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LE PARISIEN.fr

L'ex- hôpital St-Lazare : un toit pour les exilés du Xe

 C'est un vieux serpent de mer, qui sort la tête de l'eau. Provisoirement. Pour abriter les afghans en errance, dont beaucoup de mineurs, qui squattent le secteur aux alentours de la gare de l'Est et de Nord, la ville de Paris a mis à disposition l'ancien hôpital Saint-Lazare. 

L'association Emmaüs dirigera le site

Situés 107, rue du Faubourg Saint-Denis (Xe), ces locaux mis à la dispostion de  l'association Emmaüs jusqu'au 31 mars permettront d'accueillir dès dimanche «une centaine de personnes, avec un suivi social, sanitaire et un soutien à l'accès aux droits».

 La Ville de Paris en colère

Avec cette intiative, la Mairie de Paris dit se substituer au manque de l'Etat. «Alors que le gouvernement s'obstine à ne considérer cette crise humanitaire que sous l'angle de la lutte contre l'immigration clandestine, la ville s'engage auprès des migrants qui ont du fuir leur pays touché par la guerre ou l'extrême pauvreté».

La ville et les associations «demandent à l'Etat, dont c'est la responsabilité, de financer le fonctionnement de ce lieu et d'ouvrir des places d'hébergement dignes et pérennes».

Depuis quelques jours, plusieurs dizaines de jeunes afghans sont herbergés à titre provisoire au 80, quai de Jemmapes. Mercredi, Augustin Legrand, de l'association les enfants de Don-Quichotte, et Médecins du Monde s'inquiétaient de leur sort après dimanche soir.

La collectivité parisienne finance un kiosque d'information/orientation rue du Faubourg Saint-Martin (Xe) ouvert fin 2008, géré par Emmaüs et France-Terre d'Asile, ainsi que d'autres centres d'hébergement.

Besson réfute toute responsabilité de l'Etat

Le ministre de l'Immigration Eric Besson avait réfuté mardi que la présence de ressortissants afghans sans-abri autour des gares du Nord et de l'Est puisse être le reflet d'une insuffisance du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile.

La réaction du ministre faisait suite à plusieurs interpellations d'élus PS parisiens - dont celle du maire, Bertrand Delanoë - déplorant l'absence de prise en charge par l'Etat de ces jeunes afghans, livrés à eux mêmes dans la rue par très grand froid, dans ces quartiers nord de Paris.

leparisien.fr

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L'EXPRESS

François-Henri Pinault soutient les réfugiés afghans

Par LEXPRESS.fr, publié le 15/01/2010 à 18:25 - mis à jour le 18/01/2010 à 17:1 De nombreuses personnalités ont apporté leur soutien aux réfugiés afghans de Paris. Parmi elles, le patron du groupe français Pinault-Printemps-La Redoute (PPR).

De nombreuses personnalités s'opposent au renvoi dans leur pays des sans papiers afghans, dont François-Henri Pinault.

AFP/PHILIPPE HUGUEN

De nombreuses personnalités s'opposent au renvoi dans leur pays des sans papiers afghans, dont François-Henri Pinault.

La cause des réfugiés afghans mobilise les personnalités. Le 7 janvier dernier, l'écrivain afghan Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008, a apporté son soutien aux réfugiés afghans de Paris dans une lettre ouverte, signée par de multiples personnalités dont Carole Bouquet, Jane Birkin, Charlotte Gainsbourg, Marjane Satrapi, Patrice Chéreau ou encore Charlotte Rampling.

Atiq Rahimi terminait précisément sa lettre par ces mots: "Ne jetons pas dans les eaux du canal le manteau que St Martin a partagé avec un pauvre"...

Désireux de montrer son activisme sur le terrain, Atiq Rahimi s'est rendu dimanche 10 janvier dans un entrepôt du canal Saint-Martin. Un lieu prêté par une société privée pour héberger les Afghans, avec le concours d'Emmaüs et des Enfants de Don Quichotte. L'écrivain était notamment accompagné de Jane Birkin. L'actrice a dans un geste symbolique donné son manteau aux occupants, avant de leur prêter son téléphone portable pour qu'ils puissent appeler leurs proches à Kaboul.

