Belgian Chamber of Representatives • Session of 23 January 1934

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SKAXCK DU MARDI 23 JANVIKR 1934. VKROADERINC VAN DIN8DAO 23 JANUAHl 1934.

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ÉLOGE FUNÈBRE DE M. PÉRIQUET.

ROUWHULDE VAN DEN HEER* PÉRIQUET.

M. le présides* se lève et prononce tes paroles suivantes que les membres de la Chambre écoutent debout :

Madame, messieurs, la Chambre aura appris avec peine, durant nos vacances, le décè» de notre regretté collègue M. Jean-Baptiste Périquet, député de Philippeville.

Dès que me parvint la triste nouvelle, je m'empressai d'adresser en votre nom, comme en mon nom personnel, à Mme Périquet et à ses enfant» 'l'expression de nos condoléances.

M. Périquet faisait partie de notre assemblée depuis les élections de 1919.

Jusque l'an dernier il était, malgré la longue, distance qui sépare Philippeville de Bruxelles, l'un des membres les plus assidus de cette Chambre.

Il a fallu que la maladie le terrassât pour l'empScher de continusr les longs-déplacements qu'il s'imposait jusque-là chaque jour et pour mettre fin à sa constante bonne humeur et à son activité débordante.

La vie de notre regretté collègue nous offre des aspects intéressants et peut, à beaucoup de points de vue, servir d'exemple.

Simple ouvrier d'ardoisières, n'ayant suivi dans son enfance que. les cours d'une école primaire, il «ut l'ambition de s'instruire et sut pour cela s'imposer, au milieu d'occupations matérielles fatigantes, des heures de travail supplémentaires' pour suivre des leçons particulières.

Il parvint ainsi à s'élever au-dessus de ses compagnons de travail et à se mettre ep avant pour se dévouer à sa classe et à son parti.

Très jeune il se mêla activement aux œuvres et y, fit preuve d'Intelligence et de dévouement, si bien qu'il ne tarda pas à en devenir le directeur et le chef dans son arrondissement.

En même temps il fut tenté par la* politique. Entré d'abord au conseil communal de Philippeville, il fut bientôt désigné pour un siège dé député.

Elu, dès 1912, comme député suppléant, il vint, au lendemain de la guerre, siéger parmi nous, où il continua sans interruption, jusqu'à sa mort, à se dévouer à ses idées et à ses mandants. II rendit à son parti des services qui ne seront pas oubliés.

Depuis un an, 11 n'a plus fait dans cette Chambre que de rares apparitions. II en était empêché par le mal auquel il a finalement succombé.

Périquet nous laisse le souvenir d'un collègue aimable, travailleur, dévoué i son parti et cherchant à remplir aussi bien que possible le mandat qui lui était confié.

Une- nouvelle fois j'adresse à sa veuve et à sa famille l'expression de nos sympathies «t de nos regrets. (Très bien! Très bien! sur tous les bancs.)

La parole est à M", le premier 'ministre.

M. de BroquevUfe, premier ministre. — Messieurs, je m'associe avec émotion aux paroles que vient de prononcer notre honorable président.

Notre regretté collègue était un homme d'esprit distingué, profondément attaché à son devoir, Il avait des convictions que je nc^par-tage pas, mais je reconnais et proclame qu'aucun collègue ne fut jamais plus correct, plus sympathique dans ses relations que le regretté défunt. J'ai eu avec lui maints rapports; nous nous comprenions et c'est une des raisons pour lesquelles je suis particulièrement ému de devoir m'associer à l'oraison funèbre que vient de prononcer l'honorable président.

M. Périquet était de ces hommes qui comprennent profondément leur devoir envers leurs convictions et envers leur parti.

C'étaient les raisons pour -lesquelles, dans cette Chambre, nous l'entourions d'une estime toute particulière. Nous savions parfaitement qu'avec lui ceux qui avaient raison pouvaient compter sur son appui tant il était animé du désir de bien faire et d'une profonde pensée de droiture.

C'est avec émotion que je salue son 60uvenir. Nous le garderons dans notre cœur et nous prions M. le président de la Chambre de bien vouloir transmettre à sa famille l'expression de nos très sincères, très vives et très respectueuses condoléances. (Très bien! très bien! sur tous les bancs.)

M. le président, -r- La parole est à M. Hallet.

M. Hallet. —• Madame, messieurs, c'est avec un 'sentiment de grande tristesse que je m'associe aux paroles prononcées par M. le président à la mémoire de notre cher collègue et ami Jean-Baptiste Périquet, décédé pendant les vacances parlementaires après une très longue maladie.

