580jours après
les journées d'échanges sur le petit éolien

Lettre Ouverte Petit Eolien

Grenelle 2 et « petit éolien » : pourquoi il faut revoir la copie

Monsieur Jean-Louis Borloo,

Le petit éolien représente bien plus que son poids économique ou énergétique. Dans l'inconscient collectif, il est le symbole d'une énergie naturelle à dimension humaine ; celle que les anciennes générations ont commencé à capter par de petites machines de quelques kW, avant que ne débute la course au gigantisme, pourvoyeuse de gigawattheures, et susceptible aujourd'hui de nous permettre d'atteindre nos objectifs européens.

Désormais, la filière du « grand » éolien est mature. Son développement n'est pas exempt de tout reproche, mais il est une partie de la réponse au double défi du dérèglement climatique et de la fin programmée des énergies fossiles. Chacun aura pu suivre les dernières péripéties du Grenelle 2 qui visent, sinon à stopper cette production d'électricité propre, au moins à la contraindre davantage et à la rejeter au large des côtes françaises.

Mais il est un autre débat, passé inaperçu : celui sur le « petit » éolien, l'aérogénérateur d'un à  une trentaine de kW, qui permet de couvrir les besoins électriques d'une maison ou d'une exploitation agricole, si l'installation est réalisée dans les règles de l'art. Le sujet n'est pas si anecdotique qu'il y paraît.

Les derniers échanges sur le petit éolien, d'abord au Sénat, puis à l'Assemblée Nationale sont symptomatiques de la déconnexion du gouvernement actuel avec la philosophie même du Grenelle, qui est de replacer le citoyen au centre du « virage écologique » du pays et d'anticiper sur une nouvelle « économie verte ».

Comment espérer l'adhésion des Français à ce grand projet du Grenelle quand on lui refuse de fait la possibilité d'y participer personnellement ? À en croire la majorité gouvernementale, encourager un petit éolien réellement productif constituerait un risque de nuisances pour le voisinage, voire une atteinte pour les paysages car ces élus imaginent un risque de multiplication de petits parcs de petits aérogénérateurs, à l'image du développement de l'éolien dans le désert californien… il y a 30 ans.

Alors non, pour « sauver » la France et ses paysages ruraux, le Grenelle 2 continue à barrer la route au petit éolien : pas de tarif d'achat du kWh adapté et obligation d'entrer dans la lourde procédure des Zones de Développement Eolien pour bénéficier de ce tarif… Autant dire que la rentabilité est nulle.

Les règles actuelles engendrent l'anarchie 

Paradoxalement, l'Etat laisse l'éolien échapper à toute contrainte en-dessous de 12 mètres de hauteur, ce qui est notoirement insuffisant pour espérer une production d'électricité décente. Cette faible hauteur est même à l'origine de nombreuses casses de matériel. Pour contourner l'obligation d'un permis de construire à partir de 12 mètres, des commerciaux peu scrupuleux vendent aujourd'hui plusieurs petites machines alignées en deçà de cette hauteur, ou au beau milieu d'un lotissement…Le système actuel engendre donc les effets tant redoutés par  les parlementaires de la majorité : atteinte au paysage, à la tranquillité entre voisins… et de l'argent public souvent gaspillé dans des installations improductives.

Quant aux acheteurs de ces éoliennes, ce sont soit des militants argentés, soit des « bobos » ou des entreprises qui se paient une image verte en achetant une « sculpture » qui produit un peu d'électricité… et le plus souvent, hélas, des citoyens qui ont été abusés par des marchands persuasifs.

Car la demande sociale pour le petit éolien est forte en France, en particulier dans le monde rural. Les agriculteurs seraient prêts à se lancer si les conditions de rentabilité minimale étaient atteintes. Et les communes pourraient elles-aussi initier des projets, comme elles le font aujourd'hui avec le photovoltaïque sur leurs bâtiments…

Pour l'heure, les entreprises françaises sérieuses de la filière tentent de survivre ; les quelques fabricants sont obligés de s'expatrier devant la faiblesse du marché intérieur, malgré le début de portage des pôles de compétitivité que vous avez contribué à créer.

Monsieur Borloo, il est urgent de changer la règle du jeu pour sortir de l'anarchie actuelle. C’est en rémunérant correctement la production réelle, plus qu’en subventionnant les investissements, que nous aurons un petit éolien de qualité en France. Selon les premières estimations, des tarifs situés entre 20 et 30 c€/kWh permettraient de parvenir à une rentabilité satisfaisante des investissements. Lors du débat à l'Assemblée Nationale, vous avez pris « l'engagement de réviser cette part financière »… Nous vous prenons au mot.

Pour répondre aux objectifs du Grenelle, tant sur le plan de la production d'énergie renouvelable que de la protection des paysages, nous vous demandons d'engager rapidement un travail sur plusieurs points :

  • sortir le « petit éolien » de la procédure des ZDE, qui ne lui était pas destiné, tout en élaborant un nouveau cadre réglementaire permettant un développement raisonné,
  • élaborer un système de prix d’achat garanti spécifique pour cette gamme de puissance, en adaptant la méthode appliquée au « grand » (dégressivité plus la production est grande, de façon à répartir les installations au mieux sur le territoire national,
  •  poursuivre, à travers l’Agence De l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie, le soutien à des sites d’essais indépendants et conditionner le crédit d'impôt octroyé par l’Etat au passage sur ces sites ou leur équivalent au niveau mondial.

Le petit  éolien est de plus en plus soutenu à travers le monde par les Etats, notamment grâce à l’instauration de tarifs d’achat adaptés. En Grande Bretagne, le petit éolien totalise 30 MW installé en 2009 et couvre les besoins électriques d'environ 15 000 foyers ; le secteur représente 3000 emplois directs ; la croissance annuelle est supérieure à 25 %.

Nous comptons sur vous pour que la France suive enfin ce modèle « d'économie verte » , à la portée du citoyen.


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