Bribes d'histoire de Blauzac 



   

            Village éloigné des grandes routes, Blauzac en Uzège est situé à quelques encablures de sites prestigieux tels que le Pont du Gard, Nîmes et Uzès. Jadis, cette cité commandait la voie romaine qui franchissait la rivière d’Esseynes sur un pont encore visible de nos jours ; elle surveillait aussi le trafic vers Nîmes ; vers Russan où le Gardon pouvait être franchi à gué et vers Alès par le chemin d'Arpaillargues. 

  
             A l’époque gauloise,des Volsques venus de la Vaunage y installèrent deux oppida, l’un sur la colline de la Marthre, l’autre au Bois de Castille. Dès 1136, le roi de France Louis VI  céda ses «chasteaux» à l’évêque d’Uzès. Blauzac faisait partie du lot. C'était un castrum fortifié, entouré de murailles et d’une «dougue», c’est à dire d'un fossé profond, sans eau bien entendu. En son centre se dressaient deux tours construites en pierres taillées dites «à bossage» dont le rôle était de dévier les boulets d’artillerie.  Leur construction date du XIIe siècle. La première, accolée au château fut découronnée et démantelée. La seconde  se dresse toujours dans la rue Blanche. On accédait aux tours par des échelles qu’on retirait la nuit pour se prémunir des routiers ou des pillards. Une troisième tour servira de maison communale jusqu’en 1850 ; en très mauvais état, elle fut détruite lors des travaux d’aménagement de la dougue. Une dernière tour, peu visible car englobée dans une demeure de l’enceinte est encore localisable.


      

 L’évêque d’Uzès ne pouvant avoir d’armée à sa solde va confier la cité à Raymond du Caylar. La signature de Geoffroy de Blauzac figure au bas de l’accord entre Raymond et sa belle-soeur Sybille. La petite cité s’appellera «Blandacum» puis «Castrum de Blauzuch» ; vers 1165 «Blazacum» deviendra «Blauzat». Il faudra attendre la fin du XVI
e siècle pour voir apparaître le nom de Blauzac. En 1353 la cité tombe dans le domaine royal. Jean II dit le Bon, roi de France de 1350 à 1364, fils et successeur de Philippe VI de Valois, donne le château de Blauzac à Pierre de Deaux, neveu du cardinal Bertrand de Deaux, le réformateur de l’Université de Paris. C’est le temps des papes d’Avignon, une période faste pour Blauzac qui va voir dans ses murs deux cardinaux et un légat du pape. Une soeur de Bertrand de Deaux se marie avec un seigneur de Blauzac. Cette famille apporte naturellement biens et richesses. Bertrand de Deaux, devenu légat du pape sera enterré dans la collégiale Saint-Didier d’Avignon qu’il avait fait bâtir entièrement à ses frais. Quelques traces de son mausolée subsistent dans le choeur.

            Les d’Arbaud succèderont aux Roche-Blauzac. Pierre de Roche leur cédera son château :  leur histoire mouvementée est contée dans notre numéro hors-série : «Les d’Arbaud de Blauzac». Le hameau de Malaigues qui fait partie de Blauzac verra la naissance de Laurent Ravanel, premier lieutenant de Jean Cavalier.Il est difficile de déterminer le nombre d’habitants durant les périodes gauloises et romaines. En 1686 un «missionnaire» nous déclare que Blauzac abrite environ 650 personnes. Pas de renseignements connus jusqu’en 1789 ; le premier chiffrage effectué entre 1874 et 1881 va donner 769 personnes puis la population descend à 600 habitants vers  1908. Les guerres (1914 et 1939) font tomber ce chiffre à 393 habitants. Le village semble s’abandonner aux ruines et aux ronces mais, grâce à l’action énergique de la Municipalité, le renouveau va s’annoncer. Blauzac a dépassé les 1000 habitants en 2010 !


     

            En 1851, cultivateurs, métayers, éleveurs, sériciculteurs et vignerons forment la majorité des travailleurs. Il existe dans le village des maréchaux-ferrants, cinq charrons, trois cordonniers, trois menuisiers, six maçons, trois aubergistes, deux épiciers et un boulanger ! Aujourd’hui, en 2010, Blauzac abrite des artisans du bâtiment, un coiffeur, un ferronnier d’art, un atelier de reliure, une épicerie, deux cafés et un bureau de postes et divers artisans.

            


              Pour ceux que les longues digressions n’intéressent pas, voici un digest du castrum de Blauzac, lieu fortifié où les deux ou trois co-seigneurs choisis par l’évêque avaient dressé leurs demeures, leurs tours et leurs pigeonniers. Le château est toujours là, face à l’église. Une tour démantelée en est la partie la plus ancienne. Déjà mentionnée en 1137, elle précéda les autres constructions des XIVe et XVe siècles. Ces constructions ont pour origine la famille de Guillaume Pierre, écuyer et seigneur de Deaux, co-seigneur de Blauzac en 1306. 


 

          

De lourdes portes en bois, bardées de fer et renforcées de clous énormes défendaient le castrum. Fermées la nuit, Blauzac pouvait s'endormir à l'abri des murailles. Les vigiles du fort récoltaient les taxes, les droits de passage des marchandises et contrôlaient les entrées et sorties des habitants. En période d'épidémie, les portes permettaient de placer la cité en quarantaine si cela devenait nécessaire. Ce fut le cas lors de la Grande Peste. Ces portes fortifiées ont disparu, on peut les situer  au Blauzaguet, à la rue de la Chicane et au point de convergence de la rue Blanche, de la rue du Barry et de la rue Basse. Le Barry ou rempart était un conglomérat de murailles et de maison serrées les unes contre les autres, sans fenêtres ni portes sur l’extérieur. 


            Le Blauzaguet garde encore les restes du Fort blanc ou Blancafort qui servait de refuge aux villageois en cas d’attaque. Le 25 février 1487 par devant Nicolas évêque d’Uzès, "motus pia devotione ergo signum admirabile Sancte Crucis quod erit in celo cum Dominus ad judicandum vénérit”  un certain Agnet Tallon, prêtre à Uzès, exprima son intention d’élever dans l'ancien cimetière hors les murs de Blauzac une chapelle en l'honneur de la Sainte-Croix. Aucune trace n'en subsiste de nos jours.