Addictif
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Le bouddhisme peut-il se révéler addictif 

& créer de nouvelles dépendances ?

par Marc Bosche



   Tandis que le bouddhisme occidental semble parfois être tenté par (et hélas parfois combiner) la facilité de la standardisation ("bouddhisme Mac Do" ou "MacDharma", uniformisé, prêt à consommer) et les quasi-tentations de néo-fondamentalisme (avec des bouddhismes sans grand enracinement, reconstitués sous des formes très hiérarchisées, et peut-être simplifiées), on découvre en lisant les messages des forums que jamais l'attrait d'un bouddhisme naturel, culturel et vivant n' a été aussi palpable.

Après que soient retombées un peu la mode du Zen, puis celle du bouddhisme tibétain, frémirait le désir d'une pratique individualisée, vraie et si possible ressourcée, par exemple (idéalement) dans la rencontre personnelle de ces rares moines vivant encore la vérité de leur message en forêt en Asie (beaucoup de maîtres de méditation vont aujourd'hui en avion d'une capitale à l'autre et ne vivent plus tout à fait le coeur de leur message, ayant une vie moderne différente de leur enseignement traditionnel).

Si ce "nouveau véhicule des anciens" parvient à éviter la commercialisation comme le conservatisme idéologique, il semble qu'il puisse intéresser ces Occidentaux en quête d'un chemin personnel, autonome, sans passage obligé par des centres du dharma, sans nécessiter bibelots ni colifichets vendus par les boutiques spécialisés, sans effets spéciaux ni business model. Ce grand retour en faveur du Theravada authentique et individuel est très perceptible sur nos fils de discussion. Mais comme l'écrit un de nos participants : "rencontrer de l'authentique est rare et difficile". Alors quid de l'avenir ? Vos interventions sont bienvenues sur le forum pour en savoir davantage.

         

    Voici ce que dit le célèbre "sutra aux Kalamas" attribué au bouddha qui fonde la philosophie du "libre discernement" prônée par le bouddhisme des anciens (traduction du canon des textes en langue pali, conservé à Sri lanka) :

" Ne vous fiez pas à ce qui a été acquis par une écoute répétée, ni à la tradition, ni à la rumeur, ni à ce qui est contenu dans les écritures, ni à l’injonction faite, ni à un axiome, ni à un raisonnement spécieux, ni au biais lié à une notion qui a fait l’objet d’une réflexion, ni à la capacité apparente d’un autre, ni à la considération suivante : « le moine est notre enseignant ».

Quand vous savez [par] vous-mêmes [par expérience] : « ces choses sont bonnes, ces choses ne sont pas blâmables, ces choses sont louées par les sages, entreprises et appliquées ces choses amènent bien et bonheur », [alors] entrez et établissez-vous en elles.

La discipline de l’être noble qui est de cette manière dénuée d’avidité, d’hostilité, sans confusion, avec une compréhension claire et vigilante s’établit ainsi [dans l’immensité de ces quatre états d’attention] : De son cœur rayonnent l’amitié, la compassion, la joie, l’équanimité vers une des quatre directions de l’espace. [...] Il s’établit ainsi, diffusant la pensée exaltée qui est libre de haine, en faveur de l’existence partout, dans tout l’univers, de tous les êtres vivants. "

(Le bouddha a rompu ici avec les traditions dévotionnelles antérieures : c’est la charte du libre discernement ou Kalama sutra, in Anguttara Nikaya, Tika Nipata, Mahavagga, 65.)

 

    Le présent portail d'auto-fiction évoque les voix fortes et singulières qui se sont élevées depuis la fin des années 1990, et d'abord dans le monde anglo-saxon, pour comprendre le bouddhisme occidental et en analyser les premiers bilans, et donc inévitablement certaines dérives.

Des liens utiles ("liens bouddhisme" dans le menu en haut de page) proposent à partir du présent site d'accéder aux analyses, aux pages web ou aux livres de celles et ceux qui, avec courage, ont littéralement remonté le courant d'une mode en en décryptant certaines des pratiques sociales.

Parmi eux, on trouvera June Campbell (traductrice de Kalou rinpoché qui raconte dans un livre profond et sensible, Sky Dancers - Feminist Views of Tantric Buddhism, qu'elle a longtemps été la partenaire malgré elle de la vie très secrète du célèbre moine), James et Tara Carreon (témoins sans illusions de l'introduction du tantrisme bouddhique aux USA), Ralf Halfmann (qui après 9 années aux coeur du plus grand réseau Zen européen en a progressivement décodé "l'emprise organisationnelle" éventuelle), Christian Pose (qui à l'issue de trois années de voyages comme moine errant en Inde a pu esquisser une critique sociale du lamaïsme, élaborée de l'intérieur, avec son site "ni bonze ni laîc"), Victor & Victoria Trimondi (qui ont invité le dalai lama en Allemagne, puis ont attentivement esquissé les ombres d'un système et présenté quelques fréquentations "controversées" du Pric Nobel de la Paix dans leur étude de 800 pages "the shadow of the dalai lama"), Brian Victoria (qui a ébranlé la communauté Zen internationale en révélant en 1999 dans son livre choc "Zen at War" le passé "belliciste" et les compromissions avec le pouvoir de l'époque de la célèbre école Soto Zen au Japon au cours de la deuxième guerre mondiale)...

                                                                                                                                                       



Addiction or not addiction ?


La question qui vient alors est la suivante : le fond lui-même de cette pratique peut-il parfois constituer une autre dépendance plus profonde (sans généraliser) ? Cette recherche complexe de sagesse, vacuité, compassion, félicité, par la méditation et les pratiques rituelles est-elle alors devenue addictive ?
Est-elle addictive telle quelle ? Ou est-elle addictive dans le contexte d'une crispation et d'une recomposition communautaires, dont on découvre aujourd'hui qu'elles touchent aussi divers nouveaux mouvements religieux, dont certains se trouvent être "bouddhistes" (épinglés dans le rapport parlementaire Vivien-Guyard de 1995 par exemple) après la disparition d'une ancienne génération d'enseignants asiatiques authentiques ?

Une thèse est souvent soutenue par les mouvements de la laïcité qui reprochent aux religions d'être un opium du peuple, de les assujetir avec de belles paroles d'espérance, des fumées d'encens et de beaux chants. En étant devenu une religion le bouddhisme-t-il pris lui aussi ce travers (si tant est que ce soit un travers) d'autres églises ?

Une autre facette existe aussi à  cette question : celle de la dilution et de l'adaptation, avec l'idée qu'en diluant le message authentique dans des formes rituelles ou sacerdotales on a diminué le caractère libérateur du bouddhisme (s'il existe) et augmenté les facteurs de dépendance religieuse.
 

Si le bouddhisme est la quête infinie du sens et de soi, et s'il n'en diffère pas, en quoi est-il légitime en tant que doctrine et qu'institutions particulières ?

Si l'air que je respire est là partout - et disponible - autour de moi, pourquoi devrais-je aller l'acheter en bouteilles à un "marchand d'air" qui m'en vante les qualités ?

Si le sable est disponible dans le lit de rivières qui coulent pour tout le monde et que je peux m'en procurer librement et abondamment, pourquoi devrais-je alors m'en remettre à un marchand de sable ?

Si chacun qui connaît la musique peut inventer ses airs, les jouer pour soi et pour d'autres en quoi le marchand de chansons est-il indispensable ?