Toute sa vie a été consacrée à son parti et à son pays et s'il est mort, malgré sa très robuste constitution, à un âge relativement peu avancé, c'est d'avoir trop entrepris, d'avoir trop peiné, d'avoir,

depuis de longues années, jour après jour, incessamment lutté, souvent au delà de ses forces, dans l'intérêt de la classe ouvrière . dont il était sorti et qu'il aimait par-dessus tout.

- Je fis sa connaissance, il y a bien longtemps, tout au début de sa carrière politique et de la mienne.

C'était en 1895, où je menai avec lui la propagande dans cet arrondissement de Philippeville où jamais les socialistes n'avaient lutté.

Il réussit la même année à faire élire une majorité socialiste au conseil communal d'Oignies.

La politique était difficile alors dans un arrondissement aussi étendu, avec si peu de moyens de communication. Nous étions peu nombreux et Périquet devait se charger, avec quelques camarades* de tout le travail : distribution de journaux et de circulaires, affichage de nos conférences et de nos meetings.

Il a, par la suite, créé et mené à bien, tant dans le pays de Phi-lippeville que dans l'arrondissement de Dinant, toute une série d'œuvres consacrées à la classe ouvrière, à son intérêt et à l'amélioration de sa situation : coopératives d'alimentation, unions de sabotiers, secours mutuels, organisations politiques. *

Il était connu dans tout le pays et y jouissait de la sympathie générale.

Mais, déjà en 1912, après une campagne électorale particulièrement mouvementée, il fut terrassé par la maladie et resta, tendant de longs mois, entre la vie et la mort. Sa puissante nature finit cependant par prendre le dessus et peu à peu jl se rctabM et put 6e remettre à ses travaux multiples et accablants.

La guerre n'arrêta pas son inlassable activité, au contraire. Périquet a assumé pendant cette dure période, dans les locaux de la coopérative de Nismes dont il était le directeur depuis 1901, toutes les distributions de vivres et de secours à la population si éprouvée. Il fut désigné pour faire partie du comité de l'arrondissement de Philippeville et de la ville de Couvin ainsi que du comité provincial de secours et d'alimentation de la province de Namur. Il fut même, en novembre 1910, emprisonné par l'autorité occupante pour avoir refusé de livrer la liste des ouvriers chômeurs et s'être -opposé à ce que les chevaux de la coopérative fussent employés à des travaux de transports pour les Allemands.

Vint enfin l'armistice.

C'est alors qu'il fut désigné comme candidat à la Chambre par les groupes socialistes des deux' arrondissements et qu'il fut élu député en novembre 1919, et réélu à chaque élection. La population avait pu, pendant de nombreuses années, se rendre compte de ses grandes qualités, de son énergie au travail et de son intelligence pratique.

Périquet ajoutait simplement une besogne de plus à toutes celles dont il s'était déjà chargé.

Il prit à maintes reprises la parole dans cette assemblée et intervint dans de nombreux débats.

Il défendit avec ardeur les intérêts des ouvriers des ardoisières et déposa une proposition de loi les assimilant aux ouvriers des • houillères. Il demanda aussi la création d'un conseH de prud'hommes à Philippeville.

Il fut, en 1933, nommé bourgmestre d'Oignies, son pays natal.

Mais, depuis quelques années déjà, sa santé, affaiblie par la longue maladie dont il avait été frappé en 1912, se ressentait de sa trop grande activité. Et c'est forcé par la nécessité qu'il dut abandonner la direction des nombreux organismes qu'il avait fondés et développés.

Cependant, depuis quelques mois, nous avions accueilli l'espoir de le voir revenir parmi nous; il paraissait mieux portant, faisait quelques promenades et son ancienne vigueur nous semblait devoir l'emporter.

Hélas! Cette espérance ne s'est pas réalisée et notre ami a succombé le 29 décembre 1933. Il était âgé de 65 ans.

Toute la population l'a pleuré et ses funérailles ont été la preuve de la reconnaissance de ceux à qui il avait consacré sa vie.

Nous qui le connaissions depuis si longtemps et qui jugeons si haut sa grande âme, nous le pleurons aussi et sa mémoire nous restera chère.

En travaillant pour la classe dont il était, il a rendu au pays d'inestimables services. Ceux qui, parmi vous, l'ont connu, l'ont aussi comme nous apprécié et je suis persuadé que la'Chambre gar- , dera son souvenir.

J'envoie, au nom de mon groupe et au mien, l'expression de nos plus vifs sentiments de condoléance à la compagne éplorée et 4 aux enfants attristés de notre ami si regretté Jean-Baptiste Périquet. (Très bien! très bien! sur tous les bancs.)

M. le président. — La paro?.i es* à M. Heyman.

M. Hcynua. — Madame, messieurs, la droite partage les sentiments que M. le président, M. le premier ministre et M. Hallet viennent d'exprimer en souvenir de notre regretté collègue

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