L'armée du déclin de la Pologne 1697-1794

 
Un peu d'histoire :
 
Après la disparition en 1572 du dernier Jagellon (Sigismond II), les nobles font couronner des rois élus à l'unanimité. Mais chaque élection ouvre une période de conflits, et le pays finit par sombrer dans l'anarchie. A chaque élection, les candidats à la couronne, cherchent à s'assurer la victoire en accordant de nouveaux privilèges à la noblesse; celle-ci met ainsi à profit ces guerres de succession pour limiter toujours davantage le pouvoir royal.  
 
     
 
        
 

Apogée et décadence de la démocratie nobiliaire
En 1652, l'instauration du droit de liberum veto, en substituant dans le fonctionnement de la Diète la règle de l'unanimité à celle de la majorité, donnera de fait le droit à tout noble de rompre la Diète : un seul nonce pourra désormais l'empêcher de prendre une décision valable, ce qui la condamne à l'anarchie. Outre le pouvoir royal, le fonctionnement même de l'Etat s'en trouvera paralysé. Sur onze rois élus désormais, quatre seulement seront polonais. La plupart introduisent ou poursuivent les querelles dynastiques.
Le pays s'empêtre dans des conflits tous azimuts. En moins d'un siècle, la Pologne devra faire face au soulèvement des Cosaques, aux invasions russes, suédoises et turques; la «république» sortira exangue de cette terrible épreuve («le déluge») : l'évolution sociale et économique sera marquée par un effondrement de la bourgeoisie, consécutif à la ruine du commerce et la décadence des villes, et par la prédominance économique et politique de la noblesse terrienne, qui rétablit le servage.
 
    
 

Le tournant (1576-1696)
Premier roi élu, en 1573, Henri de Valois (1573-1574) fils du roi de France Henri II, abandonne un an plus tard sa couronne de Pologne pour régner en France (Henri III). Etienne Bathory, qui lui succède (1576-1586), tente de restaurer le pouvoir royal et lutte avec succès contre la Moscovie.

A son tour, Sigismond III Vasa (1587-1632) lutte contre la Suède, la Russie et l'Empire ottoman. Il s'empare de Moscou (1610) mais perd ensuite une grande partie de la Livonie. Sous Jean II Casimir (1648-1668), la Pologne perd une partie de ses territoires orientaux à la suite du soulèvement des Cosaques d'Ukraine et d'une guerre avec la Russie. En 1655, une invasion suédoise ravage une grande partie de la Pologne, qui perd sa suzeraineté sur le duché de Prusse.  

Après Michel Wisniowiecki (1669-1673), le roi Jean III Sobieski (1674-1696) s'illustre dans les guerres contre les Turcs; en 1683, il sauve Vienne qu'ils assiégeaient, stoppant ainsi la poussée ottomane en l'Europe. A la paix de Karlowitz (1699) les Ottomans doivent restituer la Podolie et l'ouest de l'Ukraine à la Pologne. 
 
         
 
             
 
 
  
 

La crise de la souveraineté (1697-1763)
 
     
 

Allié de Pierre le Grand dans sa lutte contre Charles XII de Suède, Auguste II le Fort (1697-1733) est d'abord détrôné par les Suédois au profit de Stanislas Leszczynski (1704), mais, en 1709, il parvient à remonter sur le trône avec l'appui des Russes. L'influence politique de la Russie ne cesse dès lors de s'accroître en Pologne. A la suite de la guerre de la Succession de Pologne (1733-1735), le fils d'Auguste II, l'Electeur de Saxe Auguste III (1733-1763), appuyé par les armées russes, l'emporte définitivement sur Stanislas Leszczynski, faiblement soutenu par la France. L'anarchie ne fait que s'aggraver dans une Pologne de plus en plus affaiblie.
 
