Le cours de management interculturel ("cross-cultural management") est destiné au e-learning pour toutes les personnes intéressées par ce sujet et ayant déjà des bases, en particulier étudiants et professionnels.

On ne saurait trop conseiller à chacun, même s'il est déjà averti des problématiques interculturelles, de lire "Interculturel 101" en prérequis.

Après ce module, il est suggéré de découvrir la lecture e-learning "Interculturel 203", du même niveau d'entrée, qui poursuivra la réflexion en direction des approches culturalistes, de l'ethnocentrisme et des préjugés.

 

 

I.101

I.202

I.203 

I.304

I.506

Prémisses

  

Références

I. 202

Management interculturel


par Marc Bosche


Copyright Marc Bosche 2005-2007.

 

Comment comprendre ce qu’est communiquer, pratiquer l’échange social, et donc travailler avec des hommes et des femmes d’entreprises et d’organisations d’une autre culture nationale que la sienne ? Avec quels outils peut-on interroger les pratiques interculturelles de travail et d’affaires ?

 

 

L’intérêt des milieux académiques et des communautés d’affaires pour l’interculturel

Des recherches sont menées depuis plusieurs années visant à élucider des différences culturelles utiles aux managers. Des programmes de formation se multiplient plus récemment encore sur les thèmes de la préparation des cadres à l’expatriation ou à la négociation avec des individus d’autres cultures. Des séminaires de préparation, des « conseils en mentalités », des « conseils en harmonisation » (sic) sont disponibles. En Europe, les publications de recherche, et d’autres à diffusion plus professionnelle, sur le thème de l’interculturel connaissent un intérêt toujours renouvelé. D’autre part apparaissent des manuels en américain (et leur traduction française également), que l’enseignement supérieur de gestion utilise aux Etats Unis et surtout au Canada, dans le cadre de formation type MBA, pour sensibiliser les futurs cadres aux dimensions internationales et interculturelles du management. La crise du onze septembre et la montée des néo fondamentalismes perçue à travers la caisse de résonance des médias ont encore accru l’intérêt pour ces disciplines de l’interculturalité.



Les premiers travaux sur les différences culturelles en management marquent l’origine de l’intérêt des chercheurs pour l’interculturel avec la publication par Gert Hofstede de Culture’s Consequences (1980). L’ouvrage publié en France en 1987 fut à l’origine d’un engouement qui semble depuis se confirmer d’année en année pour ce champ en émergence. Dans le monde anglo-saxon, des ouvrages didactiques de référence (Adler, 1991) posent les questions de la synergie interculturelle.

Des associations spécialisées dynamisent la recherche dans ce champ. Le SIETAR France publie la revue Intercultures qui associe psychologues, consultants, chercheurs en management. L’Association européenne de management interculturel (AEMI) est à l’origine de plusieurs ouvrages collectifs issus de col loques spécialisés (Modes et Modèles, 1991 ; Mythes et Réalités, 1989...). D’autres groupes comme l’Association pour la recherche interculturelle (ARIC) travail lent également sur ces thèmes. Et les initiatives semblent se multiplier...

Des guides à l’usage des managers (guide books) se sont répandus, détaillant les embûches culturelles de pays étrangers et les spécificités locales. Ils sont parus dans un premier temps en langue anglaise (Harris & Moran, 1987) et en français (Bessis, 1993).C’est que selon sa culture d’appartenance, on ne dit pas la même chose des mêmes choses ! Les versions, les explications du réel, c’est-à-dire des situations, des comportements, des histoires, varient selon que l’on écoute des ressortissants d’une culture ou de l’autre. Il paraît clair que seul un simulacre de vérité peut exister en la matière, celui que le plus écouté impose à tort. Car, quand on est « entre les cultures », les évidences de clocher se diluent, et il ne reste que des attitudes, des représentations et parfois des sympathies.

Le manager de l’interculturel peut être exposé quotidiennement ou presque à l’expression de ce besoin. Dans une autre culture que la leur, les acteurs de la vie économique se trouvent démunis. Il y a bien sûr le facteur de la langue. Par exemple, les enseignes des boutiques sont indéchiffrables pour le visiteur occidental en Asie. Mais il y a également les valeurs sociales, les usages, la relation au temps, à l’espace, la communication non verbale, les modes d’intégration cognitifs, affectifs, volitifs : tout semble suivre un autre cheminement, trouver d’autres expressions, recevoir une autre signification et, comme pourrait le souligner Wilden (1981), un autre sens. Cela rend la vie difficile aux responsables d’agence ou de filiale expatriés.

La négociation avec les partenaires sociaux suit d’autres routes que celles, plus facilement prévisibles, des négociations avec une centrale syndicale française. Même la gestion des salaires et des promotions internes est rendue ardue pour l’expatrié. Ainsi, en Corée du Sud, il arrive qu’un collaborateur estimé par le responsable français de filiale jouisse qu’un piètre statut parce sa famille pro vient de la région Sud-ouest du Chollanam-do, où les êtres sont réputés, selon le stéréotype national coréen, moins dignes de confiance qu’ailleurs.

La négociation d’affaires avec des partenaires d’autres nationalités se révèle, bien souvent, un casse-tête. Il y a en effet l’incertitude du processus même de la négociation, fortement déterminé culturellement, et celle du contenu de la négociation et de ses objectifs, qui se cumulent et s’associent, inextricablement ou presque. Ainsi cette équipe de négociateurs français qui venait négocier à Séoul un important contrat d’équipement dans le domaine des transports était arrivée avec dix minutes de retard à la toute première rencontre. Elle s’était attirée les remarques très dures des partenaires coréens, réputés très sensibles à la toute première impression. Le second jour, arrivant dix minutes en avance cette fois, les négociateurs français ont reçu un autre accueil glacial, car le négociateur coréen n’était pas prêt, finissant un de ces brefs sommes réparateurs qui sont parfois une habitude après le déjeuner de midi. Avec l’expérience, ils ont réalisé que la seule méthode était d’être à l’heure juste au rendez-vous en guettant l’aiguille de la pendule dans le couloir à l’extérieur des locaux.

Il est un besoin fort exprimé par les acteurs internationaux. Il s’agit pour eux de mieux comprendre leurs partenaires. Et ce besoin doit nous laisser penser que la plupart des terrains sociaux, des espaces nationaux et internationaux de gestion, appellent une étude des processus interculturels.

Des travaux par zone géographique se sont également multipliés pendant ces années. La zone Asie, avec le Japon et les « Dragons » (Bosche, 1987, 1991), la zone Europe (Petit et coll., 1992 ; Bosche, 1992) et surtout la Chine - nouvelle « powerhouse » économique -  semblent des terrains d’investigation particulièrement fertiles. La communication interpersonnelle est un champ adjacent au précédent. On y trouve des publications didactiques en langue anglaise comme l’ouvrage Cross Cultural Communication de Gudykunst et Ting Tumy (1986). Des auteurs français publient dans ce champ, en particulier sur le thème de l’expatriation des cadres (Gruère & Morel, 1991).

