Rencontre de la Conférence des déléguées de la CIB - ZADAR -

3-13 septembre 2009 à Zadar (Croatie)

Mercredi 2 septembre : arrivée à Zadar

Nous sommes donc accueillies par M. Anastazija et sa communauté en plein cœur de Zadar, au bord de la mer Adriatique. En sortant du monastère, il suffit d’une minute pour être au bord de la mer, toute bleue, avec les îles à l’horizon. De quoi faire rêver, mais les sœurs n’ont guère l’occasion d’en profiter. Elles ont donc depuis deux ans, une maison sur l’île de Nin, pour qu’elles puissent prendre l’air.

Jeudi 3 septembre : Découverte des déléguées et premier tour en Croatie

Rendez-vous est donné à 7h00 au monastère pour l’Office de Laudes puis messe. Je salue la vingtaine de déléguées présentes, appréciant que notre petit groupe francophone soit au complet (ou presque !), M Henriette du Burkina-Faso, M. Teresa-Paula, Présidente de la Congrégation Reine des Apôtres, M. Thérèse-Marie de Belgique et M. Isabelle du Québec, avec son délicieux accent. Nous partons donc pour les Iles Kornati. Il faut reconnaître que ces deux heures de bateau au milieu des Iles de Croatie sont une merveille : 1050 Iles dont 90 seulement sont habitées. On se prend à rêver d’y faire une fondation. La plupart sont recouvertes d’un peu de végétation, mais c’est surtout de la garrigue, de la pierre. Avec l’eau, d’un bleu profond tout autour, c’est très beau. La traversée nous donne aussi l’occasion de rencontrer les autres déléguées, de faire connaissance des nouvelles : M. Franziska, de Dinklage, qui est suppléante de la suppléante d’Allemagne, M. Angela Strobel, supérieure générale de Tutzing, S. Mary, des USA, qui est maintenant secrétaire de la CIB, et deux nouvelles américaines : S. Nancy Bauer, et S. Christine Vladimiroff.

La CIB se retrouve presque au complet. Manquent les déléguées de Tanzanie, de Pologne, d’Espagne et d’Argentine. Nous sommes ainsi une bonne vingtaine : Inde, USA, Angleterre, Croatie, Allemagne, Brésil, Afrique du Sud, Canada, Italie, Bénélux, Caraïbes, Corée, Philippines, Australie, Burkina Faso. De la couleur, donc et des accents bien divers avec des langues qui s’entrecroisent pour se faire comprendre ! Les sœurs croates parlent un peu l’anglais et l’italien, un peu  le français.

Les Iles Kornati sont très belles, mais très touristiques. Nous allons dans l’après-midi sur l’île de Sali, où nous aurons la célébration eucharistique avec toute la communauté chrétienne qui se réunit avec nous à 18h00 : messe en vieux slavon, la langue même de Cyrille et Méthode. Les gens chantent à pleine voix, souvent à deux voix, avec alternance des hommes et des femmes. L’église est pleine. Le catholicisme semble très vivant encore, 20 ans après la chute du mur de Berlin. Les chrétiens nous offrent une « party », c’est-à-dire un buffet, sur la place de l’église, et l’on sent qu’ils sont heureux de nous accueillir. Cet accueil est étonnant tout au long du voyage. Ils continuent à chanter des chants traditionnels de Croatie. Beaucoup de chrétiens sont nés en Bosnie, et sont venus vivre en Croatie après les évènements de 1992-94.

Les communautés bénédictines de Croatie

Le vendredi 4 septembre, le Père Abbé Primat, Notker Wolf nous a rejoint, et nous commençons le travail de la CIB par deux conférences. celle du P. Jozo, prieur de Cokovac : il retrace l’histoire du christianisme en Croatie. Ensuite, M. Bénédikt, présidente des Bénédictines de Croatie et abbesse de Pag, nous présente la vie bénédictine en Croatie, et les questions pour le monachisme aujourd’hui dans ce pays. S. Clare d’Australie nous invite ensuite à échanger entre nous sur ces présentations, pour entendre ce que cela nous dit par rapport à notre propre histoire, par rapport à nos propres questions.

