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Agnès JEANNOT

« Philomèle »
sculptures - techniques mixtes
exposition du 2 au 26 avril 2020 du mercredi au dimanche de 15h à 19h
vernissage le jeudi 2 avril à 18h
présence de l’artiste tous les samedis et dimanches
rencontre avec Agnès Jeannot le samedi 4 avril à 19h suivie d'une performance poétique de Elisabeth CHABUEL à 19h30
seconde performance poétique de Elisabeth CHABUEL le dimanche 26 avril à 18h
Cette exposition est reportée










UNE NUÉE DE MUES

De poussières de caresses oubliées
D'éclats de tendresses ébouriffées
De lambeaux de solitudes assumées
De voiles de mariées chiffonnées
De déchirures éphémères
De fentes ravaudées
De lèvres rougies de baisers
De pelures de vies assouvies
De cocons d'amours perdus
D'ailes de papillons de nuits cauchemardées
De grincements de métaux griffés
De paillasses d'habitudes rouillées
De rouillures de cages enracinées
De plastiques de tendresse engluées
De duvets d'anges heureuses

Jours après jours jaillissant lentement d'une spirale explosive
Transmutant le feu d'une éclisse de bois brisée en mémorial de terribles beautés
Yves HENRI - Avril 2017


Tirer de l'oubli ce que la mémoire a laissé de sédiments au fonds de nous, mémoire plus ancienne que nos souvenirs, mémoires inassouvies, d'amour, de haine, d'enfance, d'animalité, de rêve.
Cela commence par une émotion, brute, informe, qui s'élabore façonnée par l’œuvre, conduite par une logique intérieure qui échappe, miroir de pulsions internes.
La vérité du corps ne peut se définir, survivance de nudités immatérielles.
Les textures de la matière m'ont guidée vers ces figurines, développement différent d'une même chimère. Elles sont le reflet de nos présences, indéfinies, irrésolues.
Agnès JEANNOT

Malgré l'éphémère du vivant, il n'en demeure pas moins disséminés des vestiges, une mémoire primordiale. Agnès Jeannot creuse, fouille, recueille ce qui la constitue. L'artiste crée des matrices, formes féminines, sans tête, sans bras ni pied, juste dans l'évocation de la courbure immémoriale du corps.

Comme par réminiscence d'un rituel, elle les enveloppe de papiers superposés afin que cette matière malléable épouse leur forme. Puis elle dépouille ces matrices ne conservant que l'empreinte de leur relief, leur écorce, comme autant de mues originelles indifférenciées. La matérialité du corps disparue, l'artiste habille cette absence pour mieux l'habiter. Elle métamorphose ces chrysalides au moyen de branches, de pierres, de tarlatane, de métal, de papier calque, de coquillages. Cette énumération non exhaustive traduit un goût de la récolte dans le jardin de l'enfance, un goût de l'émerveillement à découvrir que chaque matière contient sa propre poétique.

Les figurines éclosent dans le bruissement des métamorphoses successives, dans le tréfonds de la texture des matières, juxtaposition, osmose ou contraste, peu importe. Ces figurines restituent les empreintes fossiles témoins de l'irréversibilité du temps. Elles se déploient comme autant de résurgences de l'enfoui, porteuses d'échos de vies elles nous guident aux confins d'une psyché d'avant la parole.

Elles nous disent, rien ne s'éteint, rien ne s'épuise, Tout est en suspens, là.

Jean-Luc DIDIER – Février 2020