Désenchantés
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Des bouddhistes désenchantés...

ou la nécessité de la transparence

 

par Marc Bosche

 


 

Si certaines informations manquent souvent pour vérifier et corroborer celles dont on dispose déjà, ce n'est pas un hasard  : c'est que la loi de la discrétion a prévalu, et que l'appel de Dharamsala de 1993 http://pema.free.fr/ldl01.php3 de Sa Sainteté le dalai lama, rédigé en colaboration et signé par 22 moines et enseignants aux mains propres n'a pas encore été suivi vraiment des faits. 

Ils appelaient à la transparence et à l'exposition des maîtres au comportement non éthique, en des termes explicites. Mais bien peu ont osé parler, depuis, en France, même si les mondes anglophones puis germanophones ont été plus sincères, plus loquaces et plus précoces à cet égard. 

Voici un extrait de cet appel de Dharamasala (intitulé Lettre ouverte à la communauté bouddhiste) de mars 1993 désormais bien connu dans le monde du bouddhisme et qui fait souvent référence en matière d'invitation à la transparence :

"Chaque élève doit être encouragé à prendre des mesures responsables pour confronter l'enseignant avec les aspects de son comportement qui contreviennent à l'éthique. Si ce dernier ne montre aucun signe de réforme, les étudiants ne devraient pas hésiter à rendre public tout comportement contraire à l'éthique dont il existe une preuve irréfutable. Ceci devrait être fait sans égard aux autres aspects bénéfiques du travail de l'enseignant et du dévouement spirituel qu'on peut ressentir pour lui ou elle. Il devrait être très clair dans toute publicité qu'un tel comportement n'est pas conforme aux enseignements bouddhiques. Peu importe le niveau d'éveil qu'aurait atteint un enseignant, ou qu'il prétendrait avoir atteint, personne ne peut se situer au dessus de la norme de la conduite éthique. Afin de ne pas entacher la réputation du Bouddhadharma et d'éviter de faire du mal aux élèves autant qu'aux enseignants, il faut que tous les enseignants vivent au moins selon les cinq préceptes laïcs."

L'essentiel est dit : le milieu bouddhiste qui a gardé les mains propres a intérêt à ce que le ménage soit fait, que la lessive soit lavée. On ne peut pas lui reprocher de craindre par ailleurs que les couleurs flatteuses du bouddhisme théorique passent un peu au lavage, ou que ses rinpochés rétrécissent un peu.

Et si nous n'avons encore eu aucun commentaire vraiment désobligeant sur ce site, c'est que chacun en a bien conscience, sans pour autant pouvoir toujours faire le nécessaire, car parfois chacun se sent lié à d'autres par la loi du samaya initiatique (secret tantrique), les intérêts communs, l'impact redouté sur l'image du bouddhisme et sur la fréquentation de ses centres, etc. 

Mais tous ceux qui pratiquent avec sincérité et honnêteté, qui n'ont pas d'intérêt financier engagé, ne sont pas mécontents qu'on dise les choses. Ils n'ont aucune envie qu'on les associe à des pratiques non éthiques. Et il sont nombreux à visiter ces pages Web... 

A l'initiative de l'appel de Dharamsala la "lessive" indispensable a quand même commencé et les bouddhistes occidentaux la font "en famille", au prix d'un inévitable désenchantement. C'est un moindre mal que le joli rouge des couleurs se soit un peu fâné, l'essentiel est que le linge soit propre. 

 

Le reflux de la mode a commencé

D'un strict point de vue anthropologique : que la déception du sympathisant soit au bout du chemin n'ôte rien à l'intérêt heuristique d'une recherche, bien au contraire. Ces observations m'ont réellement apporté de grandes satisfactions, car je ne m'attendais pas du tout à ces résultats, ni même à être surpris ! Que cette surprise soit un désenchantement a des conséquences : mon attitude initiale de sympathie inconditionnelle pour le bouddhisme a bien reçu ici où là des démentis à l'issue d'observations attentives.

