Synthèse
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La nouvelle lamaserie séduit-elle les Européens ?

Synthèse de la recherche : le désenchantement d’un moine novice

          par Marc Bosche


 

© Marc Bosche, 30-07-2002 – Propos émis par l'auteur le 30 juillet 2002, tous droits réservés.

 

En quoi les spiritualités dites de l'Himalaya peuvent-elles être ambiguës par rapport à nos vies spirituelles européennes ? C’est l’énigme que j’amenais avec moi au monastère de Félicité. Je crois aujourd’hui mieux comprendre pourquoi cette question se posa d’emblée dès que l’idée d’une recherche anthropologique en immersion totale dans un monastère de style himalayen s’imposa comme possibilité d’investigation tant du lamaïsme que du tantrisme bouddhique.

 

Un monastère tibétain tout neuf pour les Européens !

Le monastère tibétain de Félicité s’est implanté depuis 1994 en Europe. Il accueille aujourd’hui environ cent moines et moniales, en tout, dans deux implantations voisines de quelques kilomètres de distance. De plus, une dizaine de groupes de retraite, isolés du monde durant trois années, et comportant chacun un effectif d’une douzaine de personnes, forment à la vie ritualiste traditionnelle du tantrisme plus de cent aspirants à la vie spirituelle tibéto-mongole tous les quatre ans environ (chaque retraite dure trois ans, trois mois et trois jours).

En outre, des ermitages individuels de retraite complète gardent à proximité des deux monastères respectivement environ cinq moines et quatre moniales pour un séjour contemplatif de douze années au moins (ces derniers chiffres sont sujets à variations). Certains d’entre eux se sont engagés pour une retraite «à vie ».

Un accueil de bénévoles laïcs, volontaires aux chantiers des constructions nouvelles, fonctionne en permanence auprès des deux monastères et leur assure un recrutement abondant.

Le maître tibétain, appelé dans cet article le « Très Précieux », et qui avait fondé ce collège occidental de sa lignée tibétaine, s’est éteint fin 1997 à l’âge de quatre-vingts ans. D’autres « lamas », ou plutôt eurolamas, continuent sur place.

J’ai pris désormais la liberté d’écrire mon opinion sur ce vaste projet monastique bouddhiste au coeur de l’Europe, en délaissant progressivement, et maintenant complètement, toute forme de spiritualité ritualiste. C’est-à-dire que j’ai vécu à l’intérieur de ce monastère pendant une année complète en tant que moine novice. Et j’ai progressivement pris mes distances avec l’institution et sa forme de spiritualité.

Secrétaire du maître pour répondre à son courrier, hôte d’accueil de la congrégation monastique, éditeur des textes du maître sur ordinateur, standardiste, carreleur, éplucheur de légumes à la cuisine, j’ai eu des opportunités de connaître la vie quotidienne au monastère pour élaborer ces modestes impressions personnelles qui n’épuisent bien sûr pas le sujet.

Le lecteur se demandera ce que signifie sans doute le terme de « tantrisme » appliqué à un monastère bouddhiste. Il faut revenir à la diffusion de l’enseignement du bouddha depuis deux mille cinq cents ans pour le re-situer.

Le bouddhisme a pris trois formes principales et une multitude de formes diverses. On distingue le premier fondement de la vie monastique et contemplative en Asie du Sud-Est principalement (Sri Lanka, Cambodge, Thaïlande, Laos, Vietnam, Birmanie...). La conduite éthique en est le principe, et les textes des enseignements oraux du bouddha y sont les principaux supports de la culture spirituelle. Plus tard, à partir du cinquième siècle après Jésus Christ, un enseignement plus quotidien, peut-être plus adapté à la vie laïque, se diffuse dans toute la Chine, la Corée, le Japon. On l’appelle le grand véhicule par opposition à ce premier enseignement. Il intègre l’idée d’une activité généreuse et compassionnée, c’est-à-dire qu’il convient mieux au monde où les échanges se développent.

Enfin, certains anciens rites yogiques de l’érotisme sacré comportant l’adoration de divinités symboliques et leurs écoles initiatiques dirigées par des gourous charismatiques, migrent en partie du monde indien dès le huitième siècle après Jésus-Christ pour s’implanter dans le monde himalayen et transhimalayen (Tibet, Bhoutan, Sikkim, Népal, Mongolie...).

Ils y arrivent ensemble avec les doctrines des deux autres écoles bouddhistes précédemment mentionnées, et y resteront mêlés. Cet assemblage disparate devient en quelque sorte le corpus du bouddhisme himalayen. Ce dernier est désigné des trois termes synonymes suivants: vajrayana (véhicule adamantin), ou encore mantrayana (véhicule des formules sacrées) ou enfin tantrayana (véhicule des continuités des lignées de transmission initiatique). Ce bouddhisme comporte donc également les formes de spiritualités de chacun des trois mouvements dont il est la sédimentation dans le temps : petit véhicule des anciens, grand véhicule et véhicule adamantin. On y trouve des paradoxes évidents : dignité des moines réputés abstinents et pratique de visualisation de divinités enlacées en des couples érotiques, compassion active dans la vie quotidienne et retrait du monde... Bref, ce tantrisme tibéto-mongol a accueilli l’ensemble du corpus bouddhique, ce qui lui donne une sorte de flexibilité propre à faire face à toutes les situations de la vie !