 

Que dire de ce que l’on perçoit de la Croatie, quand on y vient pour la première fois, assez ignorante de l’histoire du pays ? Ce qui saute aux yeux, c’est que ce pays, qui a subi la guerre en 1991-94, a certes encore des maisons en ruine ici ou là, mais dans l’ensemble, c’est un pays tout neuf qui apparaît. Le monastère de Zadar en est un bon exemple : il a reçu deux bombes sur les bâtiments, et tout est neuf actuellement. Nous avons logé dans le vieux centre de Zadar, et nous avons pu voir combien le tourisme est ici en pleine expansion, et fait vivre toute la population de Zadar. En circulant un peu dans le pays, pour aller dans l’un des parcs naturels, nous avons pu apprécier les autoroutes et toutes les infrastructures attenantes. La Croatie essaie d’entrer dans l’Union Européenne, et l’on perçoit bien que c’est de ce côté qu’elle se tourne. On peut espérer qu’elle n’en perdra pas ses racines culturelles et son accueil. Ce qui est sûr, c’est que la Croatie possède beaucoup d’atouts : la mer, si chaude, le soleil, les îles, les parcs naturels où faune et flore sont protégées.

 

Quelques traits des communautés rencontrées :

Ø  Zadar :

la communauté qui nous accueille existe depuis le 11e s. Mais tout comme la ville de Zadar, les lieux ont subi maints assauts du temps et des hommes. Une vingtaine de sœurs vivent ici, et plusieurs jeunes sont venues découvrir la vie bénédictine en ce mois de septembre… La communauté vit de petits artisanats, et aussi du tourisme : elles participent à l’accueil des touristes dans leur musée du patrimoine religieux de Zadar. En effet, pendant la guerre 39-45, elles ont recueilli et caché une grande partie du patrimoine religieux de Zadar : beaucoup de reliquaires, de peintures, de statues…

Ø  Cokovac :

Le samedi 5 septembre, nous nous retrouvons à 7h15 au monastère de Zadar, pour nous rendre à l’arrêt de bus, et nous allons jusqu’à Biograd (Grad signifie « ville » en Croate), pour embarquer sur un bateau : 15 minutes à peine de traversée. Nous poursuivons en autocar, puis à pied pour grimper jusqu’au monastère des bénédictins de Cokovac : les frères sont au sommet de leur « montagne », entourés de collines désertiques ou de garrigue, dans un tout petit monastère où ils ne peuvent être plus de 7 (car il est petit et classé : ils ne peuvent construire)… 4 frères nous accueillent, mais ils sont normalement 6 (un est en Australie, et un autre à Rome). Cela fait rêver : une petite église toute simple et priante, et un monastère avec de la solitude autour, le ciel bleu au-dessus, et la mer et les îles (ou le continent) en vue tout autour. C’est très beau sous le soleil de midi, et ce doit être aussi très appelant le soir, avec les lumières de Zadar à l’horizon. Les frères ont deux cellules pour l’accueil. On viendrait bien faire une retraite ici…

Pour la CIB, c’est le P Abbé Primat qui préside l’eucharistie… Dans l’homélie, le père Notker nous dit que nous n’avons qu’une seule chose à dire à nos frères ou à nos sœurs, c’est qu’elles sont aimées de Dieu. Rien d’autre, insiste-t-il.

Ø  Pag  et Sibenik :

Les sœurs de Zadar ont prévu deux journées pour rencontrer les différentes communautés bénédictines de la Croatie, en se rassemblant dans le monastère de Pag au nord, puis dans celui de Sibenik au sud, où nous avons célébré l’eucharistie et pris un repas ensemble, permettant de nombreuses rencontres. Les 8 communautés de sœurs sont sur des îles (sauf Zadar), et se ressemblent beaucoup : petites communautés, entre 6 et 11 sœurs (Zadar est donc très grande avec 15 ou 18 sœurs) qui, ces dernières années, ont accueilli plusieurs jeunes. La pyramide des âges semble donc assez équilibrée. Elles vivent de petits artisanats (dont la dentelle de Pag) qu’elles proposent aux touristes, accueillent dans leurs musées (et l’État subventionne ce travail)… Elles sont généralement dans une ville ou un village, et ont très peu d’espace, à peine un petit cloître.

la liturgie

Au gré des circonstances, nous la célébrons tantôt en croate, tantôt en anglais, tantôt en latin. J’ai déjà signalé la messe en cyrillique avec les chrétiens de Sali.

Souvent nous avons célébré avec la communauté de Zadar, qui préfère alterner les trois langues, pour que les déléguées de la CIB s’y retrouvent. Le croate s’adapte très bien au grégorien, et l’ordinaire de la messe est en croate sur des tons grégoriens.

