Dalaï lama
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LE sujet qui fâche !...

Le disciple de trop du dalaï lama 

par Marc Bosche



Sa Sainteté le dalaï lama, main dans la main avec Shoko Asahara, le sinistre gourou de la secte Aum qui fit , quelques années plus tard, gazer au sarin le métro de Tokyo.

Je sais, c'est LE sujet qui fâche ! Alors pourquoi ne pas commencer par celui-là ?
La photo ci-dessus est embarrassante pour les disciples de Sa Sainteté, qui préfèrent voir le Prix Nobel de la Paix en compagnie de l'Abbé Pierre ou de Richard Gere. Sa Sainteté le dalai lama pose main dans la main avec le riche bienfaiteur Shoko Asahara qui aurait donné en tout à la cause tibétaine 45 millions de roupies, soit environ 170 millions de Yen ou encore 1,2 millions de dollars  selon le journaliste Christopher Hitchens, His Material Highness, 13 juillet 1998 in :  http://www.elevenshadows.com/tibet/hismaterialhighness.htm

Quelques années plus tard, le 20 mars 1995, le même Shoko Asahara, gourou de la secte Aum, et surtout psychopathe ayant dévoyé à sa manière la vision apocalyptique de Shambhala auprès de ses disciples, fera gazer au sarin de sa propre initiative (une arme chimique de guerre qu'il fit produire dans un laboratoire au Japon par des disciples) les passagers captifs du métro de Tokyo. L'attentat entraîna de nombreuses morts et de très nombreuses intoxications (environ 5500) dans ce qui devait s’avérer l'une des plus grandes catastrophes contemporaines en relation avec une secte.
La photo ci-dessus ne figure pas dans l'album souvenir de Sa Sainteté sur son nouveau site www.dalailama.com, mais est reproduite en revanche dans le livre électrochoc de Victor et  Victoria Trimondi (http://www.trimondi.de) "The Shadow of the dalai Lama" qui consacre tout son chapitre XIII (Deuxième partie de l'ouvrage) à cette question : http://www.trimondi.de/SDLE/Part-2-13.htm
On découvre dans le chapitre sus-mentionné, précis et documenté, les liens qui unissaient, avant le drame, Sa Sainteté le Dalai Lama et Shoko Asahara, (même si bien entendu Sa Sainteté n'avait pas la moindre idée de la dangerosité future et des projets funestes de ce dernier). On peut suggérer à chacun qui lit l'anglais de découvrir en intégralité le chapitre XIII du livre des époux Trimondi http://www.trimondi.de/SDLE/Part-2-13.htm pour s'en faire une idée précise et informée. En particulier il semble que les deux hommes se soient rencontrés cinq fois à partir de 1987 si l'on en croît aussi le magazine Stern (36-95, p.116-117).

 

(Ci-dessus : Shoko Asahara devant un tankha de tradition himalayenne) Le gourou de la secte Aum se proposait de transformer à marche forcée le monde en un "royaume de Shambhala" et avait mis en valeur ses introductions auprès de sa Sainteté le dalai lama pour faciliter la pénétration des idées du tantrisme bouddhique de Shambhala dans la société japonaise.


[Citation ci-dessous. Voici quelques liens Internet proposés par Victor et Victoria Trimondi concernant les relations entre le dalaï lama et Shoko Asahara :]

 
 
"Shoko Asahara
The Japanese Doomsday-Guru Shoko Asahara who became famous because of a gas-attack in the underground of Tokyo and whose organisation murdered more than 20 people was a good friend of the Dalai Lama. His worldview incorporates many elements he found in Tibetan Buddhism, including the Shambhala Empire. Asahara is extremely Anti-semitic.
The Dalai Lama with Shoko Asahara:
http://www.wordiq.com/definition/Shoko_Asahara
http://www.trimondi.de/SDLE/Part-2-13.htm
The Anti-Semitism of Japan's Aum Shinrikyo - A Dangerous Revival
http://www.ict.org.il/Articles/aum_antisemitism.htm
Aum Shinrikyo 
http://web.uni-marburg.de/religionswissenschaft/journal/mjr/rev2_3_98.html
What do the Dalai Lama and Shoko Asahara have in common?
http://www.mutantfrog.com/2006/01/28/what-do-the-dalai-lama-and-shoko-asahara-have-in-common/
Birth Of A Guru
http://www.crimelibrary.com/terrorists_spies/terrorists/prophet/3.html
(Victor & Victoria Trimondi, septembre 2006, information extraite d'un e-mail).
                                                                                                                                             


Le dalai lama, mauvaises fréquentations ou liaisons dangereuses ?


Victor et Victoria Trimondi ont recensé au moins cinq autres « amis », connaissances ou relations de sa sainteté le dalaï lama ayant une réputation sulfureuse. Quatre d’entre eux ont eu des liens avec le nazisme ou le néo nazisme (Bruno Beger, Heinrich Harrer, Jean Marquès Rivière, Miguel Serrano). Un autre s’est distingué plus récemment pour avoir flirté avec l’antisémitisme (Jörg Haider). 
La question qui se pose bien sûr est la suivante : sa sainteté connaît des milliers de personnes, qu’elle rencontre parfois aussi par ailleurs, et qui n’ont pas cette aura sulfureuse, de l’abbé Pierre à Richard Gere, pour reprendre les deux exemples cités au début de cette page.
Alors cette petite galerie de portraits sulfureux, heureusement minoritaires, est-elle pertinente dans un carnet d’adresses aussi bien rempli que celui du dalaï lama ?
L’argument ici est que sa sainteté semble ne pas avoir vraiment dénoncé ou renié ces quelques "amis" pourtant encombrants. On pourrait trouver que cela est un signe de « fidélité » envers ses relations de longue date. Mais cela pose quand même la question de la relation ambigüe du souverain du Tibet en exil avec la démocracie et ses valeurs. Probablement un chef d’état démocratiquement élu ne pourrait aujourd’hui affirmer des relations avec des personnages soutenant des régimes ou des organisations que l’Histoire a clairement épinglés pour leurs exactions.
Voici les liens que nous proposent ces auteurs afin que nous puissions prendre la mesure de ces surprenantes fréquentations du prix Nobel de la Paix (Trimondi, septembre 2006, l'extrait d’un document email des auteurs est présenté ci-après) :


“Here some informative links various "friends" of the Dalai Lama.
 
The head of the Dalai Lama between two former SS-men:
Bruno Beger on right side of his head
Heinrich Harrer on left side of his head

http://www.tibet.com/Status/statement.html

Bruno Beger
Bruno Beger did meet the Dalai Lama at least three times. He took part at the famous Nazi-Tibet-Expedition, which was organized by Heinrich Himmler and the SS-Ahnenerbe. Later he was involved in some of the most horrible events of the Shoa (see below). For the Dalai Lama Beger has been of great help, because he did compose a statement, that Tibet
was not part of China. (See The Status of Tibet in 1938-39 - Dr. Bruno Beger - http://www.tibet.ca/en/wtnarchive/1994/11/24-2_1.html )
http://www.nizkor.org/faqs/auschwitz/auschwitz-faq-14.html
http://www.mazal.org/Lifton/LiftonT286.htm
http://greyfalcon.us/Quest%20of%20the%20Nazis.htm
http://ourworld.compuserve.com/homepages/mbilik/strut6.htm  
http://www.tibet.ca/en/wtnarchive/2003/8/11_2.html
Beger as collaborator of Horror-Doctor August Hirt:
http://www.auschwitz-muzeum.oswiecim.pl/html/eng/historia_KL/eksperymenty_ok.html
In German:
http://zeus.zeit.de/text/2004/35/A-Strassburg 


Heinrich Harrer
Former SS-man Heinrich Harrer was the teacher of the young Dalai Lama and the first who mentored the God-King with "western thinking." The friendship between the two endured a whole lifespan. Harrer beside Beger is another witness of the independency of Tibet (Seven years in Tibet - Heinrich Harrer  -
http://www.tibet.ca/en/wtnarchive/1994/11/24-2_1.html ) The Nazi background of Harrer was well discussed in the Jewish community because of this film about him (with Brad Pitt as Harrer) but the Dalai Lama was spared of any critics in this debate. After Harrer’s death the relationship to his old friend will survive. Near Harrer’s grave and the “Harrer Museumin Hüttenberg (Carynthia) the new “European residence” of the Dalai Lama will be constructed, as the Austrian Press reports.
http://www.smithsonianmagazine.com/issues/1997/october/harrer.php
http://www.findarticles.com/p/articles/mi_qn4158/is_20060109/ai_n15991356
http://www.geocities.com/CapitolHill/Senate/6173/harrnazi.htm
Photos:
http://www.harrerportfolio.com/HarrerBio.html
http://www.savetibet.org/programs/lotaward/2002.php
The “Harrer Museum” in Hüttenberg (Carynthia) where the new “European residence” of the Dalai Lama will be constructed:
http://www.huettenberg.at/indexharrer.html