Ainsi si mes propos tentent d'être amusés et édulcorés, si je recours à la dérision, c'est que la réalité aujourd'hui des dérives dans certains mouvements du tantrisme bouddhique est moins amusante (et peut aller jusqu'à enfreindre clairement nos lois républicaines dans certains cas)...

Par des correspondances privées et personnelles je suis souvent en contact avec les témoignages d'anciens adeptes ou pour dire les choses plus poliment : d'anciens sympathisants engagés.
A leur lecture il semble que l'ère post-tantrique a déjà commencé en Europe ! Le tantrisme bouddhique y est implanté depuis le milieu des années 1970, et trois générations se sont désormais frottées ou découvrent ce monde et ses organisations.
Nous n'en sommes plus à l'heure de l'expérimentation comme dans les années 80 mais à l'heure des premiers bilans, voire des bilans ou... des dépôts de bilan !

La réalité est souvent au delà de la fiction, les dérives sont allées ici ou là au delà de l'imagination, et le public le découvre petit à petit. Il l'apprend des victimes elles-mêmes lorsque leurs "maîtres spirituels" font des bêtises avec leurs disciples occidentaux et lorsqu'ils défrayent la chronique, ici où là. Nous n'avons même pas besoin de le faire à leur place. Les victimes s'en chargent.

 

Une mosaïque d'écoles

Rappelons à ce point, même si c'est bien connu, que le bouddhisme n'est pas une église mais une mosaïque d'écoles qui ne partagent ni les mêmes structures, ni même les mêmes rites. Il est donc difficile d'imaginer une régulation hierarchique ou collégiale entre des mouvements aussi divers.

Dans notre démocracie le droit de pratiquer la religion est inscrit dans la constitution et protégé par la loi. Nul ne peut y attenter même au nom de principes.

Quand les pratiques restent dans la légalité, on ne peut les critiquer au risque d'attenter à la vie privée et au droit fondamental reconnu à chacun de pratiquer la religion de son choix. Et si la loi est enfreinte, il n'est plus question de discussion, mais de témoignage, et si nous avions de telles évidences, ce serait vers la justice et non vers les forums Internet que nous devrions nous tourner pour demander que cela cesse... L'espace d'expression est ainsi naturellement étroit, sa marge limitée, mais ce petit espace n'en est que plus intéressant... Du moins j'espère...

L'habileté de certains systèmes tantriques est d'obtenir intelligemment le consentement des adeptes. Ce sont ces derniers qui se donnent alors éventuellement l'amère potion de la dévotion, du sacrifice de leur vie personnelle, relationnelle, de leur vitalité, voire de leur vocation professionnelle. 

Et lorsque se dissiperont les mirages de l'engagement, ils ne pourront s'en prendre le plus souvent qu'à eux-mêmes. 

Quinze ou vingt ans, voire vingt-cinq années auront passé (il faut au moins ce temps pour faire ce type de bilan). Les choses auront changé, et ils n'auront même pas la satisfaction d'exprimer leur colère. Le message qu'ils auront assimilé les en dissuadera, et les responsables qui les auront habilement orientés auront peut-être été remplacés par de nouvelles figures d'autorité...


Et si nous voulions aujourd'hui, alors qu'il en est encore temps dissuader telle ou telle jeune personne d'abandonner par exemple ses études universitaires pour devenir bénévole dans un de ces centres, ce serait impossible, ou du moins très difficile. Et si nous insistions, ce serait la victime elle-même qui nous reprocherait de faire intrusion dans la sphère privée de sa vie religeuse. Il faut ainsi laisser ces adeptes faire leurs expériences, on peut très rarement leur en faire l'économie. 

