Aucune de nous ne reviendra

Nous avons retracé trois vies, trois destins de jeunes filles, élèves de notre lycée où nous étudions à notre tour aujourd’hui.

Juliette WEILL

née le 23/11/1921 à STRASBOURG

Déportée à Sobibor par le convoi n° 53 au départ de Drancy le 25/03/1943. De profession Employé UGIF.
Habitait au 6, cours La Fayette à LYON. (France)



Juliette Weil est élève au lycée des Pontonniers jusqu’en 3e avant d’entamer des études de chant au Conservatoire. Elle a une voix de mezzo soprane.

En 1939, Juliette et sa famille quittent Strasbourg pour Lyon où elle poursuit ses études au Conservatoire, tout en assurant un engagement social à l’UGIF (Union Générale des Israélites de France).

C’est à l’UGIF, le jour des consultations médicales, qu’elle est arrêtée le 9 février 1943, lors d’une rafle, avec 80 autres personnes. Transférée à Drancy, elle y reste un mois avant de rejoindre Beaume La Rolande d’où elle est déportée par le convoi n°53 du 25 mars 1943 pour Sobibor où elle périt.

Ses parents et sa sœur sont sauvés grâce à ses amis du Conservatoire qui leur prêtent un appartement dans les Monts du Lyonnais.


Le convoi 53 comprenait au moins 1008 personnes: seules 5 ont survécu.  




Denise LEVI

Née le 25.06.1920

Déportée à Auschwitz par le convoi n° 62 au départ de Drancy le 20/11/1943.

            Née le 25 juin 1920 à Strasbourg, elle crée avec son mari Henri LEVI un réseau clandestin du groupe israélite « Union Générale des Israélites de France » qui a pour but de placer des enfants juifs dans des familles d’agriculteurs. Son frère Jean-Pierre LEVY était le chef du mouvement des francs-tireurs et a travaillé avec Jean MOULIN et le Général de GAULLE. Ses parents étaient tous deux originaires d’Alsace.

            Avant la guerre elle épouse Henry LEVI qui sera mobilisé avant le début de la guerre et fait prisonnier de guerre, pendant un temps, en Allemagne. Alors que son mari est prisonnier, elle est évacuée avec ses parents vers Saumur; ils partiront ensuite pour Roanne, Saumur étant occupée. Son mari la rejoint ensuite et ils commencent tous deux à participer à la Résistance. Ils aident à cacher des enfants juifs et ils distribuent les papiers et journaux des Francs-tireurs, que son frère lui apporte. Grâce à leurs actions, le mouvement des Eclaireurs Israélites de France s’étend à Roanne.

            Pendant un contrôle de police, alors qu’ils se rendent chez ses beaux-parents, Denise est arrêtée avec son mari sur un pont à Tain le 11 juin 1943. Son beau-père, Oskar LEVY, tente de les sauver en allant à la Kommandantur demander leur libération. Il est alors arrêté à son tour et envoyé à Drancy.

            Denise, enceinte, et son mari sont déportés à l’hôpital Rothschild, où elle accouche le 24 septembre 1943 d’un petit garçon : Jean-Michel.

Auschwitz N°1266

Le 20 novembre 1943 Denise, Henry et Jean-Michel font partie du convoi N°62 pour Auschwitz.

Ils arrivent le 23 novembre 1943 et sont tous trois gazés à leur arrivée. Oskar LEVI est lui déporté dès le 2 septembre 1943 à Auschwitz.

Information sur le convoi 62


            « J’ai choisi d’écrire la biographie de Denise LEVI, car son engagement m’a rappelé celui d’Yvette Dreyfus. De plus je suis impressionnée par le fait que sa résistance ait eu un impact si grand sur la résistance française. En ce qui concerne sa déportation, cela me fait penser au texte de Primo Levi qui raconte le long trajet, pour lui depuis l’Italie, jusqu’à Auschwitz et les horribles conditions de la vie dans les wagons à bestiaux. Je n’ose pas imaginer à quel point le trajet a dû être horrible pour Denise LEVI et sa famille. Son bébé n’avait que 7 semaines et il est certain qu’il n’a pas pu avoir l’alimentation dont il avait besoin et que par conséquent il a dû beaucoup pleurer. De plus je pense que durant ce trajet les deux parents devaient savoir que leur enfant ne serait pas épargné, car malgré le fait qu’ils ne savaient pas exactement où ils allaient, ils savaient qu’un nourrisson ne pourrait pas être sauvé. Cette pensée est déchirante et devait rendre la situation encore plus tragique et douloureuse à vivre. En pensant aux conditions de vie durant le trajet, ici de 3 jours, je repense aux objets, que l’on a vu à la fois au Mémorial de la Shoah et à Auschwitz, qui appartenaient aux déportés et qu’ils emmenaient avec eux dans le train. Je repense par exemple aux témoignages de lettres jetées depuis le train. Ces lettres étaient la dernière touche d’espoir qu’ils avaient, la dernière occasion de dire au revoir aux personnes qu’ils aimaient. Le trajet est le dernier instant qui rattachait les déportés à un semblant d’humanité, avant d’être abandonnés dans l’horreur de la vie de camps.

            Enfin en écrivant cette biographie je revoie la « Judenrampe »  par laquelle arrivaient les convois et qui était le lieu où les Nazis choisissaient qui serait envoyé directement à la chambre à gaz et qui rentrerait dans le camp. Cet endroit que j’ai vu à Auschwitz, alors que le temps était assez correct, m’a glacé le sang et restera à jamais marqué dans ma mémoire. Je n’imagine même pas l’arrivée de Denise, un nourrisson dans les bras, en plein milieu du mois de novembre. » Inès Marzouk

Madeleine KLEIN



En 1939, Madeleine et Clairette Klein sont deux élèves brillantes au Lycée International des Pontonniers à Strasbourg.

L'une est plutôt scientifique, l'autre plutôt littéraire.

‪En  novembre 1943, à l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand après l'évacuation de Strasbourg, Mady et les autres étudiants sont contrôlés par des soldats de la Gestapo à la suite de l'assassinat d'un soldat allemand. Mady étant brune, elle est immédiatement placée dans le groupe des déportés, alors que Clairette, blonde, n'est d'abord pas inquiétée. Mais quand Clairette tente de sauver Mady en disant qu'elle est sa soeur, elle la rejoint.

‪Mady et Clairette seront déportées à Auschwitz dans le convoi n°66 (voir le document ci-joint).

Dernier poème de Mady


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Raïssa Smirnov,
8 juin 2016 à 12:34