Créations mondiales, conséquences locales (sept. 2016)

Post date: Sep 10, 2016 3:33:10 PM

ENFIN ! Il est question sous la forme de l'édito de rentrée de la Lettre du Musicien des créations mondiales symphoniques et de l'absence, très souvent, de reprise(s) des œuvres commandées (même en cas de succès !). Vous trouverez l'article ici, il faut bien entendu le lire avant toute chose.

Si cet article soulève une question essentielle concernant la musique d'orchestre de création, ce qu'il faut saluer sans réserve, il faut sans doute y apporter quelques précisions et compléments, en particulier sur les conséquences du manque de reprises.

Si, comme le dit très bien cet éditorial, les œuvres ne sont pas jouées car seule la création mondiale compte (et pour ceux qui savent compter, cela fait beaucoup), il existe d'autres raisons au premier rang desquelles la volonté parfois inexistante de certains chefs a vouloir « tourner » les œuvres (car en effet, reprises = orchestres au pluriel), au risque tout simplement de devoir imposer un programme pas toujours dans les projets de l'orchestre invitant, rares (très rares) sont ceux qui imposent une œuvre nouvelle. J'ai déjà dans un article précédent émis cette critique, je n'y reviens pas.

Mais les conséquences doivent être observées ; Il faut souligner ici la catastrophe que représente pour l'écosystème de la création l'absence de reprises des œuvres commandées par les orchestres et donc écrites par les compositeurs. En effet, une œuvre (mettons la commande à part, qui est une prime d'inédit et non un droit d'auteur), ne rapporte des droits à son auteur que si elle est jouée, diffusée, il en va de même pour l'éditeur (le cas échéant) qui a investi une somme très importante pour fabriquer l'œuvre.

Donc, si une œuvre ne génère pas de droits, c'est a dire échappe a la notion fondamentale de répertoire (qui ne doit être opposée à la notion de création), il ne peut y avoir cet équilibre nécessaire à la production des suivantes (pour le compositeur et pour l'éditeur), l'œuvre n'existe alors pas dans la réalité de la vie musicale, économique, sociale.

Cela est également à moyen et long termes très préjudiciable aux orchestres eux-mêmes, qui épuisant le répertoire des siècles passés ne se préoccupent en rien de l'avenir des formations symphoniques (que joueront-elles dans cinquante ans ?).

La création est le répertoire de demain et pour cela les œuvres doivent être jouées, mais c'est également essentiel pour les musiciens qui peuvent ainsi aborder certains paramètres musicaux qu'ils ne trouvent ni chez Mozart, ni chez Tchaïkovski.

Le coût d'une création est exorbitant si elle ne s'intègre pas dans un plan de reprises sur plusieurs années. Commander et créer une œuvre coûte souvent vingt fois plus qu'une reprise et les reprises nourrissent le répertoire et permettent au public (au sens large) d'apprivoiser les œuvres.

Dire qu'une œuvre ne trouve pas son public est une erreur, il faut donner au public du temps pour prendre sa part dans l'œuvre, ce qui est l'exception et non la règle.

C'est je crois, le rôle de la SACEM, qui se préoccupe en interne depuis quelques temps de cette notion de répertoire dans la création, mais il faut en faire un chantier prioritaire en accord et en partenariat avec les puissances publiques, prenant souvent en charge financièrement les commandes (Ministère de la Culture, Radio France, …) et bien entendu les orchestres eux-mêmes.

10 septembre 2016

©jean-louis agobet