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Paris : enquête sur les femmes sans domicile fixe

En quoi est-ce différent d’être une femme quand on est sans domicile fixe ? Cette question était au centre d’un colloque organisé le 20 janvier à Paris par la Mission d’information sur la pauvreté et l’exclusion sociale en Ile-de-France (Mipes) qui a centré ses travaux sur les femmes entre 50 et 65 ans, une tranche d’âge de la vie particulièrement délicate.

Si les Sdf sont en grande majorité des hommes (97 % en France en 2001, selon l’Insee), la proportion de femmes semblent augmenter rapidement, selon les associations en charge de la grande précarité.

« Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les violences auxquelles ces femmes doivent faire face. Elles expriment une peur permanente », a indiqué Corinne Lanzarini, sociologue, qui a présenté une enquête réalisée fin 2007-début 2008 auprès de 26 femmes de plus de 50 ans rencontrées dans des structures d’hébergement ou sur le macadam (tentes, parking).

La situation des femmes Sdf

L’étude s’est attachée à dégager à partir de leur témoignage ce qui est spécifique à leur condition de femme, dans leur vécu intime, dans les stratégies de survie et dans la manière dont les institutions les prennent en charge.

« A la différence des hommes, les femmes sont traitées différemment en fonction de leur âge. Les jeunes se voient proposer des activités ménagères et de maternage – apprendre à s’occuper des enfants, cuisiner, coudre.... – et dans l’espace professionnel, des emplois à domicile. On propose en revanche peu de choses aux femmes de plus de 50 ans. Il y a quelque chose de l’ordre du "c’est trop tard", a noté Corine Lanzarini.

Selon Odile Maurice, assistante sociale à l’Association Voix de l’enfant, ces femmes expriment un jugement négatif sur les institutions, à l’exception notable des services de police dont elles cherchent la protection – sauf les femmes en situation irrégulière – et des hôpitaux où elles se sentent bien accueillies.

Un volet de l’enquête porte sur la manière dont ces femmes voient leur avenir. Leurs réponses sont, sans surprise, empreinte de grand pessimisme. « En grande majorité, elles ont des rêves réalistes de réintégration dans la société, qui passe d’abord par le fait d’avoir un logement », a précisé Odile Maurice.

Deux tables rondes ont succédé à la présentation de l’enquête au cours desquelles sont intervenus des responsables d’organismes et d’associations prenant en charge des Sdf.

Thomas Marie, directeur de la régulation du 115 Samu social de Paris, a souligné qu’il y avait une « hausse continue des demandes non pourvues », reconnaissant pour les Sdf hommes et femmes, une pénurie à la fois en nombre de places et en structures adaptées. « Mais le 115 dépend des moyens qu’on lui donne », a-t-il souligné.

Claude Gascard, délégué général de l’Union régionale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale, a développé le rôle des Ccas, en particulier pour les femmes à partir de 60 ans qui, dans certaines municipalités, peuvent être accueillies dans les foyers-logements.

Une convention signée entre l’Union nationale et la Caisse nationale d’assurance vieillesse devraient permettre de mieux coordonner les actions, notamment à l’égard des personnes en situation de vulnérabilité.

De leur côté, Miggy Leste, responsable du service maraude Montesquieu Emmaüs, Claude Pinard, directrice d’établissement à l’association Petits frères des pauvres et Armelle Langlement, responsable du centre de stabilisation femmes Samusocial de Paris ont expliqué les dispositifs qu’ils mettent en place, pour répondre à l’urgence et/ou aider la personne à se reconstruire, soulignant que chacune avait une histoire de vie singulière.

[22.01.09] Sylvaine Frézel

www.iledefrance.fr

Pour la détresse psychique

L’association Intervalle-CAP (Consultations et accueils psychanalytiques) a créé deux centres à Paris, ouverts tous les week-end, de 10 heures à 19 heures pour les adultes en de détresse psychique et sociale.

Ses psychiatres et psychologues-cliniciens se proposent de répondre par l’écoute et la parole au situation de souffrance (aucune prescription de médicaments).

Catherine Meut, présidente et fondatrice de l’association et Sarah Abitbol, membre de l’équipe, ont présenté l’activité de ces lieux-relais, complémentaire du travail d’autres praticiens et intervenants sociaux.

Téléphone : 06 68 21 55 20

www.cap-intervalle.org/