3. Somesthésie

Définitions

Le système somesthésique ou système sensoriel somatique, du grec "sôma", corps et "aïsthêsis", sensibilité, regroupe les mécanismes nerveux chargés de recueillir les sensations somatiques (les sensations du corps). C’est le sens qui nous renseigne
  • sur l’état de notre corps
  • sur notre environnement, par l’intermédiaire de notre corps.
La somesthésie fait partie intégrante des différentes modalités sensorielles de perception au même titre que les sens spécifiques de l'ouïe, la vision, le goût, l’odorat, l’équilibre.

Les modalités sensorielles de la somesthésie

  • Le tact épicritique: tact fin, il comprend le toucher, la pression, la vibration et le chatouillement et renseigne sur la taille, la forme et la texture des objets, leur mouvement sur la peau.
  • Le tact protopathique: tact grossier
  • La proprioception: il s'agit d'une sensibilité profonde qui renseigne sur la position statique et la vitesse du mouvement des membres et du corps.
  • La nociception: elle correspond à la perception des stimuli à l'origine de la douleur.
  • Le sens thermoréceptif: chaud et froid

Récepteurs périphériques somatosensoriels

La détection des stimuli somesthésique repose sur l'existence de récepteurs somatosensoriels spécialisés.

Voies afférentes

Les afférences périphériques

Le corps cellulaire du premier neurone de la voie afférente est situé dans le ganglion rachidien des nerfs spinaux. L'axone du premier neurone a une forme en T et comprend 2 branches: une branche périphérique qui se projette sur la périphérie du corps et établit une synapse avec les récepteurs périphériques des téguments (réception du stimulus) et une branche centrale qui pénètre dans la corne postérieure de la moelle et se projette sur le SNC.
Les informations en provenance de la périphérie sont véhiculées selon des voies parallèles spécifiques à chaque modalité somesthésique par deux grandes catégories de fibres:
  • Les fibres myélinisées de gros diamètre (Aα et Aβ)
    • Sensibilité profonde consciente proprioceptive et pallesthésique (sensibilité vibratoire), fibres Aα
    • Sensibilité profonde inconsciente à l’étirement et à la pression musculaire, fibres Aα
    • Sensibilité superficielle tactile épicritique (« fine »), fibres Aβ
  • Les fibres myélinisées de petit diamètre (Aδ) et amyéliniques (C)
    • Sensibilité thermique et algique
    • Sensibilité superficielle tactile protopathique (« grossière », non discriminative»)





Les afférences périphériques extéroceptives sont organisées sur le plan topographique en dermatomes = région cutanée dont l’innervation sensitive correspond à un segment médullaire i.e. à une racine postérieure et au ganglion rachidien correspondant. Les dermatomes présentent un large recouvrement des uns par rapport aux autres correspondant au recouvrement de trois racines dorsales. Au niveau médullaire, il existe 30 segments spinaux.














Les 4 voies de projection ascendantes

  • Voie de la sensibilité extéroceptive tactile épicritique et proprioceptive consciente ou voie cordonale postérieure (appellation antérieure "voie lemniscale")
  • Voie de la sensibilité extéroceptive tactile protopathique (tact grossier) et thermo-algique (appellation antérieure "voie extra-lemniscale"), support des informations nociceptives et thermiques
  • Voie de la sensibilité proprioceptive inconsciente (voie spino-cérébelleuse)
  • Voie de la sensibilité intéroceptive


















La voie de la sensibilité extéroceptive tactile épicritique et proprioceptive consciente - voie cordonale postérieure.
Elle véhicule les informations tactiles précises (sensibilité tactile fine et discriminative, toucher et vibrations de la peau) et les informations proprioceptives conscientes (position des membres). Elle est constituée d’une chaîne de 3 neurones aboutissant au cortex cérébral et est principalement formée par des fibres afférentes myélinisées de gros diamètre. Elle monte à travers les cordons postérieurs de la moelle.
La branche principale de l’axone du premier neurone ne fait pas relais au niveau de la corne dorsale et gagne directement le cordon dorsal homolatéral de la moelle pour constituer le faisceau gracile (ou faisceau de Goll) issu du membre inférieur, en dedans, et le faisceau cunéiforme (ou faisceau de Burdach) issu du membre supérieur, en dehors.
Les voies de la sensibilité extéroceptive font relais avec le deuxième neurone (deutoneurone) au niveau des noyaux cervicaux graciles (noyau de Goll) et cunéiformes (noyau de Burdach) à la jonction entre le bulbe et la moelle. Ces deux noyaux sont le siège du premier relais central de cette voie. Cette voie n'a donc pas de relais médullaire. Puis, cette voie (2e neurone) décusse pour former un faisceau de fibres très dense, le lemnisque médian (ruban de Reil médian). Le lemnisque médian fait relais (2e relais central de cette voie) avec le troisième neurone du thalamus. Les neurones des noyaux thalamiques se projettent à leur tour sur le cortex somesthésique. Le faisceau lemnsical reste organisé de façon somatopique jusqu’au cortex.
La voie cordonnale postérieure est la seule voie de la sensibilité qui n’effectue pas de premier relais dans la corne dorsale de la moelle épinière. Pour les trois autres voies, la corne dorsale médullaire représente un important site de modulation des sensibilités et un relais vers les centres supérieurs.

Thalamus somesthésique


Toutes les voies somesthésiques convergent vers le thalamus qui représente un lieu de relais des voies de projection où s’effectue une intégration sensori-motrice et multisensorielle de l’information.
La transmission de l’information en terme de qualité et de localisation du stimulus s’effectue dans les noyaux ventraux postérieurs latéral (tronc et membre) et médian (voie trigéminale de la face). Ces noyaux se projettent sur les cortex somesthésiques primaires, secondaires et associatifs et reçoivent en retour des afférences corticales qui modulent les messages sensoriels afférents.