4. Cervelet

Organisation morphologique du cervelet

Le cervelet ou « petit cerveau » est situé sur la face dorsale du pont, dans la fosse postérieure du crâne, juste en dessous du lobe occipital. Il affiche une masse moyenne de 100 à 130 grammes et des dimensions moyennes de 10 * 5 * 5 cm (1).













Le cervelet est divisé en une partie médiane étroite, le vermis, et deux parties latérales développées, les hémisphères cérébelleux. Il comporte trois lobes: le lobe postérieur (P), le lobe antérieur (A), séparé du lobe postérieur par la fissure primaire (FP) et la fissure secondaire (FS), et le lobe flocculo-nodulaire (FN) séparé du lobe postérieur par la fissure postéro-latérale (FL) (10).














Par sa face antérieure, le cervelet ferme la cavité du IVe ventricule et communique avec le tronc cérébral par trois paires de pédoncules cérébelleux: inférieurs (I), moyens (M) et supérieurs (S). Les pédoncules cérébelleux véhiculent les faisceaux afférents et efférents qui unissent le cervelet au reste du système nerveux central (10).














A l'image du cerveau, le cervelet comporte de la substance blanche, de la substance grise corticale et de la substance grise sous-corticale représentée par les trois paires de noyaux cérébelleux.
















Les trois paires de noyaux cérébelleux: le noyau fastigial (F) est situé dans le vermis à proximité du toit du IVe ventricule; les noyaux interposés (I), globuleux et emboliformes, sont dans la partie la plus médiane de l'hémisphère, et le noyau dentelé (ou denté, le plus gros et le plus latéral) (D) est situé plus latéralement dans l'hémisphère (10).












Organisation fonctionnelle du cervelet

Le cervelet peut être divisé en 10 lobules de part et d’autre du vermis médian, les lobules I à V appartenant au lobe antérieur et les lobules VI à X appartenant au lobe postérieur. Le développement phylogénique du cervelet amène à dissocier 3 parties:
  • L'archéo-cervelet, présent chez les poissons, est constitué du lobe flocculo-nodulaire et de la lingula (lobule I et II) jouant un rôle majeur dans l’équilibration (1).
  • Le paléo-cervelet, constitué du vermis, du lobe antérieur (à l’exception de la lingula), et des noyaux globuleux et emboliformes est apparu avec les oiseaux et les reptiles et participerait au tonus statique (1).
  • Le néocervelet, plus tardif dans l’évolution des espèces, n’est présent que les mammifères. Il est constitué du lobe postérieur (essentiellement les hémisphères cérébelleux), et des noyaux dentelés (1).









La division fonctionnelle la plus pertinente d'un point de vue clinique repose sur l'organisation des afférences du cervelet et sur l'organisation cortico-nucléaire. Quatre zones fonctionnelles peuvent être individualisées de manière bilatérale dans le plan sagittal (10):

  • Le cervelet médian correspond au cortex du vermis et au noyau fastigial
  • Le cervelet intermédiaire correspond au cortex de la partie médiale de l'hémisphère et aux noyaux interposés
  • Le cervelet latéral correspond au cortex de la partie latérale de l'hémisphère et au noyau dentelé
  • Le lobe flocculo-nodulaire correspond au cortex d'une structure impaire vermienne, le nodule (N) et à ses prolongements bilatéraux, les floccules (Flo).








Les cervelet médian et intermédiaire sont appelées spino-cervelet (ou spino-cerebellum) du fait de leurs afférences spinales prédominantes. Leur fonction principale est le bon contrôle du déroulement du mouvement en cours. Le cervelet médian reçoit principalement des afférences spinales du tronc et le cervelet intermédiaire des afférences spinales des membres.
Le cervelet latéral est appelé cérébro-cervelet du fait de ses afférences corticales. Il régit principalement la programmation motrice.
Le lobe flocculo-nodulaire est appelé vestibulo-cervelet du fait de ses afférences vestibulaires. Il exerce son action principale sur le maintien de l'équilibre.
  • Le contrôle de la motricité des membres est assuré par le cervelet intermédiaire;
  • le contrôle de la motricité axiale et de l'équilibre est assuré par le cervelet médian et le lobe flocculo-nodulaire
  • la programmation du mouvement et l'apprentissage moteur sont assurés par le cervelet latéral (10).