Le marketing et la stratégie d’entreprise constituent un autre domaine de recherches interculturelles. La littérature sur l’utilisation culturelle de l’espace (Hall Edward T & Hall Mildred, 1990), du temps (Prime, 1993), des valeurs (D’Iribarne Philippe, 1989) est devenue abondante. Elle intéresse le marketing par sa pertinence pour rendre compte des styles de vie. Aujourd’hui les premières synthèses de la vague de publications initiée par Gert Hofstede s’effectuent déjà dans le cadre d’une approche culturelle du marketing international.

 

 

Le maillage avec d’autres disciplines

Mais on ne peut limiter le management interculturel aux seules sciences de gestion. En effet plusieurs disciplines se fertilisent mutuellement par leur intérêt partagé pour le concept d’< interculturel » et les rencontres entre chercheurs et praticiens. Nombreux sont les chercheurs en management qui disposent d’une formation en psychologie ou en sociologie, et il est donc naturel que le champ du management interculturel se maille, voire se fonde, avec d’autres disciplines.

L’anthropologie (étude de l’être humain) et sa spécialité qu’est l’ethnologie (étude de la société) peuvent être considérées comme des disciplines inspiratrices dans le champ interculturel. Souvent explorées, parfois un peu hâtivement, les oeuvres des anthropologues, comme Claude Lévi-Strauss, Gregory Bateson, Marshall Sahlins, sont une source d’inspiration et leur fréquentation semble dynamiser récemment les recherches en sciences de gestion (Bosche, 1991).

La sociologie (étude des phénomènes sociaux) et une de ses spécialités qu’est la sociologie des organisations puisent à l’occasion dans les investigations des anthropologues. Avec leurs propres méthodes, elles proposent des réflexions inter- culturelles appliquées aux organisations de production, c’est-à-dire en particulier aux entreprises. Le LEST d’Aix-en-Provence (Maurice, 1989) est à l’origine de publications significatives.

La psychologie (étude des faits psychiques) est sans doute la discipline la plus dynamique dans les recherches interculturelles. Une de ses spécialités, la psychologie sociale (avec une approche cognitive), explore désormais le champ des variations ethniques, nationales et régionales avec l’outillage précis et sophistiqué de sa recherche expérimentale. On peut citer à cet égard l’existence en langue anglaise de revues de recherche spécialisées en psychologie interculturelle le Journal of Cross Cultural Psychology ou l’International Journal of Intercultural Relations. Les revues de recherche les plus diffusées en psychologie sociale se sont, d’autre part, ouvertes aux publications à caractère interculturel. En France, l’intérêt des universitaires se manifeste pour ce champ en émergence. On note à cet égard des travaux collectifs sur le choc culturel que constitue l’identité de l’autre (Camilleri & Cohen-Emerique, 1989).

Ces types d’approche sont souvent basés, au plan pratique, sur la connaissance la plus précise possible des cultures nationales concernées et, au plan conceptuel, sur des différences culturelles et leur mise en évidence par des méthodes intuitives ou quantifiées. L’utilité de ces nouveaux outils de recherche, de conseil, de formation et d’enseignement paraît évidente au vu de l’intensité de la demande à laquelle ils répondent.

On peut se demander cependant si ce sont là des approches suffisamment complètes pour répondre, au-delà de la demande, aux besoins réels des hommes d’affaires et d’entreprise en termes de communication interpersonnelle, de gestion d’équipes et plus généralement de préparation aux situations interculturelles. En effet, si ces approches développent effectivement des problématiques inter- culturelles, il peut être intéressant de resituer celles-ci dans les cultures elles-mêmes, chez leurs interprètes (les chercheurs) et leurs acteurs (les hommes d’affaires, les managers).

 

 

Interroger le mode d’accès à la connaissance

On se propose d’interroger le mode même d’accès à la connaissance inter- culturelle, telle qu’elle est présentée par les disciplines d’une nouvelle anthropologie des affaires, qui semble être en cours de constitution comme corpus et comme pratique et dont il paraît aujourd’hui important d’interroger les choix. La connaissance en management interculturel se limite encore trop souvent à des stéréotypes. C’est aussi le statut de cette connaissance de généraliser. Il est donc nécessaire d’interroger ces stéréotypes.

Il est indispensable de  préciser les bases tant théoriques que méthodologiques des démarches interculturelles en gestion et à en illustrer les applications par des témoignages vécus d’expérience. On souhaite être en mesure de proposer de nouveaux éléments concrets, même modes tes, concernant la préparation à l’expatriation des cadres, la gestion des rapports humains en milieu pluriculturel, l’animation des équipes internationales, et les programmes de formation qui peuvent y être associés.

 

Les expériences de l’outsourcing en cours

Les managers de l’outsourcing (externalisation des processus vitaux de l’entreprise au détriment de ses salariés) travaillent hors des frontières nationales, en particulier dans les pays à faible coût de la main-d’œuvre. Ils font tous l’expérience suivante. À chaque voyage, entre là-bas et ici, à chaque arrivée, à chaque retour, mûrit un peu plus en eux la même question : comment les individus vivent ils les différences de culture dans les situations à forte immersion (travail en milieu biculturel temporaire ou expatriation plus longue) ?

 

 

LES CONCEPTS DE L’INTERCULTUREL

 

« Le problème social ne peut être résolu, il peut être réglé. »

Bertrand de Jouvenel, in Martinet, 1990, p. 79.

 

Le thème que l’on se propose d’étudier est clairement transversal. Il ‘agit ici  de proposer des éléments problématisés de réflexion, des hypothèses et des orientations à l’action, possibles. Des définitions sont nécessaires à ce point. On définira ce qu’est le management, la gestion des ressources humaines, la culture, la communication et l’étude interculturelle proprement dite.

 

 

Une définition du management

Le terme de management est peu explicite. Ce mot réputé d’origine française, en dépit de son historique anglo-saxon, a la double racine « ménage » que l’on retrouve dans le vieux français du temps de Sully (Martinet & Silem, éds., 1986, p. 177) et manus » (main) latine. Il évoque l’action finalisée, la capacité à orienter celle-ci vers un but. C’est selon le lexique DalIoz « l’ensemble des techniques d’organisation qui sont mises en oeuvre pour la gestion d’une entité économique ». Celui-ci précise que, dans un sens restreint, le terme management peut désigner « soit la direction générale, les cadres moyens, l’organisation » (Martinet & Silem, éds., 1986, p. 177). Terry et Franklin définissent le management comme suit : « Un processus qui consiste en un système de fonctions communication, planification, direction, formulation de stratégie, prise de décision, contrôle, motivation, innovation, recrutement, promotion... visant à déterminer et â atteindre des objectifs définis au sein d’un groupe humain, grâce à la mise en oeuvre de ressources. Ces ressources de base sont constituées par les hommes, les matières, les capitaux, les machines, les méthodes, les marchés. » Le management renvoie à la stratégie. « La stratégie est l’ensemble des décisions et des actions relatives au choix des moyens et à l’articulation des ressources en vue d’atteindre un objectif» (Thiétart, 1988, p. 1). Ainsi « un large consensus existe désormais pour considérer le management stratégique comme l’organisateur, sur la durée, des nécessaires adéquations entre les exigences de l’environne ment et les capacités de l’entreprise » (Martinet, 1984, p. I). Si l’on devait rattacher plus spécifiquement le management à une fonction de l’entreprise, outre les difficultés de le rattacher à un niveau particulier puisqu’il les concerne tous, on hésiterait ainsi entre les services de planification stratégique (aspect fonctionnel) et la direction générale (aspect opérationnel).

