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02 Zébu


" Tsy misy raha tsy efitsin’aomby amin’ny Bara"

" Tout est réalisable grâce aux zébus chez les Bara" 


    Si à l'étranger, lémuriens et caméléons sont les animaux évoquant Madagascar, pour les autochtones, le zébu s’approprie la place symbolique. 

  Le baria, un taureau (sacré) sauvage serait l’ancêtre du zébu. D’après les Bara, le premier propriétaire d’un baria était une femme : Andriamamenofatra. Comme elle n’avait pas d’enfants, à sa mort, il n’y eut aucun héritiers, alors son cheptel retourna errer dans la nature.

 
    

    Les Bara, étant semi-nomades, ne sont pas que des éleveurs, mais aussi de fiers propriétaires de grands troupeaux. Posséder des zébus leur est valorisant. C’est un signe de respectabilité par excellence qui symbolise le rang social. 

    Le caractère sacré du zébu le rend indispensable aux divers rituels : sacrifice, épreuve de virilité ou tolo aomby... Etre propriétaire d’un grand cheptel assure, à tout moment, une disposition à améliorer son vintana. D’autant plus que la robe et la taille des cornes du zébu influenceront le choix de l’ombiasa, lors des sacrifices. Sa possession étant un capital visible, elle devient aussi un but dans la vie.

    Le roi merina Ralambo supprima le tabou de la consommation du bœuf. Aujourd’hui encore, il est réservé aux fêtes rituelles car « on ne tue pas un zébu sans motif » et pour beaucoup, le sacrifice sera l’unique occasion pour manger cette viande avant une prochaine offrande. Il est aussi un fady Bara à souligner : manger de la viande de chèvre provoquerait des vomissements violents…


    Le zébu joue de multiples rôles au quotidien :

  • Comme tracteur, lors du labour dans les champs ou pour briser les mottes, avant le repiquage des jeunes plants dans les rizières. Il sert de bête de trait pour la charrette, un moyen de transport local. (voir Madatreck)
  • Ses excréments servent de fumier ou de combustible après déshydratation. Un liant : la bouse de zébu mélangée à la terre sert aussi en maçonnerie lors des ravalements des façades des habitations.
  • Les os de zébu portés à haute température fournissent le ranomena : un remède à l’odeur particulièrement forte, utilisé comme puissant décongestionnant nasal...

  • Sa peau épaisse et résistante, fournit le cuir indispensable à l’artisanat : savate, sac, récipients divers, fronde… Ironies du sort, les cravaches maniées avec dextérité par les convoyeurs de troupeaux, proviennent aussi de ces pauvres bêtes !
  • Si les cornes votives et bucranes décorent les sépultures, les cornes sont aussi transformées en bijoux, récipients, couverts et divers objets artisanaux.
  • Jadis, en frottant les lamako (instrument constitué par des mâchoires de zébu - de la famille des idiophones) on produisait un son qui était un signal d’allégresse pour accueillir un heureux événement. Aujourd’hui, le lamako est une série rythmée d’applaudissements.
  • Bien que la mer soit loin du pays Bara, l’attelage de zébus joue parfaitement un rôle inattendu sur les bas-fonds du Sud.





Zébu & Développement

    Bien que les Bara ne bénéficient pas encore du système de parrainage virtuel de zébu par internet, voici le principe du

ZOB

    Un zébu est confié à un paysan, par cette entreprise de droit malgache, suivant un cahier de charges (un étable à moins de 20m de son habitation pour éviter le vol…). Le zébu fournit du fumier et éventuellement du lait.

  Ce système, en plus de faire rêver les financiers occidentaux (voyage/exotisme) Apporte surtout une aide vitale aux paysans sous-développés. Un fichier informatisé est établi, puis vérifié par un malgache sur place (consultable sur le net). Si un parrainage ne prend que 30 secondes sur la toile, il nécessite 3 heures pour négocier un zébu sur un marché de bétail. C’est pour cela que toutes les demandes des internautes ne peuvent pas être honorées.

       Zob assure aussi la formation des paysans.

 







    Depuis toujours, en début de saison des pluies, les feux de brousse plus ou moins contrôlés sont destinés à brûler les bozaka. Cela active la repousse des jeunes plants de ces graminées constituants le pâturage.



Les Bara ont toujours porté grands soins à leur cheptel. Des zébus particulièrement engraissés font office d’épargne. 
    


    Les passages à gué sont toujours des moments délicats contre les sauriens et les voleurs de bétail.



 


   Chaque propriétaire pouvait identifier leur bien, grâce aux nombres d’entailles savamment réalisées sur l’oreille de leurs bêtes.

  Dès les années 1920, des industries de transformation de la viande ont été mises en place. Après un premier vêlage, les zébus femelles ne produisaient plus qu’un ou deux litres de lait. Les quelques éleveurs qui procédaient à un croisement de leurs zébus avec des vaches laitières importées de l’étranger, étaient mal vus par leurs entourages.

   Vers la fin des années 1950, les français croyaient pouvoir améliorer la qualité du troupeau en introduisant une taxe sur le bétail, incitant ainsi les éleveurs à vendre les bêtes improductives.  

   Mais devant ce qui paraissait être comme une injustice - la réduction de leur cheptel - pour ces pasteurs, le vol du bétail du voisin permettait de payer cette taxe, qui ne fut supprimée qu’en 1972. Avant l’indépendance, bon nombre de ces dahalo ont été exilés vers la prison de Mayotte.

