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Pierre Ruelle et le Borinage

Extrait d’une présentation du livre « Pierre Ruelle et le Borinage » par André Capron. Ce livre est une étude sur le borain, les Borains et le Borinage suivie de six contes en picard borain.

 

Recueil de textes de Pierre RUELLE

traitant du parler borain, du Borinage et de ses habitants,

suivi de six contes en borain

 

présentés par André CAPRON

Avant-propos de Daniel DROIXHE

 

LINGVA MicROMANIA No 7

 (une co-édition de l’Amicale des Anciens des Ecoles normales de la Communauté française à Mons et du Comité belge du Bureau européen pour les langues moins répandues. ISBN 2-930364-14-9). 350 pages.

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Table des matières des textes de Pierre Ruelle : 1. Le patois borain – 2. Notes sur quelques mots borains – 3. Notes sur la négation en borain – 4. Nouvelles notes sur quelques mots borains – 5. Les proverbes borains – 6. Les dialectes dans le Hainaut – 7. Mots latins en borain – 8. Notes sur des mots borains – 9. Notes sur d’autres mots borains – 10. Mots borains – 11. Mots borains désignant des objets indéterminés – 12. Les jurons borains – 13. Dites-moi, d’où viennent donc ces mots borains ? – 14. Les archaïsmes syntaxiques en borain – 15. Les termes de comparaison en borain – 16. Les noms des parties du corps en borain – 17. L’expression du doute, de l’incrédulité, de l’incertitude en borain – 18. Morphologie et syntaxes verbales dans le borain Ça n’li r’gâr gné – 19. Le genre grammatical. Opposition borain-français – 20. Toponymie souterraine d’un bassin houiller : les noms de veines de charbon dans le Borinage (XVe – XVIe s.) – 21. Des noms de famille de Quaregnon – 22. L’origine du toponyme « Quaregnon » - 23. Les noms des communes du Borinage – 24. Une enfance boraine vers 1920 – 25. Les warechaix de Pâturages, une survivance médiévale du XXe siècle ? – 26. Le Borinage de 1925 à 1935. Un paysage intellectuel oublié – 27. Introspection d’un intellectuel patoisant – 28. Le borain. Les Borains. Le Borinage – 29. Le Borinage au début du siècle. Croyances et traditions.

Contes en borain : 1. El carbau de mn’ onke Lixite – 2. Les sorcières de Warquegnie – 3. L’ûrée dou Nwâr Bonome

– 4. Les twâs leûs-waroûs – 5. Én drole de reveyon – 6. El Créasyon dou Monde.

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Quelques commentaires :

 

André GOOSSE dans la Revue Générale (déc. 2005) :

            C’est une excellente initiative d’avoir tiré de l’ombre (…) les articles et les brochures que Pierre Ruelle (1911-1993) a consacrés au borain et au Borinage… Ces témoignages ont une valeur historique irremplaçable.Ils sont aussi fort agréables à lire.

André Goose écrit également que l’avant-propos de Daniel Droixhe présente des réflexions personnelles fort instructives sur « La civilisation médiévale et l’héritage linguistique borain »

 

Joseph BODSON dans Reflets Wallonie-Bruxelles, revue de l’Association Royale des Ecrivains de Wallonie (mars-avril 2006)

            Bref, un ouvrage de référence, presque une encyclopédie (…) Un ouvrage auquel on reviendra toujours avec plaisir. (…) La préface de Daniel Droixhe est, elle aussi, un modèle du genre.

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Vous pouvez trouver cet ouvrage en librairie ou vous pouvez l’obtenir contre un versement de 35 euros (prix du livre : 32 euros+ frais de port 3 euros) au compte de l’Amicale des Anciens (Rue du Commerce, 39 – 7340 Pâturages)  000 – 0724256 – 54. Indiquer la mention :  livre « Pierre Ruelle ».

 

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Chère Madame Ruelle

Mesdames, Messieurs,

 

            Nous vous remercions sincèrement d’avoir bien voulu assister à la présentation de l’ouvrage « Pierre Ruelle et le Borinage ». Cet ouvrage, une co-édition de l’Amicale des anciens des Ecoles normales de la C.F. et du Service fes langues régionales endogènes du Ministère de la Culture, est sorti de presse en mars 2005, mais ce n’est qu’aujourd’hui que nous pouvons vous le présenter officiellement, bien qu’il ait déjà été présenté dans le cadre plus discret de l’A.G. de notre amicale l’an dernier.

 

            La plupart d’entre vous savent qui est Pierre Ruelle et certains ont eu le privilège de le côtoyer. Je voudrais toutefois commencer par rappeler quelques éléments essentiels de sa carrière.