"Gouvernement frileux"

Cette mobilisation du gotha culturel pour la cause des sans papiers afghans n'a pas étonné. Plus surprenant est la présence parmi les soutiens aux réfugiés du richissime homme d'affaires François-Henri Pinault, président du groupe PPR. Dans une lettre à Carole Bouquet, le fils de François Pinault, propriétaire du Point et ami de Nicolas Sarkozy, critique ouvertement la politique du gouvernement en la matière.

"Comment peut-on dans le pays des Droits de l'Homme accepter qu'une centaine de jeunes réfugiés politiques afghans soit laissée sans abri, alors même que nous envoyons nos troupes dans leur pays pour tenter de défendre les libertés. Nos soldats paient parfois de leur vie la défense de ces valeurs qui nous sont chères et de l'autre, nous laissons tomber ceux qui réussissent à échapper à leurs bourreaux, les remettant par là même entre leurs mains. Ce n'est pas possible, pas en France!" s'émeut l'héritier Pinault.

Avant de conclure: "Comment accepter de renvoyer ces enfants à la violence sans réagir? C'est pour ces quelques raisons que je partage avec toi leur cause, en espérant que notre Gouvernement se montre moins frileux devant une telle situation."

Une prise de position que son père et son ami chef de l'Etat apprécieront...


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Challenges

France 18.01.2010 11:09

L'ancien hôpital Saint-Lazare accueille les exilés du 10ème

La Ville de Paris dénonce l'inaction de l'Etat

L'ancien hôpital Saint-Lazare accueille les exilés du 10ème<br />
(c) Reuters MOBILISATION EN FAVEUR DE RÉFUGIÉS AFGHANS DANS LE Xe ARRONDISSEMENT À PARIS

La Ville de Paris et la mairie du 10ème arrondissement de la Capitale ont décidé la semaine dernière de mettre à disposition de l’association Emmaüs les locaux de l’ancien hôpital Saint-Lazare, situé au 107, rue du Faubourg Saint-Denis jusqu’au 31 mars, pour accueillir les exilés en errance dans la Capitale. Ces locaux devraient permettre d’accueillir une centaine de personnes, « avec un suivi social, sanitaire et un soutien à l’accès aux droits ». La Ville et les associations demandent à l’Etat, « dont c’est la responsabilité », de « financer le fonctionnement de ce lieu de mise à l’abri et d’ouvrir dans les meilleurs délais des places d’hébergement dignes et pérennes ». « Alors que le gouvernement s’obstine à ne considérer cette crise humanitaire que sous l’angle de la lutte contre l’immigration clandestine, la Ville se substitue une nouvelle fois à l’Etat et s’engage auprès des migrants qui ont dû fuir leur pays touché par la guerre ou l’extrême pauvreté », indique la Ville de Paris.

Cette décision fait suite à une série de mesures prises pour tenter de prendre en charge ces populations en difficulté. Le département de Paris finance seul un kiosque d’information et d’orientation rue du faubourg Saint-Martin depuis fin 2008, géré par Emmaüs et France Terre d’Asile, ainsi qu’’un centre d’hébergement pour mineurs étrangers isolés boulevard de Strasbourg dans le 10ème arrondissement également depuis le 6 janvier 2010, d’une capacité d’accueil de 25 places, géré par France Terre d’Asile. Un gymnase municipal rue du Château-Landon, toujours dans le 10ème arrondissement a été mis à la disposition d’Emmaüs depuis le 17 décembre dernier afin d’abriter chaque nuit 35 exilés. Enfin, la Ville de Paris propose des actions de soutien éducatif et d’accompagnement aux mineurs dans un centre d’hébergement provisoire rue Bertillon, dans le 15ème arrondissement, géré par l’association Aurore, et qui accueille depuis quelques semaines 95
hommes adultes et 30 mineurs étrangers, en partie des exilés d’Afghanistan.

V.G.

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L'HUMANITE
12/01
Société - Article paru le 12 janvier 2010

société Atiq Rahimi  : « La France n'appartient pas à M. Besson »
Atiq Rahimi  : « La France n’appartient pas à M. Besson »
Prix Goncourt 2008 pour son roman Syngué sabour. Pierre de patience, l’écrivain afghan a lancé un appel aux autorités pour la prise en charge des migrants qui dorment, en plein hiver, sous les ponts du canal Saint-Martin, à Paris.