La question de la scientificité du management se pose à ce point. Elle est difficile. Les sciences pures définissent les critères de la scientificité : causalité, objectivité, adéquation de la science à son objet (Martinet, éd., 1990, pp. 32-47). Ces critères doivent être élargis pour rendre compte de la nature de science sociale du management (Ibidem, p. 32). La nécessité de la décision en sciences de gestion permet d’articuler les contradictions des différentes rationalités mises en oeuvre par des observateurs différents d’un même problème social (Ibidem, p. 74).

On prendra le concept de management dans son acception la plus neutre possible, en sachant que cela n’est pourtant pas finalement possible. C’est dans le sens d’une vision coordonnée des sciences de gestion à finalité décisionnelle qu’on l’entendra. On n’aborde pas à ce point les aspects idéologiques du management, on ne posera pas non plus à ce point un regard épistémologique sur son discours. Cela serait sans doute utile mais ferait l’objet d’une étude à part entière’. On sera cependant amené à traiter de la question de l’idéologie dans le cadre spécifique de notre recherche, c’est-à-dire dans un contexte interculturel.

Le management a une importante dimension humaine qui se traduit par la communication interpersonnelle et l’échange social. Nous serons donc amenés à aborder ces questions lorsque nous étudierons les problématiques interculturelles dans ce cadre conjoint de gestion des ressources humaines et de management. Il nous faut à ce point à définir ce que signifie « interculturel ».

 

 

Définition du concept d’« interculturel »

Un exemple donné par Miguelez (Ibidem, p. 32) spécifie clairement ce qui peut être qualifié d’étude interculturelle et ce qui ne peut l’être. C’est celui de deux comparaisons. L’une porte sur le comportement sexuel des Français et des Américains. L’autre porte sur le comportement sexuel des Français à bas niveau de revenu et à haut niveau de revenu. Pourquoi peut-on dire que la première étude est interculturelle et la deuxième intraculturelle ? L’auteur explique ainsi la différence : « Ce n’est pas simplement parce que dans le premier cas deux cultures sont comparées tandis que dans le deuxième cas il n’y a pas de comparaison entre cultures, c’est aussi et surtout parce que dans le premier cas la culture est considérée comme une variable opératoire tandis que dans le deuxième elle est considérée comme un paramètre, c’est-à-dire une variable dont les valeurs ne changent pas lorsque les valeurs des autres variables changent. »

Hudson, Barakat et Laforge (1959, pp. 7-8) précisent cette différence fondamentale : « tandis que les études intraculturelles s’intéressent aux variations individuelles de la norme pour la culture en question, les études interculturelles fournissent des informations à propos de la variation des normes comme fonction des différences culturelles ».

Se pose alors le problème de l’opérationalisation des cultures en tant que variables. Quelles valeurs (au sens quantitatif) peuvent-elles prendre ? En tant que telles, aucune. Et Miguelez (Ibidem, p. 33) souligne que, pour ce faire, les cultures doivent être interprétées comme « des références elliptiques à des facteurs théoriques encore non connus ou non considérés ».

 

 

Les corpus du management interculturel

Lorsque des outils spécifiques à ce jeune champ de recherche font défaut, le management interculturel utilise librement les méthodes et les concepts

de l’anthropologie et d’une de ses disciplines, l’ethnologie,

de la sociologie et d’une de ses disciplines, la sociologie des organisations,

de la psychologie et d’une de ses disciplines, la psychologie sociale.

Inclus dans cette dernière est le domaine de la psychologie sociale cognitive interculturelle, qui tend désormais à se constituer comme un corpus spécifique.

Plus ambigu est le statut de la « communication interpersonnelle », que l’on doit pourtant considérer comme une discipline spécifique disposant de concepts et de méthodes empruntés par exemple à la cybernétique, mais aussi à la psychologie. Il existe également une « communication interculturelle » (Gudykunst & Ting-Tumy, 1986), qui tend, en tant que corpus, à s’autonomiser également.

On ne doit pas s’étonner de cette hétérogénéité de méthodes. Le sujet traité étant parfaitement transversal, il est indispensable de pouvoir recourir aux disciplines scientifiques outillées.

L’importance des facteurs de communication paraît essentielle pour l’étude du management interculturel. Le terme d’« interculturel » traduit la mise en relation de phénomènes culturels, et donc l’échange social. Là se situe la dimension «communication » de notre objet d’étude. On a choisi de partir de ce constat l’interculturel est au départ une mise en relation d’acteurs. On ouvre ainsi cette recherche par une mise en perspective théorique des concepts de la communication interculturelle.

 

 

Une définition de la communication interculturelle

On pourrait développer la définition comme suit en en reprenant les termes

interaction (communication, relation),

entre deux individus (ou plus),

de deux cultures nationales différentes (ou plus).

On peut ajouter à titre optionnel, et parce que ces précisions sont pertinentes dans notre étude

dans le contexte (fort ou faible) d’une ou plusieurs organisations de production (par exemple des entreprises)

pour atteindre des objectifs professionnels ou réaliser un travail.

Quelle(s) définition(s) de la culture choisir ?

Kroeber et Kluckhohn (1952), qui ont repéré plus d’une centaine de définitions différentes, ont tenté de décrire la culture à travers cinq rubriques.

Les états mentaux. Ils différencient les cultures car ils n’ont pas les mêmes significations dans les unes et les autres. Ils traduisent des différences dans la manipulation des registres sensoriels.

Les types de comportements. Les habitudes, les rites ou plus simplement les comportements du quotidien permettent de repérer des différences entres cultures.

Les savoir-faire. La maîtrise de techniques comportementales (utilisation d’outils, métiers) et de techniques plus spécifiquement tournées vers la communication (langages) constituent des patrimoines de savoir-faire qui distinguent les cultures les unes par rapport aux autres.

Les produits de l’application de ces savoir-faire. Ce sont les empreintes dans la matière de la culture : maisons, véhicules, oeuvres religieuses et artistiques, par exemple.

Les institutions et modes d’organisation collectifs. Les organisations ont des structures et des processus qui diffèrent d’une culture à l’autre : par exemple les organisations de production (ferme, atelier, usine) ou les organisations éducatives (écoles, universités).

Mais, comme le font remarquer Camilleri et Cohen-Emerique (1989, pp. 21-22), il s’agit là de la description des effets de la culture, et non son essence même. Et ces auteurs soulignent la nécessité de « saisir ce quelque chose qui, appliqué à cette variété indéfinie d’éléments les fait reconnaître comme intérieurs au patrimoine culturel d’un groupe par opposition à ce qui lui est extérieur » (Ibidem, p 22).