 

            Pierre Ruelle est ce Borain, né en 1911, dans le quartier du Trie de Pâturages, un quartier ouvrier, en plein Borinage. Son parcours professionnel a été celui d’un brillant enseignant, excellent pédagogue, linguiste distingué. D’abord instituteur, puis régent, licencié, docteur en philologie romane, il a commencé sa carrière dans une école communale au Cul-du-Q’vau à Pâturages et l’a terminée en tant que professeur à l’ULB, où il a enseigné l’ancien français, la linguistique historique du français et l’ancien provençal.

 

            Entre l’école communale de Pâturages et l’ULB, Pierre Ruelle a passé plusieurs années comme enseignant dans notre école qui s’appelait en ce temps-là, Ecoles normales primaire et moyenne de l’Etat à Mons. Il y a formé des dizaines de régents littéraires qui parlent toujours de leur mentor avec admiration.

 

            Pierre Ruelle n’a jamais oublié son Borinage natal dont il connaissait parfaitement le parler. En tant que dialectologue, il est, j’en suis persuadé, le meilleur connaisseur du parler borain. Il est entre autres l’auteur d’une étude dialectologique publiée en 1953 par L’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et intitulée Le Vocabulaire professionnel du Houilleur borain, ouvrage considéré comme un chef-d’œuvre du genre. Il est aussi l’auteur de nombreux autres ouvrages, articles, brochures, études dont nous allons vous parler dans un moment.

 

            Mais, avant de vous parler de la genèse du livre que nous vous présentons ce jour, je tiens à rappeler que Pierre Ruelle a reçu, en 1976, le Prix de La Grange de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l’ Institut de France, qu’il fut membre de L’Académie royale de langue et de littérature françaises et de la Société de langue et littérature wallonnes et Président de la Commission royale de toponymie et de dialectologie.

 

            Venons-en maintenant à la genèse du livre « Pierre Ruelle et le Borinage »

 

            Il se fait que le Trait d’Union, organe de l’Amicale des Anciens des Ecoles normales, avait en 1961 publié un fascicule Les Proverbes Borains et, entre 1979 et 1992 cinq livrets intitulés Dites-moi, d’où viennent donc ces mots borains ? Certains de ces petits livres étant épuisés, l’idée nous est venue de les rééditer. Nous avons, bien sûr, demandé l’autorisation à Madame Ruelle, qui a immédiatement agréé notre demande mais nous a demandé s’il n’était pas possible d’y ajouter tout ce que son mari avait écrit sur le Borinage, ses habitants et leur parler. Et voilà comment le présent ouvrage est né.

 

            Nous espérons avoir recueilli l’ensemble de ces textes. Toutefois, nous ne pouvions pas, pour diverses raisons, inclure le Vocabulaire professionnel du Houilleur Borain ni l’original de Noms de veines de charbon dans le Borinage. De plus un petit article de Pierre Ruelle, Mots borains relatifs au lieu, n’est arrivé à ma connaissance qu’après l’édition du livre.

 

            Que trouvons-nous donc dans ce livre ?

 

            Evidemment Les proverbes borains et Dites-moi, d’où viennent ces mots borains publiés antérieurement par notre école. Les cinq fascicules du deuxième ouvrage ont été fondus en un seul chapitre pour éviter d’avoir cinq tables de matières différentes et faciliter ainsi les recherches.

            Cinq autres articles sont consacrés à d’autres mots borains.

            Dans tous ses textes sur les mots borains et leur étymologie, Pierre Ruelle fait preuve à la fois d’une grande érudition et de beaucoup de prudence.

 

            D’autres textes sont consacrés à certains aspects particuliers du borain : la négation en borain, les mots latins en borain ( el trau à pâters / d’ai atindu én éternum) ; les termes de comparaison, article dans lequel nous retrouvons des comparaisons imagées comme il est pus franc qu’ Moneuse ou I ’st aussi poli qu’ène tère à ringuions ; les noms des parties du corps ; les mots borains désignant des objets indéterminés ; les jurons, dont le plus typiquement borain est, vous le savez, fâde grisou ; les archaïsmes, etc.

 

            Vous trouverez également quelques articles de toponymie ; par exemple, sur l’origine du toponyme « Quaregnon » ou sur la toponymie d’un bassin houiller.

 

            Enfin des textes qui nous font revivre le Borinage d’il y a cent ans, qui nous rappellent les croyances et traditions des borains et même un article sur une taxe millénaire – les warechaix – taxe qui était encore perçue à Pâturages dans les années 20.

