Traversée de l’Atlantique Sud, de l’Afrique du Sud au Brésil,



Rentrés à Cape Town, le mercredi 22 mars au soir, de Namibie, nous nous donnons le week end pour finir de préparer le bateau pour la longue traversée de l'Atlantique sud qui va nous faire changer de continent et bientôt d'hémisphère. 





Près de 4000 milles à l'ouest se trouve Salvador de Bahia au Brésil, notre prochaine escale.

À mi chemin, l'île de Ste Hélène, rendue célèbre par son illustre prisonnier, Napoleon (1815 - 1821✝️à 52 ans) nous permettra, si le temps le permet, de faire une halte. 


Sylvie finit l'avitaillement en prévoyant un bon mois d'autonomie.

Grâce à Eva et Jean Luc de Rêve de Lune, Rémi trouve le bon électricien qui va nous fournir en un temps record, un nouveau contrôleur de batteries, le nôtre ayant lâché pendant notre absence suite à un gros orage.

Rémi monte une dernière fois au mât pour remplacer l'antenne radio qui a mystérieusement disparue pendant la précédente traversée.

C'est décidé, nous partons mardi 28 mars, le temps de faire les formalités de sortie d'Afrique du Sud le lundi.



Cela nous laisse le temps d'une dernière visite dans les splendides vignobles près de Stellenbosh avec Eva et Jean Luc. Ils nous emmènent déjeuner dans une superbe propriété viticole au pied de la montagne. Le sirah y est excellent…


Nous faisons nos adieux à Henrich et Bianca ce jeune couple sud africain qui nous a si bien reçu à notre arrivée à Cape Town.  Le ti'punch de Belissima va encore frapper ce soir là pour le plus grand plaisir de nos invités. 





Mardi 28 mars, tout est prêt. Comme prévu nous quittons la Marina Waterfront de Cape Town, quittant à regret Eva et Jean Luc qui n'ont pas tout à fait fini leurs travaux sur Rêve de Lune.

  

Passage du pont levant puis du pont tournant et nous voilà naviguant vers Robben Island, admirant encore pendant quelques heures, l'incontournable Table Mountain


Nos regards et nos pensées remontent vers le Cap de Bonne Espérance, contents de laisser derrière nous cette étape marquante de notre tour du monde.

Au large de Robben Island, nous trouvons un bon vent :  Belissima se met à fendre la vague et nous propulse à 8-9 noeuds aidé par le courant froid du Benguela

Il fait frais et nos cadeaux de Noël, des polaires offertes par nos enfants, sont bien appréciées. 


Nous reprenons rapidement notre rythme de grande traversée et goûtons à nouveau au plaisir du grand large : levers et couchers de soleil, festival d'albatros nous ravissent les premiers jours. 


Le vent est irrégulier, mais grâce au courant et l'allure vent de travers, nous avançons bien et confortablement.  



Sylvie est surprise et Remi l'a exprimé aussi : nous sommes partis sans appréhension aucune pour cette longue traversée. Peut être est-ce que c'est parce que nous allons nous rapprocher de plus en plus de notre fille Alice qui vit en Guadeloupe


J3, le vent tournant en vent arrière, nous installons notre balonner et retrouvons nos voiles d'avant en ailes de papillon, donnant plus de stabilité au bateau. 


Nous ne savons pas à ce moment là que ce sera la dernière fois que nous l'envoyons. Pendant la nuit du 1er avril, Rémi me réveille en me disant que nous chalutons le balonner ? L'attache en haut du mât a lâché et le balooner est descendu progressivement le long de son rail sans que l'on s'en aperçoive, la nuit étant bien noire. En essayant de récupérer le balooner, il  se prend dans l'ancre à l'avant et se déchire complètement. Nous arrivons à le remonter à bord dans un bien triste état. Une belle émotion ! 


1er avril oblige, nous pêchons notre premier poisson de cette traversée : une superbe dorade coryphène de 9 kg qui finit de remplir notre congélateur. Nous sommes obligés de remiser la ligne, le congélateur étant plein à ras bord. 


J6, lundi 3 avril,  nous passons le tropique du Capricorne pour la 13ème fois. Nous sommes sous les tropiques à nouveau et les premiers poissons volants apparaissent. La mer se réchaufferait-elle ? 


À 10h30, nous coupons la longitude de Hyères. Nous finissons nos 360° commencés il y a 5 ans 4 mois et 22 jours. Notre nouveau loch compte 47215 milles parcourus depuis ce fameux 11 novembre 2011 où nous avons quitté avec Belissima la métropole.