Le système cérébelleux comprend ainsi
  • Le cortex cérébelleux lui-même divisé en cérébro-cervelet, spino-cervelet et vestibulo-cervelet
  • Les noyaux cérébelleux profonds
  • Les noyaux de relais du pont comprenant le noyau vestibulaire du VIII, le noyau dorsal de la moelle (noyau de Clarke), l'olive inférieure et le locus coeruleus
  • Les trois paires de pédoncules cérébelleux

Projections du système cérébelleux


Afférences

Chacune des trois parties du cortex cérébelleux reçoit des afférences prédominantes distinctes.
  • Le cérébro-cervelet reçoit des afférences du cortex
  • le vestibulo-cervelet reçoit des afférences des noyaux vestibulaires situés dans la moelle allongée (bulbe)
  • le spino-cervelet reçoit des afférences de la moelle spinale
A) Les principales afférences du cérébro-cervelet sont issues des cortex moteur et prémoteur, des cortex somesthésiques primaire et associatif et des aires visuelles associatives. La plupart des informations qui parviennent au cervelet proviennent des régions associatives et ont donc déjà fait l'objet de traitements approfondis. Contrairement aux NGC, les afférences issues du cortex (constituant la voie cortico-pontocérébelleuse) sont indirectes et font préalablement un relais par les noyaux du pont. Les axones des neurones des noyaux de relais du pont constituent les faisceaux pontocérébelleux. Ceux-ci gagnent principalement les parties latérales des hémisphères cérébelleux controlatéraux par les pédoncules cérébelleux moyens en croisant la ligne médiane au niveau du pont. Ces projections sont organisées somatotopiquement et il existe une représentation somatotopique du corps au niveau du cortex cérébelleux.

B) Le cervelet reçoit également un nombre important d'afférences du tronc cérébral et de la moelle.
  • Afférences sensorielles issues des noyaux vestibulaires du VIII ou directement du labyrinthe vestibulaire à destinée du vestibulo-cervelet et transmettant des informations sur la position de la tête dans l'espace. Ces afférences constituent le faisceau vestibulo-cérébelleux qui se projette principalement sur le lobe flocculonodulaire et le noyau fastigial ipsilatéraux.
  • Afférences issues de la substance réticulée constituant le faisceau réticulo-cérébelleux et se projetant principalement sur la portion médiane du cervelet (le vermis)
  • Afférences sensorielles spinales. Les faisceaux médullaires ascendants les plus importants sont le faisceau spino-cérébelleux ventral et le faisceau spino-cérébelleux dorsal. Certaines informations proprioceptives d'origine périphérique font relais dans le noyau dorsal de la moelle (noyau de Clarke). Ces fibres se projettent sur le spino-cervelet et transmettent des informations proprioceptives principalement issues des fuseaux neuromusculaires et, dans une moindre mesure des autres mécanorécepteurs (organes tendineux de Golgi, récepteurs articulaires et cutanés du toucher). Ces informations renseignent le système cérébelleux sur l'état instantané de contraction d'un muscle, le degré de tension des tendons, les positions et les vitesses de déplacement de certaines parties du corps et les forces qui s'exercent à la surface du corps.
  • Afférences modulatrices de l'olive inférieure (gros noyau bulbaire qui forme avec l'olive supérieure, l'olive bulbaire située dans la partie rostrale du bulbe) et du locus coeruleus. L'olive inférieure reçoit elle-même des afférences du système vestibulaire, de la substance réticulée, de la moelle spinale, des noyaux gris centraux et du cortex moteur. Les projections de l'olive inférieure sur le cervelet forment le faisceau olivo-cérébelleux qui se distribue largement à toutes les régions du cervelet.

Efférences

Le cortex cérébelleux se projette sur les noyaux cérébelleux profonds, structures de relais intermédiaires, qui se projettent à leur tour sur leur cible (thalamus et tronc cérébral). Les projections issues des différentes zones du cortex cérébelleux restent topographiquement organisées.
  • Le vestibulo-cervelet se projette sur le noyau fastigial ou directement sur le noyau vestibulaire latéral. Le noyau fastigial se projette lui-même sur le noyau vestibulaire latéral et la substance réticulée. Les signaux émis depuis le vestibulo-cervelet influencent donc la musculature axiale et la musculature proximale des membres par l'intermédiaire des faisceaux vestibulo-spinal et réticulo-spinal qui appartiennent au système moteur médial. Le vestibulo-cervelet participe au contrôle de l'équilibre, de la posture et des mouvements oculaires.
  • Le spino-cervelet se projette sur le noyau emboliforme et le noyau globuleux. Ceux-ci se projettent sur les noyaux du tronc cérébral et le thalamus controlatéral. Cette dernière voie est similaire à celle issue du noyau dentelé et permet au cervelet d'influencer le fonctionnement des neurones cortico-spinaux. Les signaux émis depuis le spino-cervelet participent au contrôle des mouvements du tronc et des parties proximales des membres.
  • Le cortico-cervelet se projettent sur le noyau dentelé qui se projette à son tour sur le thalamus controlatéral. Les neurones thalamiques se distribuent aux cortex moteur et prémoteur et influencent la planification et l'initiation des mouvements volontaires. Les signaux émis par le cortico-cervelet participent au contrôle des mouvements des parties distales des membres (tout particulièrement la planification de ces mouvements).

