Belgian Chamber of Representatives • Session of 1 May 1906

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SÉANCES DU 4" MAI 1906.

données, le 10 avril dernier, en réponse à la question qui m'avait été \ posée, sur le même objet, par l'honorable membre.

M. le président. — Ta parole est à M. de Foncreno, ministre des affaires étrangères, pour répondre à la question posée par M. J. Dcibeke, au sujet des droits dont le gouvernement français propose de frapper les poudres de chicorée.

Réponse. — Le déparlement des affaires étrangères n'a pas manqué de charger la légation de Belgique à Paris de faire les démarches opportunes au sujet de la proposition de loi dont il s'agit.

Cette proposition, adoptée d'urgence par la Chambre des députés, n'a pas encore été votée par le Sénat. Dans le cas où elle deviendrait loi, le gouvernement belge examinerait quelles seraient les mesures à prendre pour sauvegarder autant que possible les intérêts de nos fabricants de chicorée.

Je rappelle à cette occasion que, à différentes reprises, le gouvernement belge a signalé au gouvernement français combien les relèvements de droits proposés dans ces dernières années sur de nombreux articles du tarif étaient de nature à nuire au développement des relations commerciales entre les deux pays.

DÉPÔT D'UN PROJET DE LOI.

M. de Fnverean, ministre des affaires étrangères. — D'après les ordres du Roi, j'ai l'honneur de déposer sur le bureau de la Chambre un projet de loi approuvant l'acte général de la conférence d'Algésiras. Je propose à la Chambre de renvoyer à une commission ce projet de loi qui a un caractère d'urgence ; la Chambre se séparera prochainement et il est indispensable qu'avant la fin de la session, l'approbation législative ait été donnée à cette convention.

M. le président. — Il est donné acte à M. le ministre des affaires étrangères du dépôt de ce projet de loi, qui sera imprimé et distribué.

Je propose à la Chambre de renvoyer ce projet de loi à l'examen de la s, lion centrale qui a examiné le budget des affaires étrangères, constituée en commission spéciale. [Assentiment) Puisqu'il n'y a pas d'opposition, il en sera ainsi.

COMMUNICATION DU GOUVERNEMENT.

M. le président. — La parole est à M. le ministre de l'industrie et du travail. (Mouvement d'attention.)

M. Franeolte, ministre de l'industrie et du travail. — Messieurs, je me suis engagé vis-à-vis de la Chambre à lui communiquer dès leur arrivée les documents officiels relatant la catastrophe du navire-école. Je reçois à l'instant, — elle m'est parvenue au moment même où nous entrions en séance — la copie du protêt de mer, du protêt d'avarie, qui, comme vous le savez, est le récit officiel du naufrage.

Le protêl de mer doit être fait par le commandant du navire dans les vingt-quatres heures de l'arrivée au port. 11 doit être signé par lui, affirmé sous serment et le même serment est imposé à tous les survivants, officiers et membres de l'équipage.

Ces formalités ont été exactement remplies à l'arrivée du Dunkerque à Hambourg. Le document dont je vais vous donner lecture est la copie du protêt d'avarie qui a été dressé devant le consul de Belgique à Hambourg.

Ce document est ainsi cor.çu :

« Aujourd'hui, le 29 avril 1906, par-devant nous, Cari Hugo Katter-feldt, vice-consul de Belgique à Hambourg, est comparu le sieur Wen-maekers, Wilhelm-Florent-Louis-Wautier, second officier au long cours du navire belge trois mâts Comte de Smet de Naeyer, monté par soixante hommes d'équipage et élèves (novices) el un passager, qui nous a déclaré ce qui suit :

« Le 11 ayril 1906, le navire a quitté Anvers à 1 heure de l'après-midi, assisté d'un remorqueur; nous sommes descendus la rivière et avons mouillé à Flessingue, le soir à 7 heures, à cause du calme qui régnait en ce moment. Nous avons employé le temps à divers travaux, jusqu'au moment où nous avons pris la mer, c'est-à-dire le vendredi 15 avril, à 10 heures du matin, assisté du remorqueur Vulcain qui nous a remorqué jusqu'à la tombée de la nuit. Nous avons mis à la voile ayant le vent favorable et nous marchions à une vitesse d'environ cinq milles. La brise força et le navire se mit à embarquer de l'eau en assez grande quantité même par le bord situé sous le vent.

« Des sondages furent effectués deux fois par jour el ne donnèrent lieu à aucune constatation anormale; toutefois, le navire prit de la bande.