Indiquant, dans une perspective proche de celle du mouvement culturaliste nord-américain, la nécessité d’identifier avec la culture un pattern traversant les évidences concrètes (cf. la perspective qu’en donnent Clapier et Valladon dans leur « panorama du culturalisme » en 1976), ils soulignent l’importance fonda mentale de deux dimensions : le patrimoine commun et l’ancienneté. Ainsi c’est la transmissibilité et la reproductibilité de la culture qui sont ici soulignées. Camilleri et Cohen-Emerique proposent cette définition de la culture qui illustre la double dimension à la fois synchronique (existence dans l’instant) et diachronique (inscription dans le temps) de la culture

« La culture est l’ensemble plus ou moins fortement lié des significations acquises les plus persistantes et les plus partagées que les membres d’un groupe, de par leur affiliation à ce groupe, sont amenés à distribuer de façon prévalente sur les stimuli provenant de leur environnement et d’eux-mêmes, induisant vis-à-vis de ces stimuli des attitudes, des représentations et des comportements communs valorisés, dont ils tendent à assurer la reproduction par des voies non génétiques » (Ibidem, p. 27).

Cette vision de la culture, pertinente pour les problématiques interculturel les, est aussi celle que propose Nancy Adler « les individus expriment la culture et ses qualités normatives à travers les valeurs qu’ils portent concernant la vie et le monde autour d’eux. Ces valeurs affectent à leur tour leurs attitudes sur la forme de comportement considérée comme la plus appropriée et efficace dans une situation donnée » (Adler, 1991, p. 16).

Le chercheur canadien évoque l’impact des changements comportementaux individuels sur la culture et son mode de reproduction : « Les patterns (nous avons conservé le terme en anglais) changeants de comportement des individus et des groupes peuvent influencer la culture sociétale, et le cycle recommence » (Ibidem, p. 16)

Ainsi valeurs, attitudes, comportement et culture s’enchaînent-ils dans ce sens dans un cycle bouclé sur lui-même.

 

 

LA PROBLEMATIQUE INTERCULTURELLE

 

On se propose ici de développer les difficultés, les ambiguïtés et les paradoxes qui sont à la base de la problématique du management interculturel. On va préciser dans les développements qui suivent les éléments théoriques les plus utiles à la compréhension de la communication interculturelle. Ce sont d’une part les modèles d’analyse mathématiques, cybernétiques et paradoxaux de la communication interpersonnelle. Ce sont d’autre part des contributions de nature sociologique qui relativisent la validité de ces modèles.

 

 

L’ANALYSE DE LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE

Le modèle mathématique de la communication

Ce modèle est devenu la référence, bien souvent exclusive, de description de la communication et peut constituer à ce titre une base pour une réflexion critique. D’après le modèle de Shannon (Bell laboratories, 1949), la structure et le processus de communication peuvent être décrits par le schéma suivant (ou l’une des nombreuses variantes qui en sont dérivées)

La problématique culturelle peut être introduite ici

au niveau de l’encodage (encodage culturel, linguistique),

au niveau du décodage (décodage culturel, linguistique),

sur chaque message.

On peut supposer qu’une amplification de l’écart par rapport au message initial peut se produire.

La problématique interculturelle est celle

du décodage (à l’aide d’un code culturel),

d’un message encodé (avec un autre code culturel),

de la rétroaction comportant le décodage de la réponse avec le risque d’un « feedback positif » (Watzlawick, Beavin et alt. 1972), c’est-à-dire d’un écart croissant par rapport à la « norme » d’une communication sans « distorsion ».

 

Les problèmes de traduction linguistique

Les processus linguistiques semblent d’un type logique (selon Whitehead et Russell, 1913) différent des processus culturels. Il paraît donc utile de les traiter à part. Il semble qu’il n’y ait pas de sources de bruit spécifiques à la communication interculturelle. En revanche, les problèmes d’encodage et décodage sont particulièrement sensibles à cause de la différence de référentiel (code) des cultures.

Le problème principal, qui concerne l’application de ce modèle aux situations interculturelles, semble être pratique : chaque flux de communication est unique dans son occurrence, il est donc difficile de proposer une « norme » (imaginaire) sans biais culturel.

Par ailleurs, la richesse du contexte de la communication, qui constitue tout l’intérêt de l’approche interculturelle, ne semble pas être prise en compte par le« bruit » qui est ici un élément perturbateur.

 

Le modèle de Jakobson (1960)

Ce modèle spécifie l’existence d’un message, ce que le modèle de Shannon ignore, ce dernier étant plus à même de décrire l’équipement électronique d’une ligne téléphonique qu’une interaction sociale. Bien qu’issu de la linguistique et concernant la communication — à sens unique — verbale, il est plus riche que le précédent dans la perspective interculturelle. Il intègre en effet la dimension « phatique » (contact).

Ainsi la communication transmet non seulement des informations mais assure le contact entre le destinateur et le destinataire. La qualité et les caractéristiques de ce « contact » permettent de rendre compte de l’ajustement du destinateur à son destinataire. Le concept de « contexte » peut rendre compte de l’emprise de la culture sur la communication. En revanche, il ne spécifie pas la situation. Ce concept, en effet, reste muet sur la « conjugaison » des cultures qui s’opère ou non dans la communication. Dans ce modèle, la communication est à sens unique et il faudrait pouvoir spécifier la nature du code utilisé.

Il apparaît qu’en présence de codes culturels distincts (A et B) et de problèmes complexes de traduction (A vers B et B vers A), le contact entre les acteurs prenne une importance particulière. Nous sommes ainsi amenés à introduire la notion d’action, qui fait une place plus grande à la situation particulière mettant en contact les... acteurs. Les travaux du collège invisible de Palo Alto, avec le recours à la deuxième cybernétique, aux paradoxes pragmatiques et à la métaphore orchestrale de la communication vont servir ici de support à la réflexion.

 

 

LES TRAVAUX DU « COLLÈGE INVISIBLE» DU MENTAL RESEARCH INSTITUTE DE PALO ALTO

La conception de la communication comme transmission d’un message, encodé puis décodé, dénote pour des chercheurs comme Watzlawick ou Weakland le recours à « une tradition philosophique où l’homme est connu comme un esprit encagé dans un corps, émettant des pensées sous forme de chapelets de mots » (Winkin, 1981). Cette vision paraît effectivement réductrice.

 

La métaphore de la grammaire

Leurs travaux, qui intègrent la communication non verbale sans en faire une catégorie à part, partent du questionnement : « Parmi les milliers de comportements corporellement possibles, quels sont ceux retenus par la culture pour constituer des ensembles significatifs ? » Des chercheurs comme Birdwhistell ou Scheflen (in Winkin, 1981) proposent deux métaphores qui peuvent nous être utiles : d’une part la communication procèderait selon une grammaire de comportements dont chacun disposerait dans l’interaction, d’autre part ses acteurs seraient comme les instrumentistes d’un orchestre.

 

La métaphore de l’orchestre

La deuxième métaphore est désormais bien connue « Si nous posons que la forme de la composition musicale en général est analogue à la structure de la communication américaine, des variantes particulières de la musique [...] peuvent être conçues comme analogues à des structures communicatives. […] La “partition” de la communication n’a pas été formulée par écrit et, dans une certaine mesure, a été apprise inconsciemment » (Schefflen, 1973).

Ainsi chaque acteur dans l’interaction jouerait une voix de la partition globale, partition intégrant des données communicationnelles (comportement gestuel par exemple) et contextuelles (niveaux logiques de contexte) complexes.