Jörg Haider
Jörg Haider the governor of Carynthia/Austria is well known in the Jewish Press and there have been published a lot of very critical articles about him and his open and covered Anti-Semitism. He is the newest friend of the Dalai Lama who will build up with him a sort of “European Residence”.  For several days Haider clashed with the ambassador of Israel
in Vienna.  See: http://ejpress.org/article/10117 
Photos with the Dalai Lama
http://es.news.yahoo.com/13052006/24/foto/the-dalai-lama-checks-the-traditional-outfit-of-carinthian-governor.html 
http://derstandard.at/?url=/?id=2454255
Articles
http://www.ce-review.org/00/4/perrault4.html
http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/europe/464260.stm
http://www.time.com/time/europe/magazine/2000/214/haiderquotes.html
http://www.adl.org/backgrounders/joerg_haider.asp
http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=12621&article=Dalai+Lama+at+ceremony+for+Tibet+Center
http://www.indiadaily.com/editorial/8737.asp
http://www.networld.at/index.html?/articles/0619/10/140424.shtml

Jean Marquès Rivière
The Orientalist Jean Marquès Rivière is the author of the French book Kalachakra – Initiation tantrique du Dalai Lama » (under the name Jean M. Rivière). All his life he was fanatically interested in the occult world of Lamaism and the Shambhala Myth which is part of the Kalachakra Tantra. At the end of WW II the French authorities sentenced him to death in absentia, because he organised the deportation of Jews in the concentration camps as chief of the secret police (S.S.S.) under the Vichy
regime. He was also the author of the greatest anti-Semitic exposition which ever has been organised in France. Later in Benares the XIV. Dalai Lama did give him a ring with the Kalachakra Emblem, which was interpreted by Marquès-Rivière as an act of high initiation. His book about Kalachakra, which has some racist passages, is highly esteemed by western pupils of Lamaism. M. R. died in the year 2000
Articles about the role of Marquès Rivière:

http://www.foundation.bw/OnBulwerLytton.pdf
http://www.imdb.com/title/tt0189529/
In French
http://www.historia.fr/data/thematique/93/09306801.html

Miguel Serrano
The Dalai Lama did meet Miguel Serrano three times. Serrano was the ambassador of Chile
in India where he met the Dalai Lama as the first representative of the West. He welcomed the Tibetan Leader when he crossed the Indian border on his flight out of Communist China. Serrano is venerating Hitler as the incarnation of a God and he is extremely Anti-semitic. He did borrow a lot of ideas from Tantric (Tibetan) Buddhism for his own religion which he calls “Esoteric Hitlerism”. Articles by Serrano about the German SS appeared on the website Al Sur del Mundo (At the south of the world). The website also publishes various anti-Semitic materials.
Photos:
Dalai Lama with Serrano:
http://www.trimondi.de/SDLE/Part-2-12.htm
http://www.geocities.com/palingenesi2001/serrano/serrano.htm
Biography:
http://en.wikipedia.org/wiki/Miguel_Serrano


(Citation ci-dessus : Trimondi V. & V., septembre 2006, extrait d'une information reçue par e-mail).
                                                                                                                                                  


Sa Sainteté.com


Toujours satisfait, les mots « bonté » et « compassion » lui venant aisément aux lèvres, offrant à chacun de ses publics l’écho qu’il aime écouter, le dalaï lama est une véritable agence de communication : 

« DHARAMSALA (Inde), 11 déc 2005 (AFP) - Le dalaï lama, leader spirituel tibétain, a lancé dimanche depuis l'Inde où il est en exil son propre site internet www.dalailama.com.
Le site a été inauguré à l'occasion de la Journée mondiale pour les droits de l'homme et du seizième anniversaire de la remise de son prix Nobel de la paix. »
(Remerciements à Ca. qui nous a attentivement signalé cette nouvelle.) 

Pendant que Sa Sainteté honore de sa présence en exil d'innombrables colloques élégants avec brochures sur papier glacé, les Tibétains de la région autonome se débrouillent sans lui et s'en portent... de mieux en mieux. Sans minimiser les graves souffrances d'un peuple occupé au milieu du vingtième siècle : avec l'exil de l'aristocratie tibétaine, les paysans ont aussi oublié leur servage, retrouvé des terres, et avec la présence chinoise, peu à peu, paradoxalement, cinquante ans plus tard, la prospérité qui leur avait été confisquée par l'histoire féodale qui fut aussi celle du lamaïsme. 

Mais ne soyons pas sévères.
Le dalai lama est paradoxal : moderne, rénovateur, il incarne la modernité du peuple tibétain mais il est aussi le symbole de ce qu'il a souvent critiqué si attentivement : l'ordre théocratique. Voici une citation de sa sainteté qui évoque bien son paradoxe : 

"Les officiels l'utilisaient [le dharma] pour gagner leur vie, les moines, les nonnes et les lamas pour gagner leur vie. A l'intérieur, dans leur monde intime, ils étaient comme des gens ordinaires, désirant avidement et haïssant. Ainsi le dharma était un poison de cette manière.
Quand l'accent est trop mis sur l'institution bouddhiste, et que la nation va au désastre, c'est dans ce cas que les gens disent que le bouddhisme a ruiné leur pays."
(Entretien du dalai lama avec Robert Thurman, Rolling Stone, May 24, 2001)

Peut-être sera-t-il comme M. Gorbatchev le dernier représentant d’un système qu’il aura contribué à faire élégamment disparaître ? Gorbatchev a permis la disparition en douceur du système communiste, pour l'ouvrir au monde capitalistique. Le dalai lama sera-t-il celui qui fera disparaître le système lamaïste en l'ouvrant à la société médiatique ? L'avenir le dira. 

Il se pourrait qu'il soit le dernier grand moine, et qu'après lui le bouddhisme soit comme un corps devenu inerte, disséqué inlassablement par ses disciples en faisant l'exégèse, et célébré par ses adeptes en répétant les rituels.

 


                                                                                                                                                        
Récemment des visites de sa sainteté en Europe on été reportées pour raisons de santé. Ci-dessus il était proposé officiellement au consommateur de loisirs spirituels d'acheter en ligne le ticket d'entrée pour les conférences du dalaï lama à Charleroi pour la "modique" somme de 227,50 euros (ni l'hébergement, ni la nourriture, ni les boissons, ni le voyage et ni les autres frais ne sont compris (!), il s'agissait ici juste d'acquitter le droit d'entrée à la salle collective).
Ce n'est pas cher (?) si l'on considère attentivement que l'un des sujets abordés est "à quoi sert-il de considérer que ce qui existe est illusoire ?". Les 227,50 euros ont dû paraître plus supportables aux badauds à qui on a vidé le porte monnaie puisqu'on leur apprend ici que leur argent, comme tout le reste du monde phénoménal, est (sic) "sans réalité intrinsèque"...


                                                                                                                                                      

Le bouddhisme vivant finira-t-il avec la disparition de sa sainteté ?


Il a conquis cette génération d'hommes et de femmes, qui se voulaient libres, des années 60, 70, voire 80 et qui pouvait encore imaginer la vie comme un projet gratuit, un voyage sans autre but que le voyage, dans un monde où la gratuité et la liberté avaient fusionné aussi chez les beatniks, puis chez les hippies, et enfin chez les "new agers" ! Certains d'entre eux deviendront bouddhistes, et leur désir de liberté, leur pèlerinage n'est plus guère possible aujourd'hui dans un monde où il faut savoir calculer, s'adapter, faire sa place. Le bouddhisme antique était celui des moines errants, mendiants et sans domicile fixe. Aujourd'hui avec la disparition de la possibilité même de ce mode de vie, c'est peut-être tout simplement la possibilité même de vivre l'essence du bouddhisme qui a disparu.
Alors le bouddhisme vivant c'est fini ? Oui, c'est fini ... disons plutôt « presque fini » pour laisser encore un peu de place à la possibilité de se laisser agréablement surprendre... Cette page évoque cette fin à partir du "phénomène dalai lama", et le spectacle qui a remplacé la vie spirituelle et s'y est habilement substitué...

                                                                                                                         



Dans Le Point on découvre un dalai lama conservateur :


Je vous propose ces 3 brèves citations à titre d'information par l'exemple. Elles sont extraites d'un entretien donné par sa sainteté au magazine Le Point N° 1488 du 22 03 2001, p116. L'entretien était conduit par François Gautier. Nos citations étant nécessairement tronquées, nous vous conseillons de consulter l'intégralité de l'entretien en suivant le lien indiqué ci-dessus.


"Le Point : Votre Sainteté, est-ce que ce terrible tremblement de terre est de mauvais augure pour l'Inde ?
Le dalaï-lama : Je ne sais pas, mais c'est certainement le résultat d'un mauvais karma. Il n'y a pas de souffrances injustes [...]"
Les souffrances seraient une sorte de sanction d'un "mauvais karma" venu de "vies antérieures". Chers participants du forum : pensez-vous qu'elles soient ainsi justifiées et donc acceptables ? La question est posée : à vos claviers et à vos souris...