C’est un de ces lignages qui se déplace du monde asiatique au monde européen avec le monastère de Félicité. Il s’agit de l’un des innombrables micro-lignages de yoga tantrique. Elle comporte un panthéon de divinités à imaginer comme fusionnant avec notre propre forme, ses formules rituelles en sanskrit (mantra) à répéter longuement, et ses exercices de yoga subtils à apprendre afin de modifier le flux du souffle.

Bien sûr un maître en détient officiellement le charisme, le garde secret, et le transmet. C’est l’un des maîtres les plus âgés du Tibet qui résidait en Europe, lorsque je découvris le monastère de Félicité. Il représentait la vieille école des yogis d’ermitage, c’est-à-dire en apparence une approche très classique de ces méthodes spirituelles. À son contact j’eus ainsi l’occasion, sans doute assez rare aujourd’hui, de mieux comprendre le passé de cette école initiatique.

C’est donc la première introduction importante du bouddhisme monastique de tradition tantrique tibéto-mongole en Europe. Il aura fallu un millénaire environ pour que ce type d’école initiatique stable arrive en Europe. La nouveauté qu’apporte le projet de Félicité est que ses futurs lamas sont européens, on peur parler d’eurolamas. Ils transmettront un tantrisme tibétain, sans grande adaptation culturelle ni traduction des rituels, mais réinterprétés inconsciemment par autant de psychés Occidentales.

Cette implantation bénéficie de cette qualité pénétrante propre aux sensibilités spirituelles issues du monde asiatique. À la fois ancienne dans ses prémisses et contemporaine dans sa séduction apparente, elle illustre bien le point de vue que Steiner présentait à Ulm le 30 avril 1918 : « à leur sensibilité spirituelle venue du passé, les gens [l’Orient asiatique] ajoutent les formes de pensée, les formes de culture occidentales. Il naît de cela quelque chose de terrible parce que la pensée spirituelle [est mobile et pénètre dans la réalité. » Le mot «terrible », je ne l’avais pas réellement compris en lisant la conférence. Cependant, maintenant, après avoir fréquenté une de ces écoles initiatiques himalayennes et m’en être détourné, je crois percevoir en quoi la forme antique, figée et durcie de ces modes d’influence spirituelle est à la fois efficace chez les candides Européens et problématique dans ses effets sur leur individualité à épanouir.

Bien que les noms propres aient été changés, qu’ils soient des lieux, des divinités tantriques ou des personnes, chacun qui connaît ces circonstances reconnaîtra sans doute le lieu. On a souhaité éviter aux moines et aux moniales qui y vivent le désagrément d’une critique directe ou négative. Il serait en effet dommage de faire obstacle à leur chemin individuel d’évolution.

J’espère que la prudence de ces pages, la distance avec ce sujet permettront à chacun de se faire une idée plus juste des circonstances sociales qui ont, pendant une année, émaillé la vie collective découverte.

 La transformation qui ne peut manquer de se manifester à Félicité rendra certainement caduques ces observations d’ici quelques années. Ainsi on devra en lisant ce texte prendre en compte le potentiel de transformation des êtres, des collectivités et des histoires partagées pour le présent et l’avenir.

D’autre part, la construction qui résulte de cette analyse crée une réalité qui n’est pas la seule. D’autres auraient sans doute souligné les qualités, les avantages, les beautés du monastère et en auraient restitué une image chaleureuse, colorée et plaisante, puisque c’est l’image aujourd’hui du Tibet traditionnel en Occident. Le choix qui a été fait est celui de l’examen des limites du sacré dans la vie quotidienne au monastère.

Le rêve, l’extase, la félicité qui sont souvent les compensations quotidiennes que rencontrent vraisemblablement certains de ces moines n’ont bien sûr pas été pris en compte. Il est clair que pour ces derniers c’est un pan entier de l’expérience monastique qui manque dans cette analyse succincte. Il nous a paru sain et utile pour nous-même de délaisser la passion pour les expériences méditatives intenses qui semble caractériser, par moments, l’attrait exercé par ce dispositif collectif sur les êtres qui s’y dédient, parfois dès leur majorité.

C’est mon regard qui s’est posé, à sa manière, avec les prédis positions qui étaient les siennes, sur une réalité sociale et collective : un monastère à la tibétaine, tout neuf pour les Européens. Ainsi les conclusions de cette année complète en immersion sur place, puis de plusieurs années de réflexion pour m’en distancier peu à peu et me retrouver dans mon individualité, ne peuvent s’affirmer comme des vérités, mais plutôt comme des hypothèses.

