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Paul Sorrentino (Research fellow, Max Planck Institute for the Study of Religious and Ethnic Diversity)

Bureaucratie chinoise et autochtonie vietnamienne dans le culte des Quatre Palais

Mots-clés : Ethnologie, Vietnam, cultes de possession, patrimonialisation


Au Vietnam, un culte médiumnique autrefois mis à l’index par un parti communiste désireux d’en finir avec les superstitions s’est récemment vu promouvoir au rang de patrimoine immatériel officiellement protégé en ce qu’il représenterait la religion autochtone des Vietnamiens, par opposition aux autres traditions religieuses vietnamiennes (telles que le bouddhisme, le taoïsme ou le catholicisme), considérées comme porteuses d’influences étrangères. On peut pourtant s’étonner d’une telle insistance en constatant que l’esthétique de ce « culte des Quatre Palais » récemment rebaptisé « Religion des Mères » regorge d’éléments d’origine chinoise, tant dans sa culture matérielle que dans ses aspects scéniques.

 

Partant d’une lecture critique de cette patrimonialisation mais refusant de s’y limiter, ma contribution au projet Autoritas prendra le contre-pied des heritage studies en interrogeant ce qui, dans la substance même des rituels de ce culte, relève effectivement d’un discours sur l’identité. J’y détaillerai les costumes et formes gestuelles des incarnations des esprits par les médiums, l’organisation du panthéon du culte, ainsi que les actions réalisées par différents ensembles de divinités lors du rituel d’initiation de l’« ouverture des Palais », avec l’hypothèse que l’esthétique du culte des Quatre Palais fonde un discours sur la relation entre autochtonie vietnamienne et bureaucratie chinoise. Il s’avérera ainsi que c’est loin d’être un hasard si la stratégie de patrimonialisation de ces pratiques médiumniques a rencontré un tel succès dans un contexte de tensions géopolitiques accrues avec le voisin chinois.




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