Belgian Chamber of Representatives • Session of 9 November 1926

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SÉANCE DU MARDI 9 NOVEMBRE 1938.

Le* partis, to.it on demeurant fidèles à leur doctrine, ont eu con3?fcnt:e de ca que certaines de uos luttes passées avaient do suranné et de superficiel.

Ils ont eu faca des difficultés sorties de la guerre dégagé une ligue de conduite qui permît à chacun d eux —» qa'il eût sa parc do responsabilité dans l'efcercica du pouvoir ou qu'il sa cantonnât daus un rôle d'opposition — d'apporter à l'œuvre nationale la collaboration la plus complète et la plus efficace.

L'haure n'est point à lu dissociation de ces bonnes volontés ou mieux de ces volontés ardentes et tenaces.

Qu'il m'ait été donné eitte fois encore do vous permettre de confondre vos votes et d'attester ainsi l'unité — toute moirieu-tanée — de vos pensées et de vos cœurs, c'est pour moi, nies chers collègues, une source de joie dont je vous suis profondément reconnaissant. (\pptaudissements prolongés.)

Au nom de la Chambre, je prie la bureau provisoire d'agréer l'expression de nos remerciements.

A notre doyen d'âge, nous disons notre cordial respeet.

Notre honorable eollàguo M. Colaert a, durant de longues années, apporté à nos travaux une collaboration autorisée et distinguée.

J"e suis heureux de pouvoir lui dira combien est vive la sympathie dont il jouit dans cette Chambre et qui est du3 à sa souriante c mrtoisic, à sa constante bienvcillanca et à la loyauté de son caractère. (Applaudissements prolongés.)

Je déclare la Chambre constituée; il en sera donné avis au Roi et au Sénat.

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— Le procès-verbal de la dernière séance de la session précédente est déposé sur le bureau.

COMMUNICATION DU ItUKEAU.

M. le président se lève et prononce les paroles suivantes, que la Chambre écoute debout :

Messieurs et chers collègues, le premier devoir 'que m'impose la charge dont vous m'avez honoré est particulièrement doulou-

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renx.

Ce» jours derniers mourait à Anvers notre doyen d'âge, M. Louis Straus, qui, il y a trois semaines à paino, était parmi nous, donnant l'impression d'une vigueur physique et d'une force morale qua la maladie serait impuissante à abattre.

Notre vénéré collègue n'appartenait à notre assemblée que depuis 1919.

Avant de prendra plaça sur nos bancs, Louis Straus s'était occupé avec éclat des affaires publiques.

• Entré tout jeune dans la carrière' consulaire, il ne tard* pas à se signaler par de remarquable* travaux d'économie politique.

• La collaboration suivie qu'il donna à de nombreux journaux accrut rapide-mont la brillante notoriété de son nom.

Après avoir dirigé les travaux da plusieurs associations créées en vue de l'étude des problèmes économiques ou de l'expansion de noira commerce, Louis Straus fut. désigné comme président -du conseil supérieur do l'industrie et du commerce.

En 1907, il devin téchevin de la vilie d'Anvers. - Il n'abandonria cette charge qu'en 1921.

Au cours de la guerre, il donna la mesure de sa ténacité et de son courage en résistant aux injonctions de l'occupant.

L» fière attitude qu'il eut durant l'occupatiou de la ville d'Anvers eut c.>mme rauçon une longue captivité en Allemagne.

A la Chambre, Straus se montra jouteur ardent, obstiné, opiniâtrement fidèle au concept économique qui domina touta sa vie.

Il lni jmpdi'tait peu de déchaîner les oppositions les plus vives. Il avait en sa doctrine une foi qui ne tolérait aucune compromission.

Nous n'avons pas à apprécier ici le mérite de ses théories.

Nous ne devons juger que le caractère de l'homme.

Comment' ne pas dire toute notre admiration pour cette à-no stoïque, ferme, intransigeante?

Comment ne pas saluer avec respect la grandeur de l'unité morale de ce'ta vie?