Horrifié par les conditions dans lesquelles quelque 150 Afghans campent sous les ponts de Paris, alors que le thermostat est descendu jusqu’à moins 10 ºC la nuit, Atiq Rahimi a lancé, la semaine dernière, un appel pour réclamer des solutions d’hébergement urgentes pour ces réfugiés, dont plusieurs sont mineurs. Près d’un millier de personnes ont déjà signé ce texte (1). Dimanche soir, des centaines de personnes se sont rassemblées, à l’appel d’Emmaüs et des Enfants de Don Quichotte, pour lancer une semaine de mobilisation. Pour l’instant, les migrants ont trouvé refuge dans un lieu privé (lire ci-contre). Mais après ? La lutte ne fait que commencer, nous dit Atiq Rahimi, pas vraiment en faveur d’un devoir de réserve pour les prix Goncourt…

Suite à votre appel, le ministre de l’Immigration, Éric Besson, s’est dit prêt à « héberger des jeunes Afghans » et à leur « offrir une formation et une éducation ». Avez-vous gagné  ?

Atiq Rahimi. Je me méfie des hommes politiques. Il y a toujours un décalage entre la parole et l’acte. Le ministre s’est engagé à titre personnel. Il pourra toujours revenir sur ses engagements en disant que le gouvernement n’a pas voulu. On attend un engagement officiel pour les mineurs et que le ministre revienne sur ses déclarations concernant l’asile politique, puisqu’il considère que tous les Afghans n’en ont pas besoin. Je crois et je crains que ça ne soit que le début de la lutte…

Éric Besson a répété hier que ces migrants afghans restent à proximité des gares pour pouvoir passer en Angleterre. Vous parlez avec eux régulièrement, que vous disent-ils de leur souhait  ?

Atiq Rahimi. Une partie veut passer en Angleterre, il ne faut pas le nier. Il y a plusieurs raisons à cela  : la majorité de ces Afghans parlent anglais, c’est donc plus facile, pour eux, d’aller vivre là-bas. Deuxièmement, l’accueil qu’on leur réserve ici, en France, les effraie. Ils se disent que, même avec des papiers, ils n’ont pas d’avenir ici. Parmi tous ces jeunes, certains ont leur carte de séjour depuis trois ans, cinq ans et dorment toujours sous les ponts  ! Ils ne sont pas logés dans un centre d’accueil. Donc ils se disent  : « Même si on est accepté ici, où est-ce qu’on peut vivre  ? » Que dire face à ces arguments ? À tout cela s’ajoutent les passeurs d’hommes, qui leur font croire au paradis terrestre en Angleterre.

Parallèlement à votre appel, le Comptoir général a ouvert ses portes aux Afghans afin qu’ils dorment au chaud. Que pensez-vous de cette initiative ?

Atiq Rahimi. Je leur dis bravo et au nom des Afghans, je les remercie. Même si c’est pour une semaine, ce qu’ils font, c’est énorme. Ils prennent le risque d’être arrêtés, puisque protéger des sans-papiers est un délit. L’idée est que, d’ici à la fin de la semaine, on essaye d’avoir d’autres solutions. Il y a deux aspects  : chercher une solution immédiate et mettre la pression sur le gouvernement en s’adressant à trois ministères, ceux du Logement, de l’Immigration et de la Jeunesse.

Vous vous étiez prononcé contre les charters vers l’Afghanistan. En 2009, douze Afghans ont été renvoyés et cette pratique semble se banaliser. Comment faire pour que l’opinion ne s’habitue pas  ?

Atiq Rahimi. Il faut communiquer, mieux faire comprendre la situation sur place. Le gouvernement nous dit que les soldats français ne sont pas en Afghanistan pour faire la guerre, mais pour maintenir la paix  : on joue sur les mots ! Il faut reconnaître qu’il y a bien une guerre et qu’elle n’est pas contre les Afghans. Tous les Afghans ne sont pas des talibans et les tous les talibans ne sont pas des Afghans. Un député (l’UMP Thierry Mariani – NDLR) a dit que ces Afghans feraient bien de rentrer chez eux défendre leur pays. Ce discours est complètement aberrant. L’Afghanistan n’a pas besoin de soldats  ! 80 000 jeunes Afghans se battent aux côtés des Français. Deuxième chose  : cette guerre n’est pas celle des Afghans, c’est celle du monde contre le terrorisme. L’armée mondiale est présente en Afghanistan pour se protéger, pas pour les beaux yeux des Afghans  ! Ceux-ci ont ouvert les bras aux soldats du monde entier, donné des territoires, des bâtiments et ici, la France ne peut pas accueillir 150 Afghans… ?