 

 

De nouvelles hypothèses de «lecture » interculturelle

Appliqués à la communication interculturelle ces éléments nous permettent d’enrichir les modèles présentés précédemment.

1. Chaque individu puiserait à sa grammaire culturelle pour se comporter. Dans la situation interculturelle, ces grammaires seraient différentes. Ainsi les indices textuels et la trame contextuelle seraient utilisés différemment par les individus de cultures différentes.

2. On peut supposer que, chacun lisant une partition différente, il n’y aura pas d’harmonie mais des « dissonances » (au sens musical du terme).

3. En interprétant ces éléments avec le concept de schismogénèse (Bateson, 1971), on pourrait en déduire quatre possibilités pour les acteurs. Soit les individus en interaction

réalisent l’existence d’une « dissonance », puisent dans leur grammaire des comportements pour y réagir, et augmentent encore la « dissonance », car ils se réfèrent à des grammaires différentes

réalisent, par une prise de conscience ou « métacommunication » (Watzlawick, Weakland et Fisch, 1975) que leur grammaire est insuffisante. Ils tentent de l’élaborer dans cette situation en apprenant à découvrir la grammaire de l’autre

ne réalisent pas la « dissonance » qui résulte de leurs partitions différentes. Et celle-ci perdure, vécue, peut-être, au niveau inconscient

réalisent différemment, l’un de l’autre, la « dissonance » et créent une situation intermédiaire entre « l’orchestre de sourds » et « l’harmonie ».

 

 

Un cas des baisers et des larmes en Angleterre

Un cas étudié par Birdwhistell, bien qu’il ne concerne pas les situations d’affaires, est intéressant à cet égard. Il concerne deux stéréotypes qui avaient cours en 1944 et qu’étudiait Margaret Mead. Les G.I.s basés en Angleterre prétendaient que les jeunes Anglaises étaient des filles faciles, alors que parmi ces dernières il se disait que les G.I.s étaient des « voyous » ! L’explication que donnèrent les chercheurs était la suivante «L’approche amoureuse se conduit en respectant un certain nombre d’étapes. [...] Mais ces étapes sont soumises à des variations culturelles. En Angle- terre, il faut passer par une longue série de points avant d’arriver au baiser sur la bouche ; et le baiser n’est plus très loin de l’étape ultime de l’accouplement. Aux États-Unis, par contre, le baiser sur la bouche se situe parmi les toutes premières démarches. Dès lors, lorsque le G.I., entamant le scénario selon les règles américaines, embrasse la jeune Anglaise sur la bouche, celle-ci ne peut que s’enfuir ou entamer les manoeuvres menant au coït » (in Winkin, 1981). Dans ce cas, il y a deux grammaires de communication utilisées cette situation aboutit à une schismogénèse de type « tout ou rien » et à des stéréotypes concernant le comportement des acteurs, dont on pourrait dire qu’ils traduisent peut-être un certain manque d’« harmonie » (au sens musical) dans ce type (très particulier) d’interaction.

Il est à noter que les tentatives de mettre en évidence une grammaire comportementale, structurée comme un langage (la kinésique) n’ont pas abouti, de l’aveu même de leur initiateur Ray Birdwhistell (1970).

 

 

LES APPLICATIONS DE LA THÉORIE DE LA GRAMMAIRE

 

La synchronie de l’interaction (Condon, in Hall, 1979)

 

Selon les recherches faites à partir de supports filmés, il semble qu’il y ait dans l’interaction une synchronie. Celle-ci se révèle tout particulièrement dans les postures, mais également dans le système posture/parole des individus en inter action. L’outillage pratique de la Programmation neurolinguistique (PNL) de Grinder et Bandler repose sur ce constat.

Si les individus harmonisent mutuellement leur comportement dans le processus de communication, la métaphore de la grammaire nous amènerait à penser que les individus ont recours à une sémantique et/ou à une syntaxe qui leur serait propre pour réaliser cette synchronie.

Les cas pathologiques s’expliqueraient par des divergences de grammaires individuelles, ce qui est évoqué dans certaines conceptions de l’antipsychiatrie, la psychothérapie paradoxale par exemple (Watzlawick et Weakland, 1981).

 

 

La métaphore du logiciel mental

D’autres vont encore plus loin dans cette métaphore Hofstede, par exemple, pour qui il existe, plus qu’une grammaire, un véritable logiciel auquel chaque individu puise et qui est sa propre culture (Hofstede, 1987).

L’individu serait donc programmé à plusieurs niveaux individuel, collectif (culture nationale par exemple) et universel. Ainsi, si nous faisons une interprétation extrême de cela, il n’y aurait guère que sur la base de la programmation universelle commune que les individus de cultures différentes pourraient communiquer pleinement. On retrouve d’ailleurs ici la relation et la nuance qu’établit Birdwhistell (1970) entre culture et communication «La communication pourrait être considérée, au sens le plus large, comme l’aspect actif de la structure culturelle. Ce que j’essaie de dire est que la culture et la communication sont des termes qui représentent deux points de vue ou deux méthodes de présentation de l’interrelation humaine, structurée et régulière. Dans “culture”, l’accent est mis sur la structure, dans “communication”, sur le processus. »

 

 

RELATIVISER CES MODÈLES PAR UNE APPROCHE SOCIOLOGIQUE

 

Définition de la « signification »

« L’unité de l’ordre culturel est constituée par la signification », indique Sahlins (1976) dans la conclusion de son ouvrage sur « raison utilitaire et raison culturelle ». Selon lui, « la valeur fonctionnelle est toujours relative à un schème culturel donné ». Ainsi peuvent s’expliquer les différences dans l’utilisation d’objets identiques dans des cultures différentes. Sahlins s’est intéressé aux comportements de consommation et aux significations qui peuvent leur être associées.

L’exemple de « la machine à coudre Singer posée majestueusement devant la maison d’un chef africain » et qui « rouille lentement » (Sahlins, 1976) évoque les profondes différences qui peuvent exister entre les significations (et les usages) associées à des objets, à des comportements, selon les cultures.

Dans cette perspective, on note les points suivants

Les individus en interaction associent des significations à leur expérience directe de la situation de communication. Et le référent culturel de chacun détermine la relation de l’objet (et du comportement) avec ses significations associées.

Le type de communication qui prend place traduit l’échange. Cet échange sera-t-il à sens unique, l’un recevant de l’autre de nouvelles interprétations comportementales ? Dans ce cas, cela se passera-t-il dans une relation de type dominant-dominé ou dans une relation «pédagogique» plus « amicale » ?

L’échange sera-t-il équilibré, aboutissant à une forme d’influence et d’acculturation réciproque ? Ou débouchera-t-il en une synthèse, un troisième terme

culturel issu de l’échange entre des individus de deux cultures différentes ?

La communication mérite d’être précisée par la nature de l’échange.

Cet échange se produit à plusieurs niveaux le niveau des objets et des informations (un niveau « dénotatif »), le niveau de leurs significations culturelles associées (un niveau « connotatif ») et peut-être d’autres niveaux encore.

Cet échange doit être considéré dans sa globalité pour ne pas reformuler encore une version améliorée du « modèle télégraphique ».