Autre déclaration de sa sainteté, sur le nucléaire, bien que considéré comme un défenseur de l'environnement, et après une stance sur les dangers du nucléaire, il semble finalement accepter dans la pratique la dissuasion nucléaire pour son pays d'adoption l'Inde :
"Le Point : D'après votre raisonnement, la bombe atomique serait justifiée...
Le dalaï-lama : [...] Maintenant, je comprends les préoccupations des Indiens : vous avez les cinq Grands, qui exigent de l'Inde qu'elle n'ait pas d'armes nucléaires, mais qui se préservent le droit d'en avoir. C'est injuste et dangereux. Les Indiens doivent faire face à deux menaces atomiques venant de l'ouest et de l'est (Pakistan et Chine)." 


Enfin la tolérance de sa sainteté est souvent considérée comme allant de soi, qu'en est-il pour les droits des minorités et du respect des préférences sexuelles individuelles ? :
"Le Point : Que pensez-vous de l'homosexualité ?
Le dalaï-lama : Cela fait partie de ce que nous, les bouddhistes, appelons « une mauvaise conduite sexuelle ». Les organes sexuels ont été créés pour la reproduction entre l'élément masculin et l'élément féminin et tout ce qui en dévie n'est pas acceptable d'un point de vue bouddhiste [il énumère des doigts] : entre un homme et un homme, une femme et une autre femme, dans la bouche, l'anus, ou même en utilisant la main [il mime le geste de la masturbation]."
Non seulement l'homosexualité est condamnée mais encore... la masturbation ! Pensez-vous que cela soit la marque d'une pensée de progrès, de réalisme et de tolérance à l'heure où bien peu de pédiatres, de médecins et de psychologues accepteraient de soutenir un tel discours moralisateur sur la masturbation ?
Nos contemporains considèrent encore souvent que le dalaï lama est sympathique parce qu'il n'aurait pas de discours de dogme. Il n'en est rien ici.

D'ailleurs ces déclarations du prix Nobel avaient provoqué une certaine émotion, en particulier dans plusieurs réseaux associatifs en Europe. Je crois que sa sainteté, un tantinet interpellée, a mis un peu de lait dans son thé (pour ne pas dire d'eau dans son vin, ce qui serait déplacé pour un moine bouddhiste) pour rassurer...

Sans connaître les questions tibétaines contemporaines de l'intérieur je trouve que la position de sa sainteté sur ces questions de sexualité exemplifie bien la confusion entre la sphère du religieux (le lama) et le social (Le Prix Nobel de la paix) voire le politique (le chef du Tibet en exil). En tenant un discours religieux sur les pratiques sociales, il me semble que sa sainteté montre que la maturité démocratique n'est pas vraiment là. 

Un peuple, fût-il tibétain, n'est pas composé exclusivement de moines et de moniales engagés à la chasteté, ni uniquement de bouddhistes pratiquants ayant adhéré aux voeux de fidèles laïcs. Un peuple est un peuple, divers, libre, hétérogène, et les pratiques sexuelles reflètent naturellement sa liberté et sa diversité d'âges et de chemins de vie. Que sa sainteté voit la vie à travers ce dogme strict et le propose ainsi dans les medias tant aux Tibétains en exil qu'aux Occidentaux montre qu'il n'a pas tout à fait intégré la dimension démocratique et citoyenne qui fonde nos sociétés modernes en Europe. Et je commence mieux à comprendre que nombre de ses concitoyens tibétains ne puissent tout à fait le suivre, ni se reconnaître totalement dans son action.

Rappelons encore la condamnation explicite de l’homosexualité, de la fellation et de la masturbation par le dalaï lama :
"Le Point : Que pensez-vous de l'homosexualité ?
Le dalaï-lama : Cela fait partie de ce que nous, les bouddhistes, appelons « une mauvaise conduite sexuelle ». Les organes sexuels ont été créés pour la reproduction entre l'élément masculin et l'élément féminin et tout ce qui en dévie n'est pas acceptable d'un point de vue bouddhiste [il énumère des doigts] : entre un homme et un homme, une femme et une autre femme, dans la bouche, l'anus, ou même en utilisant la main [il mime le geste de la masturbation]."
Imaginez un seul instant le président d'un état européen tenir un tel discours. Il serait qualifié d’ultra conservateur. Imaginez un prix Nobel vilipender des libertés fondamentales et des droits inscrits dans nos lois (l'homosexualité n'est plus une maladie selon les lois françaises depuis 1981). Ce serait assez inconcevable ! Ce serait même la révolution ! Qui dans l'éventail des sensibilités politiques aujourd'hui oserait condamner ainsi publiquement la masturbation ou la fellation aujourd'hui et dire "qu'elle n'est pas acceptable" (sic) ?! Laissons à chacun le soin de répondre à cette question : à vos souris, à vos claviers, dites-nous si on a tort et si vous pensez donc qu'il faut proscrire la masturbation parce qu'elle rendrait sourd et l'homosexualité parce qu'elle serait contre nature comme certains l'affirmaient au dix-neuvième siècle, et tout cela aujourd'hui, au nom de la sagesse et de la compassion...


                                                                                                                                                                                                                                               

Kalachakra et ses deux questions embarrassantes


Malheureusement pour Sa Sainteté une autre information embarrassante s'est diffusée sur le Net. Il existe bien un contentieux littéraire entre le lamaïsme et les principales autres religions d'origine sémitique, ou dites encore « du livre ».  
Le texte du bouddhisme tantrique  de Kalachakra met en scène, semble-t-il, une confrontation à venir entre disciples bouddhistes de Raudra Chakri, supposé devenir le futur souverain Kalkin du royaume de Shambhala, et leurs "ennemis" supposés, identifiés comme disciples de Muhammad, mais aussi de l'imam Mahdi, de Yahvé et de Jésus. On trouve trace de cette idéologie somme toute guerrière dans l'eschatologie apocalyptique du tantra de kalachakra selon les époux Trimondi qui ont signé un livre de 800 pages avec plusieurs chapitres qui traitent de ce sujet. Voici un bref extrait d'une interview donnée à New York en 2003 par ses auteurs :

" Trimondi: In the Kalachakra Tantra is prophesized the establishment of a Buddhocratic Empire, a clash of civilizations will arise as the military forces of Buddhism wage war against the armies of non-Buddhist religions. Murderous super-weapons possessed by the Buddhist Shambhala Army are described at length and in enthusiastic detail in the Kalachakra Tantra Text (Shri Kalachakra I. 128 – 142) and employed against "enemies of the Dharma (Buddha’s teachings).”
[...]
Stephens: Who are these non-Buddhist enemies spoken of in the Kalachakra Teachings? I’ve seen articles in the Buddhist magazines the Shambhala Sun and Tricycle about Lamas dressing up in military uniforms. I thought Buddhism was a peaceful faith?
Trimondi: The secret text of the Kalachakra explicitly names the "leaders" of Judaism, Christianity and Islam as the opponents of Buddhism: "Adam, Enoch, Abraham, Moses, Jesus, Mani, Muhammad and the Mahdi" describing them as "the family of the demonic snakes" (Shri Kalachakra I. 154). The final, Armageddon-like battle (Shambhala war) ends in the total victory of the Buddhists. The official Kalachakra-Interpreter Alexander Berzin openly compares the principles of the Islamic “Jihad” with that of the Shambhala war. As in the Islamic martyr-ideology Shambhala-Warriors, who will be killed in the last battle have earned passage into the [Buddhist] paradise. "


Que faut-il en penser ? Alexander Berzin, qui a longuement travaillé aux archives tibétaines à Dharamsala, et qu'on ne peut pas soupçonner d'être hostile aux croyances et aux contenus du tantra de Kalachakra y a consacré en effet des pages attentives sur son site, même si c'est en des termes à peine plus nuancés que ceux utilisés ci-dessus : Holy Wars in Buddhism and Islam: The Myth of Shambhala. On pourra lire en particulier la fin assez ambiguë du papier d'Alexander Berzin intitulée "Similarities between Buddhism and Islam" et sa conclusion.


Il faut aussi rappeler que le Web bruit encore d'un autre débat en ligne, toujours grâce aux époux Trimondi. Les auteurs de "the shadow of the dalai lama" (ce lien ouvre la table des matières du livre en anglais) sont allés à la découverte des textes traduits du tibétain des initiations de Kalachakra. Sa sainteté en est sans doute le plus fervent maître, puisqu'il propose son mandala de sable et son initiation aux quatre coins du monde depuis de nombreuses années. Les auteurs se sont aperçus avec stupeur que le texte rituel propose après les initiations publiques la possibilité de visualiser ou de réaliser dans la chair des initiations dites secrètes à fort contenu sexuel (explicite ou visualisé, les deux niveaux sont possibles). 

Je laisse aux lecteurs le soin de découvrir leur contenu éventuel et de se faire leur propre idée à partir par exemple de cette note de lecture du livre qui inclut un résumé de cette assertion. Il semble bien que la condamnation par sa sainteté des pratiques sexuelles soit donnée en public, et que dans la sphère intérieure de l'initiation secrète de kalachakra (ce lien ouvre le chapitre en anglais du livre consacré à cette question), ce soit une logique bien plus permissive qui puisse se visualiser, voire s'actualiser selon l'interprétation que le maître et ses disciples en font. Le tantrisme yogique a de profondes racines sexuelles, et cela ne devrait pas surprendre. Mais ce n'est pas inutile de rappeler qu'entre le discours pudique voire moralisateur et les textes traditionnels des initiations tantriques, dont sa sainteté est détenteur de la transmission, un décalage peut exister. Nos amis d'outre Atlantique appelleraient peut-être cela "a double standard"...