C'est seuls face au miroir du temps qu'ils verront ce qu'ils ont fait ou non de leur vie, et de leur(s) talent(s). Mais bien entendu il sera trop tard pour revenir 20 ans en arrière. Leur vie sera donc ce qu'elle aura été : au service d'une pensée collective et toute faite de système, plutôt qu'au service de leur projet individuel et unique, à découvrir progressivement.


Des pratiques répétitives et conditionnantes

A y regarder de plus près 111 111 répétitions d'un mantra, d'un geste rituel ou d'une prière au gourou ce n'est pas rien à l'échelle d'une vie. Tout publicitaire serait certainement enchanté de disposer ainsi d'un tel plan media pour promouvoir ses chips ou ses sodas. 

Les préliminaires sont au nombre de 5 : prosternations, prière de prise de refuge, purification par le long mantra de Vajrasatta en 100 syllabes, offrande du mandala, prière au gourou. Chacun doit être répété 111 111 fois avec les visualisations ad hoc. C'est beaucoup. 111 111 expositions au même message représenteraient aussi environ 100 expositions par jour pendant 3 ans, ou 10 par jour pendant 30 ans. 

Et, comme il y en a 5, les préliminaires tantriques correspondraient à un plan de conditionnement de 50 messages ciblés par jour pendant environ... 30 ans. (Je vous fais grâce des calculs précis, c'est une simple approximation)


Il n'est donc pas totalement surprenant que le lamaïsme utilise le format de la répétition intensive d'un message uniforme, tout comme la publicité. Mais l'ampleur de ce rabachage n'est pas du tout négligeable dans le cas du tantrisme, et doit avoir aussi des conséquences sur la psychologie de l'individu quand elle se produit dans le laps de temps beaucoup plus court, de quelques mois à quelques années, généralement imparti à la série des préliminaires. 

Nous le saurons d'ici 20 ou 30 ans quand la recherche en psychiatrie aura suffisamment de cas à sa disposition, lui permettant d'élaborer de nouvelles hypothèses...

 

Au nom du bouddha ?

Oui, il faut balayer devant la porte, reconnaître les dérapages, lorsqu'ils sont au présent, ou lorsqu'ils se reproduisent à l'identique d'un passé récent.
Des entreprises modernes, pourtant commerciales et intéressées exclusivement par le profit, s'engagent sur la qualité de leur service, le zéro défaut, le remboursement de la différence, la garantie étendue, le contrat de confiance. Votre écran a cinq pixels morts ? On vous le remplace par un neuf. 

Si le monde du business est capable de donner l'exemple, alors que ses valeurs morales sont souvent décriées, pourquoi le monde de la spiritualité bouddhiste ferait-il moins bien ? 

Pourquoi accepterait-on des déceptions, voire des promesses fallacieuses, qu'on n'accepte pas de son marchand d'automobiles ou de son fournisseur d'accès Internet ? 

Pourquoi les églises, les centres du Dharma, les maîtres ne seraient-ils pas aussi responsables ("accountable") devant leurs usagers, puisqu'ils se sont structurés selon les mêmes lignes que les autres institutions (associations aux statuts enregistrés, facturation des services, vérification des comptes, boutiques commerciales en périphérie et congrégations cotisant aux caisses sociales...) ? 

Il n'y a aucune raison que le bouddhisme qui se targue de hautes valeurs, de véhiculer la paix et la sérénité, fasse moins bien que les institutions moins prestigieuses d'un point de vue spirituel. 

On ne peut pas jouer sur les deux tableaux : incarner la spiritualité dans des institutions comme les autres et ne pas en respecter les règles contractuelles, sociales, sociétales.


A moins que le bouddhisme ne soit qu'un discours, une sorte de méthode d'auto persuasion, une rhétorique de la paix... Je sais, je ne le pense pas non plus en cet instant, mais nous devons bien être certains qu'on n'a pas vidé de son contenu cette bonne sagesse antique du bouddhisme pour la remplacer par une sorte d'idéologie clé en main au service de ceux qui en contrôlent le discours et les promesses attractives, ainsi que le circuit économique, et ses quelques bénéfices directs et indirects...