Straus était venu parmi nous, alors que Vidés mûtressc do «a ^lo;:trine était minée par la règle de la contrainte et do l'intervention qui pénétrait chaque jour plus avant ln législation de la plupart des pays, alors que l'événement imposait à notre parle-ment Ta loption de solutions empiriques

Las exigencas de l'heure, les contingences, rien ne put> lo déterminer à consentir la moindre concession qui lui eût semb'lé un impardonnable reniement.

Que les oppositions à ses théories fussant plus nombreuses, plus ardentes, était-ce une raison de fléchir ?

A une heure dû à ses yeux l'erreur se propageait avec une lamentable c'ont'igion, il devait mesurer lès mérites de sa doctrine moi .s aux adhésions qu'elle recueillait qu'aux oppositions auxquelles elle se heurtait.

Cet homme aux principes inflexibles fut un travailleur infatigable, un patriote dévoué.

Il asservi la chose publique eii sacrifiant délibérément ses intérêts personnels.

11 fut uu bon et gi'and citoyen.

Son s învciiir demeurera présent dans nos cœurs.

Son\en(i nous nous rappellerons noire doyen d'âge-dénonçant ici même quelque projet qu'il qualifiait de libei'ticide, exposant d'une voix d -nt le timbre frêle ne correspondait pas à l'arîleur des santiments qui l'enflammaient, l'essentiel de st-s doctrines.

Il se ublait que la scène se passât dans quelque salon poli* tique. Autour de notre doyen, de nombreux collègues étaient groupés, écoutant attent:vement sa parole, prêts à protester avec véhémence contre des /thèses qu'ils considéraient comme surannées, mais demeurant silencieux, comme dominés par le respect qu'ils professaient pour le vieillard courageux, résolu à faire malgré tout son devoir jusqu'au deruier jour de sa vie.

Et lorsqu'à la reprise de nos travaux, au lendemain de quelque voyage lointain fait pour accroître la renommée de notre pays et pourJ développer le volume de nos "affaires, Straus mo'iiait à ce fauteuil et présidait avec une belle crânerie et avec une réelle distinction à nos délibérations, la Chambre, d'un élan unanime, saisissait l'occasion de dire à son doyen toute l'intensité de son estime et de son admiration.

La mort a frappé soudainement Louis Straus. Elle a évité » cet homme qui avait la passion de la vie, du mouvement, du travail, la cruelle souffrance que lui eussent causée le repos et l'inaction.

La Chambre s'associe unanimement. aux témoignages de fervente, admiration et de respectueuse sympathie que l'opinion et la presse ont donnés au grand citoyen dont nous déplorons la parte et qui fut pour nous tous un'collègue loyal, courtois et bienveillant. (Très bien ! très bien ! sûr tous tes bancs.)

La parole est à M. le premier ministre. i <

M. Jaspar, ministre de l'intérieur et do l'hygiène. — Messieurs! le gouvernement apporte à sou tour un tribut d'hommage .à la mémoire- du doyen dé la Chambre, ainsi que ses condoléances étnuos à sa familla.

Louis S:raus vécut une longue vie. Lorsqu'une longue v.ie s'accompagne de l'opiniâtretc-dans les convictions et d'ùne'santé qui ne fléchit point jusqu'à la dernière heure, elle est un bienfait du ciel.

Elle est aussi ua exemple et un euseignemeut lorsqu'elle est ornée des grandes vertus qui soutiennent le caraet>ro.

Que ce fut au conseil communal d'Anvers, au collège éehevinal de cette ville qu'il aimait tant, au conseil supérieur du commerce et de l'ind strié dont il défendit toujours âprement .les droits, au sein de cette Chambre eufin où il fut eu permanence 'le représentant d'une ancienne idée à laquelle il tenait de toutes les fibres de son âme, Louis Straus fit montre de quatre grandes vertus qui caractérisent sa personnalité. Tout d'abord, inébranlable fidélité à sou idéal, fidélité que ne pouvaient ébranler ni les discussions, ni les démentis mêmes des faits.

Courage indomptable dans la défense de ses convictions, courage qu'il montrait jusque dans ces réunions publiques dont, dans les dernières années do sa vie, il ne redouta pas le tumulte. Désintéressement total, — la plus haute vertu de l'homme politique, — celle qui fait que le rôle de celui-ci peut servir

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