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Trois questions d'actualité à Jérémie MINANI

Aujourd’hui, nous recevons Monsieur Jérémie MINANI, Président du Rassemblement des Démocrates Burundais, RDB en sigle. Monsieur MINANI est également candidat aux présidentielles de 2015.

Sur la politique extérieure du Burundi: Comment qualifiez-vous la visite du président burundais en Iran ? Avez-vous remarqué que le protocole iranien a modifié notre drapeau national, votre commentaire également sur ce fait divers.

Je qualifie la visite du Président burundais en République Islamique d’Iran de productive. L’Iran est une grande nation qui entretient de bonnes relations diplomatiques avec notre pays et qui a déjà assuré que le renforcement des relations entre nos deux pays ne connaitra aucune limite.

C’est une visite au cours de laquelle sept accords de coopération ont été signés entre notre pays et la République Islamique d’Iran, ce qui est une très bonne chose pour notre pays.

Je regrette pourtant que les journalistes iraniens aient tenté de déformer les propos de notre Président concernant le programme nucléaire iranien.

Contrairement à ce qu’ont rapporté certains médias iraniens, notre Président n’a jamais affirmé soutenir le programme nucléaire iranien. Il a plutôt précisé que notre pays soutient n’importe quel pays qui développe le nucléaire pour des fins civiles et pas pour des fins militaires ; ce qui signifie que le Burundi ne soutiendra pas le programme nucléaire iranien s’il était prouvé que ce programme est destiné à des fins militaires.

Concernant la crise en Syrie, notre Président a soutenu que la crise syrienne devrait être résolue par les syriens eux-mêmes et à travers le dialogue inter-syrien. C’est une position qui a déjà été soutenue par les nations-Unies, les médiateurs des nations et de la ligue arabe ainsi que la majorité de la communauté internationale et je suis d’avis avec lui que c’est le chemin vers la paix que unique que devraient emprunter les syriens.

A propos de notre drapeau, je ne pense pas que notre drapeau a été modifié, c’est un simple défaut de fabrication qui ne devrait pas créer de polémique.


Sur la loi sur les médias: Ne croyez-vous pas que le pouvoir CNDD-FDD se venge contre les médias burundais à cause de leur positionnement comme force s’opposant au régime de Bujumbura ? Donnez également votre point de vue sur cette question.

Je me suis longuement exprimé sur le projet de loi régissant la presse que l’Assemblée Nationale a adoptée. C’est un projet de loi qui place la presse burundaise dans le couloir de la mort.

Je ne peux pas affirmer que le régime CNDD-FDD veut se venger contre les médias burundais car ces derniers n’ont rien fait de mal sauf la dénonciation des pratiques dictatoriales du régime de Bujumbura, ce qui est un crime impardonnable aux yeux des dirigeants burundais. Je refuse d’ailleurs d’accepter que les médias burundais sont positionnés comme force s’opposant au régime de Bujumbura. Les médias ont pour rôle d’informer le peuple sur toutes les questions intéressant la vie de la nation. Que ces questions fâchent un pouvoir dictatorial me paraît normal mais je rappelle que ces médias ne cessent d’accorder la parole aux membres du parti au pouvoir.

Ce projet de loi n’est donc pas une vengeance, il s’inscrit plutôt dans les autres stratégies du parti au pouvoir de restreindre les libertés publiques.

Le régime de Bujumbura a certes une façade démocratique mais il ne faut pas oublier que derrière cette façade démocratique se dissimule une réalité dictatoriale car le jeu des institutions démocratiques est faussé et le régime s'achemine vers le pouvoir personnel. C’est cette triste réalité que le parti CNDD-FDD veut cacher au peuple burundais et à la communauté internationale en adoptant des lois qui restreignent la liberté d’expression et de la presse.

L’explication à l’adoption de ce projet de loi anticonstitutionnelle n’est donc que le désir farouche du parti CNDD-FDD de faire en sorte que le peuple burundais et à la communauté internationale ne soient pas informés de sa gestion mafieuse et catastrophique du pouvoir à 2 ans des élections générales.

Sur la CNTB: Le mandat de cette commission s'est terminé la semaine passée. Ne croyez-vous pas que le travail de cette commission risque d’attiser les clivages ethniques au Burundi. Faut-il reconduire l'équipe ? Donnez également votre point de vue global sur cette commission.

Mise à part son bilan catastrophique depuis sa mise en place, cette commission est inutile dans un pays comme le Burundi qui compte près de mille cinq cent magistrats répartis dans plus de 140 juridictions. Si réellement notre pouvoir judiciaire fonctionne, il faut que ce soit lui et lui seul qui s’occupe des litiges sur l’ensemble du territoire. Au cas où notre justice ne serait pas capable de remplir ce rôle, le peuple burundais devrait lui refuser tout financement.

Nous devons nous rendre compte du mal que cause à notre économie la création des institutions inutiles qui sont financées à des millions de dollars alors la majorité de burundais vivent en dessous du seuil de la pauvreté.

Nous devons alors nous débarrasser de ces institutions inutiles, créés dans le seul but de donner de l'argent aux détenteurs du pouvoir. C'est la même chose pour le Sénat, l’institution de l’ombudsman, la Commission vérité-réconciliation qui sera bientôt créée, etc.

L'argent qui finance ces institutions inutiles, et il y en a beaucoup au Burundi, doit être réorienté dans l'enseignement primaire et secondaire gratuit, dans les soins de santé universels et autres programmes prioritaires.

L’autre problème créé par cette commission et les autres institutions de ce genre, c’est leur inefficacité due en général à la moralité douteuse de ceux qui les mettent en place et de ceux qui les peuplent.

Il faut bien préciser que la CNTB devrait être guidée par des raisons de réconciliation et de paix sociale afin de permettre au peuple burundais de reconstruire le tissu social qui a été déchiré par une décennie de guerre civile. Or, cette commission s’est détourné de ce but ultime et tente de se transformer en une juridiction suprême, ce qui est source de tensions entre les communautés et qui risque de nous ramener dans une situation de guerre civile.

Si cette commission devrait être laissée en vie, je suis totalement opposé à reconduction de l’équipe sortante car son bilan est certes décevant. Il faut que cette commission soit confiée à des citoyens de consensus animé par l’esprit de réconciliation et de paix sociale plutôt que des politiciens nommés en raison de leur appartenance ou à leur non appartenance à un groupe social particulier et reprenant les politiques injustices, inefficaces et discriminatoires des anciens régimes.

Par contre, je ne crois pas que le travail de cette commission puisse attiser les clivages ethniques au Burundi sauf si les élites au pouvoir instrumentalisent l’ethnie, leur arme absolue qui leur permet toujours de diviser les masses populaires pour mieux les opprimer.

De mon avis, les victimes des politiques injustes, inefficaces et discriminatoires sont issues d’une même ethnie : l’ethnie des opprimés. Cela part de ma conception de la société burundaise qui ne compte que deux ethnies : une ethnie de la bourgeoisie d’affaire (hutu, tutsi et twa confondus) et une ethnie des opprimés (hutu, tutsi et twa confondus).

Au lieu de s’entredéchirer, les opprimés doivent alors comprendre qu’ils sont tous de la même ethnie des opprimés, la référence hutu, tutsi ou twa n’étant qu’une stratégie forgée de toute pièce par le colonisateur blanc et reprise par la bourgeoisie d’affaire qui a remplacé le colonisateur pour exploiter la masse populaire.

Je vous remercie.


Interview réalisé par NGOMA Charles
BUJUMBURA News, le 15 avril 2013
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