Une petite phrase énigmatique...


Une interview récente pour un média asiatique ("The Progressive" Online, janvier 2006) révèle un bien étonnant trait d’humour de la part de Sa Sainteté. A la fin d’une réponse en anglais au journaliste, le dalaï lama ajoute spontanément, sans y avoir été invité, cette plaisanterie énoncée à la troisième personne : « Ainsi un jour, si le dalai Lama devient un criminel de guerre, il deviendra le plus dangereux (deadly) des criminels de guerre. [rires] » Vous trouverez l’extrait du discours original en anglais ci-après, tandis que le lien vers la page web qui publie l’intégralité de cet entretien est le suivant : http://progressive.org/mag_intv0106
La personne qui m’a adressé depuis les Etats-Unis ce texte surprenant me faisait remarquer que cette plaisanterie inhabituelle pourrait faire allusion au mythe de Shambhala dans le tantra de Kalachakra. Au sein de l’idéologie de Kalachakra, dont sa Sainteté est un pédagogue et un initiateur infatigable, réside la croyance selon laquelle à la fin des temps une incarnation ultérieure de sa sainteté le dalaï lama sera un monarque universel qui mènera les troupes des convertis de Kalachakra pour une grande guerre apocalyptique. Selon ce tantra de nombreux artefacts militaires seraient alors utilisés.
Bien entendu nous n’accordons pas à titre personnel de crédit à ce genre de prophétie dont regorgent les vieux grimoires. Mais le dalaï lama en est-il aussi distancié pour plaisanter ainsi ? : « Ainsi un jour, si le dalai Lama devient un criminel de guerre, il deviendra le plus dangereux (deadly) des criminels de guerre. [rires] » On imagine mal Jacques Chirac ou l’Abbé Pierre plaisantant spontanément sur un sujet aussi grave à la fin d’une causerie avec un journaliste. Alors quelle mouche a piqué sa sainteté ? Il est clair que si c’est une plaisanterie, c’est aussi ce qu’on appelle en politique une petite phrase, de celles qu’un homme politique ne lâche que très rarement par hasard à la fin d’une interview.
Compte-tenu de sa bonne éducation, de sa parfaite maîtrise de lui-même et de sa bienséance habituelle, il semble possible que sa sainteté ait voulu faire passer un message : en filigrane, c’est bien l’eschatologie guerrière de Kalachakra et de Shambhala qui est à considérer derrière l’apparence bonhomme et placide du prix Nobel de la Paix.
Mais l’humour a ceci de particulier que nous ne saurons jamais à coup sûr si le dalaï lama était sérieux en osant cette plaisanterie d’un goût… discutable.
Voici l'extrait de l'interview qui situe en contexte la "plaisanterie" qui apparaît à la fin de l'extrait : 

in : http://progressive.org/mag_intv0106
THE PROGRESSIVE (online), The Dalai Lama Interview, By Amitabh Pal, January 2006 Issue :
« Q: There are governments, such as the one in Burma, that claim to be Buddhist but engage in severe repression. What’s your response to its misuse of Buddhism?
The Dalai Lama: I don’t know. Is the Burmese regime really Buddhist?
Q: It claims to be.
The Dalai Lama: I think many of its leaders, naturally, are Buddhist. But, as far as their policies are concerned, do they manipulate Buddhism?
Q: They do things like funding pagodas.
The Dalai Lama: This is in order to get support from the public. On a few occasions, people have asked me if I have any statement to make regarding Aung San Suu Kyi. I have often expressed to the military leaders, since they are Buddhist, that they respect human rights, individual as well as those of groups, and that they modify some of the strict laws they have.
In the 1930s, one Mongolian leader became a very, very brutal dictator and eventually became a murderer. Previously, he was a monk, I am told, and then he became a revolutionary. Under the influence of his new ideology, he actually killed his own teacher. Pol Pot’s family background was Buddhist. Whether he himself was a Buddhist at a young age, I don’t know. Even Chairman Mao’s family background was Buddhist.
So one day, if the Dalai Lama becomes a mass murderer, he will become the most deadly of mass murderers.
[Laughs] »
...
                                                                                                                              


Mercredi 19 octobre 2005, 23h53
Le Dalaï Lama sème la zizanie dans la communauté scientifique
 

WASHINGTON (AFP) - "Le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains, sème la zizanie chez les neurologues qui s'opposent sur le bien-fondé de son intervention à la prochaine conférence de la société américaine de neurologie que les critiques voient comme un dangereux amalgame de la religion et la science.
Le Dalaï Lama va, à l'invitation de la présidence de l'association nord-américaine de neurologie (Society for Neuroscience), prononcer le discours inaugural de sa prochaine conférence scientifique annuelle le 12 novembre à Washington à laquelle plus de 20.000 neurologues du monde doivent participer.
Le thème de cette intervention, "la neurologie de la méditation", portera sur des recherches faites par des chercheurs américains auxquelles le dalaï-lama a participé. Ces études s'efforcent de montrer que la méditation telle que la pratiquent les moines bouddhistes génère des émotions positives.
Cette invitation faite au printemps a provoqué une polémique conduisant plus de 700 neurologues membres de la "Society for Neuroscience" à signer une pétition demandant l'annulation de l'intervention du leader tibétain en exil. Ce qu’ils n’ont pas obtenu.
"Ce que je conteste c'est le fait qu'un non scientifique parle de science à un groupe de scientifiques", a expliqué à l'AFP Nancy Hayes, une neurobiologiste à l'école de médecine Robert Wood Johnson (New Jersey, est).
"Le dalaï-lama doit parler de recherches dont les résultats ne sont apparemment pas très solides", a-t-elle estimé.
"Notre association représente les sciences neurologiques et à ce titre nous avons la responsabilité de vérifier si les résultats des recherches peuvent être reproduits et sont scientifiquement solides avant d'en faire la publicité", a expliqué le Dr. Hayes.
"Les neurologues ont rejoint l'association forte de plus de 36.000 membres pour la poursuite de la neurologie et non pour des raisons politiques ou religieuses", peut-on aussi lire dans la présentation de la pétition.
Les défenseurs d'une intervention du dalaï-lama comme le Dr. Henriette van Praag, neurologue au Salk Institute en Californie (ouest), font valoir dans une contre pétition ayant recueilli quelque 365 signatures, "qu'une discussion libre sur la physiologie de la méditation pourrait conduire à de nouvelles stratégies de recherche sur l'esprit humain".
Les deux études en question sur les effets physiologiques de la méditation ont été publiées en 2003 et 2004. Selon la première conduite par Richard Davidson, neurologue à l'université de Wisconsin, des employés d'une firme de biotechnologie ont montré un accroissement de leur activité neurologique dans la région du lobe temporal gauche de leur cerveau dans des séances de méditation.
Cette zone est active quand le sujet ressent des émotions positives, ont affirmé ces chercheurs.
La seconde étude, financée par le Mind and Life Institute, organisation que le dalaï-lama a contribué à créer, avait à l'aide d'un scanner montré que les cerveaux des huit moines tibétains en méditation produisaient tous de puissantes vagues de rayons gamma, signe selon eux de la concentration cérébrale et des émotions positives.
"Ces recherches n'ont pas prouvé que la méditation engendrait de la générosité ou tout autre sentiment positif", a insisté le Dr. Yi Rao, de l'Université Northwestern (Illinois, nord).
"En outre les tenants du bouddhisme et de la méditation cultivent l'idée dans le public que ces affirmations sont fondées sur des preuves scientifiques", a-t-il déploré.
Des défenseurs du dalaï-lama, comme Bhuchung Tsering, directeur du groupe "International Campaign for Tibet", relèvent que la très grande majorité des noms de neurologues signataires de la pétition contre l'intervention, sont originaires de Chine continentale.
"Il est possible qu'ils aient une réaction nationaliste ou essaient de plaire au gouvernement chinois", a-t-il estimé." (fin de la dépêche)

Dans un sens ces chercheurs de la Chine font oeuvre utile s'ils pointent du doigt et exposent la stratégie médiatique de Sa Sainteté visant à poursuivre la pénétration des milieux scientifiques entreprise depuis les années 90.
Sa Sainteté, ainsi que Matthieu, ancien scientifique lui-même à l'Institut Pasteur, je crois, ont bien compris que la science est en quelque sorte la religion d'aujourd'hui, et qu'elle décide des valeurs contemporaines, bien souvent.
Alors, ils se rapprochent, par une politique de petits pas, de l'institution scientifique, et de son potentiel de communication globale, en nouant des liens privilégiés avec des chercheurs, avec l'aide en particulier des chercheurs convertis au bouddhisme tibétain.
 
Qu'on signale dans le milieu académique chinois (RPC) la volonté de noyautage possible de la communauté académique internationale des neurosciences est une bonne chose.
Après, parmi les scientifiques eux-mêmes, et dans le grand public, chacun pourra se faire s'en faire une idée mieux informée. Au moins le débat aura lieu.