J8, mercredi 5 avril, 13h, nous passons le méridien de Greenwich. C'est drôle de vivre ces passages géographiques sur le terrain. Nous passons désormais en longitude ouest, et en fuseau horaire de temps universel. 

 
 

Nous continuons à bien avancer, les milles défilent, les surfs à plus de 10 noeuds se multiplient sous l'effet d'une belle houle de 3-4 m. 


Incroyable mais vrai, nous vaquons à nos occupations un peu comme si nous étions à terre tellement l'allure est confortable. Nous sommes très heureusement surpris de ce confort après avoir connu l'Ocean Indien, ses vagues chaotiques et nos estomacs barbouillés.

Le ciel est gris depuis plusieurs jours et il nous faut attendre d'arriver près de Ste Hélène pour retrouver un superbe ciel bleu.




J10, vendredi 7 avril, à 10h30, l'île de Ste Hélène apparaît d'abord très floue en fond de ciel bleu, puis comme un énorme îlot rocheux noir désertique. 


C'est là qu'un petit thon jaune de 2kg5 a la bonne idée de venir mordre à notre ligne. 


Moins drôle, 20 mn après ce sera le tour d'un fou de bassan qui viendra se prendre le cou dans un de nos hameçons. Fort de notre expérience avec l'hameçon dans le bras de Rémi, nous coupons promptement l'ardillon et libérons le volatile qui repart non sans avoir essayé de nous mordre au passage. 


Après 1742 milles parcourus en 10 jours et 3 heures, nous arrivons à 15h local au mouillage de Jamestown à Ste Hélène, heureux d'arriver de jour pour pouvoir prendre par l'arrière du bateau, une des grosses bouées réservées aux plaisanciers.

 

  


Moyenne de cette navigation  7,2 noeuds dont 140 milles parcourus avec les courants favorables. Notre vitesse maximum enregistrée sur l'IPad est 16,4 noeuds !

Nous sommes surpris de trouver 7 voiliers ici, nous qui nous croyions tout seuls sur l'océan. En 10 jours, nous avons croisé de nombreux cargos pendant  les premiers jours puis des bateaux de pêche, mais depuis  7 jours nous n'avons croisé ni vu sur nos écrans aucun bateau à l'exception du cargo de ravitaillement de Ste Hélène qui repartait ce vendredi vers Cape Town.



Notre mouillage est au pied d'une haute falaise le long de laquelle volent des dizaines d'oiseaux blancs, des " paille en queue ". Cela nous rappelle les hautes falaises de Bonifacio si ce n'est la couleur qui diffère : ici les falaises sont noires et virent au rouge au coucher du soleil. Nous pensons à Napoléon qui n'a pas du être trop dépaysé en arrivant ici…



Le mouillage est très rouleur et la houle trop forte, pour que le petit ferry boat qui assure le débarquement à terre, puisse fonctionner. Nous commençons à regretter notre confort en mer et envisageons même de repartir dès le lendemain pour le Brésil s'il s'avère impossible de débarquer le lendemain.


   

Après une nuit très rouleuse et entrecoupée des cognements de la bouée sur la coque, nous nous réveillons tôt sous un beau soleil. Le vent s'est calmé et plusieurs équipages attendent comme nous pour débarquer. 

Les formalités vont pouvoir se faire le samedi matin en même temps que 4 voiliers arrivés dans la journée du vendredi. En arrivant au quai de débarquement, nous comprenons pourquoi c'était impossible de descendre avec la forte houle d'hier. 

https://www.youtube.com/watch?v=oFTiWhMix5o
Embarquement Débarquement " à la volée " à Ste Hélène - Jamestown

Pour descendre, il faut attendre la bonne vague qui va mettre le petit ferry à la hauteur du quai, saisir une corde à noeud et sauter sur le quai mouillé au risque de glisser en arrivant…

 Impressionnant la première fois... Des travailleurs locaux qui attendent le ferry nous donne un coup de main pour descendre, tout cela dans une ambiance très bon enfant.



 Le passage en ferry nous permet de rencontrer un couple de français, Nathalie et Pierre  avec leur fils Nicolas de 17 ans. Chtis d'origine, cela fait 16 ans qu'ils sont sur leur bateau " Chtimagine" et ont plusieurs tours du monde à leur actif.


 


Nous sympathisons et après avoir passé la matinée à faire les formalités nous décidons de prendre un taxi ensemble pour faire le tour de l'ile. Ils sont déjà passés ici il y a très longtemps et veulent faire découvrir l'île à Nicolas. 


1er arrêt pour découvrir Jamestown de haut : notre taximan nous montre la petite maison qui a accueilli Napoléon les premiers jours de son séjour sur l'île, à côté la maison actuelle du Consul de France, ainsi que la cascade en cœur et le fort de Knoll Hill en haut de la falaise. 