En d'autres termes: certaines entreprises culturelles qui se réclament du bouddhisme n'ont-elles pas tendance alors à nous vendre ce que nous détenons en nous déjà, nous laissant croire qu'elles sont des institutions indispensables, comme le feraient les marchands d'air, de sable, ou de chansons ?...

 

                                                                                                                                                                  

 

Où sont passés les enseignants authentiques ?

Par exemple dans le lamaïsme, les Dilgo Khyentse, les Dudjom, les Kalou, les Guendune ne sont plus là. Avec eux c'est une génération d'hommes discrets, humbles et stables qui s'en est allée.
Ils vivaient au contact personnel de leurs disciples et n'accordaient pas une trop grande importance à leur plan média !
Aujourd'hui les "réincarnations" qui les remplacent vont en avion d'un continent à l'autre, allant d'une centre communautaire à un chapiteau, résidant parfois dans des hôtels 5 étoiles luxe en lieu et place d'ermitage (comme le dalaï lama dans sa suite dupleix à l'hôtel Crillon, lors de sa récente venue à Paris).
Simultanément les avocats, les huissiers et les affaires ont pris le relai... ici ou là.

Pour le disciple le changement est de taille : en l'absence d'un enseignant stable, présent et surtout indiscutable, des communautés se sont repliées sur les rites, l'adhésion au discours, et des figures d'autorité peut-être moins désintéressées du pouvoir (car elles n'ont pas le charisme des enseignants de l'ancienne génération).

Le fait que l'enseignement antique reste direct, de personne à personne, que le recours à l'écrit soit somme toute accessoire et illustratif, et non pas central, et qu'aucun échelon intermédiaire ne s'immisce ici entre le moine instructeur et l'étudiant sont sans doute des signes d'une tradition encore vitale et authentique lorsqu’il existent. Cette intimité entre celui qui instruit et celui qui apprend a été bien souvent altérée dans les centres du dharma occidentaux. S'il existe un instructeur principal et qualifié, il est rare qu'il puisse s'occuper de chaque élève individuellement et attentivement. Le plus souvent offert à la tentation d'augmenter le nombre de ses disciples (qui permet ainsi aussi de "multiplier les pains", en quelque sorte, c'est à dire de recevoir des offandes et des donations plus nombreuses !) l'instructeur ne peut plus s'occuper correctement de chaque personne en particulier. D'où le recours aux échelons intermédiaires qui répètent la lettre sans comprendre toujours l'esprit, et aux écrits qui figent les pratiques en quelque commode livre fade de recettes. Dans le gigantisme des centres du dharma européens, comptant parfois plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de disciples présents simultanément, se trouve sans doute ainsi la cause directe de l'affadissement de l'enseignement, la perte de son contenu, de son sens.


Les boutiques du dharma ont fleuri. Quand les ventes de souvenirs en stuc doré ne suffisent pas à équilibrer les comptes, on fait même appel dans certaines communautés à l'héritage des vivants, encourageant les adeptes à léguer de leur vivant leurs biens à ces nouvelles institutions culturelles.

Il est donc pensable que la dépendance du disciple soit parfois encouragée, cultivée puisque ce dernier est une ressource économique (par son travail bénévole, ses biens, ses donations, voire ses legs) qui doit être maintenue disponible, du moins tant que le disciple dispose de moyens matériels ou humains d'aider sa communauté.

Il y a donc là des raisons tangibles à promouvoir ici ou là (sans généraliser) discètement la dépendance religieuse des disciples. Quelque organisation "pragmatique" (je ne généralise toujours pas) a tout intérêt à l'entretenir, quitte à recomposer le groupe et à réinterpréter le discours de sagesse et ses canons. Parfois il suffit de quelques glissements de sens et le tour sera joué.

Le folklore, les bibelots, les moulins à prières électriques qui tournent tout seuls sont aussi, hélas, les signes que le contenu de l'enseignement à été réduit, faute d'un véritable dépositaire de sa pratique : un vieil enseignant, humble et capable, disparu depuis longtemps, et dont seul le souvenir continue d'exister.

 

                                                                                                                                                                  

  

Propensions, replis, crispations ?

Parmi ces nouveaux mouvements religieux bouddhistes occidentalisés certains ont-ils aujourd'hui des propensions sectaires ? Une notion relative mais qu'il faut aussi évoquer.

Le
rapport parlementaire sur les sectes de 95 en avait épinglé quelques-uns (une poignée). Ce document est toujours en ligne sur le Net. Il peut être consulté aisément et téléchargé également en PDF pour être consulté hors connexion [1180k]. Ce rapport souvent cité et qui a fait date n'était peut-être pas assez outillé ni spécifique. Il s'était contenté de reprendre les observations des forces de l'ordre, souvent suite à des plaintes, rapports repris et complétés par les services les Renseignements Généraux.

Une secte pratique la manipulation mentale, utilise l'état de sujétion physique ou psychologique des disciples, abuse de leur état d'ignorance ou de faiblesse. On voit que ce type d'accusation est grave, et c'est pour cela qu'en général on réserve cette étiquette infâmante aux communautés qui ont eu des problèmes avec la justice et pour lesquelles un verdict a été rendu.

La loi About-Picard de 2001 qui prévoit des peines pour l'abus de faiblesse ou d'ignorance sur des personnes en état de vulnérabilité devrait permettre d'y voir plus clair à l'avenir, en voici le nouveau texte extrait du code pénal :

CODE PENAL (Partie Législative)

Section 6 bis : De l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse
Article 223-15-2

(Loi nº 2001-504 du 12 juin 2001 art. 20 Journal Officiel du 13 juin 2001)
(Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 Journal Officiel du 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002)

Est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375000 euros d'amende l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse soit d'un mineur, soit d'une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente et connue de son auteur, soit d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables.
Lorsque l'infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d'un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 750000 euros d'amende.


Il est probable que des familles porteront plainte plus facilement, de par une judiciarisation de plus en plus grande de notre société et de par l'existence de cette loi qui protège mieux les personnes des dérapages de gourous et de leurs acolytes. Par exemple
une peine de prison de 3 ans avec sursis a récemment été prononcée à l'encontre du "maître à penser" dans une affaire de groupe spirituel "christique" ou "apocalyptique" (suicide d'un disciple, tentatives de suicides d'autres disciples). C'est la première fois que la loi de 2001 a été appliquée. Le jugement en appel sera prononcé début juillet 2005.

Avec le nombre important de groupes issus du bouddhisme, ou s'en réclamant, les effectifs de plus en plus importants cloîtrés dans des ermitages collectifs pour des durées de 3 ans et plus, il est probable que la loi de 2001 connaîtra des applications. Ne serait-ce que pour des raisons statistiques : plus de disciples entraîne probablement plus d'incidents.
J'espère que les choses n'en arriveront pas là, et ce forum existe aussi pour cela, pour apporter sa toute petite pierre dans l'édifice de la modération, de la prudence, de la tolérance et du "raison garder".

On est au coeur de la question de la dépendance avec la "dimension sectaire ou non" de certains mouvements... La "secte" est précisément le dérapage le plus sérieux d'un nouveau mouvement religieux (n.m.r.) vers la dépendance instrumentalisée des disciples...