C’est le tout début d’un mouvement qui commence avec l’introduction du bouddhisme de tradition monastique tibétaine en Occident. De même le carrelage des cuisines était en cours de pose au monastère lorsque j’y suis arrivé, ainsi que la mise en place des salles de bain et du téléphone. C’était donc le début d’une réalité qui s’est inscrite d’une certaine manière dans la vie des volontaires, moines et laïcs qui ont participé à ce projet.

On se propose de ne pas critiquer ce droit précieux à pratiquer l’idéal de la vie religieuse qui est désormais acquis en Occident, du moins dans le pays qui a accueilli cette implantation monastique tibétaine. L’objet principal de cet article est de désamorcer la fascination ainsi que la séduction extrême exercées par ces formes anciennes de coutumes rituelles venues du Toit du Monde.

Nous assistons aux engouements pour les livres de photographies colorées du Toit du Monde. Le bouddhisme himalayen devient sans doute la référence la plus présente des formes méditatives de spiritualité importées en Europe. Moines et lamas en robes rouges et jaunes deviennent de temps à autre des symboles de l’actualité quotidienne occidentale, alors qu’ils étaient jusque-là inconnus. On se préoccupe en Europe, dans la presse internationale, de telle réincarnation officielle d’un célèbre détenteur de lignée tibéto-mongole, comme si cela affectait ou concernait notre quotidien !

Comme les Occidentaux qui lisent la presse et s’intéressent au tantrisme bouddhique tibéto mongol, les Européens qui se sont dédiés à ce monastère de Félicité m’ont paru entiers, sincères et enthousiastes, mais aussi d’une certaine candeur. Afin que, tels des papillons attirés par une ampoule brûlante, d’autres ne se précipitent pas sans réfléchir dans cette direction, afin qu’ils ne balancent pas par-dessus bord les acquis et les relations sociales de leur vie pour briguer une place en retraite tantrique de trois années, ou pour imaginer trop superficiellement une vie au monastère ensuite, afin qu’ils voient la réalité sociale de ce monastère sans avoir besoin d’en subir eux-mêmes les éventuels archaïsmes, on a souhaité les inciter à la prudence et à l’analyse sociale vis-à-vis de cette forme de spiritualité contemplative orientale.

Certains sont déjà très attachés aux rites somptueux, aux décors médiévaux orientaux peints au pochoir avec un luxe de travail et de soin dans le vaste temple de béton comportant mille statues dorées à l’or fin du même bouddha. Beaucoup se tournent avec désir vers le personnage emblématique du maître, espérant qu’il hâtera leur éveil impersonnel, oubliant la révélation progressive du moi humain. Enfin pour des jeunes en quête de sens pour leur vie qui commence, c’est attrayant de chérir l’idée de retrouver une voie antique pour se réaliser aujourd’hui d’un point de vue spirituel. Hélas, je n’ai pu éviter de questionner les effets dignes d’un Disneyland spirituel offerts peut-être aussi dans ce nouveau lieu de vie collective...



 

Le personnage étrange de Bernie


Cette « divinité protectrice » couleur de nuit est au cœur du dévotionnel monastique de Félicité. Elle ne m’a pas paru engageante avec ses grandes dents, son couperet, son crâne débordant de sang. C’est son image peinte qui est diffusée au monastère, désormais sous forme de photographies, la reproduisant à l’identique. Elle est également sculptée et constitue l’un des supports des prosternations dévotionnelles dans le petit temple du monastère. Enfin une heure de rituel journalier lui est consacrée par la communauté en fin d’après-midi vers 18 heures ou 18 heures 15. Cette effigie épouvantable est donc très chère à tous les tantriques à Félicité. Il serait sans doute essentiel d’examiner de près ce totem pour mieux comprendre le fond du rituel tantrique, son dynamisme. Certains disent, sans doute avec quelque raison, que la traduction en langues occidentales de son rituel extensif tibétain ne manque pas de nous surprendre. C’est-à-dire que si la traduction n’a jamais été proposée par le monastère aux disciples, c’est que, peut-être, elle ne manque pas d’exposer une optique assez redoutable de la vie humaine. Ce protecteur courroucé, à la vaste dentition carnivore, portant à son cou un généreux collier de têtes humaines fraîchement tranchées et sanglantes est proposé comme un support d’identification aux apprentis du monastère et de ses centres de retraite. Ce totem courroucé piétine un corps de son grand pied aux ongles acérés. Il fait l’objet, avec d’autres soi-disant protecteurs, d’une année de pratique plus intensive au cours de la deuxième retraite de trois années, pour ceux qui s’y engagent.