  



Puis, nous partons sur les traces de Napoléon, en commençant par sa tombe puis sa demeure de Longwood. Nous n'en aurons qu'un aperçu de l'extérieur car tout est fermé le week end !

  


Nous sommes étonnés de rouler dans une île extrêmement verte alors que vue de la mer l'île apparaissait très aride.Il y a même un golfe de 9 trous. On est quand même en Angleterre ! 


Un petit détour pour voir la  piste du nouvel aéroport qui après de lourds investissement ne répond pas aux attentes. Les gros porteurs ne peuvent pas y atterrir.



L'arrêt dans un snack local pour nous sustenter nous donne l'occasion de parler avec des locaux. Apparemment, c'est l'endroit et le moment pour être là car les clients sont nombreux à venir chercher en ce samedi midi leur burgers et autre sandwich club.


  

Puis passage dans la vallée au pied de Diana's peak. La vue est splendide sur le Lot et le Lot’s wife qui surplombe Sandy Bay


Plantation house avec ses fameuses tortues des Seychelles dont Jonathan la tortue vieille de 169 ans !



Fort Knoll et sa vue imprenable sur l'Ocean Atlantique et l'intérieur de l'île. Nous surplombons la High School de Ste Hélène qui a été inaugurée il y a quelques années par le Prince Andrew. Elle correspond à notre collège, lycée. 






Jacob's ladder avec ses 699 marches qui a servi au XIX ème siècle de moyen de communication entre les casernes du bas de Jamestown et le fort du haut. Aujourd'hui, il est possible d'obtenir un diplôme prouvant que l'on a réussi l'épreuve de monter les 699 marches ! Avis aux amateurs !


  

La vue sur la baie de l'Anchorage est superbe



Notre taximan d'une grande patience et discrétion, nous laisse prendre notre temps pour découvrir tous ces sites. Nous sommes très agréablement surpris par Ste Hélène

5000 personnes sur l'île : tout le monde se connait mais reste très discret. Nous avons une impression de bien être, de respect de l'autre et d'une grande sécurité. 

À notre retour à Jamestown, nous sommes surpris de trouver une grande partie des cafés et magasins fermés. Nous sommes samedi après midi et tout le monde est en week end.


  

Nous flânons jusqu'à 18h, heure du dernier ferry pour rentrer au bateau. 



Nous passons le dimanche sur le bateau. Le vent s'est bien calmé, le ciel est bleu  et le soleil nous réchauffe. Nous sommes bien tentés pour nous baigner. L'eau est à 24 °C, un Regallllll. Que c'est bon de retrouver le plaisir de nager dans une eau bleue et claire. Nous voyons les fonds à 18 m sous le bateau. Le BONHEUR …



L'après midi, nous tentons même de rejoindre à la nage un requin baleine qui passe au large de la ligne de mouillage. Il sonde avant que l'on arrive. On aura vu sa nageoire de loin.

C'est l'attraction de Ste Hélène  ces requins baleine. Au mouillage, il y a d'ailleurs un gros bateau à moteur brésilien avec hélico sur le pont qui est là en vacances pour voir les requins baleine.



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De Ste Hélène à Salvador de Bahia ?


2 jours de mouillage rouleur nous suffisent. Il est temps de reprendre la mer…

Lundi 10 avril, jour de notre départ, nous devons redescendre à terre pour aller payer le Maître de Port et faire nos dernières courses avant notre départ pour le Brésil.


En parlant avec Pierre et Nathalie qui sont allés à Salvador de Bahia il y a quelques années, nous prenons conscience du manque de sécurité de cette escale. Un mail reçu le matin même sur notre iridium, d'amis qui sont au Brésil nous annonce qu'un voilier a été attaqué la semaine dernière à Salvador et qu'on leur a tout pris à bord. Cela finit de nous convaincre de changer notre route et de monter vers Joao de Pessoa et Jacaré, beaucoup plus au nord. Dommage pour la belle ville de Salvador qui d'après les photos nous faisait penser à Syracuse. Elle est d'ailleurs classée au Patrimoine de l'Unesco.


Et c'est reparti pour 1800 milles.



En 4h de temps, Ste Hélène disparaît nous laissant à nouveau seuls, face à l'immensité de l'océan. 

Les alizés modérés sont bien établis et sans notre balooner nous avançons entre 5.5 et 7 noeuds suivant les nuages présents. 

Notre moyenne les premiers jours est de 150 miles et nous regrettons les courants forts du Benguela qui nous permettait de gagner des milles chaque jour.