Le dimanche, le maître de chœur qui les fait travailler tous les jours, vient diriger le chœur des moniales pour la messe. Elles nous ont d’ailleurs donné un concert avec lui un soir, concert de chants croates, très beaux, comme vous vous en doutez. On sent une culture très forte.

Le travail de la Conférence        

Mais nous étions en Croatie d’abord pour le travail de la CIB. 3 journées sont réservées exclusivement au travail de la Conférence. Nous ouvrons la séance du matin avec une lectio commune : l’une d’entre nous lit un texte de l’Ecriture, et après deux minutes de silence, il est lu de nouveau. Ensuite, chacune écrit sur un papier la phrase, le mot qui l’a marquée. Chacune vient ensuite le déposer au milieu, sur une table où brûle un cierge, en lisant à voix haute ce qu’elle a écrit. Ensuite, le texte est lu une nouvelle fois, puis nous concluons par une prière. C’est une belle manière de lire et relire ce texte et d’entrer dans le message de l’Ecriture.

Pour ce qui est de la Conférence elle-même, voici l’essentiel des sujets traités :

Ø  Les statuts de la CIB

Le matin du 4 septembre, nous prenons le temps de discuter les derniers amendements des statuts, qui ont été revus par le P. Yeo, canoniste. Nous prendrons le temps le soir, après un après-midi de détente, et la célébration des Vêpres avec la communauté, de relire tous les statuts de la CIB en vue de leur approbation par la Conférence, et profiter de la présence du P Abbé pour qu’il les approuve lui aussi !

Ø   le symposium de 2010 : nous revoyons ensemble les détails du symposium.

o       Le thème en est donc : « bénédictines : témoins de l’espérance ». Il sera en particulier développé par S. Maricarmen, de Mexico, et S. Thérèse-Marie, d’Hurtebise en Belgique. Le P. Abbé Notker interviendra également sur ce thème. Nous sommes aussi invitées à dire ce que l’espérance veut dire pour nous, au niveau de la région.

o       Les dates du symposium sont confirmées du 8 au 15 septembre 2010 .

Ø  Agenda de la CIB:

o   Le déménagement du secrétariat est en cours : il sera installé à Rome, chez les Camaldules de San Antonio à l’automne.

o   Les prochaines rencontres du conseil d’administration seront en janvier, pour préparer le Symposium, et en septembre, avec la Conférence et le symposium. L’élection de la Modératrice de la CIB et du nouveau Conseil aura lieu à la fin du symposium

o   Le nouveau conseil se réunira en janvier 2011 à Rome, puis la Conférence en septembre 2011 en Afrique de l’Ouest.

o   2012 se fera à Rome, en même temps que le Congrès des Abbés. On alterne ainsi, pour les conférences de la CIB, les années à Rome et les années dans les différentes régions.

Pour mémoire, il y a 19 régions représentées à la CIB, chacune avec une déléguée et une suppléante (sauf les USA-Canada, où les Bénédictines sont très nombreuses et ont droit à 3 déléguées). Ces déléguées forment la Conférence qui se réunit une fois par an, et qui élit une Modératrice tous les 4 ans, ainsi que les membres du conseil d’Administration. Celui-ci se réunit deux fois par an. La Modératrice n’est pas comptée dans les déléguées.

Découverte du Pays.

Il faut tout de même vous dire qu’entre le travail de la Conférence et les visites aux communautés bénédictines, un grand temps a été aussi consacré à la découverte de la Croatie, à laquelle les sœurs de Zadar ont largement participé, ce qui nous a permis, au fil des promenades en bateaux ou en bus, de découvrir les unes et les autres, outre les déléguées de la CIB, de prendre le temps de partager. En mélangeant un peu toutes les langues, on y arrive très bien ! C’est là que nous découvrons peu à peu l’histoire et l’aujourd’hui de chacune, que nous échangeons nos expériences et nous enrichissons mutuellement.