Bien sûr on objectera le symbolisme, l’alchimie des émotions, la transmutation des passions avec Bernie. On ne souhaite pas trop lui chatouiller le couperet affûté qu’il semble agiter, et dont il pourrait faire usage comme une arme à destination !  En effet, il n’est pas impossible qu’on ait parfois eu tendance à requérir de ce personnage flamboyant des services quotidiens pour pacifier les adversités et les altérités, un peu diligemment, puisqu’il est le grand « compatissant» ! Ainsi mes anciens camarades du monastère ont tendance parfois à se visualiser en Bernie, c’est-à-dire à imaginer qu’ils sont Bernie en personne. C’est ce qui leur est offert progressivement dans les épreuves de la vie quotidienne. Ils feraient sans doute montre de prudence en restant fidèles à leur bonne et aimable forme humaine ! C’est très surprenant car du point de vue bouddhiste du karma, les effets seraient relatifs aux causes. C’est-à-dire que si l’on joue à Bernie, on risque de cultiver des causes passionnées, flamboyantes éventuellement, et chargées d’émotions. Ainsi selon le point de vue bouddhiste lui-même, il devrait en résulter des effets analogue : de la passion, de l’émotion et beaucoup d’activité subtile. C’est-à-dire que pour d’authentiques moines et des moniales bouddhistes, la sérénité n’est pas facile avec ce dispositif tantrique fort qu’est Bernie. Peut-être un chercheur aura-t-il l’idée de traduire l’ensemble des rituels pour ces symboles protecteurs que sont les diverses représentations et configurations de Bernie. Cette traduction suffira sans doute à dépassionner quelque peu les jeunes Occidentaux — en quête de sérénité — à l’égard du tantrisme.

Ce traumatisme de la traduction sera nécessaire. Dans une autre lignée le rituel de Kalachakra est déjà passé au risque de la traduction, et l’ouvrage de Victor et Victoria Trimondi a montré la part d’ombre qu’il contiendrait (voir : www.trimondi.de) Il sera tout aussi nécessaire d’attendre les traductions et les commentaires détaillés par des psychologues, des psychiatres, des sociologues et des anthropologues qualifiés pour appréhender la dangerosité éventuelle des rituels quotidiens (qui dure environ heure) et étendus (dont le texte permet des rites durant plusieurs heures) de Mahakala, en particulier sur des sujets occidentaux fragiles, déprimés, mineurs ou en état de faiblesse.

 

La dévitalisation du corps humain

Quelle déception lorsque je contemple les moines et les moniales qui sont passés par le filtre des trois années de retraite, voire de deux retraites successives de trois années. C’est comme si la vitalité de leur corps s’était, pour la plupart, enfuie. Certains semblent avoir même ralenti leurs pas, avec un ralentissement de leur expression rythmique. D’autres paraissent sans grande force vitale au point que la plupart des travaux manuels leurs sont étrangers désormais. Bien sûr ce n’est pas vrai pour tous. Cependant cette impression semble traduire un style de transformation intérieure opéré au cours des retraites sur place, puis sans doute poursuivi au monastère lorsque ces moines et moniales s’y établissent. Leur alimentation est pourtant abondante, et en général assez saine. Certains sont végétariens, la plupart acceptent les repas collectifs avec peu de viande chaque semaine. Ainsi probablement donnent-ils leur force vitale au cours de leur formation au tantrisme. Ainsi il semble bien que le moi humain, le sentiment du «je » soit vécu différemment selon les institutions (même si, bien sûr, les âges expliquent aussi certaines différences). Il se pourrait que ce que les yogis du monastère recherchent avec «l’abandon de l’ego» s’exprime par un affaiblissement de leur individualité. Celui-ci devient perceptible dans un corps dépourvu progressivement du tonus de ses ressources vitales.

 

Une méditation surimposée

À Félicité il s’agit de se fusionner avec des formes de divinités, qui s’avèrent souvent grimaçantes, flamboyantes, parfois nues, voire presque obscènes, ou enlacées dans le couple érotique. On imagine avec quelque difficulté le développement sain et équilibré des facultés méditatives au sens où le méditant tend à s’identifier avec des « totems » éloignés de la réalité.

Pour ma part j’ai constaté qu’aucun travail méditatif ne m’a été demandé pendant mon séjour. En revanche, pour des raisons que j’ignore, des expériences plaisantes semblaient se surimposer, la nuit surtout, à ma conscience habituelle. Souvent imprégnées d’une certaine forme subtile et diffuse de désir sensuel, elles me donnaient l’impression d’appartenir à d’autres que moi. C’est comme si cette expérience pouvait m’avoir été communiquée, même si cette phrase, je le reconnais volontiers n’a pas grande signification d’un point de vue scientifique. Comment ? Je n’en ai pas la moindre idée. Hélas, ces expériences plaisantes alternaient de manière assez perceptible avec des moments d’intense douleur psychosomatique. Ces derniers m’étaient jusqu’alors inconnus. Il m’a fallu abandonner tout du tantrisme, y compris les photographies des lamas tibétains de ce lignage, afin de me libérer de ces sensations corporelles pénibles qui semblaient affluer au niveau du cœur. Bien sûr j’admets que cette présentation est farfelue, puisqu’en théorie rien ne peut opérer un tel effet à distance, normalement. Cependant je dois dire ce que j’ai vécu: alternance de plaisir diffus et surimposé à ma conscience, avec des moments douloureux inhabituels pour moi. L’ensemble a cessé dès que j’ai mis les rituels, les symboles de leur culte et mes « engagements » au débarras. Il m’a fallu ensuite beaucoup de temps afin de retrouver mon autonomie consciente. Il me semble avoir traversé avec cette immersion totale dans ce monastère du bouddhisme tantrique une emprise consciente très efficace et progressivement dépersonnalisante. J’ai donc arrêté la vie monastique, tantrique et le dévotionnel dirigé vers le maître afin de recouvrer mon individualité à l’issue de cette recherche anthropologique.

