Représentation de la poulaine et Cycles de course

A la fin du XIXe, Marey et Demeny furent les premiers à retranscrire le mouvement du membre inférieur pendant un cycle de marche ou de course chez l’homme par la chronophotographie géométrique.
Le référentiel utilisé n’est plus le sol, mais un repère mobile, la hanche, considéré comme fixe (Gérard, 2003 ; Pronost et al, 2003, 2004 ; Decker et al, 2006). Ceci a tout d’abord été appliqué à la locomotion animale ; puis ce principe fut utilisé par les biomécaniciens.

Le cyclographe ou cyclogramme, ou encore plus communément, la « poulaine » (car ressemblance avec les chaussures du moyen âge) décrit le mouvement relatif des extrémités distales des segments des membres supérieurs et inférieurs relativement à l’épaule et à la hanche.

En biomécanique, la poulaine correspond à la trajectoire du pied (Durey, 1997 ; Natta et Réga, 2000 ; Gérard, 2003 ; Gérard et Bouthier, 2005 ; Pronost et al, 2003, 2004; Gajer et al, 1997) ou de la cheville (Blanchi, 2000 ; Gérard, 2003 ; Decker et al, 2006) par rapport à la hanche qui reste fixe. Le tracé obtenu correspond à une courbe fermée.

En effet, si l’on observe la trajectoire du pied ou de la cheville, on remarque qu’ils décrivent un mouvement répétitif de moulinet à chaque foulée (Blanchi, 2000) tel les chenilles des engins tout terrain militaires ou de chantier. Ce mouvement « circulaire » permet la translation du corps dans son ensemble.

La poulaine représente le résultat de la mobilisation de trois articulations : cheville, genou et hanche, correspondant à la forme de la foulée. Elle permet notamment de caractériser la répartition antéropostérieure de la foulée, c'est-à-dire de différencier cycle avant et cycle arrière (Gérard et Bouthier, 2005).
Elle est utilisée par les entraîneurs (Piasenta, 1988 ; Durey et al, 1996) afin de caractériser soit différentes techniques de course, soit l’adaptation à différentes spécialités athlétiques.
Pour ces derniers, le cycle avant correspond à la part antérieure de la poulaine (le pied est devant le bassin). Pour courir vite, il faut privilégier cette partie afin de chercher à entretenir la vitesse lors de la pose d’appui, en avant pied, et de diminuer la phase d’amortissement. Les sprinters, les sauteurs en longueur privilégient cette partie.

Le cycle arrière est défini par la part postérieure de la poulaine (le pied est derrière le bassin). Il n’y a pas d’anticipation du contact au sol. Le pied vient frapper le sol beaucoup plus passivement que pour le cycle avant. Les coureurs de fond privilégient cette partie car c’est plus économique.

Une étude réalisée durant les Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, sur les 200 m de Michael Johnson et Marie-Josée Pérec, a comparée deux attitudes de course différentes (Krantz, 1996).
Michael Johnson présente une poulaine plate, sans « à-coups », avec une répartition antéropostérieure relativement équilibrée : il tracte plus qu’il ne pousse. Tandis que Marie-Josée Pérec présente une poulaine qui monte très haut, avec une part arrière beaucoup plus importante que la part avant : elle pousse plus qu’elle ne tracte.

Plus la distance est importante, plus la composante postérieure de la foulée est importante et plus la composante antérieure est minorée. La poulaine caractérise avec pertinence la distance de course.
Il semblerait que la poulaine constitue la carte d’identité de l’athlète. En ce qui concerne le 800 m, la poulaine ne subit pas de transformation avec la fatigue (Durey et al, 1996).

La poulaine est aussi utilisée comme un moyen schématique de représentation de la foulée pour la formation à la lecture du mouvement des enseignants scolaires (Gérard et Bouthier, 2005).

La durée du cycle de course étant variable, la poulaine n’est pas bâtie avec le même nombre d’images d’un individu à l’autre, l’étude de la poulaine reste ainsi généralement descriptive.

Cycles avant et arrière (Piasenta, 1988)

 
Pose de pied au sol


(1)


Soutien


(2)


Impulsion


(3)

Départ de la jambe du sol


(4)

Évolution de la jambe


(5)
Secteur balayé par la cuisse sur un cycle


(6)

Début pose d'appui


(7)

Mouvement du pied au contact sol

(8)


Cycle avant

En plante de pied, En avant de l'aplomb du bassin,
Bassin haut et placé
Bassin haut et fixé,
Talon qui n'est pas en contact avec le sol,
Plante de pied,
Pied actif

Angle cuisse-vertical fermé

Cuisse qui s'engage vers l'avant


Genou conduit vers l'avant


Répartition avant arrière quasi égale
Cuisse jambe libre en avant de la cuisse jambe d'impulsion
Pied qui recule dans la chaussure,
Recherche de vitesse (griffé)


Cycle arrière



En talon, bassin en antéversion
Antéversion du bassin,
Flexion genou accentuée,
Angle cheville fermée,
Pied passif

Angle cuisse-vertical plus ouvert

Cuisse qui continue à osciller vers l'arrière

Genou amorçant son retour vers l'avant


Quasi totalement en arrière

Cuisse segment libre en arrière
Mouvement arrière vers avant en butant sur le sol (perte de vitesse)

Cycle avant

Cycle arrière

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