 

            Pas étonnant que Joseph Bodson, président de l’Association Royale des Ecrivains de Wallonie, écrive de « Pierre Ruelle et le Borinage » que c’est un ouvrage de référence, presque une encyclopédie.

 

            Cerise sur le gâteau, ces textes sont suivis de 6 contes délicieux :1. El carbau de mn’ onke Lixite – 2. Les sorcières de Warquegnie – 3. L’ûrée dou Nwâr Bonome – 4. Les twâs leûs-waroûs – 5. Én drole de reveyon – 6. El Créasyon dou Monde. Chacun de ces contes est accompagné d’une traduction en français.

 

            L’importance de l’ouvrage et l’intérêt qu’il y portait ont amené Monsieur Jean-Luc Fauconnier, directeur du Service des langues régionales endogènes du ministère de la culture de la C.F., à nous proposer de se charger de l’édition. J’ajouterai que l’avant-propos est de Daniel Droixhe, professeur à l’ULB. Cet avant-propos, lui-aussi un modèle du genre, est intitulé Pierre Ruelle, du borain à l’ancien français et fourmille de renseignements très intéressants.

 

            Mais avant de passer la parole à Monsieur Fauconnier, je ne résiste pas au plaisir de vous lire

 

 

 

 extrait du Carbau de mn’ nonke Lixite, de Pierre Ruelle

 

            (courte introduction)

 

L’ carbau ée là d'puis én momint, su s' branke, à busié, quand, tout' d'én côp, on intind «crac, crac» in én bouchon.(…). Et qui ç' que l' carbau wot? Én grand leû, (…) I r'lumot des ziés d' blanc fiêr et il aot des dints come des brokes de viole. C'ée l' leû dou Bos‑l' Vèque, el’ leû dou Pasturâje . (…). El' carbau n' pouvot mau d' moufter et i n' boudjot gné d'ène patte. Ça fait que l' leû ne ll' a gné vû. 1 s' a assis su s' cu èyé il a couminché à busié. Vous ll' avez certain'mint ddjà r'marquié : les djins, quand i n' ont rié à fée, i cach'té d' l' ouvrâje, tandis qu' les biètes, èles busît'. (…)

Il éet' là à busié, el leû èyé l' carbau, (…), quand, co én cop , on intind « crac, crac ». Èyé qui ç' qu' on wot widjé dou bouchon ? Én biau p'tit bedo, tout blanc, avé des croles. 1 n' yi manquiot foc én ruban bleû pou iète à s' plache in l' possession.

 

I n'ée gné co in dehôrs dou bouchon qu' il a vû l' leû èyé, tout d' suite, il a soyu qu' ça dalot mau tourner. (…) Mais n' c' ée gné én bedo come elz autes, èn' c' ée gné én skitoû. (…)

 

Il a ravisé l' leû in l' blanc d' ses zyés et i li a dit : « Quoi ç' que vous v’nez faire ici dans la pature de mon mon‑onke Philibert? Alez r’z’en à vot’ maison » (5). Si l' leû a sté stoumakié, inutile de l' dire.(…). Il a ravisé l' bedo d’ én cron zyé et i li a dit «Mais, djône mauluégn, p'tit imblavé, pou qui ç' que tou t' prinds! N' c' est mie l' pature de tn onke Philibert douci. C’est l' Bos‑l' Vèque.(…). Ascoute, erva‑t‑in a mon de t' man avant qu' de n' pièrdisse pasyince. » Si l' bedo arot auyu 'n pénchie d’ bon sin, i n' arot pus rié dit et il arot d'zèrté pus fel qu' én brûlé d' grisoù. Au yeû d' ça, il a r'couminché : «Èyé moi, j' vous dis d' enraler à vot’ maison, sinon ej' vais faire venir le champète» (6) Ç' côp‑là, c' ée d’ trop pou l' leû : «Ascoute, qu' il a dit, si tou wèves co t' mouson, de m’ in ô t' foute ène chafe su t' guif que tes bouyaus vont r'passer pa tes orèyes et qu' on poura caché après tes zyés vins t' brayète, si tou d' as eune, pasqu' avé tous tes croles on n' wot rié. » ‑ « Èyé moi... » qu'il a dit l' bedo, mais i n' a gné auyu l' tens d'in dire de pus, pasque l' leû li a foutu n' chafe come én côp d' pié d' kevau et qu' il l' a stierni su l’aire de vôe. «Alèz, ryêve‑té, fenéant, qu'il a dit l' leû. Va‑t‑in et qu' de n’ te rwasse pu djamins par ci. » Mais l' pôve bedo n' boudjot pus, gné mème el' debout de s' keue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Lien vers la biographie de Pierre Ruelle


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