Enfin se pose une autre question, celle des alliances peut-être contre-nature que Sa Sainteté sera peut-être amené à consentir pour entrer plus avant dans les sphères d'influence du monde scientifique. Il est probable qu'aux Etats-Unis le mouvement créationniste puisse essayer d'utiliser Sa Sainteté et son image d'ouverture comme un cheval de Troie pour faire progresser l'idée de l'intelligent design dans l'opinion, mais pas seulement. Les chercheurs américains proches de la mouvance évangélique pourraient être tentés de se rapprocher de Sa Sainteté pour promouvoir grâce à son image plus libérale leur agenda anti avortement, contre la sexualité pré maritale et hostile à la communauté homosexuelle (en plus bien entendu de la modification des manuels scolaires où la notion de darwinisme devrait selon eux laisser la place à celle d'intelligent design). Car sur ces bases les "prolife" (hostiles à l'avortement) les "néo-créationistes" (hostiles au darwinisme) et Sa Sainteté ont plus de points en commun que de divergences. 

Les entretiens médiatisés de Sa Sainteté avec George W. Bush (lui même ardent défenseur "prolife" - hostile au droit à l'avortement - et proche de ces mouvances évangéliques conservatrices) sont-ils des signes positifs d'intérêt vis-à-vis de la communauté tibétaine en exil donnés par le patron de la Maison Blanche en échange d'un "soutien amical" de Sa Sainteté à l'agenda de Bush (conservateur, néo-créationniste, hostile au droit à l'avortement et hostile au mariage comme à l'adoption d'enfants par des couples homosexuels) ?

Il est peu probable que George W. Bush fasse à l'ancien maître du Potala un don sans contrepartie de son soutien politique. Et le seul pouvoir que Sa Sainteté a à échanger aujourd'hui contre ces faveurs américaines est celui de sa parole.
Cette manière un peu rapide de prendre à témoin la science expérimentale pour affirmer de manière peut-être péremptoire le système religieux du tantrisme bouddhique est effectivement une forme de condescendance un peu cavalière à l'égard du travail patient, progressif, et souvent attentif des chercheurs scientifiques.

Il y a quelques années une vague de quelques publications "prouvant" l'efficacité d'une pratique appelée "méditation transcendantale" avait déjà été publiée dans des revues scientifiques. Or il se trouve que ce terme est associé à un groupe dont l'innocuité a depuis été interrogée, et une recherche sur Internet vous montrera rapidement pourquoi (regarder sur le site prevensectes par exemple).
Que ces nouveaux mouvements religieux en Occident souhaitent se parer des atours de la science témoigne-t-il d'une stratégie médiatique de conquête des esprits ?

Qu'il y ait dans le monde chinois aujourd'hui des scientifiques nombreux et de haut niveau, y compris des ingénieurs capables d'envoyer deux hommes dans l'espace et de les en faire revenir sains et saufs par exemple, n'est pas une nouveauté. Mais c'est assez rassurant, assez sain, si certains scientifiques d'origine chinoise constituent une force d'opposition au discours lénifiant et peut-être convenu sur les vertus supposées du tantrisme bouddhique.

Le Dalaï lama a peut-être trouvé là la confrontation que n'a jamais osé l'Occident, littéralement anesthésié par les techniques rhétoriques et médiatiques de Sa Sainteté. Avec en face de lui les chercheurs issus du monde chinois qui connaissent tout à la fois le contexte idéologique où opère le chef de l'aristocratie monastique tibétaine et le discours scientifique occidental, la confrontation ne tournera probablement pas à l'avantage de Tenzin Gyamtso qui va avoir affaire à forte partie. Il avait gagné la bataille de l'estime occidentale face aux fusils chinois, mais il pourrait la perdre face aux beaux esprits et aux scientifiques issus de l'empire du milieu qui n'ont rien à lui envier, et qui sont surtout très nombreux et portés par l'irrésistible décollage de leur sous-continent. 

C'est le dalaï lama qui a le plus a perdre dans cette affaire, qui pourrait contribuer à ternir son image, s'il s'avérait à son issue que notre Prix Nobel de la Paix avait des arrière-pensées pas tout à fait scientifiques ni complètement humanitaires.
Le problème est qu'une fois de plus ce seront les Tibétains en exil, parfois pauvres et précaires, qui souffriront si les Occidentaux se détournent de leur cause, écoeurés de découvrir que leur générosité aura été prise en otage par le système lamaïste que représente Sa Sainteté qui en défend les prérogatives et les privilèges.

                                                                                                                              


La compassion ou...


Ce qui reste essentiel c'est de faire quelque chose concrètement face à la misère.
C'est vrai que, contrairement à d'autres maux complexes à traiter (vie insatisfaisante car routinière, dépression, mésententes familiales, conflits divers), la misère et la pauvreté peuvent être soignées et guéries par l'intervention efficace de tiers. Un peu d'argent, beaucoup de travail, beaucoup d'attention portée aux besoins des autres, et la pauvreté recule, la misère est éloignée.
Tandis que lorsqu'il faut soigner les maux des "nantis", c'est beaucoup plus délicat : une soupe chaude servie chaque soir d'hiver n'est plus la panacée. Peut-être est-ce la maladie des pays du Nord, de ces pays dits riches ? Et c'est peut-être celle qui a appelé les nouveaux Diafoirus du spirituel...
Avec leurs chapeaux pointus et leurs robes venues d'Orient, il fallait des hommes médecine exotiques en Occident pour soigner l'ennui des stars d'Hollywood, mais aussi des fonctionnaires français, des salariés européens, des retraités encore jeunes, de tous les urbains en quête de sens, sans oublier les rmistes et les chômeurs qui ont beaucoup de temps pour contempler les bobos à leur âme.
Il fallait de la couleur, des langues mystérieuses, des sonorités improbables.
Nous avions bien adopté les plats cuisinés saveurs exotiques (une marque de surgelés appelle ses tambouilles "invitation aux voyage"). Nous avions plébiscité les restaurants Indiens où l'on sert du Curry, les plats cuisinés chinois. Alors pourquoi ne pas soigner notre morosité des pays gris, mécanisés et post-industriels avec quelques lamas sur un trône doré ? C'était logique, peut-être inévitable.
Avec en plus le désir de nouveauté qui nécessite d'oublier les modes pour en sacrer de nouvelles : après les lamas ce sera peut-être les shamans aborigènes d'Australie et leur art du rêve, après ce sera -qui sait ?- les Bwiti d'Afrique et les états modifiés de conscience de la plante iboga, puis peut-être les jivaros et leur initiation, ou encore les Yaquis et leur art du traqueur...

La mode des sushi a suivi la mode des rouleaux de printemps, la mode du zen suit celle des arts martiaux de Shaoling...
Ce que je veux dire par là est que pour "l'euphorie perpétuelle" des sociétés de la consommation, la spiritualité est devenue une sorte de consommation de loisirs spirituels.
Mais dans cette passion pour la nouveauté, il y a aussi la lassitude immédiate ou presque qui succède à cette dernière.

Rappelez-vous les années Tibet (la fin des années 80 et le début des années 90) : on vendait les Citroën avec un petit moine en robe du bouddha qui nous disait en faisant le V de la victoire : "révolutionnaire". On vendait le parfum Samsara de Guerlain sur fond d'autels tantriques. Au cinéma c'était "little buddha", "Kundun", "Seven years in Tibet", puis un peu plus tard "la Coupe" et enfin le film (pas le parfum cette fois !) "samsara" qui déferlaient.
Les livres du dalaï lama se multipliaient dans les rayons des grandes surfaces en format de poche. Le duo littéraire de Jean-François Revel avec son fils Matthieu Ricard, moine bouddhiste, faisait des ventes formidables et "le moine et le philosophe" raflaient tous les suffrages chez les retraités de l'éducation nationale.
Allons aujourd'hui à la Fnac : les rayons bouddhisme tibétain ont rétréci comme peau de chagrin. Les films sur le Tibet et le lamaïsme ont disparu de l'affiche, n'est-ce pas ? Adieu Kundun, hello chirurgie esthétique ! La publicité s'intéresse au monde des nouvelles technologies qu'elle nous présente comme la vitrine des désirs, et boude le bouddha...

La mode a intronisé le dharma, phénomène de société, et la mode l'oublie quelques années plus tard...
Si le tantrisme bouddhique n'est plus à la mode, il ne faudrait pas croire qu'il soit déserté de tous, ni qu'il ait disparu. Il a acquis, grâce à son succès médiatique et d'estime, une respectabilité qui attire justement celles et ceux qui en ont aujourd'hui le plus besoin pour leur consommation de loisirs spirituels. Aujourd'hui à l'heure où les sectes sont montrées du doigt, leur nouveau public vient-il au bouddhisme tantrique et à ses gourous ? 

Il est clair que le bouddhisme offre une crédibilité, une présentation et une reconnaissance sociale. Alors que les adhérents des sectes sont victimisés, d'autres peuvent trouver un havre de respectabilité en se faisant bouddhistes... Cela passe bien mieux au travail que la sciento. Et on peut dire à ses voisins de quartier : "désolé les amis, Timberley ne pourra pas être des vôtres pour l'anniversaire de Kenza, elle a son initiation tantrique avec gueshela ».