C'est parfois un sujet tabou chez des sympathisants du bouddhisme qui ne veulent pas en parler, ni voir les choses en face, le cas échéant. La politique de l'autruche ne durera qu'un temps, et il faut s'attendre à de que ce soit la société civile qui fasse le travail d'investigation dans ce domaine, à la place des intéressés eux-même qui préfèrent, certains du moins, le confort rasssurant de leurs mantras !

Il me semble qu'il doit être plus facile de trancher la dépendance vis à vis des pratiques de groupes sectaires, que celle qui naît de l'attachement spirituel et affectif envers de véritables enseignants du bouddhisme, naturellement plus fascinants. Comment se détacher de telles personnes humaines remarquables ? C'est sans doute beaucoup plus difficile pour un étudiant du bouddhisme de rester autonome et indépendant vis à vis de modèles.
Le vent de l'histoire a fait hélas disparaître la plupart des vénérables maîtres asiatiques authentiques aux tempes blanches en nos contrées occidentales, ce que nous notions déjà dans nos messages précédents (nous détromper si nécessaire par une réponse sur ce forum !), et la question de leur influence addictive ne se pose donc plus guère...

Quels sont donc les risques de dépendance qui demeurent, nous en avons déjà envisagés plusieurs dans les paragraphes précédents sans pour autant trancher, les réponses appartenant à chacun.

 

                                                                                                                                                                  

 

Le romantisme bouddhique et la dépendance affective

Je voudrai faire rebondir ce débat sur "bouddhismes & dépendance" en évoquant une histoire, ou plutôt un récit, à la manière hagiographique.

Nous disions précédemment que la dépendance la plus difficile à surmonter était celle que l'étudiant éprouve pour un véritable et authentique méditant.
La fascination du disciple ne connaît pas de borne puisque tant sa raison que son sentiment sont saturés d'un frémissement qui ne s'arrête qu'à la mort du maître, se muant alors en une douce et profonde nostalgie, comme pour la perte d'un être cher dont on se plaît à imaginer (comme Proust le fit) qu'il est toujours présent par l'édifice du souvenir.

C'est dans cette fusion du sentiment et de la conviction d'être en contact avec "the real thing", la chose réelle, que se densifie cette fascination à laquelle nous avons donné le nom de dépendance.
Et dans la mesure où le modèle d'autorité ne déçoit pas, c'est à dire dans la mesure où il est effectivement doté des qualités attendues de lui, ce frémissement du disciple devient immédiatement un puissant vecteur mais aussi une "drogue dure" dont il n'est pas prêt de décrocher...
La rencontre, en un seul, de tous les bons objets s'est opérée : la quête de sens, la force de l'amitié spirituelle ont en quelque sorte fusionné dans cette douce passion.

Arrivons-en, si vous me le permettez, à ce récit que je viens de composer aussi attentivement que possible pour illustrer mon propos sur la dépendance subtile dans le tantrisme bouddique dévotionnel.

En 1997 un jeune moine asiatique a été reçu à sa demande par le vieux Très Précieux. C'est le fameux Tennyin rinpoché dont j'ai parlé précédemment. Il avait à l'époque 17 ans je crois, et comme indiqué vivait, et vit sans doute toujours au Népal.
Il avait été reconnu comme la réincarnation d'un lama qu'avait très bien connu le Très Précieux et qui lui était très cher : le maître du monastère de Tcheudrak dans le Kham.
C'est à Tcheudrak que le petit Très Précieux était devenu moine novice à l'âge de 5 ans peut-être, et là donc qu'il avait connu le vieux lama de Tcheudrak : Tennyin rinpoché. En 1997 c'est donc la "réincarnation" de ce dernier qui arriva auprès du vieux lama Très Précieux pour étudier auprès de lui et recevoir de lui le coeur de sa transmission orale, conformément à cette tradition.

Le vieux lama Très Précieux, exceptionnellement, donna des instructions pour que ce jeune disciple soit accueilli avec des égards très personnels. Il fit spécialement réaménager un petit studio avec kitchenette au pied de ses appartements pour que le jeune homme soit près du vieux maître et dispose d'un contact très facile avec lui. Lorsque Tennyin avait un peu de temps libre le soir après ses longs entretiens souriants avec le vieux khampa, il s'asseyait à une table dans une bibliothèque située juste en dessous des appartements de lama Très précieux, et restait là sans occupation apparente, comme absorbé dans la continuité de sa rencontre avec son maître spirituel.

L'adolescent servait lui-même le thé et ses collations au vieux Tibétain, qui était visiblement enchanté par les bonnes manières de son visiteur.
Nos deux amis ne se sont quasiment pas quittés pendant le séjour de plusieurs mois qu'a effectué le jeune lama Tennyin.
Et pendant cette période ce fut un peu comme l'âge d'or et les derniers beaux jours du lama Très Précieux, qui donnait d'ailleurs le ton à toute sa communauté.
Les disciples laïcs et les fidèles de lama Très Précieux qui vivaient dans les environs, sentirent que ce jeune moine était à la fois un invité délicieux, délicat, sensible et attentif, mais qu'il représentait sans doute bien plus pour le vieux Très Précieux.

Le jeune Tennyin avait reçu de ses parents et de ses précepteurs ces éblouissantes manières, tout à la fois modestes et charmantes, qu'on connaît dans le monde asiatique, et qui sont encore au coeur du processus éducatif classique dans ce dernier.
Il était là pour apprendre auprès du vieux lama Très Précieux et non pour paraître. Cela passait presque inaperçu au yeux extérieurs, comme c'est souvent le cas pour les choses vraiment importantes.

Tennyin était accueilli par les fidèles laïcs avec une telle simplicité qu'il arriva même un jour dans un de ces joyeux repas d'été qui réunissait une grande tablée de sympathisants qu'on servît le jeune garçon en dernier, tant sa présence était devenue humble, discrète et familière.

Et effectivement, au sens propre comme au sens figuré, le jeune moine Tennyin fut servi en dernier au grand banquet spirituel de rinpoché, mais il fut sans doute le mieux servi. Aucun autre jeune tulkou (réincarnation) ne fut ainsi reçu à la fin de la vie de lama Très Précieux pour recevoir la quintessence de son expérience.

Lorsque le jeune homme s'en alla alors que l'automne bientôt arrivait, lama Très Précieux lui se prépara, et devait disparaître quelques semaines plus tard.

Au centre occidental qu'avait fondé lama Très Précieux, et où il vivait, les moines européens et les eurolamas étaient-ils moins enthousiastes que leur vieux maître vis-à-vis du jeune homme ?
Il est pensable que certains d'entre eux imaginaient un peu hâtivement que la transmission du vieux maître devait se faire en Occident, et bien entendu chez eux et pour eux.
Ils n'auraient alors pas volontiers accepté que le dharma de lama Très Précieux revînt là où il était né, à Tcheudrak dans le Kham.
Là, le jeune Tennyin reprendrait bientôt, par des allers-retours entre le Népal et le Tibet, le flambeau du vénérable monastère où lama Très Précieux avait grandi et fait ses principales retraites (retraite collective de trois ans, puis retraite solitaire en ermitage pendant peut-être une douzaine d'années).

