Propriété d'internet

article de Pierre Chrzanowski sur le site de l'ambassade de France au Royaume uni - Appel pour la préservation du web par Tim Berners-Lee :

"Dans un article du Scientific American daté du 22 novembre 2010, l’inventeur du World Wide Web, le britannique Tim Berners-Lee, dresse la liste des menaces pesant sur l’avenir du web et pose les conditions de sa préservation : maintenir des standards ouverts et garantir sa neutralité.

Il y a 20 ans, en mettant au point un système hypertexte utilisable sur le réseau Internet, Tim Berners-Lee venait de créer un outil qui allait permettre à chacun de partager des informations avec n’importe qui, n’importe où, n’importe quand. Aujourd’hui, ce principe fondateur du web est remis en cause selon son inventeur par plusieurs de ses principaux acteurs : les sites de réseaux sociaux fragmentent le web en agrégeant un grand nombre de données non accessibles sur le reste du réseau. Les fournisseurs d’accès menacent la neutralité du web en régulant le trafic en fonction des sites Internet. Les gouvernements, les dictatures comme les démocraties, mettent en place des systèmes de surveillance et de censure. A l’occasion des 20 ans du web, Tim Berners-Lee, aujourd’hui président du World Wide Web Consortium (W3C), a donc décidé de prendre sa plume pour rappeler les principes nécessaires à un web ouvert et innovant.

Garantir le principe d’universalité

L’universalité est le premier principe du web. Selon Tim Berners-Lee, chacun doit pouvoir publier des informations, peu importe la langue, le matériel ou les logiciels utilisés. Les informations doivent être également accessibles aux personnes atteintes de handicap. Une page doit pouvoir être référencée par un lien hypertexte. Cela signifie concrètement qu’elle doit être écrite en HTML et posséder une URL (Universal Resource Identifier, localisateur uniforme de ressource ou adresse universelle). Des sites comme Facebook utilisent leur propre système de référencement, rendant impossible l’utilisation de leurs informations hors du site. Sur ce point, Tim Berners-Lee met en garde contre toute monopolisation des données au sein d’un seul site ou d’un seul moteur de recherche. Outre le danger qu’ils représentent, les monopoles tendent à freiner l’innovation. Enfin, associé au principe d’universalité, Tim Berners-Lee cite également le principe de décentralisation. Chacun doit pouvoir ajouter des informations ou créer un lien sans avoir à obtenir d’approbation par une autorité centrale.

Maintenir des standards ouverts

L’utilisation des standards du web tel que le langage HTML doit rester libre et gratuite. Tim Berners-Lee entend par "standards ouverts" des standards développés par une communauté de développeurs à laquelle n’importe quel expert peut participer et dont l’utilisation a été largement approuvée. Les standards ouverts favorisent l’innovation et sont un gage d’accessibilité. L’organisation en charge de la promotion et de la coordination du développement des standards du web est le W3C. A l’inverse, l’utilisation de standards propriétaires crée des espaces clos, c’est le cas du site iTunes d’Apple qui utilise en tête d’adresse le protocole "itunes :" au lieu de "http:". Pour Tim Berners-Lee : "lorsque l’on est sur le site d’iTunes, nous ne sommes plus sur le web". Il cite également les applications spécialement développées pour les smartphones ou les tablettes tactiles.

Préserver la neutralité du web

Les fournisseurs d’accès à Internet sont de plus en plus tentés de limiter la bande passante de certains sites, tels que les plateformes de téléchargement ou bien les sites de partage de vidéos. Récemment au Royaume-Uni, le sous-secrétaire d’Etat à la culture, à la communication et à l’industrie créative, Ed Vaizey, a annoncé, avant de se rétracter, que les fournisseurs d’accès seraient autorisés à faire payer les producteurs de contenu en fonction de la qualité de service désirée. Ce type de marché est contraire au principe de neutralité de l’Internet qui stipule que les fournisseurs d’accès doivent proposer "un accès complet aux fonctionnalités de l’Internet, sans opérer de restrictions volontaires. Tim Berners-Lee appelle les gouvernements à adopter des mesures pour préserver le principe de neutralité".

Combattre l’ingérence et la surveillance du web

Accéder à l’historique de navigation d’un utilisateur ou bien aux requêtes entrées dans un moteur de recherche peut révéler beaucoup d’informations sur une personne. C’est la raison pour laquelle, selon Tim Berners-Lee, l’utilisation des ces données par les fournisseurs d’accès doit être contrôlée. Il appelle également à protéger la liberté d’expression et condamne la censure par les gouvernements. Il condamne enfin les récentes lois contre le téléchargement illégal tel qu’Hadopi en France ou le Digital Economy Act au Royaume-Uni qui prévoient dans leurs sanctions la coupure de la connexion à Internet. Parmi les mesures positives, Tim Berners-Lee cite le cas de la Finlande qui a récemment adopté une loi faisant de l’accès à Internet à 1 Mbps un droit pour tout citoyen.

L’avenir du web et ses défis

Pour Tim Berners-Lee :"si nous parvenons à maintenir ces principes, le web nous promet des fonctionnalités futures fantastiques". Il cite en exemple la dernière version d’HTML, "HTML 5", ou le développement des connexions sans fils dans les pays en développement où les réseaux câblés sont inexistants. Il conclut enfin sur une des prochaines évolutions du web, la construction d’un "web of linked data" (web de données liées, voir article "La Science du web parmi les grands domaines scientifiques de demain" dans ce numéro), ouvrant la voie à des applications qui pourront tirer profit, bien plus qu’aujourd’hui, de la masse de données présente sur le web.


Sources : 

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 Scientific American : http://bit.ly/cJ9DIw

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