Rappelons que si Renault ou Apple vendent des produits qui nécessitent beaucoup de travail, beaucoup de soin, beaucoup de mise au point, des lamas, au hasard, reçoivent des donations pour quelques paroles de bon aloi prononcées du haut d'un haut trône de contreplaqué laqué Glycéro vermillon...

Un business virtuel où l'on vendrait des promesses au prix d'un coûteux service de haute technologie (votre abonnement Internet pour un mois coûte moins cher qu'une seule journée passée à écouter un enseignant bouddhiste répétant un vieux commentaire de texte dans un centre), cela peut tenter des gens pressés. De l'argent facile, du pouvoir, des portes qui s'ouvrent dans les milieux branchés et les medias, cela peut intéresser aussi des marchands de sable, de vent, de chanson. Alors à chacun de vérifier s'il touche à de l'authentique ou à du vent... Mais dans notre époque les probabilités sont plutôt du côté de la déception...

Si les secrets d'illumination de Véronique Jeannot [l'actrice a publié, rappelons-le un livre sur "le chemin" (spirituel tibétain)] constitue pour certains un viatique valable, ce n'est pas moi qui gâcherait leur innocent plaisir spirituel...


S'il ne s'agit que de consommation de loisirs spirituels, s'il ne s'agit que d'aller au centre du Dharma recevoir l'initiation du karmapa numéro bis en famille (compter à vue d'oeil près de 100 euros, voire davantage avec les sandwiches et les cocas des enfants, car on vous demandera d'adhérer à l'association et de payer pour la carte en plus de l'initiation) après avoir visité Padirac, le Thot, et la vallée de la Vézère, un beau jour du mois d'août, alors je me tais... 

Après Disneyland, bienvenue dans les nouveaux parcs d'attraction spirituelle ! Et n'oubliez pas de passer à la boutique dharma acheter une cloche, un peu d'encens feuilles d'automne et le dernier livre de Véronique Jeannot ! (J’avais entendu dire, il y a quelques années déjà, que la boutique de ce centre de Dordogne était aussi la librairie qui faisait le plus fort chiffre d"affaires de tout le département. je ne sais si c'est toujours d'actualité). 

Bienvenue ainsi à EuroBouddhaLand ! Faites chauffer votre carte bleue. Mais vous n'avez aucune garantie que le grand huit (l'octuple sentier) ne s'est pas déjà disloqué !

Les Occidentaux qui se sont aventurés vers le lamaïsme l'ont fait sans garantie, comme Milarepa avec Marpa selon le récit qui nous est parvenu. La faim, le besoin, l'attente étaient tels qu'ils n'ont rien demandé en retour et ont parfois signé le chèque en blanc de leur vie ; comme ceux qui ont tout quitté, situation, conjoint, biens matériels, pays natal pour ce voyage occidentalisé du tantrisme bouddhique, et que nous avons connus. Un comportement d'impulsion en somme, comme il existe des achats d'impulsion irrépressibles...
 
Ici et là des observateurs  persistent à penser que la naïveté, la candeur et l'ignorance de toutes ces questions par les Occidentaux convertis au tantrisme ont quand même été largement utilisées par des maîtres spirituels du tantrisme bouddhique qui en ont surfé la vague sans attendre, peut-être sans culpabilité. 

Ils ont accepté ce qui leur était donné par les Occidentaux : leur confiance, leur foi, et leur ont fait partager leur connaissance de ces pratiques. Dans le processus, y a-t-il pu avoir "abus de faiblesse et d'ignorance de personnes en état de sujétion mentale" comme certains dérapages l'ont suggéré et dont nous avons parfois rendu compte ailleurs ?

