Langage

Le langage

L’étude du langage a fortement bénéficié de l’analyse des troubles du langage chez des patients ayant présenté des lésions focales, essentiellement de nature vasculaire. À partir d’une série d’observations cliniques, Paul Broca (1824-1880) suggéra en 1864 que l’expression du langage était contrôlée exclusivement par l’hémisphère gauche, en particulier par une région connue maintenant sous le nom d’aire de Broca.
En 1874, Carl Wernicke décrivit une autre région connue sous le nom d’aire de Wernicke dont les lésions affectent le langage oral mais de manière différente de celles affectant l’aire de Broca. Cette région est située à la surface supérieure du lobe temporal (circonvolution temporale supérieure) entre le cortex auditif et le gyrus angulaire. Wernicke établit par la suite un réseau de connexions entre le cortex auditif, l’aire de Wernicke, l’aire de Broca et l’aire motrice commandant les muscles de la parole. Les limites des aires de Broca et de Wernicke varient cependant selon les sujets, ces aires participent à d’autres fonctions que le langage et d'autres structures intervienentn également dans le langage.
La latéralisation des aires du langage rapportée initialement par Broca a été confirmée plus tard par anesthésie hémisphérique sélective (procédure de Wada: anesthésie barbiturique transitoire par injection intracarotidienne unilatérale) et par l’étude des patients présentant une épilepsie réfractaire traitée par section du corps calleux. Ainsi, 93% des personnes ont l’hémisphère gauche dominant pour le langage (96% pour les droitiers et 70% pour les gauchers). L’étude des patients ayant subi une section du corps calleux a cependant montré que l’hémisphère droit était capable de lire et comprendre des chiffres, des lettres et des énoncés courts, à condition que la réponse ne soit pas verbalisée. Il a également été suggéré que l’hémisphère droit participait dans une certaine mesure à la lecture, même s’il n’était pas impliqué dans le langage.

L'aphasie

L’aphasie désigne la perte partielle ou complexe de l’utilisation du langage, consécutive à des lésions cérébrales, indépendamment d'une altération des facultés cognitives ou de l’aptitude à mobiliser les muscles utilisés dans l’articulation des mots. Il est plus correct de parler des aphasies puisque ce terme désigne une altération d’une fonction spécifique de l’expression verbale correspondant à différents troubles du langage.

Il existe deux grands types d'aphasie:

L'aphasie de Broca

Encore appelée aphasie motrice ou aphasie non fluente
Caractérisée par des difficultés majeures à parler alors que la compréhension du langage écrit ou parlé reste en grande partie conservée
Les productions du patient sont marquées par une tendance à la simplification: simplification dans l'enchainement des syllabes complexes donnant un aspect laborieux et déformé de la production, simplification dans l'enchainement des mots dans la phrase avec oubli des mots grammaticaux et utilisation des verbes à l'infinitif (agrammatisme), difficultés à passer d'un mot à un autre, avec tendance aux stéréotypies (le patient répète le même mot ou la même syllabe en ayant conscience que ce n'est pas ce qu'il souhaite dire). A l'extrême le patient ne peut rien produire (mutisme). La compréhension conversationnelle est généralement conservée, sauf pour les ordres complexes.
Deux théories sont proposées pour expliquer ce trouble selon que l’on considère
  • Qu’il porte essentiellement sur l’articulation du langage. Le trouble s’expliquerait par la proximité du cortex moteur qui contrôle la bouche et les lèvres.
  • Qu’il existe aussi un trouble dans le choix des mots (anomie) avec des difficultés prédominant sur les mots qui ont une fonction, comme les pronoms, les articles, les conjonctions (ex: si, et mais) par rapport aux noms qui ont un contenu, comme les noms communs, les verbes et les adjectifs et une difficulté à construire une phrase grammaticalement correcte (agrammatisme). L’aire de Broca et le cortex proche seraient spécifiquement impliqués dans la construction de phrases grammaticalement correctes.

L'aphasie de Wernicke

L'aphasie de Wernicke est le principal signe d'atteinte du lobe temporal de l'hémisphère majeur (CEN - Syndromes hémisphériques). Elle résulte d'une lésion de la partie postérieure des deux premières circonvolutions temporales (T1, T2) et de la partie adjacente du lobe pariétal (gyrus supramarginal et gyrus angulaire (ou pli courbe), situés respectivement à la partie antérieure et à la partie postérieure du lobule pariétal inférieur (P2). L’aire de Wernicke jouerait un rôle crucial dans la relation entre la reconnaissance du mot entendu et le sens du mot. Les informations relatives aux sons constitutifs au langage seraient stockées dans l’aire de Wernicke, qui serait une aire supérieure de la reconnaissance des sons.
  • La production spontanée du langage est facile, abondante, voire logorrhéique
  • Le langage est en revanche peu ou non compréhensible du fait de
    • nombreuses paraphasies sémantiques (associations non-sens, mot pour un autre, proche de la cible, ex. "couteau" pour fourchette)
    • fréquentes paraphasies phonémiques (remplacement, élision ou inversion des syllabes dans un mot)
    • parfois production de pseudomots (logatome)
    • Au maximum, est réalisé un véritable jargon (jargonaphasie) incompréhensible dont le patient n'a qu'une conscience imparfaite
  • La compréhension orale et écrite est perturbée. Le patient a les mêmes difficultés à décoder les sons qu'à les produire. Il ne comprend pas les ordres et les consignes, ce qui peut faire évoquer à tort une confusion mentale.
  • L'écriture peut confiner à une jargonographie.
  • Il n'y a aucun trouble articulatoire.
  • Le malade n'a pas conscience de son trouble (anosognosie) et peut être agité.
  • Une hémianopsie latérale homonyme est souvent associée, difficile à mettre en évidence (absence de clignement à la menace).
Examen du langage (Dr Anne Salmon et Dr Serge Belliard, Service de Neurologie, CHU de Rennes, 2018)

Le langage est la capacité de communication reposant sur la production (expression) et le décodage (réception-compréhension) d'une suite de sons afin de lui donner un sens compréhensible par autrui. Il faut donc toujours tester les deux pôles de production et de compréhension du langage.
  • Production
    • Faire parler le patient suffisamment longtemps afin de voir si sa production est aisée ou laborieuse: le patient cherche-t-il ses mots, les sons sont-ils déformés, fait-il des erreurs en choisissant un mot conceptuellement proche mais inexact (paraphasie sémantique), remplaçant une syllabe d'un mot ou en intervertissant certaines syllabes (paraphasie phonémique). Faire raconter au patient son histoire médicale, ses activités du WE ou l'histoire du petit chaperon rouge.
    • Épreuve de dénomination: elle permet de mieux contrôler la réponse attendue. Faire dénommer des images d'objets qu'on trouve dans une revue ou des objets présents dans la pièce. Préférer des objets relativement peu fréquents.
    • Attention, la dénomination examine le langage (capacité à trouver et produire le nom de l'objet) mais aussi l'identification visuelle de l'objet. Si le patient dit ne pas pouvoir dénommer ou s'il donne un nom inexact, vérifier si le patient a bien identifié l'objet en lui demandant de décrire l'objet (sa fonction...)
  • Compréhension
    • Demander au patient d'exécuter des ordres simples (tirer la langue, serrer le poing) et des ordres complexes voire contradictoires (tirer la langue sans fermer les yeux, prenez mes lunettes; voici 3 stylos, un vert, un noir un bleu, donnez-moi le vert, gardez le noir et posez le bleu sous votre chaise...)