Je ne le regrette pas. Elle est revenue normalement et progressivement en quelques mois, mais je dois dire que mon corps est un peu moins vital, moins fort qu’il n’était, et le passage des ans n’explique pas tout me semble-t-il. De même le principe conscient semble s’être un tant soit peu affaibli dans le moment contemplatif quotidien. Je reprends contact progressivement avec la sensibilité au travers de l’apprentissage de la musique instrumentale. J’ai repris la flûte alto baroque et la clarinette classique. J’ai commencé le piano.., en grand débutant, avec une joie quotidienne qui restaure peu à peu mes facultés expressives individuelles. Puis, j’ai commencé à composer de la musique électroacoustique avec un studio numérique que j’ai progressivement étoffé.

Ainsi il s’avère que loin de me doter de facultés méditatives affinées, ce séjour au monastère a eu tendance à diminuer mon «je ». Il m’a fallu recourir à la première possibilité qu’évoque Wolfgang Schad : « ou bien on se cramponne au moi, au détriment de l’autre, ou bien on souhaite de façon prématurée et de ce fait, caricaturale, l’avènement d’une forme de communauté qui soumet ensuite l’autre à l’impératif de l’idéologie de groupe.» C’est-à-dire que je me suis cramponné à nouveau à mon moi ! Et je crois, avec le recul maintenant, que c’était à faire de cette manière afin de ne pas succomber à la vie impersonnelle du tantrisme communautaire.

Enfin je me suis détourné de la vie en ermitage que j’avais progressivement adoptée à partir de l’expérience monastique. Loin de me conférer la sérénité ou le détachement, le retrait de la vie extérieure constituait un environnement dans lequel les phénomènes d’emprise tantrique pouvaient très facilement se manifester. J’ai donc retrouvé le chemin des occupations, des lectures, de l’écriture, des voyages et bien sûr de l’art. J’ai ôté les rideaux qui masquaient dans mon habitation la lumière du soleil. Et j’ai fait mienne de nouveau la pensée de Novalis « C’est elle la lumière ainsi que l’âme intime de la vie que respire l’univers géant des astres inlassables, et il nage en dansant dans l’azur de ses flots, c’est elle que respirent l’étincelante pierre en éternel repos et la plante méditative qui est toute succion, et le sauvage, l’ardent le multiforme animal, — mais plus que tous encore le magnifique étranger avec ses yeux pensifs, sa démarche sans poids et ses lèvres mélodieuses, délicatement closes. »

 

Le bilan

Si je m’exerce à un examen attentif du bilan conscient de cette année au monastère et des années qui ont suivi, où j’ai eu à prendre mes distances avec le spirituel tantrique pour retrouver mon autonomie de chercheur en sciences sociales, je vois clairement le tribut que j’ai eu à acquitter pour vivre cette expérience humaine.

Peut-être puis-je essayer de le comprendre à partir du contraste qui semble évident avec les tendances à l’oeuvre dans l’évolution humaine la plus matérialiste. En effet, ce sont deux voies opposées. Autant le monastère et le spirituel du tantrisme cultivent une désincarnation et un abandon des forces du moi, autant l’époque tend à incarner excessivement le sujet.

Alors que la mécanisation de la pensée affecte les vies urbaines et techniques, la dévotion au lama et la simplicité presque primitive des concepts tantriques de la vie tendent à infantiliser les disciples.

Le sentiment s’affaiblit dans ces deux orientations opposées, matérialiste et du tantrisme. Pour les contemporains qui ne bénéficient pas d’une pensée vivifiante, on parle parfois de « végétalisation du sentiment ». Pour le disciple du tantrisme il faudrait en revanche évoquer une « érotisation diffuse du sentiment ». C’est-à-dire que le génital tend à se répandre et à envahir la sphère du sentiment progressivement au fil des expositions à la voie du tantrisme. Il y a donc aussi un affaiblissement du sentiment humain, et surtout de la capacité à le partager dans le contact individuel. Mais une vague érotisation du quotidien tend à s’y substituer.

Enfin si une sorte « d’animalisation du corps et de la volonté » tendrait peut-être à résulter de la faiblesse de la pensée et du sentiment dans le style de vie matérialiste, une diminution de la vitalité très perceptible s’opère chez l’adepte du tantrisme bouddhique.