La passation du flambeau qui se produisit ainsi vraiment entre le vieux maître et ce jeune asiatique ne fut pas vraiment attestée. De plus, parmi les témoins, vous pourrez contester sans doute si vous êtes très bienveillant qu'il en était bien un ou deux qui auraient aimé imaginer que le "fond de commerce" et l'héritage spirituels du vieux lama Très Précieux leur reviendraient en propre. S'assura-t-on donc silencieusement que le jeune Tennyin ne soit pas invité de nouveau au centre d'études de lama Très Précieux, après la mort de ce dernier ? Qui sait...

De son vivant le vieux lama Très Précieux se plaisait à dire qu'un jour la jeune réincarnation du Karmapa, le XVIIème hiérarque des bonnets rouges, viendrait le visiter et qu'il confierait à l'adolescent les transmissions orales de sa lignée avant de mourir.
Ce karmapa officiel ne vint jamais le voir.
La tête de la lignée était désormais en proie à des querelles intestines avec deux prétendants au pouvoir. Aucun ne voulant céder sa place sur le trône, il n'y eut en réalité aucune transmission acceptée et reconnue par tous. Deux jeunes karmapas en concurrence coexistèrent, dans un climat de rixes à Rumtek au début des années 90 (le siège en exil), puis de procès à répétition pour le contrôle de ce monastère dans les années 2000, sur fond de constats d'huissier de justice et de sites internet comme
http://karmapa-issue.org/

Mais symboliquement et en l'absence d'un karmapa qui fût là, vint ce jeune moine d'Asie aux manière impeccables, Tennyin.
Et il est possible que, selon la vision non duelle du vieux Très Précieux, il n'y eut en ces présages favorables que l'accomplissement de cette tenace prophétie : ce jeune garçon était bien, dans les yeux pleins de reconnaissance du vieux Très Précieux, le nouveau ou plutôt son karmapa immuable, détenteur d'une lignée dont le siège le plus pur de transmission était, encore et toujours à Tcheudrak, au Kham.

Cette transmission, si elle existe, pouvait enfin y revenir, libérant le vieux Très Précieux de sa dette de gratitude pour ce monastère tibétain qui l'avait nourri, élevé et qui avait contribué à édifier l'homme tendre qu'il était resté et l'homme accompli qu'il était devenu.

La dette de gratitude acquittée, le vieux lama Très Précieux s'est éteint, songeant qui sait parfois avec tendresse à celui qui reviendrait bientôt sur ses terres en son nom : le jeune Tennyin rinpoché...

L'oubli a scellé l'accomplissement de cette belle promesse...

 

                                                                                                                                                                  

 

Toxicomanie et dépendance bouddhique

Sans vouloir généraliser, et pour ce que j'en sais, il y a eu quelques toxicomanes qui sont arrivés dans les jeunes communautés bouddhistes qui se développaient en Europe autour de quelques lamas tibétains (et aussi bhoutanais) dans les années 70, et au début des années 80.

Ces années étaient, comme vous le savez, celles de styles de vie expérimentaux. C'était déjà la fin de la période Hippie / Woodstock et presque le début de la période New Age. Elles correspondaient aussi à la fin du grand mouvement vers les communautés du retour à la terre post 68. L'émergence des nouvelles communautés dites de la "conspiration du verseau" ou du "nouvel âge" s'annonçait. J'espère que les connaisseurs de ces périodes et de leur sociologie ne m'en voudront pas de ces raccourcis et corrigeront les approximations, je parle sous leur contrôle.

Donc à la fin des années 70 des personnes qui s'étaient un peu vite brûlé les ailes dans les paradis articifiels ont voulu lâcher la toxicomanie et s'ouvrir à un milieu plus sain qui pouvait les aider. Disponibles, souvent sans travail, ils se sont naturellement tournés vers les nouveaux centres bouddhistes qui apparaissaient alors en Europe. Il sont devenus sympathisants mais surtout bénévoles, partageant leur temps entre de nouvelles activités au service de ces groupes et ces nouvelles expériences de vie communautaire. Il est clair que cela a aidé un nombre significatif de ces personnes à lâcher leur toxicomanie (LSD, héroïne, cannabis, ou polyconsommation avec aussi - bien entendu - l'alcool).

Ils ont également contribué à introduire dans l'imagerie et la mythologie du bouddhisme himalayen une approche plus fantastique et libertaire, et un style imprégné du psychédélisme issu de la contre-culture des années 70.

Plusieurs lamas tibétains avaient d'ailleurs, disaient-ils, quelques difficultés avec ces disciples un peu rebelles et aux cheveux longs qui ne correspondaient pas à l'image des moines du Tibet disciplinés et au crâne fréquemment rasé...

Mais revenons pour un instant à un passé plus récent, et à un autre style d'adeptes. Je me souviens qu'en 98 deux très jeunes disciples laïcs, travailleurs bénévoles d'un centre du dharma en Occident avaient recueilli à table, lors d'un déjeuner pris en commun , les confidences d'un maître de retraites, un moine (et eurolama) européen. Ce dernier les avait choqués en leur expliquant qu'à leur âge il avait été brièvement et plus ou moins "dealer" pour reprendre le terme précis qu'il avait utilisé. Ces jeunes gens de dix-huit à vingt ans en étaient resté pétrifiés et étaient venus me confier leur stupéfaction !
Au fond cela aurait-il dû les étonner ? L'époque précédente était peut-être plus favorable à ce type de conversion spectaculaire. Il y a aussi ce que vous nous dites avec nuance, Claire, c'est à dire que (peut-être) une dépendance en remplacerait en quelque sorte une autre...

C'est sans doute une amusante caricature, et rien de plus ! Mais il vaut mieux retrouver les toxicomanes dans les monastères lamaïstes que l'inverse ! Réjouissons-nous donc que la transformation, se soit opérée dans cette direction ! Il est ainsi pensable que la dépendance au tantrisme bouddhique, si elle existe, est subtile et donc moins évidente que la dépendance toxicomaniaque...

J'ai tenté de brosser un tableau du passé : il sera intéressant de mieux connaître les visages actuels de la toxicomanie.

Il nous faudra aussi parler de la place de l'alcool dans la vie sociale et au coeur des rituels d'offrande spirituelle des communautés du tantrisme bouddhique.

Enfin en quelques mots il faut quand même évoquer à ce point ceux qui, moins chanceux ou plus vulnérables, ont adopté le tantrisme sans toutefois pouvoir cesser leur dépendance aux produits illicites.
Il existe, on s'en doute, peu de faits avérés, car dans la mesure où ces conduites sont répréhensibles elles restent toujours sous le manteau.
Il m'a semblé entendre récemment deux anecdotes que je restitue ici sous toute réserve, ne pouvant en garantir l'authenticité. Il s'agirait de deux cas possibles (dont je préserverai l'anonymat et la vie privée en effaçant certains détails, et en en modifant certains autres, pour que personne ne puisse les identifier ni les exposer dans leur fragilité).
L'un est celui d'un garçon européen qui pratiquant d'une part les rituels yoguiques et vaquant d'autre part entre l'intérieur et l'extérieur d'un centre tantrique en Occident n'aurait paraît-il pas tout à fait renoncé à son goût pour le tetra hydro canabinol. Il a fait une rupture d'anévrisme dans le centre (qui d'ailleurs aurait été diagnostiquée 24 heures après l'incident, sans que j'ai pu vérifier ce chiffre ni ces assertions. c'est en tout cas ce qui a été raconté parmi ses correligionaires). Il a survécu fort heureusement, et ses parents le reprirent ensuite chez eux.