Fonctionnement

Même si son implication dans les fonctions cognitive est progressivement confirmée, le rôle principal du cervelet concerne les fonctions motrices (10). Tout comme le système des noyaux gris centraux, le système cérébelleux contribue en effet de manière fondamentale à la motricité (10). Il contribue à superviser les activités motrices déclenchées par d'autres structures cérébrales (10). Il effectue les corrections indispensables au bon déroulement du mouvement à partir des informations proprioceptives, vestibulaires et visuelles (10). Le cervelet contribue de façon essentielle à la programmation temporelle des activités motrices et à l'enchaînement rapide et harmonieux des mouvements successifs. Il contribue aussi à régler l'interaction immédiate entre groupes musculaires agonistes et antagonistes. Le cervelet module l'amplitude, la force, la vitesse et la direction du mouvement et participe à la coordination des mouvements et de la posture. Les fonctions motrices du cervelet concernent donc le maintien de l'équilibre, le réglage du tonus musculaire, la coordination de l'action des muscles durant le mouvement volontaire et la programmation du mouvement (10). Toute lésion du cervelet s'exprime de manière variable sur l'une de ces fonctions (10).
  • Le cervelet a pour principale propriété de corriger les erreurs de mouvement en comparant les commandes motrices prévues et émises par le cortex et le tronc cérébral avec les messages sensoriels issus de la périphérie et relatifs aux mouvements qui sont effectivement exécutés. S'il y a discordance, le système cérébelleux émet des signaux de correction vers le système moteur pour augmenter ou diminuer l'activation de certains groupes musculaires.
  • Le cervelet possède également la propriété d'anticiper le mouvement à venir dans une séquence motrice et permet le passage harmonieux d'une séquence motrice à l'autre.
  • Le cervelet participe enfin à certains aspects des apprentissages moteurs, en particulier ceux impliquant un contrôle oculaire. Le cervelet "apprend" par succession d'essais et d'erreurs: s'il le mouvement n'est pas approprié, le cervelet réalisera un ajustement lors de la prochaine séquence motrice, jusqu'à l'obtention d'un mouvement adapté. Ceci est réalisé grâce à des modifications de longue durée de l'excitabilité de certains neurones cérébelleux (cf. rôle des circuits cérébelleux dans l'apprentissage et la mémoire).
  • Le système cérébelleux agit en étroite interaction avec celui des noyaux gris centraux (12).

Organisation des circuits cérébelleux

Les régions du cortex et des noyaux profonds du cervelet reçoivent et émettent des projections vers les autres structures cérébrales possédant une correspondance somatotopique avec elles. La partie centrale du cortex cérébelleux, le vermis contrôle essentiellement la coordination des muscles axiaux, du cou, des épaules et des hanches. Les parties adjacentes des hémisphères cérébelleux (la zone intermédiaire) contrôlent les contractions musculaires du visage et des parties distales des membres supérieurs et inférieurs. Les parties les plus latérales du cortex cérébelleux (la zone latérale) ne participent pas à la représentation somatotopique du corps: elles participent à la planification d'ensemble des séquences motrices, en concert avec les aires corticales motrices et prémotrices du cortex frontal et les aires associatives somesthésiques et sensorielles du cortex pariétal postérieur. Ce sont ces zones latérales qui participent à l'organisation et la coordination des séquences motrices rapides. Les afférences visuelles proviennent principalement des aires associatives corticales traitant les stimulus mobiles (i.e. des cibles corticales de la voie visuelle magnocellulaire). La coordination des mouvements sous guidage visuel paraît en effet être une fonction importante du cervelet.
Les noyaux cérébelleux profonds traitent l'information qu'ils reçoivent du cortex cérébelleux et la transmettent jusqu'au thalamus. Les efférences cérébelleuses ascendantes quittent le cervelet par les pédoncules cérébelleux supérieurs, croisent la ligne médiane dans la décussation du pédoncule cérébelleux supérieur au niveau du mésencéphale, puis montent vers le thalamus.
La cible thalamique du cervelet moteur est principalement représentée par le complexe des noyaux thalamiques ventral antérieur et ventral latéral (complexe VA/VL). Ces noyaux relaient les effets modulateurs du cervelet vers le cortex moteur primaire et le cortex prémoteur. C'est par l'intermédiaire de ces noyaux de relais et de leurs projections thalamiques que le cervelet module les centres corticaux de contrôle de la motricité: le cervelet module les projections corticospinales qui organisent la séquence des contractions musculaires des mouvements complexes.