 
Personne n'obligeait ces Occidentaux à donner ainsi leur vie pour un rêve, tout comme personne n'est obligé d'acheter ce qu'il vient de voir à la publicité télévisuelle ou au téléachat. Cet argument est d'ailleurs souvent employé par les tantrikas eux-mêmes, il me semble l'avoir entendu déjà plusieurs fois, sous des variantes, lorsqu'il y a un problème pour un disciple abusé par exemple : "personne ne l'a obligé à croire à la sainteté de tel ou tel maître", ou "à donner sa force de travail", ou "son argent"... Sous-entendu : s'il est si naïf, "c'est son affaire". Et s'il a perdu la partie, "tant pis pour lui". Cette rengaine, je l'ai entendue sous des formes diverses et des variantes. Personnellement je suis toujours autant choqué de cette vision ci-dessus des choses où c'est toujours la faute à celui qui se fait rouler, vision des choses que je reconnais avoir d'ailleurs à peine caricaturée ici.


Il est difficile d'exiger des "maîtres" une garantie de service spirituel pour les Occidentaux, car leur désir de spiritualité fait de ces derniers des papillons de nuit comme subjugués par la lumière d'une lampe. C'est leur propre aveuglement qui est en cause. Les lamas auraient été avisés de ne pas en profiter, mais ils étaient en position de le faire, en position de force.

Si l'on rencontre vraiment de l'authentique, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ses disciples auraient regretté d'avoir manqué la rencontre de ce vieux lama que j’ai bien connu, que j'ai eu l'honneur de servir comme moine novice, secrétaire et éditeur littéraire de ses deux derniers livres. Il a, à sa manière, changé leur vie. 

Mais, en revanche, la plupart auraient volontiers et à juste titre jeté l'eau du bain de la rencontre d’autres disciples plus anciens et donc en position d’autorité. Hélas pour eux, ils ne pouvaient pas : ils s'engageaient auprès du vieux maître, mais se retrouvaient à devoir répondre devant ses proches disciples, qu'ils n'avaient pas choisis comme maîtres... 

Dans l'ensemble ce proche aréopage était constitué de gens tout à fait corrects, voire tout à fait valables. Mais il est parfois possible qu'un pervers narcissique (un seul suffit), qu'une personne avec des désordres de violence perverse, aimant particulièrement le pouvoir et les auto visualisations improvisées de protecteurs courroucés, se trouvât discrètement incluse dans ce groupe, et là les choses devenaient difficiles pour certains des nouveaux parmi les plus vulnérables qui devaient passer sous ses fourches caudines, je devrais dire : sous son couperet de Mahakala... 

Au nom du vieux lama sage et bon, ils devaient vraiment endurer l'enfer subjectif d'une relation avec ce tantrika senior aux pratiques indétectables, qui vivait discrètement sans doute ses pulsions de violence perverse à l'aide des auto visualisations courroucées et musclées... 

A l'extérieur on ne voyait pas l'essentiel, puisque on ne percevait que la personnalité caractérielle, ses crises de colère, son autorité abusive, mais on pouvait deviner aux effets produits sur les malheureux, que quelque chose de plus leur était aussi imposé... Quelque chose dont les victimes n'avaient souvent pas la moindre idée.... 

Il leur a fallu plusieurs années pour se reconstruire et certain(e)s ne savent toujours pas ce qui leur a été fait pour endurer une telle souffrance subtile qui est pour eux (elles) toujours inexplicable... (J'ai mis ici la formule au féminin car ce tantrika s'en prenait prioritairement aux femmes.)

 


Dans un autre registre du dérapage : voici cette petite devinette qui m'a été posée par une personne qui a bien connu celui qui organisait à une époque les déplacements d'un célèbre rinpoché, que nous appellerons T.
Selon cette source, quelles étaient les trois conditions pour que T. acceptât de venir donner une conférence dans un groupe du Dharma ? Il s'agissait vraisemblablement de déplacements à l'intérieur des U.S.A., où l'orateur allait dans quelque ville, faire une conférence ou une causerie, et passait au moins la nuit sur place. L'anecdote ne vaut également que pour la période concernée :

" Five hundred dollars, a bottle of whisky, a woman."

