classification
 

Accueil

 Comme tout langage parlé, le français oral n'existe que dans la parole de ses locuteurs. On conçoit donc qu'il existe forcément autant de sortes de français que de locuteurs. Toutefois, l'expertise phonologique permet d'opérer un classement selon les grands types. Le but d'une telle classification n'est pas de classifier "pour le plaisir", mais d'aider à fixer les idées.

 

On doit rappeler pour mémoire la classification suivante, qu'on trouvait dans quelques manuels : 

 

La classification géographique:

Compte tenu du schéma de dispersion du français que nous avons tracé ici, on rencontre de façon théorique (ou plutôt on rencontrait au début du XXème siècle) la situation géographique suivante :

 

Zone du français maternel :

 

Ce sont des régions dans lesquelles le français est aujourd'hui (début du XXI siècle) la langue maternelle unique de la plupart des locuteurs, quoique certaines personnes, notamment en milieu rural, puissent posséder un dialecte autochtone d'abord. Elles se subdivisent en deux aires :

 

1 L'aire centrale du français: c'est le français qui est parlé dans les régions où il s'est formé, augmenté des régions où il a pu (à tort ou à raison, ici on ne s'intéresse pas à la question de savoir si ce genre de phénomène est un "colonialisme linguistique") se répandre sans interférences majeures avec le système préexistant. Dans ces régions on parle un français qui possède en général les caractéristiques suivantes :

- système phonologique à 13 (ou davantage) voyelles simples (sans préjudice des diphtongues)

-Forte tendance à la pratique de l'élision (quand elle n'est pas obligatoire), qui diminue toutefois lors de la diction soutenue.

-Tendance à pratiquer certaines liaisons même dans le langage de tous les jours

C'est la forme de français qui est visée par l'appellation "français standard", il est quelquefois décrit comme "français du nord".

 

2 L'aire du français méridional : c'est le français qui est parlé dans les régions où son installation ne s'est faite qu'au prix de modifications considérables dues aux différences qui le séparait du substrat, notamment occitan (provencal, languedocien, gascon, (basque voir justification ici)). 

 

Dans ces régions on parle un français qui possède en général les caractéristiques suivantes :

- système phonologique des voyelles simples à 12 phonèmes ou moins; de façon très caractéristique, les oppositions entre les e et les o (dits "ouverts" et "fermés" dans les deux cas) ne sont plus fonctionnelles, on dit qu'elles ont été neutralisées. Les deux phones existent mais leur apparition est conditionnée pas l'environnement (syllabe ouverte ou fermée).

- le système des voyelles normalement nasales est fortement modifié : elles sont partiellement ou complètement déplacées/dénasalisées avec l'apparition d'une opposition secondaire (non génétique) entre in et un.

    -Les élisions se limitent aux élisions obligatoires, de même pour les liaisons.

Cette forme de français est associé à une intonation bien connue sous l'appellation "accent du midi" ou "accent méridional" et certains linguistes l'appellent "français du sud" .

 

3 Zone du français non-maternel :

Ce sont des régions dans lesquelles le français n'est pas aujourd'hui (début du XXI siècle) la langue maternelle de la  majorité des locuteurs, quoique certaines personnes dans les couches les plus jeunes de la population puissent ne posséder aucun dialecte autochtone. La langue est fortement modifiée, souvent dans son vocabulaire et dans son accent mais surtout dans son système phonologique. Dans ces régions on parle un français qui possède en général les caractéristiques suivantes :

     -système phonologique réduit à 11 voyelles simples ou moins 

    -systèmes des élisions et des liaisons réduits au cas obligatoires (l'enchainement peut être perturbé).

Cette forme de français ne reçoit habituellement pas de nom, d'une part parce qu'il est polymorphe (selon l'origine et l'histoire personnelle des locuteurs) mais aussi parce que contrairement au français méridional, ses traits structurels passent souvent inaperçus.

De nombreux auteurs continuent à faire référence de façon plus ou moins explicite à cette classification géographique complètement périmée, au vu des migrations de masse de ce début de XXIème siècle.

 

Vers une classification non-géographique

La classification que nous venons de voir serait satisfaisante... si tout le monde restait toujours au même endroit. Bien au contraire, les sociétés modernes, contrairement à celles qui ont vu les langues du monde se former, sont caractérisées par une montée exponentielle des moyens de communication ( notamment le téléphone portable, imprévu par les auteurs de science fiction), des moyens de transports et finalement par une massification des mouvements de populations, d'autant plus prégnants que l'agglomération considérée est elle-même importante. Autrement dit, plus on considère un milieu rural, plus la société reste stratifiée géographiquement par l'histoire mais plus on considère un milieu urbain et moins c'est vrai.

Cette constatation nous a dirigé vers le besoin d'un nouvelle classification, qui pourra opérer au niveau du locuteur, sans préjudice de la région où il se trouve ou celle où il a été élevé. En effet, on constate que les locuteurs des différents français conservent globalement la forme de français qu'ils ont reçu en héritage familial même si dans les grandes villes, et surtout dans les milieux de la communication, on observe une forme de nivellement probablement dû à l'imitation.

Cette nouvelle classification rappellera, par sa tripartition (à laquelle s'ajoutera une catégorie supplémentaire pour les locuteurs manifestant un accent "étranger") la précédente classification géographique, mais avec une nomenclature débarrassée de ses implications géographiques que perpétuent certains manuels. On rangera donc les observations en trois catégories :

 

- Français traditionnel.

Basé sur le français central. La langue des locuteurs qui ont conservé un français très typique d'un parler d'oïl ou proche d'un de ces parlers. Une échelle de qualité pourra servir à évaluer le degré de conservatisme de cette forme, quelquefois abimée par l'absence d'information et l'imitation du milieu ambiant. On y adjoindra les formes de français (quitte à noter leur accent particulier) parlés en Amérique du nord et difficile à classer dans une optique géographique, et qui sont bien des français traditionnels.


C'est le type de français qui devrait être recherché dans les prestations professionnelles, en privilégiant aussi la variété naturelle des accents régionaux.


- Français méridional.

Etant donné la longue histoire commune du français et de l'occitan. La reconnaissance de cette forme aidera à l'apprécier à sa juste valeur, souvent dépréciée dans les faits, à condition que l'accent soit suffisamment conservé

Le français méridional, plus ou moins accentué, peut se justifier dans la narration, dès que le thème a un rapport avec le midi.


- Français simplifié.

On rangera dans cette catégorie tous les types de locuteurs qui montrent une réduction du système vocalique et/ou des systèmes de la liaison et de l'élision sans présenter un accent typiquement méridional ou ultra-marin.


C'est la forme de français que nous retrouvons majoritairement dans notre sondage.

Comme le discours d'un locuteur donné pourra varier dans sa réalisation effective, on pourrait objecter que cette classification restera inopérante ou du moins ne pourra caractériser qu'un extrait du discours d'un locuteur, et pas le locuteur lui-même. C'est en partie vrai, mais dans le contexte de la diction, on est en droit de supposer que le locuteur est QUAND MÊME en train de faire un effort, plus ou moins intense certes selon le contexte plus ou moins formel (de l'émission de radio à la lecture d'un conte), mais un effort bien réel !

C'est en faisant cet effort d'élocution qu'il nous révèle son système phonologique et qu'il nous permet (aux deux sens du terme) d'étudier son travail, pris comme une production professionnelle et non anecdotique

 

- Français avec un accent étranger.