Organisation cellulaire

Le cortex cérébelleux est un feuillet continu de cellules, plissé en une structure compacte, qui déplissé représenterait une bande de 17 x 120 cm. Le cortex comprend une couche externe, la couche moléculaire contenant les prolongements axonaux des neurones situés dans les couches sous-jacentes. En dessous de la couche moléculaire, se situent la couche des cellules de Purkinje puis la couche granulaire contenant les corps cellulaires des grains du cervelet.
Les signaux issus de la périphérie et du cortex cérébral parviennent sur les neurones cérébelleux appelés grains du cervelet, situés dans la couche granulaire du cortex cérébelleux. Les afférences ascendantes se projetant sur les grains du cervelet, issues de la moelle, des neurones vestibulaires ou des noyaux de relais du pont sont appelées collectivement fibres moussues. Les fibres moussues forment des synapses excitatrices sur les dendrites des grains du cervelet et plusieurs fibres moussues convergent sur un même grain du cervelet. Elles forment également des synapses excitatrices avec les interneurones inhibiteurs de la couche moléculaire (les cellules étoilée et les cellules en panier). Ces interneurones établissent eux-mêmes des synapses avec les cellules de Purkinje.
Les axones issus des grains du cervelet sont appelés fibres parallèles. Ces fibres cheminent dans la couche moléculaire du cortex cérébelleux où elles bifurquent et donnent des ramifications en T. Ces ramifications relaient les informations corticales par l'intermédiaire des synapses excitatrices qu'elles établissent avec les épines dendritiques des cellules de Purkinje. Chaque fibre parallèle établit des connexions synaptiques avec une cinquantaine de cellule de Purkinje et chaque cellule de Purkinje reçoit des connexions d'environ 200 000 fibres parallèles.
Les cellules de Purkinje présentent une importante arborisation de dendrites épineuses et reçoivent ainsi un très grand nombre d'afférences corticales et d'afférences issues de la périphérie par le biais des fibres parallèles provenant des grains du cervelet. Le cervelet est ainsi le site d'une importante convergence d'informations corticales et périphériques. Les dendritiques des cellules de Purkinje sont également le siège d'un très grand nombre de synapses excitatrices issues d'une fibre grimpante originaire de l'olive inférieure. Il existe une fibre grimpante unique pour chaque cellule de Purkinje qui s'enroule et établit de nombreuses synapses sur les dendrites des cellules de Purkinje. Ces fibres grimpantes modulent les signaux transmis par les fibres moussues sur les cellules de Purkinje. Il existe enfin un nombre important de synapses inhibitrices formées par les cellules des circuits locaux (interneurones), principalement les cellules en corbeille, sur le corps cellulaire des cellules de Purkinje. Les axones des cellules en corbeille courent parallèlement à la surface du cortex et forment les fibres transverses.
Les cellules de Purkinje se projettent en retour sur les neurones des noyaux cérébelleux profonds. Les axones des cellules de Purkinje descendent à travers la couche granulaire et se terminent sur l'un des noyaux cérébelleux profonds ou, pour certains neurones du vestibulo-cervelet, directement sur le noyau vestibulaire latéral. Ces projections sont inhibitrices et utilisent le GABA comme neurotransmetteur.
Les noyaux profonds sont fortement excités par les collatérales excitatrices des fibres moussues qui se projettent sur le cortex cérébelleux et les projections inhibitrices issues du cortex cérébelleux modulent cette excitation. Le traitement des signaux par le cervelet consiste donc en un équilibre des projections excitatrices (collatérales des fibres moussues) et inhibitrices (axones des cellules de Purkinje) sur les noyaux cérébelleux profonds. En fait, il existe un décalage temporel de quelques millisecondes entre les deux signaux excitateur et inhibiteur: un signal excitateur est transmis dans les voies motrices suivi juste après d'un second signal inhibiteur. Ce dernier message constitue ainsi un signal rétroactif négatif retardé qui agit comme un signal d'amortissement. Ce signal permet de limiter le mouvement afin qu'il ne dépasse pas son but. Les noyaux cérébelleux profonds constituent au final les voies de sortie du cervelet et le signal résultant des signaux excitateurs et inhibiteurs est transmis au thalamus.