L'autre cas est un ancien travailleur bénévole d'une communauté du tantrisme bouddhique, également d'Europe occidentale, qui a également pratiqué ce qu'il est convenu d'appeler des tantras supérieurs ou évolués. Il aurait dit-on également conservé un certain penchant pour ces mêmes substances illicites. Sa santé mentale aurait là aussi souffert. Amené à prendre alors des médicaments psychotropes régulièrement prescrit par son psychiatre, pour stabiliser son psychisme qu'il ne pouvait plus tout à fait contrôler, il aurait, paraît-il et sous toute réserve, continué à hésiter entre les pratiques tantriques, le cannabis et les médicaments (neuroleptiques ou antidépresseurs) qui lui étaient prescrits.
Hésitation ou combinaison? Seul les effets sont clairs : un internement heureusement bref, et aujourd'hui le suivi indispensable d'un psychiatre.

On le voit les effets combinés des intoxicants et des pratiques yoguiques du tantrisme bouddhique sembleraient être terrifiants au vu de ces anecdotes. Plus de recherche est nécessaire dans ce domaine. On peut poser la question : dans la mesure où une personne ne peut renoncer définitivement à ses substances illicites, la conversion au tantrisme bouddhique est-elle une bonne chose ? Dans la mesure où la combinaison psychotropes+yoga tantrique pourrait être fâcheuse, le "remède" tantrique supposé pourrait-il alors s'avérer pire que le mal ?

Nous proposons cette question à ceux qui nous lisent et qui dans le domaine éducatif, des sciences sociales (de l'anthropologie en particulier).

Il y a en fait diverses écoles du bouddhisme qui proposent les 5 engagements de laïc. Il s'agit généralement de renoncer à tuer, voler, mentir, avoir des relations sexuelles orales et anales (etc.) et consommer des substances intoxicantes (alcool, tabac, drogues). Selon les écoles cette dernière liste peut varier ou se nuancer. Le tabac et l'alcool sont plus ou moins mis à l'index selon les cas.
Dans le cas où le disciple prend des engagements de "pur fidèle laïc" (bramacharia, ou en tibétain sancheguenien) il renonce en plus des 5 voeux de laïc à toute vie sexuelle active. C'est du moins la théorie. Dans
le voyage de la 5ème saison je raconte les aménagements que les uns ou les autres trouvent parfois avec ces règles dans une lamaserie.

Les anciens toxicomanes sont parfois encouragés à choisir ces 5 voeux de laïc ou pur fidèle laïc (s'ils peuvent s'y tenir) afin de maintenir leur sevrage dans le temps. Endommager un voeu, même sans le briser complètement (ie : la cigarette dans la maison) risque de remettre en cause la qualité de cette protection venue des bouddhas et d'ouvrir la porte à une rechute pire encore dans le gouffre abyssal du samsara... Car si la consommation de drogue est un acte incorrect, cette consommation lorsque l'intéressé a pris les voeux a des conséquences perçues comme encore plus sérieuses. Ce point de vue est celui que j'ai cru observer dans une lamaserie et dans la communauté laïque qui se développait autour. Vous pouvez imaginer la difficulté à se tenir à ces engagements dans un milieu social pluriel.

                                                                                                                                                                  

 

Ataraxie et quête du bonheur

L'ataraxie promise par le bouddhisme est-elle vraiment une quête justifiée pour tout humain sensible, différencié et qui a besoin de s'essayer aux choses de la vie ?


Première réaction : bien que promise, cette tranquillité n'est pas garantie, et vous connaissez comme moi des adeptes qui ne sont ni plus ni moins sereins que des personnes inscrites dans le processus heuristique de la vie.

Deuxième réaction : et si elle peut être obtenue, cette paix, comme nous en avons parfois l'intuition, n'est peut-être pas toujours une si excellente chose. On redoute en effet une manière d'être qui aurait tendance à uniformiser les regards et les sourires, et c'est en effet une des questions que l'on pourrait poser : les styles uniformisés de tranquillité intérieure du bouddhisme permettent-ils tous de maintenir la spécificité et de préserver le projet individuel de la personnalité humaine ? A trop vouloir abraser l'ego, ne risque-t-on pas d'affaiblir ce "je" qui nous particularise, et nous identifie ?

La question se pose tout particulièrement avec certaines écoles du tantrisme bouddhique qui avec leurs méthodes expéditives basées sur la répétition d'implorations au gourou, de mantras et de visualisations transparentes et colorées, pourraient même faire peu de cas de la personnalité humaine dans ce qu'elle a d'unique et de fragile (nous ne généraliserons pas, il y a aussi sans doute des écoles tout à fait exemplaires à cet égard).

                                                                                                                                                                  

 

Tout a commencé par des spectacles

On découvre que le désir de spiritualité qui s'exprime en faveur du bouddhisme tibétain a commencé avec les petits livres "J'ai Lu" l'aventure mystérieuse à la couverture rouge... Le célèbre troisième oeil :
Le mythe du lama aura donc été premier, et la réalité du bouddhisme himalayen sera venue un peu plus tard, comme vous l'indiquez avec ces premiers centres tibétains du Dharma...

La place du mythe, du conte de l'imaginaire est en effet très intéressante à constater dans la genèse du phénomène social. Plus tard, après les livres de Lobsang Rampa, il y a eu les films culte : Little buddha et aussi Kundun auquel un fil de discussion alternatif est dédié sur le  forum bouddhismes & dépendance (
cliquer sur ce lien pour y accéder).

                                                                                                                                                                  

 

Quid des pratiques répétitives ?

Toute activité apprise implique qu'on s'y mette, qu'on s'y consacre un certain temps, et donc qu'on en devienne un peu "dépendant". Le bouddhisme comme toute activité qui nécessite une discipline comporte naturellement lui aussi ce caractère de dépendance... Comment apprendre, progresser ou étudier autrement ?

Tout comme des artistes en plein accouchement créatif, les méditants peuvent eux aussi avoir leur période d'occupation maximale, une période où ils seront un peu moins disponibles pour les autres.

On trouve aussi ces anciens retraitants revenus dans le monde, s'occupant de conjoints et d'enfants, preuves vivantes d'une autonomie naturellement retrouvée. Il n'y aurait donc pas, dans le meilleur des cas, plus de dépendance dans le bouddhisme que dans la vie, que dans le meilleur de la vie.

Le bouddhisme participerait de la générosité de l'offre culturelle contemporaine et sa diffusion serait une des facettes de la richesse de notre époque.