C’est-à-dire que cette « animalisation du corps » est en quelque sorte contenue, voire effacée, par un épuisement de son potentiel vital chez le disciple du tantrisme.



vie matérialiste ►        vie monastique bouddhiste de type tibéto-mongole

mécanisation de la pensée ►   infantilisation de la pensée

végétalisation du sentiment ►  érotisation du sentiment

animalisation du corps ►         dévitalisation du corps



Ainsi un double mouvement s’opère dans la « formation » au tantrisme. D’une part l’infantilisation du disciple se produit dans un lien simpliste avec le monde. Il attend toute son expérience de sa dévotion au lama (maître) et aux figures emblématiques de sa lignée, bouddhas multiples de diverses couleurs, divinités étranges...

L’autre mouvement s’opère en parallèle et en direction complémentaire. Le contexte du tantrisme libère le disciple de la culpabilité pour le sensuel érotique. Il permet la fantaisie imaginative. Ainsi une érotisation de la sphère du sentiment s’élève du corps. Elle envahit progressivement le champ de la sensibilité, et de la relation aux autres. Elle pénètre bien sûr le domaine de la pensée. Ce deuxième mouvement contribue à l’éviction des formes morales qui soutiennent le moi dans sa constitution. Ce phénomène est probablement sensible pour des moines et des moniales ayant fait vœu de chasteté, qui ne peuvent bénéficier de l’équilibre marital d’une relation tendre dans leur vie quotidienne.

Les deux mouvements contribuent à l’affaiblissement des forces du moi, voire à son effacement partiel.

Il est étonnant et rassurant de constater que cet effacement progressif du moi n’est pas corrélatif à ce qu’on appelle parfois phénomènes de « possession psychique ». Nous n’en avons constaté aucune dans le cadre du monastère. Peut-être le moi se reconstitue-t-il autrement au cours de cette formation au tantrisme. Les disciples font en effet l’expérience de la déception et de la compréhension des influences spirituelles. Ils évoluent, comme tout être humain. Ainsi il faut relativiser l’emprise de ce système culturel tibéto-mongol dans sa réalité humaine, en voyant que l’être humain équilibre progressivement ces influences à travers l’expression de sa liberté.

 

La diversité des personnes au monastère

Il existe une variété de personnes ayant reçu les formations au tantrisme vivant, ou ayant vécu, dans l’ambiance du monastère de Félicité. On ne peut pas réduire leur diversité à un seul style ou à un destin commun. Il est clair qu’on retrouve parmi les disciples de cette lignée tantrique des «moines du bouddha.»

Cependant il est pensable que sous les robes semblables se manifestent des êtres aux propensions différentes les uns des autres. Il est impossible de deviner réellement le style intérieur de ces pratiquants tantriques en robe monastique couleur bordeaux traditionnelle. Même les plus souriants, les plus aériens ou les plus gracieux, peuvent receler une individualité passionnée pour l’obtention et le maintien des félicités et des samadhi (absorption méditative), voire des siddhi (« pouvoirs» supposés de la conscience, si cette expression a le moindre sens) peu compatibles avec la sagesse. C’est-à-dire que les adeptes du tantrisme sont passés maîtres dans l’art de paraître, sans révéler le secret de leur vie intime. Certains sont de vrais moines du bouddha, d’autres... peut-être ont développé au cours de leurs retraites une véritable passion pour les expériences de satisfaction secrète.

Le tantrisme permet en effet des extases, des félicités, très vives et agréables, et sans doute aussi des absorptions méditatives faciles sans devoir pratiquer complètement les méditations appropriées normalement pour ces résultats. Disons que c’est sans doute dans ces résultats rapides et attrayants que réside la différence qui se manifeste entre des moines calmes et pondérés, qui ne désirent pas le maintien de ces expériences mais les prennent comme elles viennent à eux, et des yogis passionnés par l’obtention de toujours plus de félicité et de bienfait. Il est sans doute prudent de ne pas approcher trop près ces yogis passionnés, accrochés à leur style de vie secret, où les félicités personnalisées sont les moteurs de leur vie.

La tâche n’est pas facile au curieux, puisque les deux sortes de pratiquants se côtoient, parfois côte à côte, dans des chambres voisines du monastère! Ils ont les mêmes robes, le même maître, les mêmes disciples parfois, et le même parler ! Et ils sont discrets. Alors il est préférable, dans le doute, d’être très circonspect et de ne pas se confier inopinément à un yogi sans modération. L’analogie la plus intéressante ici serait celle de la dépendance. De même que la dépendance à des produits psychotrope accroche certains sujets, certains adeptes du tantrisme pourraient se laisser envahir par une forme de dépendance spirituelle, qu’il ne faut pas appeler ici toxicomanie.