La version rock'n roll du triple refuge, en somme !

 

 

 

Samedi 22 octobre 2005
Un documentaire Arte: « Le voyage du Bouddha bleu » 


J'ai été un peu déçu de ce documentaire convenu aux belles images.
Il y a ce discours sur la victimisation du Tibet, sans apport d'information complémentaire, je veux dire par là : actualisée. L'invasion du Tibet c'était il y a plus d'un demi-siècle, et les téléspectateurs mériteraient enfin des reportages vraiment factuels sur les questions d'actualité dans la région autonome du Tibet.


Il était amusant de constater, dans le docu, le commentaire un peu gêné pour expliquer à Lhassa la foule dense des fidèles qui se prosterne spontanément, librement, en public, et de tout son long, devant les bouddhas et les stupas. 

Le documentaire montre aussi la liberté de choix médicale des patients qui consultent aujourd'hui volontiers à l'hôpital de médecine tibétaine de Lhassa. 

La caméra montrait de toute évidence une certaine liberté religieuse recouvrée à Lhassa, une tranquille prospérité aussi, tandis que la voix féminine du commentaire continuait, un peu embarrassée, dans la veine "politically correct" d'un Tibet broyé et victimisé.

J'ai trouvé étrange aussi le commentaire du documentariste indiquant que les patients doivent payer leurs soins à l'hôpital de médecine tibétaine de Lhassa en laissant entendre que "c'est la faute aux Chinois" si les soins ne sont pas gratuits. Je me souviens avoir consulté il y a quelques années de cela une femme d'origine himalayenne pratiquant la médecine traditionnelle tibétaine en France, et je peux vous confirmer que les Chinois n'y étaient pour rien lorsqu'elle m'a demandé d'acquitter son prix prédéfini de consultation. Elle ne m'a pas laissé partir en me donnant le choix initial de laisser une offrande volontaire. J'ai donc trouvé amusant que l'esprit de lucre soit attribué par le commentaire du reportage non aux praticiens tibétains eux-mêmes mais... aux Chinois de la RPC !!


La commentatrice semblait regretter aussi que les références religieuses au bouddha aient disparu des documents et des prescriptions à l'hôpital tibétain de Lhassa. J'imagine sa réaction scandalisée si on lui imposait en revanche de réciter des "Pater Noster" ou de prier la Vierge Marie lors d'une consultation médicale en France ! Elle serait la première à regretter l'absence de laïcité de la médecine, et d'invoquer aussi par ailleurs la séparation des pouvoirs des églises et de l'état que la loi de 1905 a apporté en France.


Quant à la démonstration des soins apportés à l'hôpital tibétain de Lhassa à un homme se plaignant de maux de tête chroniques, elle évoquait plus "Le Médecin Malgré Lui" de Molière que la médecine contemporaine : le documentaire d'Arte a eu le mérite de filmer... la saignée qui est infligée au patient ! Qui, en Occident, voudrait revenir au temps des médecins à chapeau pointu, des saignées, des sangsues et des clystères, au nom d'une médecine "traditionnelle", "spirituelle", "humaniste" et "naturelle" ?! Des volontaires ?! 


Quant à ces lamas tibétains qui se font soigner à l'occidentale, il est bien, je crois, l'exact résumé de la situation :

Le seizième karmapa a essayé cliniques et hôpitaux à Hong Kong et Chicago, où il est d'ailleurs décédé des suites d'une longue maladie. Il n'a sans doute pas imaginé une seule seconde d'être soigné par la pharmacopée tibétaine. 

Kalou rinpoché, mourant, recevait encore une injection donnée par un médecin de pratique occidentale. 