     
 
   
 
Les réformes et la chute de l'Etat polonais
Il fallut attendre le dernier roi, Stanislas II Auguste Poniatowski (1764-1795), un noble polonais imposé par Catherine II dont il était devenu le favori, pour voir mettre en œuvre - contre la volonté de la tsarine - une politique de réformes économiques, politiques et culturelles. Dans cette Pologne - devenue de fait un protectorat russe : maintien de forces militaires d'occupation, ingérences de plus en plus flagrantes dans le gouvernement, etc - le nouveau roi tenta en effet, avec ses partisans, d'introduire certaines réformes afin d'éliminer les vices les plus flagrants du système. Mais, lorsqu'il suspendit le liberum veto, une fraction de l'aristocratie, fondant la Confédération de Bar (1768-1772), se souleva contre lui et fit appel à l'armée russe (1772). L'insurrection réprimée, la Pologne était entièrement tombée à la discrétion de la Russie; mais la Prusse et l'Autriche, se posant en «garants des libertés nationales» polonaises voulurent également leur part du butin, et firent pression sur la Russie pour procéder à un démembrement de la Pologne en trois parties.  
 
     
 
 
Premier partage de la Pologne (1772)
Ce premier partage vit le pays perdre les trois cinquièmes de son territoire au profit des puissances limitrophes: la Russie de Catherine II reçut la Livonie du Sud, la Ruthénie Blanche au nord de la Dvina et à l'est du Drut; l'Autriche s'empara d'une partie de la Petite Pologne au sud de la Vistule et de la Galicie (Ruthénie rouge) jusqu'à la rivière Zbrucz, sauf Cracovie, mais avec Lvov et Tarropol ; enfin, la Prusse se saisit de la Prusse Royale polonaise, moins Dantzig (Gdansk) et Thorn (Torun), de la Warmie, et d'une partie de la Grande Pologne.  
 
   
 
Deuxième partage (1793)
Durement frappés, les Polonais se ressaisirent; la diète se réunit pendant quatre ans et élabora finalement une constitution (la deuxième constitution au monde, après celle des Etats-Unis d'Amérique) et un ensemble de lois définissant des réformes de l'armée et des impôts. En dépit des obstacles soulevés par la Russie, l'Etat polonais se relèvait au point de vue économique et mettait de l'ordre dans l'administration. La culture nationale se développa : en 1793 fut créée une Commission d'éducation nationale (premier ministère de l'Instruction publique au monde).
La Constitution du 3 mai 1791 abolit la forme quasi féodale du gouvernement : des droits politiques furent accordés au tiers état, et des garanties de protection furent données aux paysans. Mais, de nouveau, un certain nombre de magnats, menacés dans leurs privilèges, se regroupèrent dans la confédération de Targowica qui fit appel à l'armée russe pour s'opposer aux réformes. L'intervention militaire des Russes, puis celle des Prussiens, aboutit à un deuxième partage du pays (1793) : la Russie et la Prusse s'entendirent pour s'emparer chacune d'une nouvelle partie de la Pologne et lui imposer l'abolition de la nouvelle constitution. Dans ce second partage, la Prusse se saisit de Gdansk, de Torun et de la Grande Pologne (Posnanie). La Russie s'empara de la Russie Blanche de Minsk, de la plus grande partie de la Lituanie, de la Polésie, de la Volhynie et de la Podolie.  
 
     
 
     
 
 
     
 
     
 
     
 
Troisième partage (1795)
Exaspérés, les Polonais se soulevèrent sous la conduite de Tadeusz Kosciuszko. L'insurrection nationale fut d'abord victorieuse, et les réformes entamées par la Constitution du 3 mai 1791, inspirée des Lumières, furent poursuivies (abolition du servage). Mais Kosciuszko fut vaincu par les Russes dans la bataille de Maciejowice (10 octobre 1794) et l'insurrection fut écrasée dans le sang. Un troisième partage anéantit alors ce qui restait encore de la Pologne : la Prusse prit la Pologne centrale (Mazovie) avec Varsovie et les territoires à l'ouest du Niemen; la Russie annexa la Courlande, le reste de la Lituanie et la région située à l'est du Niemen et du Boug. L'Autriche s'empara de tout le reste (Pologne méridionale avec Cracovie et Lublin). La Pologne avait disparu en tant qu'Etat : pour plus d'un siècle, elle était «effacée» de la carte de l'Europe.
 
Sources iconographiques : "Zolnierz Polski" par le Musée de l'Armée Polonaise de Varsovie et collections de la bibliothèque de New York.
 
 
 
 
 
 
 
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