Vous commencez votre appel par cette phrase  : « Il y a eu certainement une époque où on appelait un immigré un homme. » Vous êtes arrivé en France en 1985, comment avez-vous été accueilli  ?

Atiq Rahimi. C’était l’époque de la guerre froide et les Afghans qui se battaient contre l’Union soviétique étaient les chouchous de l’Occident. On était reçu d’une manière royale  ! On était accueillis à l’aéroport, puis emmenés dans un centre d’accueil à Puteaux, où on restait trois semaines, soignés par des médecins. Ensuite, on était envoyés, pendant six mois, dans d’autres centres pour se reposer et suivre des cours de français, le temps que notre situation soit régularisée. On ne peut pas dire que la France n’a pas de structure d’accueil, c’est faux  ! La France sait très bien faire. Le problème, c’est le changement politique. Regardez Éric Besson avec son débat sur l’identité nationale, on se demande s’il ne suit pas les propositions du Front national. Je ne dis pas qu’il mène une politique d’extrême droite, mais je me pose la question : vers quoi tout cela nous mène-t-il ?

Vous n’êtes pas en faveur d’un devoir de réserve pour les prix Goncourt comme le demande le député Éric Raoult…

Atiq Rahimi. La France n’appartient pas à Éric Raoult ni à Éric Besson. Ils sont là pour quelques années, pas plus. C’est la force de la démocratie : celui qui prend le pouvoir sait qu’il doit le laisser et qu’il va laisser des traces de ses paroles, de ses actes. La France a déjà prouvé sa capacité d’accueil et tous les mouvements intellectuels contre les dictateurs venaient de la France. La France s’est construite sur la base de pensées comme celles de Montesquieu, Diderot, Hugo, Zola, Sartre, et tant d’autres. Au final, ce sont eux qui resteront.

Entretien réalisé par Marie Barbier

(1) Pour signer l’appel : http://sites.google.com/site/afghansparis

Notre dossier Sans-papiers


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FRANCE 24
11 janvier 2010 - 21H18  
Les Afghans des ponts de Paris
Depuis samedi, une soixantaine d'Afghans a trouvé refuge dans un bâtiment du quai de Jemmapes, à Paris. Des associations exigent une solution pérenne pour ces sans-abri qui vivent habituellement sous les ponts du canal Saint-Martin.
Par Aurélie BLONDEL (texte)
 

Une vaste pièce à poutres, un canapé, quelques plantes, des matelas, des sacs de couchage et des couvertures. C'est ici, sur le carrelage en damier de cette ancienne écurie du Xe arrondissement de Paris qu'une soixantaine d'Afghans sans-abri sont accueillis la nuit depuis trois jours.


Mohssen, 20 ans.
Un Afghan de 20 ans, Mohssen, nous fait visiter. Bénévole pour Emmaüs, il a lui-même vécu plus d'un an sous les ponts, après avoir quitté Kaboul à l'âge de 15 ans. S'il est aujourd'hui logé, il n'a toujours pas de papiers ; il participe à l'opération pour aider ses compatriotes qui ont froid.

Depuis samedi, les Afghans qui campent habituellement jour et nuit dans le quartier de la gare de l'Est, dans le nord de la capitale, peuvent dormir au chaud au Comptoir général, un bâtiment privé situé sur le quai de Jemmapes. Un petit-déjeuner et un repas du soir leur sont servis dans ces lieux mis à disposition par l'entreprise "Commerce développement". Dans la journée, ils doivent quitter les lieux et retourner sous les ponts du canal Saint-Martin.