 

Visite à Sutomiscica

Ainsi, après la visite de Cokovac, nous partons pour le village de Sutomiscica dont sont issues plusieurs sœurs de la communauté de Zadar. Deux groupes de femmes, une bonne vingtaine en tout, nous accueillent en costume traditionnel, tabliers bleus ou rouges, corsage blanc, pas de coiffe, mais un groupe a des fichus blancs sur la tête… Elles nous offrent des chants. L’après-midi se passe en visites des familles et chants et danses, boissons et gâteaux traditionnels à chaque fois : visiblement, tout le village est en fête pour accueillir les enfants du pays… Nous touchons du doigt une culture et les liens très vifs qui demeurent. Nous terminons l’après-midi à l’église où nous chantons ensemble les Vêpres, en Croate et en Anglais. L’église est pleine. Le Curé nous fait ensuite un discours de remerciement, puis le Père Abbé et enfin M. Anastazija, qui est elle-même issue de ce village.

La journée n’est pas finie… Nous reprenons le bus, puis une barque (embarquer toutes ces dames en grandes tenues monastiques n’est pas une petite affaire !) pour rejoindre l’île où sont nichés les franciscains, toujours en face de Zadar. Vieux monastère du 11e s. Est-ce pour nous ? Je crois que oui, mais beaucoup d’autres personnes sont arrivées avant nous : un concert de chants traditionnels croates, en latin ou en croate nous est offert par une chorale mixte. C’est très beau. Quand les chants sont connus par la foule, les gens se mettent spontanément à chanter avec eux. Un buffet nous réunit tous, avant de regagner Zadar à la nuit tombée.

 

Dimanche à Zadar

La messe nous rassemble à l’église des sœurs à 8h30. Messe présidée par leur chapelain, avec une assistance assez nombreuse de Zadarois.

La matinée est consacrée à la découverte des églises de la péninsule de Zadar sur laquelle se trouve le monastère, et la cathédrale, et 5 ou 6 églises. Mais nous nous faisons discrètes, car en ce dimanche matin, les célébrations se succèdent. A vrai dire, rien de bien extraordinaire dans ces églises. On perçoit que Zadar a été un lieu de conquêtes et a subit de nombreuses destructions. Rien de très ancien donc – 16e-17 ss tout de même, du baroque assez discret.

L’après-midi doit nous permettre de visiter encore une autre île, reliée par un pont : à Nin, les sœurs ont une maison qui leur permet de respirer, car elles sont très enfermées dans Zadar. Nous visitons un musée archéologique avec des personnes très enthousiastes de leur région !

Vers 19h00 nous regagnons Zadar, où nous attend un concert par un jeune ami de la communauté : Bach, Chopin et Moussorgski sont au programme, pendant plus d’une heure. La musique fait vraiment partie de leur patrimoine !

 

Pèlerinage et chutes d’eau.

Un autre jour, nous partons à la découverte des Cascades, à Krka dans l’un des parcs naturels de Croatie, qui en compte 9. Nous faisons ainsi deux heures de marche, au milieu de très nombreux touristes et croates en repos (nous y sommes un samedi).

En ce dernier samedi de la rencontre, nous faisons un pèlerinage à Krasno, pélerinage marial national. Avec beaucoup d’autres pélerins, nous célébrons l’eucharistie. La Chapelle (pas très grande pour un lieu de pèlerinage) a un plafond tout entier décoré de peintures assez naïves : Dieu le Père, et le Fils, et l’Esprit Saint, et la Vierge Marie, et St Joseph, etc. La statue de la Vierge à l’enfant qui préside au pèlerinage a un visage des paysannes d’antan, bien carré…

Retour

En ce 14 septembre, je reviens en France la tête et le cœur pleins des images de la Croatie, du très chaleureux accueil que nous avons reçu auprès de la communauté de Zadar, qui s’est mise en 4 pour nous, et de toutes les communautés rencontrées. Le peuple Croate cherche à entrer dans l’Europe, et l’on peut se demander si les bienfaits de l’entrée dans l’Europe et le développement du tourisme lui permettront de garder vivant sa culture. Les fast-food sont là, mais à qui le reprocher ?

Je reviens avec beaucoup de gratitude dans le coeur pour tous les échanges avec les déléguées venues du monde entier, avec qui l’on aborde des questions diverses : de la liturgie, des vocations, de la formation, de l’économie, etc. Mêmes questions sous tous les cieux, mais sensibilité diverses pour y répondre, à l’intérieur de contextes culturels et économiques si différents. Nous aurons l’occasion d’en reparler lors de notre assemblée de février prochain, et de le vivre nous-mêmes, avec la présence de soeurs d’autres pays.

 

 

s. Fabienne

Déléguée CIB FI

 

 
 
 
 
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