Belgian Chamber of Representatives • Session of 16 May 1945

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Emile Brunet naquit à Bruxelles, le 8 juin 1803. Dans la première partie de sa carrière, il s'est voué entièrement à la pratique du droit. C'est sans doute à la faveur de cette circonstance que s'est développée chez lui cette qualité de la mesure et de la correction légale qui le caractérisaient d'une façon éminente et qui, à l'neure présente, rendraient sa présence si précieuse sur vos bancs et dans les conseils de l'Etat. Quand ses confrères du barreau de Bruxelles lui conférèrent, en 1911, l'insigne honneur du bâtonnat, l'un d'eux, le complimentant de sa fidéli'é exclusive au Droit, lai dit : Votre devise pourrait être : « Avocat et rien qu'avocat. » Heureusement, cette application exceptionnelle à ses devoirs professionnels ne l'avait pas- rendu indifférent à la vie publique. Dès l'année suivante, en 1912, Emile Brunet devenait député suppléant pour l'arrondissement de Charleroî et, par suite du désistement de Al. Pastur, il vint le 28 juillet 1913 prendre p:ace dans cette enceinte.

Le nouveau membre ne devait pas,tarder à se mtttre en évidence par la fécondité de sa collaboration; mais il s'est attaché presque exclusivement à l'élaboration attentive et consciencieuse des lois et ce n'est pas à propos de celles dont il s'est occupé spécialement une Ion pourra parler de leur confection vicieuse, tes principales lois auxquelles Emile Brunet collabora d'une façon marquée furent les premières et si difficultueuses lois sur les loyers, la loi réglementant ii: port du titre d'avocat, la loi sur la journée des huit*heures, celle relative à la modification du taux de l'intérêt lésai et conventionné', la loi relative à la lettre de change et celle relative àTamn'Stie des délits commis à l'occasion de faits de grève. Il serait impossible de dresser la liste des très nombreuses lois auxquelles, comme membre de la commission de la jus'iee, et plus tard comme président de cette c.mmission, il apporta une collaboration efficace mais dautant plu., honorable qu'elle était quasi anonyme.

Nombreuses aussi furent les œuvres de bienfaisance auxquelles, malgré les charges de sa profession d'avocat et de son mandat parlementaire, il consacra un dévoûment au-d<-ssus de tout éloge : je ne cite que l'Œuvre nationale des Orphelins de la Guerre, l'Œuvre nationale des Orphelins et Victimes du Travail, l'Œuvre nationale des Invalides de la Guerre.

tmile Brunet ne recherchait pas les honneurs. Ils lui sont venus comme la reconnaissance naturelle de ses mérites. Le 1" janvier 1918, le Roi Albert le nomma membre du ConseP des Ministres, et le 2 avril 1925, il lui conféra la dignité de Ministre d'Etat. Mais mil honneur n'a été mieux mérité et peut-être plus sensible à s président de cette Chambre le lt) décembre 1919 et d'avoir maintenu à cette présirîf nce durant près de dix ans, malgré les changements de majorité gouvernementale et les succès variables des partis politiques.

II fut le premier président de la Chambré élue au suffrage universel pur et simple. La première parole qu'il piononçt quand il monta à ce fauteuil fut une parole de modestie. II exprima le regret qiu: ia première Chambre issue du suffrage universel n eût pas appelé a sa fête un ancien ouvrier dont l'accession à cette haute mag:siraîure eût réjoui, disait-il, la démocratie tout entière. Celui qu'il désignait ainsi est mort durant la grande tourmente d'où nous sortons.

Par le prestige de sa magistrature présidentielle, Emile Brunet a rendu à son pays un immense service, il a grandement cont.ibué à lui garder son attachement à la foi, un m.;!ant vacillante, que nos libertés, notre dignité humaine et l'indépendance des peuples ne peuvent trouver de meilleur gardien que la démocratie parlementaire.

Ceux d'entre vous, mes chers collègues, onl ont siégé dans cette Chambre pendant la présidence d'Emile Brune, se souviendront comment il conquit son autorité exceptionnelle. Il était dévoué tout entier à sa fonction. Il t'honorait par son impa.-tialté, son patriotisme vigilant, son tact et son habileté dans la conduite de nos tia-vaux, par sa bienveillance naturel!*, en même temps que par ls fermeté de ses décisions. Une grande hauteur de vues était connus le climat naturel de- son esprit.

Le président Brunet s'est préoccupé sans cesse d'améliorer nos méthodes parlementaires. Plusieurs réformes du règlement sont dues à son initiative. La plus importante est celle des commis:ions permanentes. Il en était f'er et aimait qu'on rappela: qu'elles étaient Sun œuvre personnelle. Mais soucieux de la régularité de nos travaux, il était cen'eient 2ussi de l'abus qu'on pourrait faire de ce'te réiorme. Il nous rapportait récemment, en l'approuvant, un preprfs qi;e lui avait tenu le président Poincaré : « Prenons garde à ce que le.-; commissions ne supplantent l'assemblée! j

Mais le grand souci d'Emile Brunet était celui de Tordre et de a d'gnité de nos débets. Sa dernière contribution à l'amîlioration Je nos travaux est le rapport qu'il avait préparé sur les récent.s propositions de revi ion de notre-règlement, mais que les circonstances l'ont empêché de présenter.