Les Don Quichotte de retour au canal Saint-Martin


Au rez-de-chaussée du Comptoir général, quai de Jemmapes, dans le nord de Paris.
C'est le froid extrême qui a poussé plusieurs associations, comme Emmaüs, les Enfants de Don Quichotte ou encore Médecins du monde, à organiser cet hébergement provisoire. Il faudra toutefois quitter le bâtiment dimanche prochain. Mais "pas question qu'ils retournent dehors", martèle Sandrine Macé, chargée de mission chez Emmaüs. "On ne met pas les gens dehors après leur avoir donné une semaine de bien-être", vitupère-t-elle. Et si, malgré le battage médiatique provoqué par cette action, la Ville, le gouvernement ou la Région ne répondaient pas aux demandes des associations et ne trouvaient pas d'endroits pour loger de façon pérenne les Afghans ? "Nous n'allons pas céder, nous avons un plan", rétorque-t-elle sans entrer dans les détails.

Les Afghans sont ainsi environ 150 - pour la plupart des hommes - à vivre dehors dans ce quartier populaire de Paris. Certains ont des papiers, mais ils sont rares. Certains sont arrivés en France depuis deux ou trois jours, d'autres depuis des mois. Mais tous n'acceptent pas de dormir au Comptoir général. "Ils craignent qu'on ne leur vole leurs affaires dans les tentes ou que la police ne débarrasse leurs tentes", explique Mohssen. "Nous n'irons pas là-bas pour une semaine", lance Sanobar, 16 ans, assis autour d'un feu, sous le pont de la station Jaurès, avec une dizaine d'autres Afghans.

"Mes parents m'ont demandé de partir"

Une pléiade de stars au secours des Afghans


Comme Sanobar, certains de ces Afghans des ponts sont mineurs. Le ministre de l'Intérieur, Eric Besson, a assuré dimanche que "tout mineur" devait "être accueilli", mais Khaled, 17 ans, et son jeune frère Javed, 14 ans, n'en ont jamais entendu parler. "A qui doit-on s'adresser ?", demandent-ils. Ils ont élu domicile sur les rives du canal depuis deux semaines après avoir fui leur ville de Koundouz, en Afghanistan, il y a huit mois.

En France depuis 12 jours, Mostafa est installé à quelques pas du campement principal, sous le pont Louis Blanc. Il rêve d'apprendre le français et de pouvoir travailler dans un restaurant. De son côté, Farahi, 15 ans, se souvient : "Mes parents m'ont demandé de partir. Qu'est-ce que je pouvais faire à Kaboul, ils ne font que se battre, et il y a toutes ces bombes, impossible d'étudier." En 2009, plus de 1050 enfants sont morts en Afghanistan en raison du conflit qui dure depuis neuf ans, indique dans un rapport l'ONG Afghanistan Rights Monitor.

"Les Taliban ne nous laissaient pas vivre comme ça"

Muhamad Khan, 22 ans, a fait une demande d'asile politique. Rejetée. Son sort l'a rendu cynique. "Finalement, les Taliban étaient bons, ils nous tuaient mais au moins ne nous laissaient pas vivre comme ça", déplore-t-il, en montrant du doigt les quelques chaises délabrées et le vieux miroir rafistolé qui constituent les seuls meubles de son chez-lui, à l'air libre.

Mohssen a également vu sa demande rejetée, mais il a fait appel et se voit déjà entamer des études de cuisine. "Le problème, c'est que je suis parti seul après que mes parents et mon frère aint été tués et je n'ai pas pensé à prendre des preuves de tout ça, raconte-t-il. C'est ce qu'on me reproche aujourd'hui."

--Les sans-abri afghans basés à Paris sont soutenus par de nombreuses personnalités, notamment la chanteuse Jane Birkin et l'écrivain afghan Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008. Ce dernier a publié une lettre ouverte dans laquelle il dénonce la situation. "Ces enfants, ces hommes sont venus chez nous portés par l’espoir d’échapper à la violence. D’étudier. De mener une vie paisible. D’être dignes. Ce ne doit pas être trop demander", écrit-il. Charlotte Rampling, Carole Bouquet, Marjane Satrapi ou encore Charlotte Gainsbourg comptent parmi les premiers signataires de cette pétition.

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L'HUMANITE
Société -
Article paru
le 11 janvier 2010
Société L'appel du prix Goncourt Atiq Rahimi pour les Afghans de Paris à la rue
Société

L’appel du prix Goncourt Atiq Rahimi pour les Afghans de Paris à la rue

Dans un texte-pétition, l’écrivain demande aux autorités de donner un toit aux migrants. Depuis samedi, un local privé en loge une soixantaine. Onze autres sont menacés d’expulsion.

