spectacle étonnant ! Pour visiter tranquillement avec un petit bateau de plaisance, deux règles à respecter : lorsque cela est possible rester à l'extérieur du chenal balisé utilisé par les navires de commerce, et surveiller attentivement les mouvements arrivées et départs des postes d'amarrage. Regardez la carte marine : dans la zone portuaire il y a largement assez d'eau pour nous à quelques dizaines de mètres du chenal, même à basse mer.
Port de Saint Nazaire
Port de Saint-Nazaire

De Cordemais à Nantes

Nous arrivons ensuite à la centrale électrique de Cordemais. Derrière la centrale se cache un petit port de plaisance très agréable, accessible à partir de mi-marée. A proximité immédiate du port, un établissement des haras nationaux, un hippodrome, une superbe piscine couverte, des installations sportives qui feraient envie à bien des villes moyennes, une zone "naturelle" avec observatoire des oiseaux sauvages, etc. Le port lui-même, géré par l'association locale des plaisanciers, offre eau et électricité sur ponton pour un prix raisonnable.  Attention, le beau ponton tout neuf à gauche en entrant est inutilisable (et même dangereux). Les caissons posent à marée basse sur les poutrelles supports à un bon mètre au dessus du niveau de l'eau.  On peut supposer que les ingénieurs du bureau d'étude venaient d'Auvergne ou de la cote d'Azur... Marées? Késaco??

Après Cordemais, on découvre l'écluse de la Martinière qui donne accès au canal maritime parallèle à la Loire (déclassé). Le voilier qui plonge dans le fleuve (voir photos dans l'album) est une œuvre d'art. Quelques km plus loin, la tour à plomb de Couéron est un des dernières restant debout en Europe. 


De Cordemais à Nantes
De Cordemais à Nantes


Nantes

Nous arrivons ensuite dans la zone du port industriel de Nantes, puis dans la ville de Nantes elle-même qui mérite une longue escale si vous ne la connaissez pas. Pour une courte halte, le ponton situé sur la Loire à l'aval du Maillé Brézé peut convenir, mais on y est pas mal secoué par les bateaux de passage (navibus notamment). Pour un long séjour, il est préférable de passer l'écluse Saint-Félix et le tunnel, et d'aller séjourner au port de l'Erdre à l'Ile de Versailles (voir un plan de Nantes) beaucoup plus calme.

Nantes
Nantes


De Nantes au Fresnes-sur-Loire


Après Nantes, fini les gros navires et les installations industrielles, on retrouve le fleuve "naturel", royaume des pécheurs et des amoureux de la nature. Le petit port d'Oudon, au centre du village, est sympathique mais il n'est accessible que lorsque le niveau d'eau du fleuve est assez haut, et avec un petit bateau à faible tirant d'eau. Le ponton sur le fleuve est en principe toujours accessible. Plus loin, le passage immédiatement au dessus de Saint-Florent le Vieil est un toboggan, comprenez que le courant y est assez fort, couramment de 8 km/h.
On arrive ensuite à l'ouvrage du Fresnes-sur Loire : deux seuils du type "entonnoirs", formés de gros boudins gris placés en travers du fleuve. Ils ont été posés à titre expérimental pour tenter de remonter le niveau d'eau à l'étiage et de désensabler un bras "mort" du fleuve. L'expérience est un échec complet, et surtout ces seuils créent des remous tourbillonnaires assez dangereux pour la navigation. Pour passer à la montée, n'hésitez pas à mettre plein gaz. A la descente, pas trop de problème, le fort courant vous éjectera vite fait smile.   Ancenis est une petite ville sympathique qui mérite une étape. Le petit port est presque toujours saturé, on peut toutefois trouver une place à couple (robinet d'eau sur le ponton). Un ponton supplémentaire accessible à la belle saison est en projet.

De Ingrandes à Bouchemaine

Après Ingrandes commence la partie du fleuve que je trouve la plus belle. A Chalonnes sur Loire, un ponton (barge métallique) permet une escale confortable à un bateau de passage (un seul, la barge n'est pas très longue...). Possibilité de prendre du carburant au bidon à un Super-U à 300m du ponton, derrière la petite église au bout du quai.
Attention aux tourbillons en passant le viaduc SNCF de l'Alleud dans le sens de la montée, là encore mettez plein gaz pour passer en vitesse avant d'être mis en travers par les tourbillons qui se forment juste en dessous des piles du pont. Dans toute cette région du fleuve, les épis rocheux forment des petites "baies" parfaitement à l'abri du courant. Avec un peu d'habitude, on apprend à y entrer très doucement pour aller mouiller à dix ou vingt mètres de la rive, devant une plage déserte de sable fin (photo 20 par exemple). En cas d'échouage dans le sable, si ça ne sort pas au moteur, on porte une ancre 30m en arrière avec l'annexe sur laquelle on pourra se déhaler tranquillement . Les bateaux à fond plat peuvent "beacher" et ne s'en privent pas. La partie officiellement navigable de la Loire se termine à Bouchemaine (confluent de la Maine). On peut faire escale sur un des pontons que l'on trouvera sur la Maine, ou pousser jusqu'à Angers à quelques kilomètres de là.


Loire
LOIRE


Une crue de la Loire 
Pour terminer cet article sur la Loire, j'ai ajouté quelques clichés pris en Juin 2008 lors d'une petite crue de la Loire. Vous verrez que les paysages apparaissent très différents que lorsque le fleuve est proche de l'étiage. Il s'agissait d'une petite crue de printemps. Lors des grandes crues d'hiver, le fleuve devient dangereux pour les petits bateaux et il est déconseillé de naviguer.
Crue de la Loire
Crue de la Loire
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Loire.kml
(34k)
Alain Michard,
2 févr. 2010 à 10:23
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