Cette perspective est compatible avec celle de Birdwhistell (1959) : « Un individu ne communique pas, il prend part à une communication ou il en devient un élément. Il peut bouger, faire du bruit... mais il ne communique pas. En d’autres termes, il n’est pas l’auteur de la communication, il y participe. La communication en tant que système ne doit donc pas être connue sur le modèle de l’action et de la réaction, si complexe soit son énoncé. En tant que système, on doit la saisir au niveau d’un échange. »

Si l’idée selon laquelle la communication interculturelle est un échange d’informations de plusieurs ordres (faits et interprétations culturelles de ces faits par exemple) doit être approfondie, il faut pouvoir disposer d’une description même sommaire de ces ordres différents.

 

 

Dissocier le niveau des « faits objectifs »...

Nous pensons qu’une certaine réalité existe indépendamment de nous-mêmes. Certains énoncés peuvent être qualifiés d’objectifs, ou plutôt d’objectivables, parce que les individus qui communiquent peuvent vérifier empiriquement leur validité. « II y a 7 jours dans la semaine » est un tel énoncé. Cela ne signifie pas pour autant que les individus sont d’accord sur le même énoncé mais qu’ils pourraient l’être s’ils avaient accès à l’information qui l’objective. Watzlawick définit ainsi ce niveau : « Il a trait aux propriétés purement physiques, objectivement sensibles des choses, et est lié à une perception sensorielle correcte, au sens “commun” ou à une vérification objective, reproductible et scientifique » (Watzlawick, 1978). Ce niveau peut être qualifié de « réalité de premier ordre » (Watzlawick, 1980).

 

et les niveaux des « significations » associées aux faits

Un autre niveau, qui paraît au moins aussi important, est celui des significations associées aux énoncés du premier ordre. Mais il y tant d’éléments différents dans ce que l’on regroupe ici sous le terme de « significations » qu’il paraît plus conforme à cette hétérogénéité de parler de plusieurs niveaux dans cette rubrique. Ainsi nos opinions, notre jugement, qu’ils soient vraiment nôtres ou le fait d’une programmation culturelle par exemple, constituent comme l’indique Watzlawick (1980) « Notre image de la première réalité ; nous l’appellerons réalité du deuxième ordre ».

L’auteur indique que cette réalité de deuxième ordre est intimement liée au processus de la communication : « Nous devons donc considérer une image du monde comme la synthèse la plus vaste, la plus complexe que peut réaliser l’individu à partir des myriades d’expériences, de convictions, d’influences, d’interprétations et leurs conséquences sur la valeur et la signification qu’il attribue aux objets perçus. L’image du monde, c’est au sens très concret et premier, le produit de la communication [...] L ‘image du monde n ‘est pas le monde ; elle consiste en une mosaïque d’images, interprétables différemment aujourd’hui ou demain, en une structure de structures, une interprétation d’interprétations, elle s’élabore au moyen de décisions continuelles sur ce qu’il faut ou non inclure dans ces méta interprétations qui découlent elles-mêmes de décisions antérieures ».

Dans ce deuxième niveau, il peut être intéressant de distinguer des degrés adaptés à l’étude de la communication interculturelle d’affaires. On distingue le niveau de la culture nationale, de la culture d’entreprise et de l’individu lui- même. Il est clair que ces distinctions sont en partie artificielles ; en effet, c’est toujours l’individu qui communique, même s’il exprime des significations qui ont cours dans sa nation ou son entreprise.

 

 

LES SIGNIFICATIONS VARIENT SELON LES CULTURES

Les associations qu’un individu fait entre une expérience (de communication par exemple) et les significations qu’il lui associe varient selon la culture nationale donnée.

 

Où l’on se gratte la tête

Pour un individu dont le référent culturel est japonais, se gratter la tête doucement avec la main signifie (ou signifierait, pour être moins péremptoire) un sentiment de honte ou le fait de « la face » (Klopf et Park, 1982). Dans plusieurs cultures d’Occident, ce geste signifie seulement que l’individu se questionne ou qu’il cherche silencieusement la réponse à un problème. À Sri Lanka, tourner lentement et alternativement la tête à gauche et à droite signifie que l’individu est d’accord avec l’énoncé qu’une autre personne vient de communiquer. Dans la culture française, ce geste, ou plutôt une variante subtile de celui-ci, signifie au contraire le désaccord ou la négation (source : personnelle).

En Corée, le mot que l’on traduit en français par « oui » est un marqueur et un ernbrayeur qui signifie que son locuteur est attentif aux propos échangés et qu’il attend la suite du message. En France, le mot « oui » signifie davantage une accord sur le contenu de ce qui vient d’être dit et une affirmation.

 

Ces trois exemples témoignent de la diversité des significations selon les cultures. Dans le premier exemple, deux significations indépendantes sont attribuées par deux cultures. Dans le deuxième exemple, ces significations sont non seulement différentes mais contraires. Dans le troisième exemple, l’énoncé n’est pas identique dans les deux cultures (oui en français, nê en coréen) et reçoit des significations différentes, bien que cette différence soit nuancée et subtile. Les deux premiers exemples ont trait à la communication gestuelle et le troisième à la communication verbale.

On comprend aisément que, en raison de l’importance des différences selon les cultures nationales, la communication interculturelle et le management inter- culturelles aient en priorité étudiées, négligeant peut-être quelque peu d’autres différences plus subtiles ou plus difficilement identifiables comme celles qui sont évoquées dans le paragraphe qui suit.

 

 

Pour dépasser la caricature des différences culturelles

Cependant le caractère « caricatural » qui semble commun aux exemples portant sur les différences culturelles nationales nous suggère les points suivants :

 

Il est indispensable d’intégrer d’autres niveaux d’analyse : la culture d’entreprise, les caractéristiques « culturelles » de l’individu et peut être d’autres niveaux encore (le niveau de certaines sub-cultures pertinentes dans cette problématique par exemple).

La communication est processus, échange. Elle est donc située dans l’espace et le temps et donc fortement contextualisée. Cela doit inciter le chercheur à ne pas donner toute la place à des règles culturelles aussi intangibles que dénuées de vie dans ce type de recherche. Ceci sera l’objet d’un prochain développement.

 

 

Les spécificités de l’individu :

Faire de l’individu un « homo sociologicus éponge » c’est comme le souligne Padioleau (1986) oublier qu’il met en oeuvre une activité cognitive Cette activité, précise le sociologue en reprenant la formule de Brunner, « va toujours au delà de l’information donnée » Or vouloir réduire l’individu à une éponge culturelle, que ce soit la culture nationale ou la culture d’entreprise ressortit la même démarche. Il est vrai que la culture précise une part de prévisibilité dans le comportement de l’individu. Il n’y a pas de raison pour que la situation inter- culturelle fasse exception. Padioleau suggère cependant, à propos de l’ordre social, que le prévisible et la contingence s’enchevêtrent. Selon lui, l’individu participe à l’élaboration des valeurs et, précisément, « l’interaction sociale est le modus operandi de réduction de l’incertitude » (Ibidem). Les situations interculturelles semblent constituer, au moins sur un plan théorique, un excellent exemple de situation à forte incertitude. L’individu devrait ainsi être mis au premier plan dans la problématique de la communication interculturelle. Sa part d’initiative créatrice, d’adaptation à la situation, d’improvisation, ses stratégies personnelles constituent autant de déterminants, qui, quoique difficilement modélisables a priori par leur imprévisibilité même, constituent, avec la richesse de la trame contextuelle, le caractère vivant de l’interaction. Un élément se précise à ce point.