« Il y a certainement eu une époque où on appelait un immigré, un homme. Même s’il était sans papier. » Ému du sort fait à ses compatriotes afghans dormant dans les rues de la capitale, le prix Goncourt 2008 a saisi sa plume pour lancer un vibrant appel aux autorités (1).

Chaque soir, dans la neige et le froid, 150 à 200 migrants, afghans pour la plupart, dorment sur les bords du canal Saint-Martin. Devant les eaux prises par la glace, ils n’ont souvent qu’un maigre feu pour se réchauffer. Certains sont mineurs, d’autres demandeurs d’asile. « Ils sont jeunes, certains ont à peine quinze ans, aucun plus de trente, écrit Atiq Rahimi. La France, c’est-à-dire nous, les poursuit comme des criminels. Menottes, avion : c’est aux barbus qu’on les remet puisque les intégristes sont les seuls à leur ouvrir les bras. » Lancé jeudi sur Internet, son appel a déjà recueilli plus de 500 signatures, dont celles de Marjane Satrapi, Jane Birkin, Charlotte Rampling, Patrice Chéreau ou encore Charlotte Gainsbourg. Hier, en fin d’après-midi, Atiq Rahimi organisait un rassemblement avec Jean-Claude Carrière et Jane Birkin, entre autres, et des associations comme Emmaüs ou le Collectif des exilés du 10e. À Calais, un rassemblement sur le même thème est prévu ce soir, à 19 heures. Dans le Calaisis ou à Paris, les différentes associations réclament la mise à disposition urgente de places d’hébergement pour les migrants.

Sur les bords du canal Saint-Martin, le propriétaire d’un local privé, choqué de voir les Afghans dormir dans le froid, a pris la décision de mettre ses vastes locaux à leur disposition pour la nuit. Ils sont donc une soixantaine à dormir au Comptoir général, quai de Jemmapes, aidés par Emmaüs et les Enfants de Don Quichotte.

Ces initiatives interviennent alors que onze afghans sont retenus au centre de Vincennes (Val-de-Marne), dans l’attente de leur expulsion. Dépendant de la procédure de Dublin II, qui impose la réadmission de réfugiés dans le premier pays européen traversé, ils doivent être renvoyés vers la Grèce. Un premier vol est prévu pour quatre d’entre eux ce matin, à 9 h 50, au départ de l’aéroport de Roissy.

M. B.

(1) http://sites.google.com/site/afghansparis

Notre dossier Sans-papiers


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METRO 11/01

L'attente sans fin des Afghans

Près de 150 jeunes réfugiés campent toujours sous les ponts du canal Saint-Martin. Une soixantaine d'entre eux dorment, jusqu'à dimanche, au Comptoir général, quai de Jemmapes. Les associations demandent une solution pérenne.

De nombreux mineurs dorment canal Saint-Martin depuis plusieurs.

De nombreux mineurs dorment canal Saint-Martin depuis plusieurs.

Photo : V.Michelon/Metro

Sous chaque pont, des petits groupes de cinq à dix personnes sont rassemblés ce lundi le long des eaux gelées du canal Saint-Martin (Xe). Sur le quai de Jemmapes, à deux pas de la station Jaurès, Hafiz et ses compagnons se réchauffent autour d'un feu de palettes en bois. Sur l'autre rive, des Pachtounes, ethnie majoritaire en Afghanistan, ont formé leur propre groupe. De nombreuses tentes sont juchées sous les ponts.


Cette nuit, pour la première fois depuis son arrivée il y a moins de trois mois, Hafiz a dormi au chaud. Il fait partie de la soixantaine de jeunes Afghans hébergés jusqu'à dimanche au Comptoir général, près du canal, grâce à l'initiative d'une entreprise privée, Commerce développement, et de plusieurs associations. "Il y avait de la musique. Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas fait la fête", précise Hafiz, qui regrette juste de ne pas avoir pu prendre une douche. Où veut-il aller ? "London", répond-il sans hésiter, l'endroit "où l'on obtient tout de suite des papiers".


