L'association Smintheus ne cautionne pas toute tentative d'approche ou de manipulation d'un animal sauvage, même dans le but de lui apporter des soins ou de lui venir en aide. Cependant, nous faisons face à une réalité simple: nous recevons beaucoup de messages de particuliers ayant recueilli un rat sauvage en détresse et demandant de l'aide pour s'en occuper.
C'est la raison pour laquelle nous écrivons des articles sur la manière de maintenir correctement un rat sauvage, qu'il soit rattus rattus ou rattus norvegicus.
Malgré tout, il est important de rappeler que c'est une attitude qui peut se révéler dangereuse... Cet article est là pour ça.
Les risques sanitaires du rat sauvage
Si vous vous promenez 5 minutes sur le net, vous penserez qu'on peut à peu près tout attraper en frôlant un rat sauvage à moins de 100 mètres. C'est faux. Ainsi, la puce du rat peut effectivement transmettre la Peste, mais c'est aussi le cas des écureuils, des lapins et même des chats. Le risque existe, mais il n'est pas de ceux qui doivent le plus vous inquiéter. Les rats ne transmettent pas la toxoplasmose.
La rage est considérée comme disparue depuis 2001 en France. Le risque existe toujours, notamment via les animaux importés illégalement. Comme pour la Peste Noire, il n'y a pas de risque réel, mais rappelons qu'il suffit d'un cas et que c'est de l'ordre du possible.
Cela étant fait, parlons des zoonoses que le rat peut transmettre à risques élevés. Les parasites par exemple: gale, puces, teigne... Il est important d'utiliser un antiparasitaire. Par simple contact, la maladie dite Cowpox peut vous infecter. Par le biais de griffures ou de morsures, des zoonoses existent telles que le Sodoku ou la fièvre de Haverhill. Via ses fluides corporels (urines et fèces), le rat peut transmettre le virus de l'Hépatite B, la salmonellose ou la chorioméningite lymphocitaire. Via le jetage (en éternuant sur vous ou même de manière indirecte sur un objet), il peut transmettre la pasteurellose. L'hantavirus de Séoul quant à lui peut se transmettre via toutes ces différentes manières !
Mais le véritable risque: c'est la leptospirose. Ce n'est pas une maladie à prendre à la légère: en 2013 la France métropolitaine a comptabilisé 385 cas. Le taux de mortalité atteindrait 10%. De plus, lors d'une étude scientifique des chercheurs lyonnais ont piégé 84 rats sauvages en 2015: 44% d'entre-eux étaient porteurs de la leptospirose !
La leptospirose est transmise par leptospira interrogans et le rat est l'animal réservoir (c'est-à-dire qu'il porte la maladie sans avoir de symptômes) pour les sérogroupes icterohaemorrhagiae (le plus incriminé dans la maladie), mais aussi pour celui de copenhageni.
Les voies de contamination peuvent être directe: via l'urine du rongeur... Ou Indirecte via l’environnement. En effet, le rat peut uriner dans l'eau: le leptospire peut y vivre des mois, surtout si elle est chaude et douce. Les symptômes de la leptospirose vont de légers à graves: myalgies, fièvres, céphalées, ictère, complications pulmonaires, atteinte viscérale, insuffisance rénale...
Dans sa forma aiguë, elle porte le nom de "maladie de Weil". Les autres animaux domestiques comme le chien peuvent aussi être touchés par la leptospirose. Notez qu'un dépistage de la leptospirose existe et que tout rat sauvage ou rat domestique trouvé dehors doit le passer immédiatement: demandez conseil à un vétérinaire compétent.
Vivre avec un rat sauvage: les difficultés au quotidien
Vous pensez peut-être que c'est glamour d'avoir un rat sauvage niché au creux de l'épaule ? Que ça fait rebelle et un poil canaille ?
Avant de vous lancer dans cette douce rêverie, mettons les choses en ordre: maintenir un rat sauvage, c'est dur. Vous n'aurez rien de Mowgli câlinant Bagheera avec insouciance... Qu'il soit rattus rattus ou rattus norvegicus: le rat sauvage reste sauvage !
Même si vous l'avez manipulé depuis son plus jeune âge, même si vous l'avez nourri à la main pour le sauver, même si vous l'avez castré ou stérilisé très jeune et même si vous lui avez offert des congénères domestiques pour montrer l'exemple. Le risque est très élevé que votre rat sauvage reste méfiant, fuyant voire même mordeur. Il risque bel et bien de faire des trous dans les bacs de vos cages pour tenter de s'enfuir (même les volières en métal y passent). Chaque sortie sera certainement suivie d'une course-poursuite de 20 minutes pour rattraper le rat hurlant et fuyant et enfin le rentrer dans sa cage. Il ne voudra probablement pas vous approcher et se cachera immédiatement au moindre de vos mouvements.
La plupart des sauvetages de rats sauvages ressemblent à ça. Car, si vous avez sauvé un jeune rat non sevré, vous ne pourrez pas le relâcher dans la nature: il n'aura pas les codes et pas de colonie à rejoindre. Vous devrez donc l'assumer. Et ce n'est pas une sinécure. Il faudra le sortir plusieurs heures par jour, idéalement en fractionné sur la journée. Il faudra le manipuler tous les jours car le rat sauvage se "désapprivoise" très rapidement. Il faudra accepter d'être un objet de peur, de ne pas avoir de retour d'affection de la part de cet animal et de le voir mourir souvent jeune et brutalement.
Réfléchissez-y.
La législation et le rat sauvage
Au niveau législatif, la détention d'un rat sauvage peut nécessiter une déclaration de détention (en fonction de l'espèce et du nombre d'individus possédés). Cette démarche peut être effectuée en ligne. Bien entendu, elle suppose que le déclarant possède les installations satisfaisant aux besoins de l'animal. Voir notre article: "Remplir une déclaration de détention d'animaux d'espèces non domestiques" !
Notons aussi qu'il est interdit d'introduire un rat sauvage d'espèce rattus norvegicus dans le milieu naturel (volontairement ou par négligence) suite à l'Arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l'introduction et de la propagation des espèces animales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain. cela signifie que relâcher un rat surmulot dans la nature est interdit sans autorisations préalables.