« Le 18 avril 1906, nous marchions avec une vitesse moyenne de 10 nœuds, ayant le cap sudiouest, quart ouest, vent nord-ouest; le navire

ayant une très forte bande sur bâbord, embarquait de gros paqueis de mei depuis l'avant du navire jusqu'à l'écoutille n°4. Des sondages do catc furent faits à 6 heures du matin et en constata de ô à 4 pouces d'eau. On fit la même consolation d'rs les réservoirs. Vers 8 heures du nir, de nouveaux sondages de ca'e accusèrent 9 pouces dans la cale n° 4, et 5 pouces dans la cale n° 1 ; quant aux réservoirs nos 2 et 5, il fut impossible d'y arriver, vu les paquets de mer qui balayaient le pont. La pompe a été mise en mouvement sans résultat. Vers 10 heures, la chaudière fut allumée pour le fonctionnement de la pompe à vapeur, mais la soute aux pompes était déjà sous eau et condensait la vapeur qui devait assurer le fonctionnement de la pompe alimentaire de la chaudière. Nous avons essayé en vain jusqu'à 2 heures du matin du 19 de vider cette soute envahie constamment par de nouvelles eaux. A ce moment, le troisième officier, M. Celis, a averti le commandant que le réservoir a lest d'eau arrière était rempli et avait fait sauter les panneaux. Peu après les panneaux de l'écoutille n° 2 ont cédés à leur tour; à ce moment, le commandant a donné ordre de réveiller le personnel. Il était environ 4 heures du matin et il était de toute évidence que le navire sombrait. Vers 4 heures et demie, il nous a semblé apercevoir les feux d'un navire sous le vent à très grande distance, le commandant a fait en vain des signaux de détresse el mis le cap sur ce navire que nous n'avons plus revu. Le commandant donna ordre de mettre des canots dehors. Le canot tribord arrière n° 4 a été mis dehors et est tombé à la mer, entraînant le matelot Vermeulen qui heureusement a pu saisir une amarre qui lui a été jetée.

« Le canot bâbord arrière dans lequel se trouvait le mousse Huyghe et le matelot Rolyn est tombé à la mer, s'est retourné, a cassé sa bosse et a dérivé. Des bouées de sauvetage ont été jetées aux deux naufragés, qui, ainsi que tout lé personnel du bord, étaient revêtus de leur corset de sauvetage. Le navire a continué sa course embarquant de plus en plus d'eau et balayant le rouffle et la dunette. L'abord des canots d'avant devint impossible. On fit néanmoins des efforts pour mettre la baleinière à la mer, mais, par suite de la bande, elle se cogna contre la coque du navire, chavira et jeta son inventaire à la mer. Le matelot Taymans s'est noblement dévoué pour changer l'amarre de la baleinière et tâcher de la vider. La première de ces opérations seule, réussit et l'homme à demi noyé a été halé à bord. La baleinière fut donc remorquée remplie d'eau. L'eau a balayé la dunette une ou deux fois; le personnel, dont le courage ne s'est pas démenti un seul instant, s'est en grande partie jeté à l'eau, sauf plusieurs élèves qui n'ont pas osé suivre cet exemple. Le canot, où 21 personnes avaient pris place, a coupé ses amarres et quitté le bord. Le maître d'équipage l'a rejoint à la nage et le canot s'était à peine éloigné du bord de cinquante mètres, que le navire s'abimait subitement dans les flots. Il était 7 heures 10 minutes.

« Les lieutenants Wenmaekers et Celis ont rejoint la baleinière au dernier moment et coupé l'amarre ; ils ont recueilli le matelot de Decker et l'élève Beelaerts ; tous les quatre ont été recueillis bientôt dans leur position critique par le canot. Celui-ci contenait alors un effectif de 26 personnes. L'éloignement des victimes, l'état de la mer et le chargement du canot ne permirent plus de recueillir de nouveaux naufragés.

« Nous mîmes le cap sur le sud-est quart-est, croyant nous trouver à 160 milles des côtes françaises ou espagnoles, seuls renseignements que le commandant nous eut communiqués avant la perte du navire.

« Nous possédions une boussole, un tonnelet d'eau, trois livres de chocolat et deux bouteilles de peptone. Vers 4 heures du soir et dans l'opposite de notre course nous avons aperçu un voilier, nous avons changé le cap de façon à lui couper la route et ce n'est que vers 6 heures qu'il a aperçu nos signaux de détresse ; à 7 heures nous étions à bord du Dunkerque, quatre-mâts barque, commandant Morfouace, qui nous a accueillis avec la plus franche et la plus cordiale hospitalité. La position estimée du lieu du sinistre est par 47 degrés 12 minutes latitude nord et 14 degrés 30 minutes longitude ouest, méridien de Paris. Le 28 avril, le Dunkerque est arrivé à Cuxhaven et nous a débarqués à la demande du gouvernement belge dès que la libre pratique fut accordée. Nous sommes arrivés à Hambourg à 6 heures du soir. Dont acte.

« (Signé) W. Wenmaekers.

« Et nous, susdit vice-consul, en concédant acte au dit capitaine de son dire et exposition, ordonnons que sur le tout sera informé, pour l'information prise lui servir ainsi que de raison, et avons signé.

« (Signé) C. Katterfeldt. »

Comme je le disais tout à l'heure à la Chambre, les cadets et l'équipage, tout le personnel du navire en un mot, ont à leur tour contresigné ce document.

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