Le "Très Précieux", quant à lui, dont j'ai raconté la rencontre dans "le voyage de la 5ème saison", se faisait soigner par deux médecins diplômés d'universités européennes et soignait son mal de gorge avec Hypophan, le sirop aux baies d'argousier de Weleda ! 

Quant à Sa Sainteté le Dalaï Lama, c'est bien dans un hôpital de Bombay (Mumbay) qu'il est allé se faire soigner d'une infection, il y a quelques années à peine, lorsque sa vie a été en danger, et il ne s'est pas satisfait des médecins tibétains pourtant bien implantés à Dharamsala... Ah ! Les antibiotiques, ce n'est pas si mal quand on en a besoin. Comme disait sur le mode de la galéjade le chroniqueur de France Inter, Didier Porte, au sujet de la séduction de la médecine orientale en Occident : "si elle ne sait pas guérir les volailles de la grippe aviaire, elle aime bien soigner les riches dindes occidentales !"


Pilules bénies ?

Enfin, juste une incidente, pour demander à nos lecteurs de bien vouloir éclairer ce débat de leurs propres lumières :
Je veux aborder ici la question des "pilules de longue vie" et des pilules initiatiques spécifiques données au cours de certaines initiations publiques du tantrisme bouddhique. 

Le lama qui officie fait généralement remettre ces pilules de longue vie à l'issue de quelque grand rituel initiatique prestigieux des yogas tantras dits supérieurs. 

Or, selon les textes tantriques, ces pilules seraient composées avec divers ingrédients et en particulier les fameux et énigmatiques "5 nectars". Ce terme inclut-il, comme le on le lit ici et là, des substances comme la salive, le sang, les fèces et un peu de l'émission séminale du rinpoché qui officie ? 

Merci de nous le confirmer, ou de l'infirmer, si vous avez assisté à la préparation de ces "pilules thérapeutiques" données au cours d'initiations du bouddhisme tibétain.

Car, si tel est le cas, la question peut se poser de l'innocuité bactériologique et surtout virale de telles pilules. Même en de petites quantités, si ces pilules contiennent effectivement certaines de ces substances organiques (comme le sperme ou les excréments du lama rinpoché initiateur ?), pourraient-elles discrètement contaminer une partie de la foule des disciples qui assistent à l'initiation si le lama est par exemple porteur lui-même d'une infection ? 


Les moines qui roulent à la main ces pilules peuvent-ils également contaminer les disciples si les précautions élémentaires d'hygiène ne sont pas prises (mains non lavées et désinfectées par exemple) ? 

Bref, quid de l'innocuité des pilules qui sont avalées naïvement par les adeptes à l'issue de certaines initiations supérieures du tantrisme bouddhique ? 

Les intéressés sont-ils bien informés de leur composition avant de les ingérer ? 

Existe-t-il un contrôle de l'hygiène des substances qui sont ainsi disséminées?


La médecine occidentale a eu le mérite de promouvoir l'asepsie et la prévention des infections et des épidémies, ce serait dommage de l'oublier un peu vite...


Le discours nostalgique sur la médecine "humaniste" et "naturelle" tibétaine du "voyage du bouddha bleu" d'Arte sacrifie surtout au culte du spectacle, à celui de images léchées, des ambiances exotiques, des causes simples, des effets romantiques, à défaut de nous informer factuellement sur des questions complexes et nuancées. 

Mais la plupart des téléspectateurs qui ne sont pas informés par ailleurs de ces questions n'y auront vu... que du bleu.


Fictions spéculatives par Marc Bosche, copyright  28 mars 2006. Textes sous licence Creative Commons (copie autorisée pour usage non commercial). L'éditeur ne peut assumer aucune responsabilité éditoriale pour les liens externes proposés, ne connaissant pas nécessairement les arrières plans et les contextes des sites vers lesquels ces liens pointent depuis la présente page. Le fait de citer ces sources externes ne signifie pas que l'éditeur soit en accord avec toutes les opinions exprimées par ces sites externes vers lesquels des liens pointent.