Philosophons sur l'équité et l'égalité

publié le 19 juin 2011 à 22:39 par Eric Soudy
L’équitable est juste et il est supérieur à une certaine espèce de juste,
non pas supérieur au juste absolu mais seulement au juste
où peut se rencontrer l’erreur due au caractère absolu de la règle.

Aristote
(384-322 avant J.C.), Éthique à Nicomaque, V, chap. 14.

De quelque perspective qu’on l’aborde, l’éthique est indissociable de l’équité. On pourrait même aller jusqu’à dire que toute réflexion éthique se fonde sur un souci d’équité ; que l’équité, en somme, est le premier moteur de l’éthique.

Dans un contexte normatif, l’éthique et l’équité se définissent comme la recherche du juste par-delà la règle et par-delà le légal. L’éthique et l’équité viennent en fait pallier les lacunes de l’appareil normatif (l’ensemble des normes, règles et lois) en vigueur dans un milieu donné, assumant que ce qui est légal ou conforme aux règles n’est pas nécessairement juste pour autant.

Aristote désignait l’équité comme une forme plus parfaite de justice, justement parce que l’équité tient compte des cas irréguliers –de ces cas qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas été prévus par l’ensemble des règles et pour lesquels on ne peut appliquer la règle parce qu’on risque alors de créer une injustice.

L’éthique et l’équité ne sont pas les adversaires mais les compléments essentiels aux normes, règles et lois qui régissent la pratique quotidienne des employés de la fonction publique, tant gestionnaires que fonctionnaires.

En tant que complément des règles, l’équité se distingue de l’égalité. L’équité se définit comme « la juste appréciation de ce qui est dû à chacun », tandis que l’égalité préconise un traitement uniforme et indifférencié pour tous. Le geste équitable prodigue, dans une situation irrégulière, « à chacun selon », quand le geste égalitaire obéit plutôt à l’impératif « tous pareils ».

On peut illustrer cette distinction par un exemple simple, admettons que nous ayons une pomme à partager entre deux enfants :
  • L’égalité consiste à couper la pomme en deux et à donner une part égale à chacun des deux enfants.
  • L’équité consiste à donner la pomme à l’enfant qui n’a pas déjeuné et qui a faim.
  • Il est des cas où il convient de séparer la pomme également quand les deux enfants ont déjeuné, il en est d’autres où il convient d’être équitable, afin de réparer une injustice.
L’égalité est liée aux règles, à l’objectivité, à l’impartialité, à la neutralité. L’équité, quant à elle, est liée à l’éthique et donc au jugement critique, à la compétence ; elle implique une appréciation, une part de subjectivité. Le tout est de pouvoir distinguer entre une situation régulière, où les règles s’appliquent « objectivement », en toute justice, et une situation irrégulière, où l’application littérale de la règle va à l’encontre de l’esprit qui l’a édictée et induit une forme plus ou moins grande d’injustice. Dans ce dernier cas, l’équité demande l’intervention d’une certaine forme de subjectivité dans l’application de la règle.

On entend souvent dire « on se doit d’être objectif », « Il ne faut pas favoriser », « il faut être impartial ». Être subjectif, c’est utiliser les ressources dont on dispose, notre capacité de jugement, notre esprit critique, nos connaissances « objectives » : bref, nos compétences afin de résoudre au mieux les problèmes qui se posent. La subjectivité n’est pas, en soi, une mauvaise chose, au contraire.

Source : Québec éthique

Pour aller plus nous pourrions aussi digresser sur l'application de l’article 23 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui édicte que « Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme
à la dignité humaine
».

Et pourquoi pas proposer d'élargir la notion de « rémunération » à la juste reconnaissance humaine, ce que propose la charte du Management Équitable pour réconcilier l'économique et l'humain dans l'entreprise.

Cette équité mise en application pour une entreprise ambitieuse et responsable au travers d'une éthique et des actes qui conjuguent des dimensions stratégiques, financières et économiques avec des valeurs humaines, environnementales et sociétales.
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