L'allure reste très confortable. Nous avons vraiment l'impression d'être sur un tapis roulant. Nous nous laissons mener tranquillement en direction des côtes brésiliennes, Belissima et notre pilote automatique faisant tout le travail. 


Cela nous laisse tout le temps pour vous préparer le site sur notre voyage en Namibie et d’intégrer ce superbe voyage avant d'aborder le Brésil


J1 nous avons la visite d'un Doni, oiseau encore jamais vu à notre bord. Il profite de la bouée de Belissima pour faire une longue toilette et nous repeindre tout le pont arrière ! 


J2 à 12h30, Rémi me réveille en me disant que nous avons un très gros poisson au bout de la ligne. Effectivement, il arrive à ramener le long de Belissima, un monstrueux thazard, sûrement plus de 20 kg... En le harponnant, il arrive à le remonter à bord, mais l'animal très vif glisse sous notre cagnard, se déchire tout le flanc en laissant le harpon dans les mains de Rémi et fini par nous casser le bas de ligne en acier pour finir ses jours dans le grand bleu. Rémi épuisé par cette lutte, confirme, il faisait bien 25 kg.

Dommage pour la photo et notre tableau de pêche mais un grand OUF de n'avoir pas eu à tuer ce monstre aux dents bien acérées. Notre congélateur n'aurait pas suffi pour conserver autant de poisson.

Du coup, Rémi aménage son harpon en lui ajoutant un long bout au cas où nous aurions à nouveau une belle prise.L'idée est de harponner l'animal et de le laisser s'épuiser dans l'eau avant de le remonter.


Le lendemain, une bonite à ventre rayé de 5 kg vient compléter le choix de poisson à la carte de Belissima.



Nous continuons à nous laisser glisser doucement vers le Brésil, sous voile, ne voyant pas les journées passer. Les moyennes journalières ne sont pas énormes, mais l’allure est tellement agréable.

Parmi nos nombreuses lectures, la biographie de Nelson Mandela nous passionne et ses écrits résonnent d’autant plus en nous après notre passage en Afrique du Sud et à Robben Island.






A propos de résonner, les cloches sont même passées sur Belissima, le dimanche de Pâques.                                




Voilà 6 jours que nous avons quitté Ste Hélène. Le 7ème jour sera le début d’une longue série de journées presque sans vent. Incroyable, Belissima continue à avancer sous voiles, sans qu’elles ne claquent à 4, 3, 2 nds. Record jamais égalé 87 milles en une journée et 20 milles en 12h de nuit. 



Nous ne sommes pas pressés, personne ne nous attend alors on décide de continuer à se laisser aller au gré du vent. Quand nous passons en dessous des 2 noeuds, nous craquons quand même et mettons le moteur en route pour quelques heures, histoire de recharger les batteries et nous faire un peu d’eau douce.


Il fait beau, il y a très peu de vent alors Rémi tente une ascension en haut du mât pour aller récupérer la pièce d’accroche de notre spi qui est resté coincée en haut de l’étai. Parti la fleur au fusil, il redescend un peu amoché car le roulis, faible au niveau du pont, était plus accentué en hauteur. Cela lui a valu de beaux enroulés dans l’espace sans filet…




Fait marquant que nous fêtons dignement avec un verre de coca cola (l’alcool étant prohibé sur Belissima pour les longues traversées) : nos 60 000 milles depuis l’achat de Belissima le 31 juillet 2009. Nous qui, il y a 7 ans, trouvions que notre traversée de la Méditerranée était déjà un exploit !


il faut attendre J11 pour retrouver un peu plus de vent. Et c’est reparti pour nos derniers 400 milles. Quelques bons grains tropicaux plus tard, et nous voilà à 4h du matin local, le lundi 24 avril, devant la rivière de Paraiba.  Après un peu moins de 14 jours de mer nous arrivons à la petite marina de Jacaré tenue par une équipe de français.

  


L’accueil est plutôt sympathique : il n’y a pratiquement que des bateaux français. Les routards de la mer qui terminent leur tour du monde et qui pensent Cap Vert, Açores… métropole, vente du bateau… 

et les petits nouveaux qui commencent leur périple et qui profitent de leur séjour ici pour aller en voiture ou en avion visiter le Brésil et même l’Amérique du Sud.


  

Nous sommes dans un autre état d’esprit après nos 7 ans autour du globe : nous avons quelques réparations à faire avant de reprendre la mer et n’avons pas encore décidé précisément de la suite de notre programme. 

Les tarifs de la marina sont comparables à ceux de la métropole et nous coupent toute envie de rester longtemps ici.



  





La route est encore longue pour atteindre la zone hors cyclonique aux Antilles du sud avant le 1er juillet.


Mais c’est une autre histoire…