L'argument est valable. Alors pour mieux comprendre, j'aimerais ici aborder une activité précise du tantrisme bouddhique. Que pouvons nous déduire des pratiques répétitives du bouddhisme de tradition himalayenne, en particulier des mantras, des prières, des supplications au gourou, ou des préliminaires ? Cette répétition (des dizaines de milliers de fois, jusqu'à cent mille, voire un million pour le mantra de Chenrezig) est-elle toujours compatible avec l'idée de créativité, de richesse culturelle, de variété et de découverte ? N'y a-t-il pas là quelque chose qui peut éventuellement réduire cette ouverture et cet appétit d'apprendre et de connaître ? Une "clôture de l'inconscient", comme disent les psychanalystes ? Ce rabachage (lisez "répétition" car ce mot est hélas péjoratif) est-il absolument compatible avec cette belle expression de la vie - renouvelée, riche, féconde - que vous avez esquissée dans votre message


Et dans les retraites du tantrisme bouddhique, la question se pose de l'intensité des pratiques répétitives. Quatre sessions de (3 heures chacune) de rituel quotidiennes (comportant ces nombreuses répétitions de mantras, de gestes ou de prières), plus le rituel collectif (protecteur courroucé) du soir rendent sans doute restreint le temps de la contemplation et des activités personnelles.
Alors que les monastère catholiques prévoient généralement plusieurs heures de vrai travail, ainsi qu’un moment de conversation et de détente avec les autres pour leurs moines, certains centres de retraite du tantrisme bouddhique semblent accentuer l’emprise de la passivité, de la sédentarité, du culte, du rite et de la répétition. On pourrait légitimement demander : pour quelles raisons ?
Ce phénomène s'accentue, ou plutôt a des conséquences plus sérieuses, depuis quelques années. En effet la mode du bouddhisme de tradition himalayenne s'essoufflant (il nous suffit de constater le rétrécissement inexorable des surfaces des tables de livres consacrées à ces sujets à la Fnac), les centres de retraites tantriques ont désormais du mal a remplir, et certains n’y parviennent plus.
Alors qu’il y a quelques années ils refusaient des candidats, certains aujourd’hui n'en ont même pas assez pour atteindre leur capacité d’accueil ou doivent aller les chercher dans d'autres centres du dharma.
Il en résulte que la sélection des candidats n’existe plus vraiment dans les faits, et devient davantage semblable à un simulacre. Des personnes arrivant au dernier moment peuvent ainsi être acceptées pour un cycle de trois années et trois mois. Par le passé la pléthore de candidats se bousculant aux portes des droupkangs permettait une sélection plus effective (même si elle favorisait paraît-il les personnalités les plus malléables, ce que nous ne confirmerons pas) ; les responsables de ces retraites pouvaient choisir ceux qui leurs paraissaient les plus aptes et les plus aguerris. Aujourd'hui, ils n’ont plus ce choix, et il devrait en résulter que des personnes moins préparées risquent fort d'entrer dans ce processus répétitif et conditionnant, et peut-être d’en souffrir ? Voire peut-être d'en être irréversiblement affectées si certaines présentaient une fragilité de nature affective, psychologique, neurologique ou surtout psychiatrique qui n’aurait pas été détectée, faute de temps d'observation ?
On doit opposer ce phénomène à celui des monastères catholiques qui pratiquent dans les faits le noviciat et n’engagent le processus érémitique qu'avec des candidats qui ont été éprouvés et qui ont eu véritablement le temps de choisir. On doit leur reconnaître cette prudence et ce discernement.
Mais revenons à des communautés du tantrisme bouddhique sans pour autant généraliser. Victimes du train de vie plus dispendieux de certains lamas ou eurolamas de la nouvelle génération à la tête de communautés (qui prennent l'avion, logent dans les hôtels à l’étranger, fréquentent les restaurants, disposent d’une automobile etc.), et des endettements importants de certains centres du Dharma (liés à des investissements en pleine période d'euphorie et de croissance), les centres de retraites multiplient les opérations de charme auprès des medias en particulier régionaux, et n’hésitent pas à intégrer au processus rituel des retraites des personnes parfois peu préparées. La raison est simple : ces nouveaux drouplas (retraitants) seront des soutiens pour leur communauté, et leur flux ne doit pas tarir, sinon leur congrégation risque de rétrécir.

Et puis les nouveaux retraitants contribuent par un flux monétaire non négligeable puisque on leur demande en général un loyer mensuel un peu plus élevé que le coût réel de leur hébergement. Multiplier des loyers même relativement modiques permet de disposer d’un flux financier entrant non négligeable et stable (sur trois années au moins) pour l’association qui le gère.

Il me semble que la vocation spirituelle des retraitants est aussi attentivement mise à contribution par des communautés en quête de reconnaissance et de moyens. Il ne serait pas surprenant que cette noble motivation de l'engagement spirituel des nouveaux puisse ici ou là être instrumentalisée par des collectivités qui penseraient (noter le conditionnel, nous n'affirmons rien) surtout à la survie de leur organisation et aux prérogatives de leurs cadres dirigeants, même si c'est "au nom du bouddha" et sur fond de dorures, de robes rouges et de fumées d'encens.

                                                                                                                                                                  

 

Et quid du milieu lamaïste ?

Christian Pose a voyagé trois ans en Inde, comme moine errant, parmi la diaspora tibétaine, allant d'un lama à l'autre, d'un monastère lamaïste à un autre. Le lien est dans la rubrique Liens Utiles, je le rappelle ici pour mémoire :
http://linked222.free.fr/cp/ChristianPose.html

Voici les premières lignes de cette page web (à lire dans son intégralité pour ne pas se contenter d'une citation tronquée) :

" J'ai brûlé ma robe de moine du bouddhisme maha-vajrayana tibétain il y a quelques années non sans raisons.

Comme beaucoup de frères et soeurs pauvres et critiques, j'ai eu beaucoup de difficultés à supporter la restauration politique, en France et en Inde, de la hiérarchie bouddhique en tant qu'une structure sociopoliticoreligieuse du bouddhisme régional du Tibet.
Cette structure, sous-jacente aux enseignements généraux sur le bonheur, l'amour et le bien-être, me paraîtra l'une des causes de l'effondrement du bouddhisme au Tibet avant le XXème siècle. "


Voici un autre extrait plus long de
cette page web, j'espère que Mr Christian Pose ne nous en voudra pas de citer ici sans doute un peu trop extensivement son excellent texte auquel j'encourage chacun à se référer :

" Je suis convaincu que l'aristocratie tibétaine entretenue en Inde (le pauvre subissant toujours de mauvais traitements dans les townships tibétains) et dans le monde ne pourra sauver le Tibet de sa part obscure : un Etat se résumant sociologiquement à une institution théocratique et aristocratique clientéliste; que son développement à partir de la structure préservée du pouvoir d'ancien régime (au sein de la sphère du droit privé en asie comme en occident), contribuera à l'effondrement de ce qui reste comme à l'occlusion de ce qui sera restauré.

Bruno Philip écrira en mars 1999 dans les pages du Monde Diplomatique : "Avez-vous conscience de ce qu'a mis en place le régime de Pékin depuis 1950 ?", comme si ce constat pouvait effacer les dérives totalitaires de l'ancien régime au Tibet. La France aime rappeler que le conflit sino-tibétain a fait 1 million de morts mais elle ne veut pas entendre ce qui a conduit au génocide.
Si je condamne la Chine, je ne peux toutefois fermer les yeux sur la responsabilité religieuse et politique (pénale ?) des principales familles aristocratiques, monastiques, gouvernementales pré 1949, lesquelles se "battent" toujours en exil, non pour les droits fondamentaux de l'homme et les droits shakyamuniens de l'homme réprimés durant des siècles au Tibet, mais pour la conservation des privilèges historiques, la restauration des institutions autocratiques bouddhiques autrement dit du centralisme monastique, la maîtrise oligopolistique du travail .... fiefs, serfs, esclaves, corvées, justice arbitraire, contrôle des naissances, des propriétés, dettes héréditaires.