                                                                                                                          


Notes sur l'émission anniversaire Thema d'Arte (2005) sur le dalaï lama


L'émission Thema d'Arte consacrée au Kundun est passée, dans un silence assourdissant, à côté de ces questions évoquées ci-dessus qui auraient bien mérité un reportage. Mais bien sûr souligner les points communs avec des fondamentalismes religieux n'aurait pas rendu le personnage très sympathique aux yeux du plus grand nombre des téléspectateurs.
L'adhésion enthousiaste de nombreux fidèles est un phénomène remarquable et dont le mécanisme complexe, s'il existe, mériterait d'être étudié.
Sa Sainteté était cadré de près dans le reportage, et j'ai ainsi un peu mieux perçu (c'est bien entendu subjectif) qu'il était aussi un homme politique en représentation, maniant le charme et la séduction, adaptant son propos à son auditoire, etc.
Et lorsqu'il a tenu à préciser explicitement que son rire n'était pas instrumentalisé, mais naturel, je me suis demandé...
Le reporter a sans doute un instant pensé qu'il pouvait y avoir dialogue, ouverture mutuelle, écoute en retour du lama pour son modeste interviewer. Notre interviewer a cru bon, en effet, d’ajouter quelque répartie amusante adressée à sa sainteté : « - C'est ma femme qui va être contente d'apprendre ça ! ». En brossant dans cet instant de trop la réplique inattendue du reporter le dalai lama a bien rappelé que tout devait tourner autour de son centre à lui. Il pouvait plaisanter, rire et sourire, dire des choses de la vie quotidienne, mais que personne ne vienne lui demander d'écouter un tel comportement en miroir ? Roi du Tibet, bouddha vivant, souverain sacerdotal, incarnation du roi de Shambhala, manifestation de kalachakra : notre Kundun s'est-il également pris (en quelque sorte) pour la gare de Perpignan avec ce jeune interviewer ?
Ce n'est pas la première fois que d'infimes craquelures apparaissent peut-être dans le personnage lisse et souriant, et la télévision est un capteur qui peut être d'une bonne précision. Un ami m'avait fait observé il y a quelques années que lors d'une diffusion de reportage sur l'accueil de réfugiés à Dharamasala, les spectateurs français s'étaient émus d'un bref instant où le dalaï lama avait grondé de nouveaux arrivants. Il leur aurait dit en substance qu'il ne fallait pas venir en exil, et rester au Tibet. Ces pauvres gens, qui avaient traversé l'Himalaya, et peut-être "l'enfer", pour venir, qui avaient tout perdu dans leur exil vers Dharamsala étaient là agenouillés, voire prosternés devant lui sur son estrade. Des téléspectateurs avaient trouvé dure cette manière de parler à des personnes qui arrivaient tout juste en exil, épuisées et si pauvres, (certaines ont parfois des gelures aux doigts et aux pieds).
Les téléspectateurs, certains du moins, avaient pensé que sa sainteté aurait dû se taire en cet instant, et peut-être leur dire en un autre moment et avec d'autres mots, que Dharamsala ne pouvait pas accueillir tout le monde, tout le flux en exil, et que les conditions de l'intégration de la communauté tibétaine en Inde en dépendaient.
Le lendemain de la diffusion du reportage cet ami avait donc recueilli plusieurs réactions interloquées, voire froissées, de téléspectateurs qui n'en revenaient pas de cette scène, suggérant que le personnage au quotidien n'était peut-être pas tout à fait congruent avec son image de douceur et de bonté.
Mais revenons au documentaire d'Arte Thema. Il y a eu cette scène un peu surréaliste du reportage où sa sainteté parcourt à grands pas alertes, s'arrêtant à peine pour un bonjour ou un salut, une sorte de petite esplanade ceinte d'arceaux de fer scellés dans le sol. Derrière attendaient sa venue quelques fidèles pour un instant de rencontre et de bénédiction publique. Les élus, en nombre clairsemé sont assis là à même le sol (nous sommes en extérieur) ou peut-être agenouillés. On note dans cette quinzaine de fidèles quelques femmes occidentales d'âge mur dont la ferveur se lit sur les visages.
Les arceaux en métal ne sont pas très hauts, une bonne cinquantaine de centimètres, peut-être soixante-dix ou quatre-vingt. D'un côté assis par terre des gens attendent longuement, de l'autre le dalai lama debout les honore de sa présence, puis quelques secondes à peine plus tard les éconduit de son absence. Ils m'ont intrigué ces arceaux, qu'en est-il de vous ? Pour une raison qui m'échappe je n'ai pu m'empêcher d'associer (et à mon grand dam, que les intéressés me pardonnent) ces barrières séparant, sur l'esplanade, l'espace profane et extérieur des dévots, avec l'espace intérieur vide et vaste du dalai lama, à celles qu'on trouvait auparavant sur les foirails. Mais bien entendu, comme vous, je n'ai vu aucune longe visible nouée sur l'esplanade des bénédictions retenir ceux qui, sagement agenouillés, attendaient leur maître.
Et puis il y a surtout la nouvelle berline japonaise qui conduit sa sainteté, dans Dharamsala, et que nous montre le reportage. Bien brillante et métallisée, couleur claire, peut-être sable ou coquille d'oeuf, très tendance. Sur le fond de pauvreté de la ville, où certains de ses compatriotes en exil n'ont même pas de quoi de payer un vélo d'occasion, le contraste est rassurant. Tout va bien dans le petit Tibet, puisque sa sainteté roule en Toyota ou en Lexus, comme les cadres supérieurs assez cool de Californie ! Et puis on a beau avoir renoncé au monde par les voeux de moine, s'être détaché de tout grâce à l'état de bouddha vivant, c'est quand même plus agréable que la deux deuche de l'abbé Pierre !
Le documentaire sur la roue du temps qui a suivi nous apprend que 500 000 avaient répondu présents à Bodhgaya pour ce Kalachakra qui n'eut pas lieu, finalement. Les images récentes des documentaires étaient également intéressantes, avec un montage assez court permettant de renouveler en permanence l'intérêt visuel à l'écran.
Les foules de fidèles sont filmées de l'intérieur et de très près, et on a l'impression parfois saisissante d'être au coeur de l'action, comme dans la scène où les adeptes se précipitent sur les friandises qui leurs sont jetées par les moines lors de la semaine de Kalachakra à Bodhgaya.
L'un d'entre eux, qui a été interviewé au début du docu-fiction, venait d'effectuer 3000 kms en se prosternant de tout son long sur le chemin. Il semblait en effet très serein, superbement paisible, peut-être un peu comme ces joggers et ces coureurs de fond qui apprennent à leur corps à sécréter des endorphines qui les font oublier, voire effacer la douleur, et se sentir "high".


Le charme du Kundun a-t-il opéré lors de ce Thema anniversaire ?