Figure. Schéma de l'organisation fonctionnelle du système cérébelleux

Rôle moteur

  • Comme les neurones épineux du striatum, les cellules de Purkinje du cervelet fonctionnent comme détecteurs de coïncidence des informations corticales. Ils permettent au cervelet de sélectionner les informations corticales les plus pertinentes. Ces cellules reçoivent en effet un bombardement continu d'influx excitateurs et inhibiteurs mais ne déchargent que lorsque les informations corticales présentent un pattern adéquat de signaux.
  • A la différence des cellules striatales qui déchargent essentiellement avant le début du mouvement, les cellules du cervelet déchargent en permanence au cours du mouvement. Les cellules de Purkinje et les neurones des noyaux cérébelleux profonds présentent une activité de repos tonique et modifient leur fréquence de décharge lors du mouvement. Les neurones cérébelleux sont tout particulièrement impliqués dans la coordination de l'activité des muscles synergiques et antagonistes nécessaires à la réalisation d'un mouvement.
  • Une autre fonction importante du cervelet est de corriger les erreurs du mouvement en cours afin de faire face à des circonstances imprévues et de maintenir la précision du mouvement. Le cervelet utilise des informations sensorielles de multiples natures et de sources différentes. Les plus importantes proviennent du système proprioceptif. Les cellules de Purkinje reçoivent les mêmes informations sensorielles que les neurones des noyaux profonds mais elles reçoivent également une quantité d'informations supplémentaires qui permettent d'établir une base sur laquelle le message issus des noyaux profonds pourra être comparé. Les patterns d'activité convergente qui parviennent à un moment donné aux cellules corticales de Purkinje sont ainsi "comparés" à ceux reçus par les noyaux cérébelleux profonds. Ce système "met à jour" de manière continue les informations relatives à la position du corps, à la longueur et la force musculaire et compare ces informations (feedback proprioceptif) aux signaux émanant des aires motrices et transmis au cortex cérébelleux et représentant le mouvement "programmé". Les neurones cérébelleux sont alors capables d'envoyer au cortex moteur, via le thalamus et par l'intermédiaire des noyaux cérébelleux profonds, un message de correction permettant d'assurer la réalisation harmonieuse du mouvement en cours.

Rôle non moteur

Lésions cérébelleuses

Une lésion cérébelleuse se traduit principalement par une incoordination des mouvements en cours et une ataxie cérébelleuse. En revanche, la force musculaire et la sensibilité ne sont pas affectées (il n'existe pas de paralysie en cas de lésion cérébelleuse). Ces manifestations s'expriment du même côté que la lésion (l'atteinte est ipsilatérale par rapport au côté lésé) puisque les représentations sensorielles et motrices du cervelet sont ipsilatérales (et non controlatérales comme les autres structures du SNC): les projections cérébelleuses croisent en effet la ligne médiane vers le thalamus controlatéral; le thalamus module lui-même la voie cortico-spinale qui croise à son tour la ligne médiane.

Ce trouble reflète l'activité inadaptée de groupes musculaires qui font normalement appel aux rétroactions sensorielles permettant leur coordination harmonieusement. Les patients atteints de syndrome cérébelleux présentent, durant le mouvement, un tremblement d'intention (par opposition au tremblement de repos des patients parkinsoniens), une accentuation de l'instabilité quand un membre approche de sa cible, la dysmétrie. Ils présentent une moindre capacité à arrêter les mouvements et dépassent souvent la cible (hypermétrie) et redémarrent après l'achèvement du mouvement prévu. Lors d'un mouvement plus complexe, le mouvement, au lieu d'être uniforme et régulier, devient décomposé en une succession de séquences intermédiaires. Suivant la localisation de la lésion, l'équilibre peut également être atteint, les patients tendent à tomber vers le côté lésé et leur démarche devient instable. La voix peut également être affectée, elle devient hachée, explosive, irrégulière, c'est la dysarthrie cérébelleuse. Le tonus musculaire est également affecté: il s'installe une hypotonie associée à des réflexes ostéotendineux pendulaires.