   Ces problèmes - toujours présents aujourd’hui, mais encore dans un contexte bien d’hier - nous montrent l’intemporalité de la société dans cette région reculée du Sud-Ouest malgache. Le rôle social tenu par les ombiasa en témoigne encore, et cela malgré l’interdiction d’exercer, décrétée jadis par l’autorité coloniale française. Ces devins guérisseurs, en instaurant le prestige des diverses dynasties, étaient à l’origine du système politique monarchique malgache.

    L’apogée du vol de zébus correspond à l’intronisation de la corruption, pendant la période socialiste. En effet, fortement armés de kalachnikov et organisés en réseau, grâce à la bénédiction de la “nomenklatura” malgache, les voleurs de zébus alimentent un marché parallèle de l’exportation de viande.



 

 
    voir aussi les articles de "naturevolution"




De nos jours, le vol de zébu est largement sorti de son contexte dit "traditionnel" puisque des notables et fonctionnaires sont impliqués.(voir les détails via les liens en bas de page & chronique dahalo)
Les Bara en souffrent le plus d'ailleurs, d'autant plus que bons nombres de Bara de la nouvelle génération ont fondé leurs familles sans avoir eu recours au vol de zébus !(témoignage & récit)

    Depuis l’investiture du nouveau président de la République, RAVALOMANANA, la chasse aux voleurs de zébu fait partie des priorités dans son programme.    

    L’Opération Vaora mobilisera des hélicoptères, mais aussi quelques experts étrangers. D’autre part, l’influence de certains  patriarches, comme SALALA, peut aussi aider à concrétiser cette lutte chez les Bara et les Antandroy.

   Enfin récemment (2000-2008) d’après le Quotidien de l’île de la Réunion, « un adjudant de la gendarmerie malgache - réputé comme un des meilleurs chasseurs de dahalo -  n’hésite pas à se parer d’amulettes pour se protéger contre les tirs de ces brigands !

    En 2008, inspiré par les ranchs américains, le président Marc Ravalomanana réalise  le projet Valabe ou “Grand parc à zébus.” Situé à Zazafotsy dans le district d’Ihosy, le Valabe est géré par la DRDR (Direction Régionale du Développement Rural) et encadré par des jeunes techniciens malgaches formés en Californie.


Les objectifs sont : 

  •  l’éradication du vol de zébus (sous bonne garde des deux brigades de gendarmerie de Sakalalina et d’Ihosy
  • la standardisation de l’élevage (lutte contre le charbon, la tuberculose et la rage)
  • la traçabilité du bétail (répondre aux normes européennes)
  • la vente pour l’exportation (via les abattoirs d’Antananarivo et de Toliara)

Superficie Pâturage


Périmètre - Barbelés


Poteaux en béton


Coût (en millions d’ariary)


Capacité d’accueil (zébus)


Cheptel réel (zébus)


Taux de vaccination

4 000 ha


150 km


5 000


210


300 000


900


40 % 


Chiffres d’après l’article de

Jean Luc Rahaga -  31.03.2009

cheptel

au 10.2010


Prévision 

en saison des pluies


Prévision 

en saison sèche


 

 210

 zébus


150

 zébus


550 

zébus

 
 

Chiffres d’après l’article de

Flavie Haingo - 27.10.210


   Avant mars 2009, les éleveurs et la population ont constaté des mouvements incessants de camions. Contre toute attente, il ne restent plus que quelques dizaines de zébus dans l’enclos !

   L’article de “La vérité”, en date du 25.07.2009, annonce la mort du projet. Effectivement, les zébus accueillis dans l’enclos n’appartenaient qu’aux fonctionnaires (Les 26 maires d'Ihorombe ont promis de placer 5 bœufs chacun à titre d’exemple) afin de palier à l’opposition des éleveurs locaux.

Lieu sacré, pour les éleveurs Bara, l’intérieur du parc à zébus est régit par des interdits, à savoir : ne pas porter de sandales, ni de chapeau.

 

   En octobre 2010, Louis Joseph Rakotomavo - chef de région Ihorombe - reconnaît l’échec du Valabe, faute d’avoir consulter tous les éleveurs locaux. Pour y remédier, un appel d'offres est ouvert aux opérateurs intéressés par ce type d'exploitation. Le projet est rebaptisé Toetr’Omby. 

   En 2012, l’affaire Remenabila a commencé vers le 9 juin à Labohazo dans la région de Betroky. Le 30 octobre, il est toujours en cavale et  le musicien Bara - D’Gary - a dû écrire au ministre de tutelle, afin de dénoncer les exactions de l’armée contre 16 villages Bara lors des tentatives de capture de Remenabila.


"Rn7"

article du 05.04.2012

"Kalachnivovs de Remenabila"

article du 25.06.2012

"Autodéfense & Dahalo"

article du 04.09.2012

"D’Gary & Armées"

article du 01.11.2012

"Razzias & Amulettes"

article du 21.11.2011

"Festival de zébu"
page facebook 2016
 voir
blog Tatsimo
  

    En aût 2013, Jean-Michel Rakoto - directeur des ressources animales  du ministère de l’Elevage - envisage de relancer le projet de ranch et affirme déjà avoir repéré des zones totalisant 600 000 hectares (soit 30 x 20 000 hectares) pour des investisseurs privés. (source RFI

    Septembre 2014, Remenabila court toujours dans la région de l'Anosy, alors que meurtres et violences se poursuivent autour des troupeaux de zébus. L'article  sur les deux fokontany d’Andranondambo et d’Ambatotsivala nous permet de mieux comprendre cette triste réalité.

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domi bara,
5 déc. 2018 à 02:19