On peut s’interroger sur le choix éditorial de la chaîne Arte pour son Thema anniversaire. Il manque en effet à ce reportage anniversaire bienveillant sur le dalaï lama en forme de chromo et d’hagiographie, une contrepartie plus argumentée et moins émotionnelle. C'est-à-dire un autre reportage faisant état d’autres voix, d’autres regards sur les questions abordées aurait été bienvenu après la vitrine très public relations du dalaï lama et de ses people aussi attitrés qu’élégants. Arte aurait-il fait un reportage aussi enthousiaste et unanimiste sur le pape Jean Paul II ? Il semble que l’effet « media darling » [sic] (le chéri des médias) du dalaï lama ait joué.
Non que le reportage présenté soit inexact, mais il est incomplet. Il manque par exemple la voix de ces jeunes Tibétains peut-être pas tous d’accord avec la politique de « Kundun ».
Il suffit de se rendre sur les forums et les pages d'opinions de www.phayul.com/ pour découvrir que le consensus n’existe pas toujours autour de sa sainteté et que de nombreux points méritent d'être débattus. On y lit par exemple que pour certains en exil le système parlementaire à Dharamsala ressemble plus à une "farce" (sic) qu'à une véritable représentativité. On y découvre les reproches que les milieux laïcs font à l'encontre d'un système de représentation en exil qui a favorisé les religieux et leur système peut-être "malthusien".
Et il y a l’évidence : le dalaï lama en dépit de son habileté, de ses paroles de bon sens amicales et de son humour n’a su apporter que peu de réponses effectives aux problème sociaux de tout un peuple. Qu’il le reconnaisse est bien, mais ne peut suffire à lui valoir un total satisfecit. Le lamaïsme qu’il incarne n'était-il pas un système de caste à sa manière qui avait quelque peu étouffé le Tibet d'avant la présence chinoise ? Affamé et misérable, dépossédé des terres et des ressources, le peuple était selon de fréquentes observations soumis à un joug invisible, maintenu peut-être dans l'ignorance, celle de dogmes qui permettaient de l'appauvrir au nom de la compassion et de la sagesse, et d'enrichir toujours plus une élite dont le souci principal était, lit-on souvent sa reproduction et son maintien.
La conquête chinoise dont les excès ont été clairement montrés dans le documentaire a eu paradoxalement comme mérite (ceci n'excuse pas cela, soyons francs) celui de redistribuer les cartes et de permettre aux plus humbles qui n'avaient aucune chance sous le système lamaïste pluriel que d'en être les serfs et les porte-faix d'envisager l'avenir pour leurs enfants avec plus d'optimisme que pour leur génération.
Ce sont des lamas, parmi les nantis d'un système historiquement déchu, qui arrivés en exil ont pu communiquer leur vision du Tibet. En revanche, les paroles populaires n'ont guère été entendues semble-t-il, faute de voix, et d’oreilles pour les écouter.
Quant à l'endoctrinement, il existait peut-être avant la présence chinoise, il s'agissait d'un conditionnement religieux bien plus insidieux, où l'on "enlevait" (noter le guillemet) des enfants très jeunes à leurs parents pour en faire des moines qui serviraient à leur tour la classe dirigeante des lamas.
Ayant fusionné les sphères du culturel, du législatif et de l’exécutif la classe que représente certainement le dalaï lama avait concentré tous les pouvoirs. Les gardait-elle jalousement, asseyant sa prospérité et sa sécurité sur le labeur, la misère et l’analphabétisme d'un peuple maintenu en dépendance, voir parfois en servitude ? Chacun répondra à sa façon...
Que cette servitude fût volontaire n'est pas le moindre des paradoxes, et méritait au moins une étude objective de voix dissidentes.
De nombreux rebelles tibétains se sont faits torturer et "trouer la peau" pour défendre l'idée d'une indépendance du Tibet. Le dalaï lama pendant ce temps organisait de magnifiques colloques avec documents sur papier glacé, et dissertait admirablement sur la non violence, bien tranquille, à Dharamsala.
Comme nous le dit avec nuance Tenzin, un jeune Tibétain dans un article en ligne sur Phayul.com :
There are only few takers among the youngsters when it comes to "rinpoches" and their big mansions, foreign trips, rich lives sodden with controversies.
[« Peu de jeunes Tibétains sont preneurs quand on leur parle de "rinpochés" (célèbres lamas) avec leurs grandes villas, leurs voyages à l'étranger, leurs vies opulentes et pleines de controverses. »]
Nous invitons les spectateurs qui voudraient approfondir après ce Thema à lire l'enquête contradictoire de 800 pages de Victor et Victoria Trimondi intitulée the shadow of the dalai lama (en anglais, en allemand, plusieurs chapitres traduits en français) sur leur portail : http://www.trimondi.de/
On y lira ce que Thema ne nous a pas montré. Et chacun se fera alors sa propre idée en meilleure connaissance de cause.

                                                                                                                                                                                                                                              

 

  

 

                                                                                                                                                            

Un livre récemment traduit en anglais pourrait bien faire office d’électrochoc pour la génération X

 

Note de lecture du livre de Victor & Victoria Trimondi : THE SHADOW OF THE DALAI LAMA : Sexuality, Magic and Politics in Tibetan Buddhism (Translated by Mark Penny)

 

Un couple d’intellectuels autrichiens (résidant en Allemagne) a signé un document de plus de 800 pages (paru en allemand en 1998) qui pourrait bien, depuis qu’il est disponible en texte intégral sur Internet dans sa traduction anglaise, faire l’effet d’un électrochoc sur la génération X.

Après la mode du nouvel âge des années quatre-vingts, les quadras, les quinquas et les sexagénaires d’aujourd’hui s’étaient en quelque sorte repliés sur le message et le sourire du dalaï lama comme une alternative possible aux désillusions des idéologies et de leurs doctrines en « isme » (christianisme, marxisme, maoïsme, situationnisme, etc.) Ce livre essentiel pourrait ainsi signaler, voire précipiter le déclin de la mode du tantrisme bouddhique d’origine himalayenne et des enthousiasmes, des attentes et des illusions que cette vague avait suscitées en Occident. Décodant méthodiquement la mythologie du dalaï lama, sans jamais céder aux tentations de l’amalgame, c’est toute la structure du lamaïsme en Occident qui par un effet de dominos, pourrait ainsi commencer à être exposée pour la première fois à un véritable examen.

Cet ouvrage délivre un choc à sa lecture, quelque chose d’absolument nouveau qui n’a pas d’égal dans des publications sur le bouddhisme souvent redondantes et plus complaisantes, car issues à l’intérieur même de ses spiritualités.

La transformation irréversible qu’induiront probablement les informations cruciales contenues dans ce livre chez les lecteurs ne sera pas sans conséquence (on peut vraiment parler de découverte). Après la lecture de cette enquête érudite et approfondie, nombre de sympathisants pourraient se donner la permission d’un autre regard sur leur monde spirituel qui semblait pourtant aller de soi tellement il paraissait bienveillant. Ouvrir enfin le débat sur les fondements sexuels, magiques et politiques du tantrisme bouddhique, sur les non-dits de sa pratique est sans doute ce que réussit ce livre, à défaut de nous donner toutes les clefs de son monde intérieur.

Nous baignons dans cette idée partagée que le tantrisme bouddhique est bon et que le dalaï lama est excellent. Après la lecture de ce volumineux document d’enquête, extrêmement érudit et détaillé, cet aimable stéréotype disparaît pour laisser la place à de sérieuses questions. Les auteurs ont pris beaucoup de temps, et ont véritablement investi beaucoup de leur expérience et de leur intelligence pour nous permettre de comprendre ce qui est en jeu. Leur ouvrage comporte deux parties principales. La première est consacrée aux décodages des textes de Kalachakra, et aux pratiques sexuelles et magiques qu’ils proposent (le rituel en tant que politique). La seconde montre comment ces notions s’appliquent dans le cadre d’une habile métapolitique de la part de Sa Sainteté (la politique conçue comme rituel). Les deux auteurs sont particulièrement à l’aise sur ce terrain, et cette partie approfondit la précédente.

Derrière les apparences plaisantes et rassurantes d’un culte du bouddhisme tantrique dirigé par le dalaï lama, la réalité serait autre, une inversion des valeurs se produirait (chapitre IV). À l’issue des chapitres VI et VII, l’analyse poussée des textes du rituel de Kalachakra, et de leur signification, amène le lecteur à ce constat : le monde des superbes mandalas de sable colorés, des sourires avenants du bouddha vivant sur la scène médiatique sont une apparence, voire la couverture de ce que nous ne devrions pas voir. Et ce que nous ne devrions pas voir le livre nous le donne à comprendre, à entrevoir, puis vraiment à voir.

Le constat est pour le moins accablant. À la lecture des chapitres I à V, la doctrine collective du tantrisme bouddhique révèlerait une possible dimension de victimisation subtile. Le sacrifice de leur corps, de leur parole et de leur esprit au gourou, serait chez des adeptes le secret de la puissance et du rayonnement de celui-ci. Mais bien sûr les disciples ne découvriraient la prédation symbolique (et parfois vitale, selon les auteurs) que de l’intérieur, et on le suppose : trop tard, faute d’une transparence de la doctrine. Les plus exposées seraient les femmes, dont l’énergie douce, spirituelle et fine serait recherchée par certains « maîtres » du tantrisme bouddhique, qui sont le plus souvent des hommes.

Le livre ne nous épargne aucun détail. Nous découvrons par le menu les humiliations que peuvent subir des partenaires féminines selon les textes rituels : parfois une dizaine de prostituées pourrait être recrutée simultanément pour le cycle d’initiations secrètes offertes à un maître de Kalachakra, pour ce qu’il ne faudrait pas qualifier ici de grande orgie ritualisée. Selon les traductions du rite qui sont commentées, le gourou et ses proches disciples peuvent éventuellement se livrer ainsi à tour de rôle aux initiations sexuelles en dehors des grandes initiations collectives et dans ce public confidentiel.

Le lecteur sera stupéfait de découvrir au chapitre VI que ces initiations pourraient inclure pour les proches disciples masculins qui y sont invités la dégustation de sécrétions organiques, que le bon goût et la décence nous empêchent de nommer ici, considérés comme des « nectars » de « grande félicité ». Pour cette raison ce livre doit être déconseillé à des personnes très jeunes ou sensibles. Les auteurs ne font ici aucune allusion à la vie privée du dalaï lama, et il n’y a pas d’insinuation à son sujet. L’ouvrage se contente de tenter de décrypter méthodiquement les textes du rituel de Kalachakra dont ce dernier s’est fait l’ambassadeur dans le monde entier, en particulier en Occident. En effet, le rite peut être également abstrait de tout acte corporel. Un doute subsistera naturellement chez les lecteurs quant à l’innocuité de pratiques, même visualisées, de par leur atmosphère lugubre et un imaginaire que les auteurs qualifient de misogyne selon nos actuels standards.

On le répète : les conséquences de ce livre sur notre prise de conscience en Occident seront très probablement durables et profondes.

La doctrine que prône le dalaï lama serait en fait à géométrie variable, et saurait ainsi rassurer et séduire divers auditoires, en particulier Occidentaux. Elle serait œcuménique, interreligieuse et interculturelle avec ces derniers, les attirant par un discours consensuel. Mais cette doctrine s’articulerait à l’intérieur autour d’un noyau secret, dur et stable, conservateur et préoccupant, si l’on est un citoyen du monde attentif à l’éthique, au respect des autres et à la démocratie.