Ses dix discours d'ouverture des sessions parlementaires resteront comme un legs de sa sagesse, de sen autorité et de son indéfectible attachement au régime parlementaire. Mous ne'pourrions l'honorer d'une manière plus sincère qu'en s'inspirant de son exemple et de ses leçons.

Je vous ai parlé de la modestie d'Emile Brunet. Il semble qu'ua excès de cette belle vertu Tait conduit à désirer de quitter ce monde sans bruit et presque Inaperçu. Il n'a pas voulu que son voyage-suprême fût l'occasion d'une manifestation quelconque. Seu.s quatre privilégiés ont été admis à suivre son convoi. Quand noua avons appris sa mort, il avait déjà atteint le lieu de son repos définitif. Mais il ne pourra empêcher que la Chambre entière, par sa reconnaissance, son affection et sa peine, ne lui fasse un cortège-émouvant et n'aille, en esprit, suspendre à son tombeau la couronne due à un grand parlementaire et à un grand patriote belge.

Puisse ce témoignage solennel apporter un certain adoucissement à l'affliction légimite de son épouse et de sa famille.

La parole est à M. le ministre des affaires étrangères et du commerce extérieur.

M. Spaak, ministre des affaires étrangères et du commerce extérieur. — Mesdames, messieurs, un grand cœur a cessé de battre. Une lunrneuse intell-ger.ee s'*»st éteinte. Un homme de bien est mort. Emile Brunet nous a quittés pour toujours.

Il appartenait à ce groupe d'hommes qui. à la fin du siècle dernier, touchés par la misère du peuple, révoltés par l'injustice sociale, bien que bourgeois et sans doute parce qu'intellectuels, adhéra, à ce que l'on appelait alors les idées extrémistes.

Jamais, sans doute, contradiction plus évidente n'exista entra ce qu'aux yeux des ignorants, les idées d'Emile Brun, pouvaient paraître et ce qu'elles étaient réellement.

Ses adversaires de l'époque le croyaient sans doute fanatique, doctrinaire, excessif.

Il était tolérant, humain, modéré.

Certains sont arrives au socialisme conquis intellectueMemcn!-par la froide logique d'un système; lui, j'en suis sûr, c'est prT la révolte d'une ssr.sibllité froissés par trop d'inégalités injustifiables qu'il y est allé.

Qu'il y est allé et qu'il y est resté, agissant et fidèle, donnant à cette classe ouvrière qu'il voulait aider, avec le meilleur de lui-même, le prestige de sa haute conscience, l'auréole de sa vie si honnête et si droite, sa science et son temps et, pas dessus tout, l'inépuisable trésor de son indulgence et de sa bonté.

De sa génération, cette grande génération du barreau et de la politique, il y en eut de plus combatîifs, de plus ardents, de plus éloquents, de plus illustres, il n'y en eut pas, sans doute, je conseil plus sage et d'amitié plus sûre.

C'est ce qui fait que ceux qui le connaissaient bien, ceux parmi lesquels il vivait et travaillait, lui conférèrent les plus hauts honneurs : le bâtonnat et la présidence de la Chambre.

Et ceux qui lui firent confiance ne s'étaient pas trompSs, puisqu'il fut un grand bâtonnier et un grand président.

D'autres diront sans doute la probité, la ferma bonté, le dévouement avec iesqusls il exerça sa charge au palais de justice. Vhls, messieurs, vous vous rappelez certainement Emile Brunei conduisant nos travaux, e: aucun de vous n'oubliera jamais sa courtoisie, sa science et surtout, par dessus tout,, sa magnifique, sereine et constante impartialité.

Au fauteuil qui domine cette Chambre, il n'était plus l'homme d'un parti, il était vraiment le président, et chacun acceptait 'es décisions que lui permettait de prendre l'autorité dont il était investi, parce que chacun savait qu'elles étaient dictées par le souci du bien commun et la volonté de donner aux travaux de cette assemblée le maximum d'efficacité et de prestige.

Nous nous sentions tous honorés par le respect qui l'entourait, et nous sentions confusément que sa présence parmi nous rendit plus forte, en dépit des critiques et quelquefois des calomnies, cette Chambre où nous avons de si grands et quelquefois si difficiles devoirs à remplir.

Député pendant plus de trente ans, président de la Chambre pendant près de, dix ans, il connaissait le régime pi-lementaire. I! en avait mesuré certaines déuciénces. il voulait améliorer .a technique de nos travaux, mais il était resté indéfectiblemen' fidèle à l'es-vit ce nos institutions, et sa foi dan; la démocratie, aujourd'hui, était aussi vlvaee et auîsi ardcn:e qu'au jour où. débitant, il a pris la première foii. la parois dans cette enceinte.

Lorsque les hasards de !?. politique l'obll'èrea! à quitter le fauteuil qu'il avait si magnifiquement occupe, il reprit, avec urt-e modestie qui fu: ua Rrani exemple., si pla.e pirm; nous et, ds s.-.n b.T.c. dépouillé de l'autorité que iir centrait sa charge, m.".'» av 'rit gardé toute celle que lui donnaient la eonfi.tr.:e et l'estime una-n'mcs, il contlr.ua à nous prodiguer les bons conseils de l'expi-rience et de la sagesse.

Dr.r.5 cette Chambre où peu d'hommes soif vraiment écoutés, chaque fois qu':l dim-indo: la parc'-e, le- siic'.c se fit er jar.;3> il ne parla fans que .son intervention n'eût son poids dans le débat et son iniluer.ee dans ,;otre décision.

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