 

Les spécificités de la situation interculturelle

Il n’y a rien d’automatique dans la situation interculturelle. Cela implique que les différences culturelles repérées et spécifiées par les chercheurs ne nous renseignent pas sur la dynamique de l’interaction interculturelle. Celle-ci s’avère spécifique, tant par ses acteurs, par son contexte particulier, que par les comportements qui apparaissent dans sa configuration. Car les différences culturelles nous renseignent seulement à peine sur la structure de l’interaction. On sait qu’une culture A et une culture B possèdent des caractéristiques a et b. Mais rien ne nous est dit sur la dynamique c qui résulte de l’interaction d’individus ressortissant aux deux cultures. Rien ne nous est dit sur l’interaction particulière qui se produit. Elle peut fort bien ne ressembler à aucune autre.

On a suggéré que plusieurs niveaux interviennent dans la communication interculturelle et rien ne nous permet de présumer de la résultante de ces niveaux.

 

 

LA DIFFICULTÉ D’ISOLER LE NIVEAU PERTINENT D’ANALYSE

 

Quel niveau privilégier ?

Est-ce la différence entre cultures nationales qui va être la « plus significative » ? Est-ce le dialogue des cultures d’entreprises ? Les individus vont-ils choisir un mode particulier d’adaptation à la situation ? Des comportements non prévisibles et non répertoriés vont-ils surgir de cette situation unique ? L’analyse de la situation interculturelle en ses constituants (la culture A et la culture B, ou l’individu X face à l’individu Y) ne paraît donc pas utilisable en tant que méthode d’investigation et de conceptualisation. Or beaucoup de travaux actuels se basent sur les « différences culturelles ».

 

L’avertissement de Birdwhistell

On ne peut omettre de citer à ce point l’avertissement que donne Birdwhistell aux chercheurs de la communication : « La pluralité est un point de départ essentiel pour toute recherche sur la communication. Même au sein de la dualité la dyade est un terrible piège pour un grand nombre de chercheurs en sciences sociales. […] Tant que vous n’avez pas appris que la comparaison de deux choses n ‘est pas réalisable, tout ce que vous pouvez faire est d’observer les différences qu’il y a entre elles. Selon Bateson il n’y a aucun moyen de découvrir la différence que font les différences. En fait les différences sont tout ce que vous pouvez découvrir. Les relations entre les personnes sont à la communication ce que les fibres sont à la trame ; il en faut un très grand nombre pour découvrir non seulement comment elles diffèrent les unes des autres, mais aussi comment ces différences sont utilisées pour organiser le comportement. […] La description d’un événement doit se faire selon les termes de la texture dans laquelle il a été tissé. […] Les gens qui tirent des poissons hors de l’eau pour voir comment ils nagent fournissent des paradigmes de recherche pour ceux qui essayent d’étudier la communication en observant des sujets qui se trémoussent, font des grimaces ou remuent les orteils. » (in Winkin, 1981).

 

On est amené à ce point à questionner la méthode qui consiste à comparer les objets que l’on veut connaître dans leurs différences. Pour ce qui nous intéresse, il s’agit de cultures. Des approches comparatives sont en effet le plus souvent à la base des démarches du management interculturel.

 

 

LA MISE EN EVIDENCE DES DIFFERENCES CULTURELLES

 

La comparaison met en évidence des différences et des similarités. Cette méthode est actuellement considérée comme la clef de voûte du management interculturel. En quoi consiste-t-elle ?

On verra que deux types d’approches comparatives existent qui rendent compte des pratiques de management. L’une peut être dite universaliste, l’autre, culturaliste. L’hypothèse de convergence sera également interrogée. Enfin la notion d’émergence sera précisée dans la mesure où elle nous permet de comprendre les situations interculturelles.

 

LA MÉTHODE DE LA COMPARAISON

Définition de la comparaison interculturelle

La comparaison interculturelle consiste à rapprocher des choses pour en envisager les ressemblances et les différences. La méthode permet de dissocier les uns des autres des éléments conceptuels reliant les choses comparées. Comme le souligne Lewis (1955, p. 259) : « les différences en anthropologie ne sont pas entre les approches qui recourent à des comparaisons et celles qui ne le font pas. Toutes les approches […] recourent à des comparaisons, mais de manières différentes et à des fins différentes ».

Il peut être intéressant de réfléchir à l’intérêt des sciences sociales pour la comparaison. Cette méthode permet une certaine forme de mesure, d’expérimentation, dans un univers de signes qui se dérobe à l’expérimentation stricto sensu. Ainsi mettre en évidence des ressemblances et des différences permet-il de satisfaire aux exigences scientifiques contemporaines qui privilégient l’expérimental comme mode d’accès à la connaissance.

 

Du bon usage de la comparaison

On peut lister les raisons qui expliquent que les sociétés, les cultures, en tant qu’objet des sciences sociales, se dérobent volontiers à l’investigation expérimentale :

l’observateur participe de l’objet (une culture par exemple), ou se définit par rapport à lui

la quantification, la création d’échelles de mesure est difficile

l’objet d’étude réagit à la présence de l’observateur

les modifications expérimentales de l’objet sont difficiles, voire impossibles à mettre en oeuvre

celles-ci produiraient des effets parfois irréversibles (Miguelez, 1977, p. 40)

certains phénomènes s’insèrent dans un devenir et ne peuvent se reproduire identiques à eux-mêmes.

La comparaison d’unités présentées comme naturelles que sont les cultures fonde les études interculturelles. La sociologie et l’anthropologie comparative sont les deux champs principaux qui nous intéressent à cet égard.

 

Le postulat de l’empirisme

L’usage empirique de la comparaison caractérise la littérature de recherche sur l’interculturel comme, on vient de le souligner, la recherche anthropologique. Le postulat est celui des sciences empiriques, comme le note justement Miguelez (1977, p. 21), et c’est à ce postulat qu’il nous faudra revenir sans cesse pour comprendre certaines difficultés, certaines contradictions dont semble tissée la recherche interculturelle.

Ce postulat est le suivant. L’objet de connaissance, un groupe humain, ou deux groupes humains que l’on veut comparer, sont postulés être des unités pertinentes. Et c’est bien parce que ce sont des unités, des objets, que l’empiriste va pouvoir les saisir en tant que corpus de connaissance. Dès lors il suffira au chercheur empiriste de se concentrer sur les problèmes techniques, et les solutions à leur apporter, dans l’extraction de cette connaissance et dans la comparaison des unités culturelles. Ces difficultés sont suffisamment importantes pour accaparer l’attention et id soin du chercheur et occulter le postulat, empiriste, inductif, sur lequel elles reposent.