Après étude des textes classiques, l’ouvrage pose la question de leur fondamentalisme au sujet de la doctrine de Shambhala (chapitre X) que prône le dalaï lama. Dans cette doctrine quasiment apocalyptique – et qui apparaîtra aux plus raisonnables comme une eschatologie voire une mégalomanie, les guerriers de Raudra Chakri, le grand Kalki du royaume de Shambhala, identifié peut-être à une émanation future de sa sainteté, seraient bientôt supposés faire une guerre sans merci à leurs ennemis. Selon les textes traditionnels étudiés, le but de cette conquête serait l’établissement d’une bouddhocracie sous la férule d’un souverain tournant la roue de la loi, un monarque Chakravartin. Cette mythologie de Shambhala affirmerait que seraient ainsi « réincarnés » d’ici quelques siècles pour cette lutte sanglante tous ceux qui auraient reçus dans quelque vie antérieure l’initiation de Kalachakra (que donne fréquemment Sa Sainteté en Occident, et dans le monde entier, sous de vastes chapiteaux). Et qui seraient les ennemis à abattre pour tous ces guerriers flamboyants unis derrière leur monarque Chakravartin ? Devinez ! Ce serait les non bouddhistes, les peuples de la doctrine de l’Ancien Testament, de Jésus et de l’Islam, (« Adam, Enoch, Abraham, Moses, Jesus, Mani, Muhammad et le Mahdi » - Shri Kalachakra I. 154). C'est-à-dire, pour dire les choses simplement : vous et moi, en cœur de cible les peuples du Livre (Ancien, Nouveau Testament & Coran), ces peuples sémitiques où ces écritures ont fleuri, et plus particulièrement les peuples de l’Islam.

Que le nazisme entretienne de curieuses relations avec cette doctrine qui prône la supériorité d’un mythe de Shambhala éloigné des traditions religieuses, culturelles et sociales des « peuples du Livre », est donc l’objet du chapitre XII (deuxième partie), et c’est un sujet – ô combien polémique – qu’ils traitent aussi sans timidité excessive dans ce livre, comme dans un ouvrage plus récent « Hitler-Buddha-Krishna – Eine unheilige Allianz vom Dritten Reich bis heute » paru à Vienne chez Verlag Carl Ueberreuter en 2002 et dont on attend la traduction en anglais.

Pour les médias et les auditoires d’Occident le dalaï lama est écologiste, pacifique, progressiste et ouvert au monde d’aujourd’hui. Mais The shadow of the Dalai Lama présente aussi les contradictions de cette apparence. Dans d’autres cercles, avec d’autres auditoires, le discours du bouddha vivant n’est plus le même.

Par exemple la position sur la nucléarisation de l’Inde du dalaï lama serait contradictoire. Auprès des Occidentaux ce dernier se présente comme un farouche opposant de la bombe atomique. Mais pour ne pas fâcher les autorités du pays qui l’accueille en exil, il déclare publiquement son approbation aux essais nucléaires de l’Inde.

Ce qui rend leur document plus accablant, c’est que ses auteurs ne sont pas hostiles à la personne du dalaï lama. Ils le connaissent depuis les années quatre-vingts, et l’ont plusieurs fois invité en Allemagne, dès 1982, lors de vastes rencontres avec d’autres leaders d’opinion dans le cadre de rencontres interculturelles. Ils ont publié ses écrits dans leur maison d’édition, la Trikont-Dianus-Verlag et lui ont ouvert les portes de l’Autriche et de l’Allemagne, y compris à des niveaux officiels. Ils lui font d’ailleurs crédit d’un tempérament tourné personnellement vers la paix : « Peut-être est-il essentiellement une personne aimant la paix, à titre personnel, mais sans aucun doute représente-t-il une culture qui a été guerrière depuis ses origines et qui ne peut même imaginer admettre son passé violent, sans même parler de le reconsidérer. » C’est aussi la mythologie de cultures himalayennes qui est directement interrogée dans le livre (deuxième partie, chapitres IV à X). Au regard de leur histoire féodale et sanguinaire racontée dans The Shadow of the Dalaï lama, on est loin des clichés romantiques et colorés des livres d’images et des superproductions hollywoodiennes…

Voir le dalaï lama aux côtés de Shoko Asahara, le sinistre gourou de la secte Aum qui a fait gazer le métro de Tokyo au gaz sarin, est en soi une épreuve. Lire le chapitre XIII (deuxième partie) qui est consacré dans le livre aux liens, spirituels mais aussi financiers, dans la relation du dalaï lama et de Shoko Asahara est une des choses les plus incroyablement terrifiantes que l’on peut lire.

À ce propos il faut reconnaître à l’iconographie du livre ses mérites, les photos sont bien choisis et toujours pertinentes. En exergue de cette note de lecture, nous nous sommes permis d’extraire du livre The Shadow of the Dalaï lama la photo de Sa Sainteté, souriant au côté de Shoko Asahara, paradoxe qui devrait établir dans un certain embarras les voix qui ont jusqu’à présent véhiculé l’image très politiquement correcte du leader de la cause himalayenne. Mais au juste ne se tiennent-ils pas la main sur la photo ? On ne distingue pas très bien… Après tout un homme politique pose avec toutes sortes de visiteurs et peut se faire piéger, murmureront les sceptiques.

Si ce livre aujourd’hui disponible dans sa traduction anglaise était bientôt traduit en français, nul doute que ce serait une des bonnes ventes, mais aussi un défi pour ceux qui ont fait si facilement du bouddhisme en France le fond de commerce bienvenu d’une niche mercatique. Avec la diffusion de ce livre, une charge de la preuve incombera inévitablement aux « maîtres » officiels, mais aussi aux disciples et aux sympathisants qui auront maintenant à justifier point par point les aspects ambigus de yogas du tantrisme bouddhique ou à se distancier clairement de pratiques non éthiques s’il y en a. Car le dalaï lama étant l’un des lamas les plus estimés, il apparaît qu’a fortiori d’autres instructeurs, parfois moins réputés, seront sous plus haute surveillance avec les prises de conscience nouvelles qu’amènera le livre. Les associations et les groupes à vocation d’aide qui agissent en faveur de la cause tibétaine et des réfugiés pourraient avoir aussi à se positionner clairement vis-à-vis de ces nouvelles questions, maintenant qu’elles sont posées sur la place publique.

Initiations et stages payants, livres et invitations aux dons pour de nouveaux mouvements religieux : il est probable que dans certains des milieux concernés, et dans le lobby récent mais puissant qu’ils constituent, tout sera bientôt fait pour empêcher ou retarder l’édition en français, et que les pressions seront fortes. La plupart des lecteurs français ne lit pas l’anglais dans le texte, et cela permet encore que l’Hexagone n’ait pas été touché par l’électrochoc de « The Shadow of The Dalai Lama ». L’éditeur qui fera traduire le livre et le publiera in extenso ramassera la mise, certain d’une exposition médiatique exceptionnelle pour ce document. Alors, bientôt ou plus tard… D’ici là, il nous faut nous armer de patience, si on ne sait lire ni l’anglais de l’agréable traduction de Marc Penny, ni l’allemand de l’édition originale.

Prévoyez une grande place pour un prochain livre de l’été dans votre cabas, avec la baguette de pain, le camembert et la bouteille de vin. Sur la plage, vous pourrez probablement dévorer bientôt « L’Ombre du Dalaï Lama », sinon - semblent nous suggérer amicalement les deux auteurs - c’est elle qui pourrait bien dévorer l’occidentale candeur...

                                                                                                                                                             

Pour approfondir :

Le site de Victor et Victoria Trimondi (en anglais et/ou en allemand) est à l’Url : http://www.trimondi.de

Le livre The Shadow of the Dalai Lama en texte intégral, traduction anglaise (Etats-Unis) de Marc Penny est disponible à l’Url : http://www.trimondi.de/SDLE/Index.htm

Faut-il croire à l’efficacité spirituelle des jolis mandalas de sable de Kalachakra que promeut le dalaï lama pour favoriser la paix dans le monde? Saviez-vous que l’un d’eux avait été constitué et présenté pendant un mois environ dans le lobby d’une des Twin Towers du World Trade Center (WTC1) quelques cinq années avant le terrible attentat qui allait détruire entièrement l’immeuble et prendre la vie de milliers de New Yorkais ? Une intéressante interview en anglais de Victor et Victoria Trimondi est présentée à l’Url : http://www.trimondi.de/EN/interv03.html

Les articles, les textes et les chapitres de "the shadow of the dalai lama" traduits  en français sont disponibles à cette adresse Url : http://www.trimondi.de/francais/articles.fr..htm

 

 

 

Fictions spéculatives par Marc Bosche, copyright  28 mars 2006. Textes sous licence Creative Commons (copie autorisée pour usage non commercial). L'éditeur ne peut assumer aucune responsabilité éditoriale pour les liens externes proposés, ne connaissant pas nécessairement les arrières plans et les contextes des sites vers lesquels ces liens pointent depuis la présente page. Le fait de citer ces sources externes ne signifie pas que l'éditeur soit en accord avec toutes les opinions exprimées par ces sites externes vers lesquels des liens pointent.