3- L'Hôpital militaire

        La vocation hospitalière du Val-de-Grâce est née à la Révolution, mais elle était préparée par deux actes importants, dont un seul est imputable aux révolutionnaires :

- le premier est l'ordonnance du 20 juillet 1788 qui démantèle, pour des raisons d'économie, le remarquable équipement hospitalier militaire mis sur pied sous les deux règnes précédents, et réduit les hôpitaux militaires de 90 à 8 dits auxiliaires, mais les guerres révolutionnaires et la levée en masse démontre rapidement la nécessité d'un réseau efficace d'hôpitaux militaires, à l'intérieur comme aux frontières.

- le second est le décret du 8 novembre 1789 attribuant à la Nation les biens des congrégations dissoutes.

L'abbaye royale du Val-de-Grâce étant donc devenue bien national, un décret de la Convention Nationale du 31 juillet 1793 en fait un hôpital militaire et y transfère l'hôpital militaire du Gros-Caillou, situé près du Champ-de-Mars, devenu désuet et insuffisant. Cette décision sauve les bâtiments historiques, remis en valeur par des restaurations récentes qui ont duré plus de 20 ans et qui ne sont pas encore terminées. En effet, les nombreux cloîtres qui existaient dans cette partie de la campagne parisienne (ursulines, carmélites, feuillantines, capucins, bénédictins anglais, chartreux, Port-Royal…) ont tous été détruits pendant les troubles de la période révolutionnaire. Les bâtiments abbatiaux convenaient particulièrement à cet usage hospitalier. Ceux du Val-de-Grâce, déjà dépouillés des attributs royaux et monastiques, étaient reconnus aptes à accueillir 1000 malades ou blessés.


[Hôpital militaire du Val-de-Grâce - Gravure début XIXème siècle]

Après quelques travaux d'aménagement (heureusement limités aux structures internes), la décision d'ouverture est prise le 9 juillet 1795 par le Conseil de Santé qui arrête qu'il sera formé :                                                                                                         "une école clinique de médecine, de chirurgie et de pharmacie, propre à servir de modèle aux institutions de ce genre". Les débuts sont effectivement brillants, marqués par la présence et l'enseignement des médecins et chirurgiens les plus illustres des armées de la République, dont le Baron Desgenettes et le Baron Dominique Larrey. Mais les besoins des Armées en campagne les rappellent bientôt sur les lieux des combats, et l'enseignement est progressivement suspendu. 

Le renouveau vient avec la Restauration : Louis XVIII rétablit les hôpitaux d'instruction de Paris, Lille, Metz et Strasbourg. Au Val-de-Grâce, la cérémonie de réouverture des cours le 1er juillet 1816 revêt un faste particulier. Le développement se poursuit sous la Monarchie de Juillet, avec la construction de trois bâtiments hospitaliers supplémentaires dans les jardins. Après 1848, l'enthousiasme républicain un peu trop marqué des élèves entraîne à nouveau la suppression temporaire des hôpitaux d'instruction, mais devant les protestations unanimes, le Val-de-Grâce est rétabli avec éclat dans des fonctions élargies, et le décret du 9 août 1850 y installe l'École d'Application du Service de Santé des Armées (EASSA). Dès lors les missions et les structures sont fixées. Le Val-de-Grâce reçoit la charge d'ajuster au début de leur carrière l'enseignement médical de tous les futurs médecins des Armées. Ses installations sont complétées à cet effet par la construction des bâtiments de l'École autour de l'actuelle cour Broussais. 


[Les soins aux blessés - Hôpital militaire du Val-de-Grâce - 1854]

Depuis, à travers les soubresauts imposés par trois grandes guerres nationales, le Val-de-Grâce a développé au plus haut niveau sa triple mission de soins, d'enseignement et de recherche appliquée aux besoins des Armées, et au-delà aux progrès de la médecine. Des savants de renommée internationale, comme Villemin, Laveran, Vincent, y ont enseigné et travaillé. 


[Séance de vaccination à l'Hôpital militaire du Val-de-Grâce - début XXème siècle]