La tradition institutionnelle du bouddhisme vajrayana et mahayana établira que les principes qui sous-tendent la structure sociale de la pauvreté sont des modèles représentatifs, des schèmes inconscients auxquels les individus et les groupes se conforment.
Cette même tradition établira également très clairement que les principes qui sous-tendent la structure sociale contenue cette fois en les rois libérés de l'inconscient, sont purs et parfaits.
Pour résumer, le pauvre est guidé par les schèmes inconscients qui justifient sa qualité d'esclave, de serf, d'endetté. "

Christian Pose, son site : "ni Bonze ni laïc", page :
qui suis-je ?

                                                                                                                                                                  

 

Et le regard d'un jeune Tibétain

http://www.buddhaline.net/annuairedubouddhisme/forum/viewtopic.php?t=67

Extrait :

" Au lieu de créer de nouveaux emplois ou d'encourager les jeunes à explorer les possibilités du monde moderne, les élus actuels [du gouvernement du Tibet en exil] veulent que nous devenions tous paysans.
J'espère qu'avec les élections à venir, les gens penseront de manière plus libre et voteront dans un but pragmatique et pas par vénération religieuse. Les Rinpochés sont plus à leur place dans leurs monastères respectifs ou dans les centres du dharma qui prospérent actuellement partout dans le monde comme une sorte de lubie ou de mode.
[...] Notre lutte n'a plus beaucoup de sens aujourd'hui, n'est-ce pas ? Nous ne savons pas pourquoi nous nous battons, non ?
[...] J'ai aujourd'hui 25 ans, et j'en suis arrivé à la conclusion que les Rinpochés et les Tulkus n'avaient aucun pouvoir surnaturel. Ils n'en n'ont jamais eu. Ainsi est le monde dans lequel je vis. Voilà ce que je pense.

                                                                                                                                                                  

 

L'euphorie perpétuelle du bouddhisme occidental

En Occident, comme l'a aussi noté Pascal Brückner l'auteur de "l'euphorie perpétuelle", il y a peut-être un malentendu. La civilisation occidentale du bonheur pour tous, des loisirs et de la consommation s'est forgée un bouddhisme qui lui ressemble, tout comme elle a inventé le paracétamol pour moins souffrir, et une poudre à renifler pour se sentir bien tout en continuant sa course effrénée. Le message ancien du bouddhisme, ce n'est pas de s'amuser ensemble, de bien chanter et de faire de beaux rituels, mais de voir la vie telle qu'elle est, profondément, sans s'enivrer justement de jolis chants.

Cependant, les tsoks chantés sont des rituels très agréables où la prière et le pain (et surtout le vin) sont célébrés de manière exquise, même si des débordements y sont hélas possibles.

Les retraites sont aujourd'hui souvent collectives, personnellement je ne trouve pas que cela aille de soi. Cela ne correspond d'ailleurs pas au message original du bouddhisme où (selon les textes canoniques) la méditation devait se vivre solitaire et en un lieu retiré.
Mais je ne sais pas au juste comment méditaient les moines dans le parc au daims de Sarnath du temps du Bouddha, pendant la retraite (3 mois) de la saison des pluies. Je suppose qu'ils cherchaient la solitude et le calme.
Un vieux lama disait à cet égard que le calme et la détente était il y a deux mille cinq cents ans beaucoup plus grands qu'aujourd'hui. Je ne sais pas d'où il tenait cette intéressante observation, mais elle est intéressante.
Je suppose que même en groupe, il devait alors (qui sait ?!) exister une atmosphère plus propice à la méditation et au silence intérieur.

Il me semble qu'il y a eu peut-être un glissement de sens entre ce message ancien et ce qui en est vécu aujourd'hui dans les organisations occidentalisées qui se réclament du bouddhisme. D'où mon inquiétude des tentations éventuelles de conditionner l'individu au travers de la pression du groupe en vase clos lors des retraites de trois ans, de vraies "cocotte-minute" paraît-il selon les anciens de ces dispositifs... Ne sont-ils pas très vulnérables dans ces conditions ?

Mais reprocher seulement aux Occidentaux ces atmosphères confinées où la friction sociale est utilisée pour briser les résistances et rendre les individus disponibles et malléables ne serait pas juste. M'étant rendu à vélo (avec la permission de l'abbé) jusqu'à l'ermitage de retraite collective de Tofukuji à Kyoto (siège de l'école Rinzai zen), j'ai constaté qu'on y utilisait les intensifs de groupe, les plateaux repas pris sur le pouce et les chants comme un moyen de souder la cohésion de la collectivité. L'Occident n'a donc pas l'exclusive à cet égard.

 De mon côté plusieurs des communautés que j'ai observées étaient à 99% ou 100% composées d'Occidentaux : les moines asiatiques lorsqu'ils passaient et donnaient des conseils n'étaient pas toujours écoutés, ni pris au sérieux.
Ainsi un moine, un Oumzé, un assez jeune maître tibétain de rituel est-il passé dans un centre tenu par des Occidentaux. Il a découvert que le rituel des Protecteurs courroucés était joué au tambour beaucoup trop vite, et il en a fait part. Personne n'en a tenu compte semble-t-il, et chacun a continué de célébrer Mahakala à toute vitesse. Avaient-ils compris ce que le visiteur asiatique, lui, savait instinctivement : un rituel de protection doit être modéré, avec un peu de gravité et de prudence ?
Pour certains Occidentaux qui martèlent le rituel courroucé au pas de course, c'est peut-être excitant de frapper fort, d'aller vite, de sentir cette énergie puissante, et d'éprouver un peu de la domination que représente encoire pour eux le totem courroucé Mahakala.
Ces Occidentaux-là ont donc préféré continuer à aller le plus vite possible (y compris pour épater la galerie) pour interpréter Mahakala, car ils ne connaissent pas la signification intérieure du bouddhisme comme peut la comprendre un Tibétain, un Indien, ou un Japonais et un Coréen qui ont grandi dans l'évidence et la multidétermination d'une culture ancestrale.

Si des Occidentaux pensent que le bouddhisme est "fun" (excitant, génial, passionnant) alors c'est qu'ils n'ont peut-être pas tout à fait compris l'origine et la gravité de son message et qu'un malentendu s'est invité.

Il existe sans doute assez peu de véritables vocations spirituelles, et une majorité de sympathisants a sans doute des buts et une attitude teintée d'ordinaire. Derrière un vocabulaire choisi, cette majorité recherche-t-elle une transposition de ses plaisirs dans la version améliorée, prestigieuse et excitante d'une tradition colorée et exotique ? Chacun répondra à sa manière.

Les communautés occidentales qui reproduisent le rite himalayen jouent-elles ainsi sur la fascination, le sexe, l'intensité, la vitesse, la passion spirituelle, les formes, les couleurs, les rituels, les vêtements, le mystère, l'alcool et les saveurs sucrées ? Ont-elles contribué à cultiver le malentendu ?

Des gens ordinaires en redemandent, en effet, pensant avoir trouvé une combinaison explosive du plaisir et de la spiritualité, et vous diront : " Ce tantra c'est vraiment trrop cooool !"

Nous voilà à nouveau en plein débat sur "bouddhismes" et "dépendance" !

                                                                                                                                                                  

 

Tout change...La troisième génération bouddhiste grandit

Cette présentation ne prétend naturellement pas changer le cours des choses. Une raison pour la proposer, même de manières personnelles et subjectives, est qu'elle est sans doute d'actualité.