Il est probable qu’entre ces deux extrêmes du sage paisible et du yogi excité se développent d’autres disciples ayant accompli les retraites de trois années traditionnelles. Ces pratiquants dotés de diverses propensions, aptitudes et histoires de vie font leurs propres expériences du tantrisme bouddhique au fur et à mesure de leur évolution personnelle au monastère. Ils essayent et ils laissent, ils changent et ils préservent leurs valeurs autant que possible. Ainsi tout un éventail de sensibilités « tantriques » et aussi monastiques se déploie. Chaque moine est ici en quelque sorte un yogi qui pacifie et apaise ses tendances en percevant progressivement l’impact de sa dépendance au tantrisme sur les autres et sur lui-même.

Certains abandonnent les rituels, d’autres les soi-disant «protecteurs courroucés» comme Bernie. Certains pratiquent une méditation spontanée sans divinité flamboyante à visualiser. Tout est possible.

Ainsi le visiteur au monastère ne peut réellement se garantir au seul contact de la robe rouge et du sourire angélique des moines. Il peut rencontrer le meilleur comme le plus... ordinaire. Moine serein et yogi passionné par les secrets délicieux de ses nuits solitaires de félicité illusoire se côtoient indiscutablement, mais il est quasi-impossible de deviner qui est qui. Les moines se choisissent dans ces deux orientations au moins, mais qui peut réellement les distinguer les uns des autres? Contrairement aux apparences, les moines les plus jeunes et les plus rayonnants ne sont pas toujours les plus sages ! Les plus âgés ne sont pas forcément les plus réalisés.

Cette hypothèse d’une pluralité de propension face au désir de l’expérience méditative, allant du détachement serein à la passion pour les résultats des absorptions méditatives, ne peut pas être validée. Elle est une représentation simple d’un réel complexe et d’une profondeur qui est sans doute au-delà de la vie intellectuelle ou même quotidienne. Elle a le mérite d’encourager chacun à abandonner la naïveté face aux robes rouges venues du Toit du Monde et à adopter l’analyse et la réflexion en toutes circonstances face à ces séductions pittoresques et colorées.

Nous avons l’impression étonnante que ce monastère est une synthèse des voies antiques que le Bouddha, qui en est pourtant le guide officiel, avait cependant critiquées il y a deux mille cinq cents ans dans ses enseignements oraux. On y trouve des maîtres adorés, des rituels répétitifs, une discipline sans place pour la vie individuelle, la promesse d’obtenir des pouvoirs psychiques temporaires pendant des retraites (siddhi) et le culte de la sensualité spirituelle. Celle-ci peut même se substituer à un équilibre personnel. Elle risque de devenir la préoccupation de la vie quotidienne du disciple. Enfin on y encourage l’identification des disciples à des idoles entourées de flammes. Elles sont passionnées, voire courroucées.

Cependant les disciples que nous avons côtoyés présentaient des qualités humaines souvent équilibrées. Ainsi ce contexte étrange et secret est tempéré par les qualités individuelles des étudiants européens en quête de sens. C’est une situation un peu paradoxale. Un système extrême, voire une quête de sens néo-fondamentaliste d’un côté, et des apprentis modérés pour le comprendre. Ainsi nous ne critiquons pas les moines et les moniales, ni les anciens camarades laïcs qui se trouvent au coeur de ce système. Nous avons bien connu leur compagnie. Elle nous a rassuré sur leur devenir. Il est clair que les êtres équilibrés ne développeront pas le tantrisme dans la direction d’une pratique extrême des désirs. Ainsi nous sommes aujourd’hui confiants dans le présent. Quelques pratiquants sont sans doute très séduits par la facilité des expériences agréables et des samadhi (absorptions méditatives variées) au cœur de la vie nocturne, dans la solitude de leur chambre du monastère. Celles-ci sont obtenues sans partenaire secret, sans relations humaines ordinaires, très simplement, de par la présence communautaire « tantrique » en filigrane (qualifiée par les adeptes eux-mêmes de « mandala » ou « grand mandala »). Le mode d’action à distance est au-delà de la compréhension. C’est sans doute le secret et le mystère qui demeurent pour les personnes extérieures.

Ces yogis sont donc entourés par une collectivité d’individus plus ou moins responsables. Elle constitue un cordon salubre afin de préserver aussi les personnes extérieures, les visiteurs, les personnes intéressées qui visitent le site, les étudiants qui assistent à des séances publiques et les autres bouddhistes laïcs vivant à proximité ainsi que les mineurs qui peuvent être en contact avec ce milieu. Ainsi les tendances peu modérées de quelques-uns sont, il faut l’espérer, sans effet grave sur le public occidental attiré par ce monastère, grâce à cette communauté qu’on espère responsable et qui les entoure.