Cependant, au fur et à mesure que les technique médicales se développent, les locaux apparaissent mal adaptés et peu compatibles avec les transformations nécessaires, malgré les adjonctions multiples, pas toujours heureuses au plan architectural, du XXème siècle. La vétusté des lieux, l'inconfort des locaux et les exigences des normes et techniques médicales modernes, devenues incompatibles avec les contraintes d'un bâtiment classé, rendent nécessaire la construction d'un hôpital moderne, à la hauteur de la notoriété acquise, capable de prendre la relève de ce haut lieu de la médecine militaire et dont la construction est envisagée dès 1921. En définitive, le permis de construire, accordé le 18 mars 1974, consacre une solution d'équilibre qui comporte : la construction d'un monobloc demi-enterré, la démolition ultérieure des bâtiments disparates implantés entre le monobloc et la partie historique et la remise en l'état du XVIIème siècle des bâtiments abbatiaux et des jardins. L'opération "monobloc" débute en février 1975 par des travaux d'excavation d'une ampleur exceptionnelle (250 000 m3 de déblai), qui permettent d'asseoir les niveaux inférieurs sur le sol des carrières souterraines et sur une vaste emprise, en ménageant autour d'eux des cours anglaises. La construction proprement dite est terminée en juillet 1978, ce qui porte à trois ans et demi la durée du chantier. Quarante entreprises, coordonnées par une société d'ordonnancement, ont travaillé à cette édification, pour un coût total de 26 millions d'euros. La maîtrise d'œuvre est assurée par la Direction des Travaux du Génie de Paris, qui a créé un arrondissement des travaux spécialement consacré à cette opération. La maîtrise d'ouvrage revient au Service de Santé, représenté par le Médecin Général Inspecteur Demarty, Directeur du programme. L'opération est parachevée au cours du deuxième semestre 1978 par la mise en place des équipements et les dernières finitions, pour aboutir à la livraison de l'hôpital actuel. Monsieur Valéry Giscard d'Estaing étant Président de la République et Monsieur Raymond Barre étant Premier Ministre, Monsieur Yves Bourges, Ministre de la Défense, a inauguré le nouvel Hôpital d'Instruction des Armées (HIA) du Val-de-Grâce le 9 janvier 1979.

Jusqu'à une époque encore récente, l'hôpital était donc installé dans les bâtiments historiques et dans quelques autres qui occupaient les jardins et ont disparu depuis. Les anciens bâtiments sont dévolus notamment à l'EASSA, devenue aujourd'hui l'École du Val-de-Grâce (EVDG), à l'Inspection Générale et aux inspections techniques, à la Bibliothèque Centrale (BCSSA), au Musée du SSA et au Bureau de Communication et d'Information du Service de Santé des Armées (BCISSA).

Construit dans le souci de s'intégrer harmonieusement dans l'environnement privilégié qui est le sien, l'édifice revêt la structure d'un monobloc en forme d'X asymétrique et comporte 10 niveaux, dont 5 seulement sont visibles de l'extérieur. Voulu à l'échelle humaine, il regroupe dans un cadre accueillant et fonctionnel les équipements les plus sophistiqués, avec le souci constant de conjuguer confort et efficience. D'une capacité de 360 lits, il offre un large éventail de spécialités réparties en vingt services médicaux (médecine interne et gastroentérologie, néphrologie, cardiologie, neurologie, psychiatrie, oncologie, anesthésie-réanimation), chirurgicaux (chirurgie viscérale et vasculaire, neurochirurgie, ophtalmologie, ORL et chirurgie cervico-faciale, urologie) et médico-techniques (radiologie, radiothérapie, médecine nucléaire, biologie, biochimie, anatomo-cytopathologie, pharmacie hospitalière). Chacun de ses services bénéficie du support d'une technologie sans cesse adaptée aux progrès scientifiques. La compétence et la disponibilité de ses personnels, la mise à disposition de technologies de pointe en constante évolution y sont les gages de performances techniques, diagnostiques et thérapeutiques de haut niveau, au service d'une amélioration constante de la qualité des prestations offertes aux usagers.

Ainsi se trouvent réunis sur le site du Val-de-Grâce, en un même lieu, la mémoire du Service de Santé et l'un des éléments moteurs de son avenir et, pour des générations de médecins militaires, le Val-de-Grâce a acquis valeur de symbole. Si les personnels du Ministère de la Défense y bénéficient d'une priorité, l'établissement est également ouvert au secteur civil et participe au service public hospitalier, comme tous les hôpitaux militaires, depuis 1974. De renommée internationale, habituellement fréquenté par de hautes personnalités civiles et militaires, françaises et étrangères, étroitement associé à l'EVDG, il est un pôle éminent de l'Ensemble Hospitalier Militaire Parisien (EHMP), au sein duquel il fonctionne en complémentarité avec les HIA Percy, à Clamart, et Bégin, à Saint Mandé.


L'insigne de l'Hôpital d'Instruction des Armées du Val-de-Grâce


Symbolisme de l'insigne
Bouclier d'argent chargé du dôme et des bâtiments de l'Hôpital du second métal, accompagnés du sigle et du nom en capitale d'or "HIA VAL DE GRACE", le tout adextré d'un pal ondé d'argent.

Explication des symboles
Cet insigne se présente sous la forme d'un écu espagnol dont le demi-cercle inférieur fait écho à la forme du dôme située dans sa partie haute. L'élément central et prééminent de l'insigne est constitué par la représentation de la perspective de l'architecture du nouvel hôpital, en forme d'X étiré à branches inégales. Le dôme figurant dans la partie supérieure droite de l'insigne représente la coupole de l'église du Val-de Grâce. Les ondes concentriques qui partent de ce dôme évoquent le rayonnement et la notoriété de l'École de médecine militaire créée au Val-de-Grâce à la Révolution. Les ondulations situées dans le plan vertical gauche de l'insigne font référence aux armes de la ville de Paris.