Après la disparition des vieux maîtres de l'ancienne génération tibétaine, se replie-t-on sur des organisations ? Assiste-t-on aujourd'hui, ici ou là, à un frémissement de crispation communautaire, comme on en connaît dans d'autres grandes traditions religieuses ?

Ce qui est clair c'est que face à l'incertitude, à l'esprit critique des disciples, on a peut-être tendance à exiger de plus en plus leur silence au nom du sacro-saint samaya (engagement initiatique). Ils se sont jusqu'à présent exécutés modestement, préférant la continuité de leur appartenance spirituelle à la nécessité d'en parler en profondeur.

Nous faisons ici individuellement et extérieurement, avec les points de vue des uns et des autres, issus de la littérature, des sciences humaines, de l'intervention sociale ou d'autres champs, ce qu'un modeste forum indépendant peut faire.

Exemple : les schismes de lignages mis sur la place publique tant chez les bonnets rouges que chez les bonnets jaunes ne se font-ils pas au dépens des plus modestes sympathisants, transformant leur appel pour la sérénité en une involontaire participation à quelque "querelle" ?

Mais aussi ces sympathisants se sont-ils coulés dans un habitus qu'ils n'osent plus changer et qui a cependant perdu une partie de son sens ?

Car les mouvements, les groupes, les pratiques réelles changent en permanence. Ce qui était il y a quelques années état de grâce, croissance, mode irrésistible, ouverture et nouveauté, sur fond de "little buddha" de "sept ans au Tibet" et de "Kundun" devient... une réalité sociale contrastée, tout simplement.

Et c'est de cela dont nous parlons : la première génération de little buddhas européens, apparus dans les années 75 fête ses 30 bougies. 30 ans c'est le temps déjà des premiers bilans, qui sont loin on s'en doute de l'imagerie sainsulpicienne des bouddhas d'Hollywood.
C'est aussi 3 générations qui connaissent en Occident le bouddhisme : grands parents (dans la soixantaine d'années), parents (dans la trentaine de printemps) et très jeunes enfants.

Le début d'une transmission familiale s'est opéré, et les premiers fruits (parfois décevants par rapport aux attentes selon les intéressés eux-mêmes) d'une éducation, non seulement sont apparus dans la première génération d'enfants à cordons de protection rouges, mais désormais une deuxième génération de bébés a été mise au monde par ces trentenaires européens qui furent bouddhistes dès leur naissance.

Les bilans, les premières évaluations longitudinales sont ainsi inévitables, et avec elles naît naturellement le présent débat.
Il n'est pas toujours facile. Il nous faut y respecter parfaitement la vie privée de chacun, ses idées et son droit à pratiquer la religion de son choix, tout en évitant les langues de bois et les propos convenus. C'est un espace de liberté, ou plutôt de réflexion, au même titre que celui dont disposèrent des Européens il y a quelques années pour se convertir à cette nouvelle religion. Il lui fait écho.

Le bilan est contrasté, les "enfants du dharma", cette population d'enfants élevés entièrement selon la vision bouddhiste tantrique en Occident a parfois eu tendance à décevoir bien des observateurs qui y avaient mis beaucoup d'espoir. Ces jeunes adultes qui devaient être les fleurons de l'Occident, une population éveillée et compassionnée, s'avèrent bien souvent sans grande vitalité, sans projets clairs, souvent sans vocation, et surtout en conflit personnel pour concilier le discours dharma et la réalité vivante qui est la leur. Par exemple, à défaut d'atteindre l'illumination j'ai entendu dire que ceux d'entre eux qui vivaient, un peu désoeuvrés et sans racines, parmi les familles de résidents permanents d'un grand centre du dharma avaient parfois commencé à fumer très jeunes du cannabis en groupe.
D'où l'importance de mettre en commun les expériences pour éviter aux "enfants à cordons rouges" de cette troisième génération les mêmes inconvénients et les mêmes névroses que pour les enfants de la deuxième qui sont arrivés aujourd'hui à l'âge adulte, moins épanouis, découvre-t-on, que la "promesse d'éveil" des lamas ne les avait imaginé...

Si le recul est encore presque inexistant, il commence à peine, avec les tout premiers bilans de la dharma generation. La dharma generation  plusieurs décennies d'expérience, qui ont accompagné l'émergence de la bouddhamania en France.
Alors le recul (i.e. la distanciation) va apparaître en France comme il a déjà commencé à apparaître un peu plus tôt aux USA, au Royaume Uni, en Suisse et en Allemagne. Avec Internet à la maison c'est inévitable.
La première generation des dharmasceptics est en train de se préparer à prendre ce recul si nécessaire. Plus consciente et informée, moins passionnée et moins naïve...

                                                                                                                                                                  

 

Un bouddhisme essentiel en naîtra-t-il ?

Garder ce qui sert, épurer le bouddhisme jusqu'à l'os, ôter tout superflu c'est un peu je crois le choix dont se réclament Stephen Batchelor et sa compagne française Martine (qui ont étudié le Choggye Zen en Corée (Chollado) auprès de Kusan Sunim au monastère de Songwangsa)... Hélas, leur page Web n'est pas très riche, car ils préfèrent donner des séminaires de méditation qui ont un certain succès (en particulier dans le monde anglophone). Voici le lien vers un article en ligne : un bouddhisme agnostique ? que Stephen a signé.

Pour rebondir sur le thème sympathique de Stephen et Martine Batchelor, j'ai lu pour la première fois le nom de Stephen sur un livre de poésie, en anglais, en 1985. C'était un recueil qu'il signait, consacré à son expérience attentive de la Corée où il était moine. Stephen Batchelor avait pratiqué auparavant dans le milieu du bouddhisme tibétain, qu'il avait donc laissé pour cette immersion en Corée. Il a rencontré je crois Martine là-bas. Leur monastère était le prestigieux et ancien Ssongwangsa. Leur enseignant de méditation : Kusan, un des méditants les plus admirés de cette génération du Zen Choggye. Je crois qu'ils ont bénéficié de l'ouverture de Ssongwangsa aux étudiants internationaux, ouverture qu'avait voulu le vieux Kusan en fondant l'International Zen Center dans ce monastère. Quand j'arrivais en Corée fin 84, le vieux Kusan était décédé depuis peu somme toute et, même si j'ai pu dormir à Ssongwangsa, me lever aux aurores pour assister vers 3 heures et demie au rituel chanté du matin dans le temple (une splendeur), manger avec les ouvriers la bonne soupe de tofu dans la cuisine du monastère, boire dans sa chambre une infusion de tilleul à la farine d'orge préparée par un sympathique jeune moine qui nous accueillait, un ami et moi, j'ai souvent regretté de n'avoir pu croiser le chemin de Kusan...


Fictions spéculatives par Marc Bosche, copyright  28 mars 2006. Textes sous licence Creative Commons (copie autorisée pour usage non commercial). L'éditeur ne peut assumer aucune responsabilité éditoriale pour les liens externes proposés, ne connaissant pas nécessairement les arrières plans et les contextes des sites vers lesquels ces liens pointent depuis la présente page. Le fait de citer ces sources externes ne signifie pas que l'éditeur soit en accord avec toutes les opinions exprimées par ces sites externes vers lesquels des liens pointent.