Les lésions cérébelleuses entraînent donc une incapacité à exécuter de manière fluide les mouvements, en particulier lors des activités motrices rapides. Les mouvements fins répétitifs, les mouvements d'alternance rapide et certains types de mouvements oculaires sont atteints: du fait d'un défaut de coordination des mouvements, ceux-ci deviennent saccadés et imprécis.

Principales étiologies de l'ataxie cérébelleuse: alcoolisme, sclérose en plaques, accident vasculaire cérébral, pathologies héréditaires (dont l'ataxie de Friedreich et les spinocerebellar ataxia - SCA), tumeur, syndrome paranéoplasique (syndrome des anticorps anti-Yo / cancer de l'ovaire), maladie de Creutzfeldt-Jakob

Figure. IRM Flair montrant une hypertrophie et un hypersignal des deux olives dans un contexte de syndrome cérébelleux chez un homme de 70 ans.
https://sites.google.com/site/aphysionado/home/orgsn/cervelet/Olive.png


Sémiologie du syndrome cérébelleux

Symptômes

  • Troubles de la marche et de l'équilibre
  • Maladresse dans les mouvements rapides
  • Dysarthrie

Signes cliniques

1. Ataxie cérébelleuse

L'ataxie se définit par des troubles de l'équilibre et de la marche, pouvant être d'origine cérébelleuse, vestibulaire ou proprioceptive.
  • Debout: ataxie multidirectionnelle non majorée par la fermeture des yeux avec élargissement du polygone de sustentation, oscillations en tous sens à l'épreuve de Romberg, « danse des tendons »
  • A la marche: démarche ébrieuse, élargissement du polygone de sustentation, bras écartés du tronc, enjambées irrégulières, pieds jetés trop haut, embardées. Formes mineures: déséquilibre du patient lors de l'arrêt brusque, du demi tour (décomposé), lors de la marche sur une ligne droite (écarts du pas par rapport à cette ligne)

2. Troubles de l'exécution du mouvement volontaire rapide

  • Hypermétrie. Signe cérébelleux majeur avec l'ataxie. Lors des mouvements, à exécuter le plus rapidement possible: manœuvre doigt-nez (le patient dépasse le but à atteindre puis y revient ou seulement discret « crochetage » en fin de mouvement) et talon/genou en position allongée (le talon descend le long de la crête tibiale de la jambe opposée en zig-zagant)
  • Tremblement d'action: inconstant, surtout net au début et à la fin du mouvement volontaire (lors de la manœuvre doigt-nez). Dans les formes sévères: tremblement statique de tout le corps en position debout ou assise.
  • Asynergie. Le malade couché, les bras croisés et les jambes écartées, ne peut s'asseoir sans que les cuisses ne fléchissent sur le bassin, tandis que les talons s'élèvent au-dessus du plan du lit. Absence de décollement du talon dans la position accroupie.

3. Dysarthrie cérébelleuse

  • Parole scandée et explosive. Plus souvent seulement « pâteuse »

4. Hypotonie

  • Amplitude augmentée des mouvements imprimés aux membres par l'examinateur
  • Réflexes rotuliens pendulaires

5. Mouvements oculaires anormaux

  • Mouvements involontaires rythmiques et conjugués des yeux
  • Nystagmus multidirectionnel ou battant vers le bas (Downbeat nystagmus)
    • Downbeat nystagmus: rapporté dans un certain nombre d'affections neurologiques, le plus souvent associées à des lésions de la charnière cervico-occipitale, pouvant léser le cervelet vestibulaire. Il s'agit dans la majorité des cas de dégénérescences spinocérébelleuses ou de malformations de Chiari. Il peut s'agir de formes iatrogènes (lithium notamment). Les autres étiologies sont variées. Reste idiopathique dans 40 % des cas.
  • Décomposition de la poursuite oculaire (mouvements oculaires saccadés)

6. Troubles de l'écriture

  • Lettres démesurées, inégales et espacées

Formes topographiques

  1. Syndrome cérébelleux statique, se résumant à l'ataxie cérébelleuse. Il est du à une atteinte prédominante du vermis cérébelleux
  2. Syndrome cérébelleux cinétique, dominé par l'hypermétrie: il est du principalement à une atteinte des hémisphères cérébelleux et/ou du pédoncule cérébelleux supérieur
  3. En fait, un syndrome cérébelleux est souvent mixte, stato-cinétique

Références