La problématique de la comparaison interculturelle repose ainsi sur ce postulat. Elle s’est développée également sur la prééminence de la vision comparatiste dans les sciences sociales, en tant que savoir théorique sur les sociétés et les cultures (Miguelez, 1977, p. 20). Et on doit souligner encore ici que la comparaison requiert au préalable l’identification de catégories stables constituant les cultures à comparer en objets de recherche et de connaissance. Pourtant d’autres approches existent, plus épistémologiques (Bachelard) ou structuralistes (Lévi-Strauss, 1958) qui s’opposent en quelque sorte à cette simplicité du postulat empiriste. Mais dans la production de la recherche interculturelle, tout particulièrement dans les tentatives des sciences et techniques appliquées à l’organisation (management, « organization behavior », gestion internationale des ressources humaines), c’est la conception empiriste qui modèle la plupart des recherches.

 

La construction de la « culture »

L’unité socialement significative des pratiques, la culture, est postulée dans les approches empiriques. Ainsi « se trouve délimité l’espace social dans lequel ces pratiques sont pertinentes » (Monjardet, 1989, p. 203). Mais on peut s’interroger sur cette pertinence même et sur « la vérité sociologique » (Ibidem) que ce pré-découpage implique. Monjardet a ainsi étudié le travail de la police dans des pays industriels « libéraux » et a noté que « l’apparente similitude des tâches et de l’organisation du travail dans les polices urbaines de la quasi-totalité des pays industriels “libéraux” masque une différenciation essentielle du rôle et des fonctions sociales qu’elles remplissent, selon la place que chacun assigne à l’Etat, ou que celui-ci s’arroge » (Ibidem, p. 202). Ainsi l’auteur conseille de trouver un équilibre entre des approches inductives conçues à partir d’une analyse des pratiques et des approches hypothético-déductives élaborées à partir de « la délimitation raisonnée de l’espace social dans lequel ces pratiques sont pertinentes » (Ibidem, p. 202). On décrira plus loin les spécificités de ces deux types d’approches et les préférences que l’une ou l’autre inspirent dans la présente recherche.

 

Conditions récentes de la recherche en management interculturel

Beaucoup de recherches interculturelles étaient jusqu’à des années récentes constituées par des comparaisons « en bibliothèque » d’études anthropologiques existantes, de nature « intraculturelle ». Cependant, plus récemment, se développent des recherches de terrain interculturelles.

Celles-ci sont le plus souvent des recherches restreintes (10w range). Elles utilisent des petits échantillons. Ces études constituent les éléments d’une recherche empirique qui, accumulant ainsi des données partielles, considère qu’elle constitue progressivement une connaissance de plus en plus complète.

Leur problème principal est celui de la comparabilité des terrains, par nature souvent très différents. L’abstraction du contexte rendue ainsi nécessaire peut être alors considérée comme une des faiblesses de ces études Certains chercheurs ont tente, avec un succès certain, de trouver des solutions a cette question de la variabilité des terrains en interculturel (Hofstede, 1987) en choisissant comme cadre de référence une organisation multinationale filialisée dans de nombreuses nations.

 

Finalités des recherches

Mais pourquoi chercher a comparer des cultures “ Que cherche-t-on “ La comparaison explicite des ressemblances et des différences entre cultures Les ressemblances permettent de conclure au caractère plutôt général des traits observés. Les différences mettent en relief les particularités. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes de ce type de recherche, portant sur des particularités culturelles, que d’être sans doute l’un des plus a même de formuler des lois générales En effet, ouvrant le contexte des études à la variété, elles permettent d’en fonder les conclusions sur une base plus solide que les études intraculturelles Ainsi, la recherche interculturelle s’inscrit dans la tentative de formuler des lois générales en sciences sociales

Dépasser l’ethnocentrisme « américano européen » de la recherche en sciences sociales est un corollaire de cette finalité (Murdock, 1957) Et c’est peut-être pour cela aussi que celle-ci a longuement résisté à l’irruption aujourd’hui irréversible des recherches interculturelles L’universalisme des conclusions de l’Organization Behavior, en particulier des théories de la motivation, des outils classiques de la gestion des ressources humaines pourrait à l’avenir être remis en cause.

 

 

LES DIMENSIONS DE LA RECHERCHE EN MANAGEMENT INTERCULTUREL

 

Systèmes naturels ou systèmes conceptuels

Deux niveaux au moins de réalité semblent devoir se juxtaposer dans le champ de la comparaison interculturelle. On a d’une part des systèmes naturels, c’est-à-dire des géographies, des ethnies, des cultures clairement identifiées, du moins c’est ce que l’on suppose. Nous qualifierons cela de territoires culturels.

On a d’autre part des représentations qui existent et qui portent ou non sur ces systèmes naturels. Ces systèmes conceptuels, dont la connaissance a en parti culier été popularisée par Lévi-Strauss et son anthropologie structurale, cartographient ces territoires culturels. On est là au niveau des modèles de lecture des réalités. « Le principe fondamental est que la notion de structure sociale ne se rapporte pas à la réalité empirique, mais aux modèles construits d’après elle » (Lévi-Strauss, 1958, p. 305).

Ainsi la comparaison interculturelle portant sur des systèmes conceptuels ne prétend pas comparer des réalités mais des images, des modèles entre eux. Il y a perte en terme de contribution scientifique à l’élaboration de lois généra les, mais gain en terme de validité interne. Car le réel est interprété au travers de la pensée et des outils d’extraction de la connaissance du chercheur. Celui-là qui prétend traiter de systèmes naturels ne fait-il pas qu’ignorer les écrans de ses propres systèmes conceptuels ? C’est là un des questionnements fondamentaux qui traversent la recherche comparative interculturelle. Peut-on comparer des territoires culturels, des systèmes réels, ou ne fait-on, par la conceptualisation, que comparer des cartes culturelles, des systèmes conceptuels ?

 

Des territoires aux cartes culturelles

On combine également les deux approches en appliquant, pour lire des territoires culturels, un ou plusieurs modèles. Apparemment, la difficulté précédente disparaît, mais en surface seulement. Car si l’on superpose une carte (modèle) pour lire deux territoires culturels (systèmes culturels « réels »), des ambiguïtés se glissent aussi entre le terrain et la recherche.

D’une part le choix du modèle n’a rien de neutre, au sens du désormais célèbre mot d’Einstein appliqué aux sciences paradigmatiques : « c’est la théorie qui décide de ce qu’on est en mesure d’observer ».

D’autre part l’application du modèle se fait selon des modalités dans les quelles interviennent une sélection de l’information et une structuration préalable de celle-ci par le chercheur. Et les propres orientations cognitives du chercheur interviennent.

Enfin, une fois lues par le modèle, on n’est plus sûr de disposer encore de données réelles que l’on comparera. On peut supposer que l’on vient de créer ainsi des données de nature conceptuelle. Et on retrouve le même problème qui était évoqué précédemment : le réel est « fragile » dans la mesure où sa nature vivante est détruite par sa transformation en concept. Le chercheur se retrouve dans la situation du triste roi, victime de son pouvoir de transformer en or tout ce qu’il touche. En conceptualisant les systèmes culturels réels qu’il veut comparer, le chercheur les rend peut-être — comme l’or qui figeait les beautés et les délices desquels le roi Midas s’approchait — impropres à l’usage qu’il voulait en faire.


 

Copyright Marc Bosche 2005-2007.

 

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