Peut-être beaucoup essayent-ils au cours de leur formation tantrique diverses divinités. Ils s’identifient à elles pendant quelque temps, grâce à leur image et à leur rite, ainsi qu’à leur mantra (formule rituelle) qu’ils répètent. Puis, selon leurs conclusions, ils se font une idée plus informée. Telle est sans doute l’école de ce monastère. C’est probablement un lieu d’apprentissage de voies antiques délaissées par le Bouddha lui-même: rites figés, décors ornés, gourou emblématique, adoration d’idoles, hiérarchie sociale autocratique, trône doré pour le maître, uniformité des destins des élèves, festins ritualisés comportant viande, sucreries et alcool, sensualité exacerbée, répétition des mêmes formules rituelles, etc. Les disciples les expérimentent quelque temps et les délaissent probablement en les ayant comprises. C’est ainsi un lieu du désir archaïque de l’humanité pour la vie religieuse antique sous ses formes les plus caractéristiques, parfois les plus ornementées. Les liturgies sont en effet souvent impressionnantes. Mais c’est surtout l’opportunité de les voir et de ne pas y succomber. Ainsi c’est un lieu de convergence où se côtoient calmes moines, apprentis encore naïfs et enthousiastes, ainsi que quelques adeptes dépendants peut-être du tantrisme, indulgents sans doute avec leur tendance à s’adonner à une image simplifiée de leur réalité.

 

Désenchantement

L’enthousiasme des débuts a laissé la place à un désenchantement complet pour les orientations du maître tibétain en ce qui me concerne. En dépit de la chaleur humaine, de son contact plaisant et attirant, «le Très Précieux » présentait aussi des manières de diriger très conventionnelles et sans grande démocratie. Il y a donc deux plans distincts. Une distinction entre son rayonnement et le chef religieux dans sa fermeté avec ses limites culturelles m’est devenue évidente après ces années. Ainsi il y avait plusieurs facettes à sa personnalité. Ses charismes rayonnants et perceptibles suffisaient au début pour me convaincre qu’il devait être saint à tout le moins. Je ne pouvais alors imaginer que ces effets de « bénédiction », de compassion perceptible, étaient des expressions extérieures de sa vie, non sa manière d’être individuée. Peut-être était-ce un des secrets de sa personnalité : une différence entre son charisme extérieur et son orientation individuelle.

J’ai donc abandonné le zèle passionné des candides Occidentaux volontaires de ce projet lorsque, peu à peu, j’ai observé le système social rigide et sans démocratie qu’il mettait en oeuvre dans ce vaste complexe monastique traditionnel, le nouveau monastère de Félicité.

Il n’était certes pas au fait de la culture occidentale. Ainsi, un jour, auprès du vaste public d’un cours, il utilisa l’exemple du voyage pour lequel il faut prendre un bon départ. Il voulait souligner l’importance de notre but profond au travers de la métaphore du voyageur. Afin de rendre plus réaliste son point de vue, le «Très Précieux» maître choisit l’exemple suivant: «Si vous voulez aller en Amérique, il faut conduire votre voiture dans cette direction.» (sic). Nous étions en Europe. Une voiture ne nous aurait pas emmené très loin ! L’avion, le bateau ou même un humble pédalo eussent mieux convenu. Un enfant le lui aurait dit. Aucun Européen n’imaginerait aller à New York en auto. Ainsi nous gardâmes le silence poliment, lorsque l’interprète, un peu gêné, traduisit ce témoignage du peu de connaissance de la réalité terrestre qui révélait ainsi l’inculture affligeante de notre « Très Précieux ». Cette anecdote diminua quelque peu ma dévotion ! Il s’en est fallu de peu que je laisse le mythe de sa sagesse ce jour-là... Représentant supposé du « véhicule rapide vers l’éveil », «en un seul corps et une seule vie» selon la formule officielle, le « Très Précieux » ignorait, semble-t-il, la plus élémentaire disposition des continents ! Sa « sagesse » était sans doute inadaptée au temps et à son esprit, son Zeitgeist, tout simplement. C’était sans doute une de ces anciennes connaissances initiatiques figée et durcie, qui n’avait pas évolué et ne convenait plus depuis longtemps à la vie.

Cependant la qualité des talents, la jeunesse, la richesse humaine européenne qui est aujourd’hui investie dans les projets locaux à Féli cité sont telles que d’autres histoires devraient s’écrire au fil du temps. Ainsi il faudra sans doute que les moines et les moniales de Félicité abandonnent complètement l’idée de promouvoir, voire de faire venir au monastère de nouveaux adeptes. Ce mode de séduction, qui jouait tout à la fois sur la forme et le discours, paraît dommageable pour le renouveau de la vie occidentale si nécessaire aujourd’hui. Écouter les personnes qui viennent à eux sans formule toute faite, sans recours à un rituel étranger à leur vie et à leurs moyens d’évolution, voilà aussi un travail attentif à la vie.

 

NOTE :

La citation de Novalis est extraite des « Hymnes à la nuit », 1800, in Œuvres complètes, volume 1, traduction d’Armel Guerne, Gallimard.

 



Texte du 23 février 2000, révisé : © Marc Bosche, 30-07-2002 – Propos émis par l'auteur le 30 juillet 2002, tous droits réservés.

L’auteur prie cordialement le lecteur de ne pas appliquer ses hypothèses, voire ses premières conclusions à d’autres institutions bouddhistes qui ont sans doute d’autres fonctionnements, voire d’autres spiritualités !