D'autres espèrent obtenir l'asile en France. Quitte à retourner dormir sous les ponts lundi prochain, si l'Etat n'apporte d'ici là aucune solution de logement. Parmi eux, Ahmadi, 22 ans, est devenu titulaire de la précieuse autorisation de séjour. Arrivé en France il y a deux ans après un périple européen qui lui a coûté 3000 euros depuis son départ de Kaboul, il vit désormais à l'hôtel grâce à France Terre d'Asile. "J'ai dormi durant quinze mois à la gare de l'Est", témoigne le jeune homme, qui peut prendre le métro sans crainte d'être contrôlé et se rendre à sa "visite médicale". "C'est à Paris que les gens sont les plus accueillants", conclut-il.

Vincent Michelon
Vincent Michelo
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JDD Paris |  11/01/2010 - 15:00

Appel pour les réfugiés afghans

Le collectif des exilés du 10e arrondissement, les associations Emmaüs et Emmaüs France, Médecins du Monde, Les Enfants de Don Quichotte et Ni putes ni Soumises lancent un appel pour que soit trouvée une solution d'hébergement pérenne à Paris pour les réfugiés afghans de plus en plus nombreux dans la capitale. Ces associations réclament une entrevue avec les autorités compétentes (mairie, département, région, gouvernement). Environ 150 Afghans dont une dizaine de mineurs se sont regroupés sous les ponts du canal Saint-Martin dans le 10e arrondissement. "Face à la vague de froid, nous avons trouvé en urgence un refuge temporaire et partiel le 9 janvier pour que ces personnes puissent dormir au chaud. Cette initiative a été soutenue par un appel lancé par Atiq Rahimi, écrivain et réalisateur, Prix Goncourt 2008 et un rassemblement citoyen le long du canal Saint Martin, dimanche 10 janvier. Ce refuge n’est que provisoire et ne peut durer que quelques jours seulement. C’est une réponse humanitaire et citoyenne à un scandale dont la responsabilité est publique", indique un communiqué.



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20 MINUTES- 11/01
     actualités générales

Mobilisés en faveur des Afghans

Créé le 11.01.10 à 06h20
Mis à jour le 11.01.10 à 09h02  | 3 commentaires

Humanitaires, personnalités et réfugiés rassemblés hier au bord du canal Saint-Martin.
Humanitaires, personnalités et réfugiés rassemblés hier au bord du canal Saint-Martin./ S. ORTOLA / 20 MINUTES

SANS-ABRI - Emmaüs et les Enfants de Don Quichotte soutiennent les réfugiés...

Solidarité avec les réfugiés afghans du quai de Valmy (10e). Le mot d'ordre a été lancé, hier, par les associations Emmaüs et Les Enfants de Don Quichotte, qui organisaient une manifestation sur les bords du canal Saint-Martin. Principale revendication: la mise à disposition urgente de places d'hébergement pour les 150 Afghans qui dorment depuis quelques jours devant les eaux glacées du canal. Humanitaires, personnalités et réfugiés se sont regroupés autour d'un brasero improvisé. «Il faut nous montrer solidaires. On ne peut plus laisser tous ces enfants dormir sous les ponts par de telles températures», s'est indignée Sandrine Macé, chargée de mission humanitaire chez Emmaüs.

Hébergés par les associations
Pour le président des Enfants de Don Quichotte, Augustin Legrand, cette manifestation a également été l'occasion de plébisciter l'action menée conjointement avec Emmaüs. Depuis samedi, les deux associations hébergent les réfugiés au sein du Comptoir général, d'anciennes écuries reconverties en locaux privés et situés au 80, quai de Jemmapes. «Il faut leur donner la parole et pas uniquement lorsque les CRS viennent leur taper dessus. Beaucoup d'entre eux sont régularisables, mais n'ont même pas accès aux ressources nécessaires pour déclencher une démarche administrative», explique Augustin Legrand, également candidat sur la liste Europe Ecologie. Au final, une centaine de réfugiés devraient être hébergés dans ces locaux d'ici à la fin de la semaine lorsque le mouvement prendra fin. Les associations, elles, peuvent être poursuivies pour «délit de solidarité» et risquent jusqu'à 30.000 euros d'amende.

Malik Touzri  
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Besson: le gouvernement "prêt" à héberger les jeunes Afghans sans-abri

(AFP) – 10/01- 19h50

PARIS — Le ministre de l'Immigration a déclaré dimanche sur i-Télé que le gouvernement était "prêt" à héberger les jeunes Afghans sans-abri du quai de Valmy (Xe) et à leur "offrir une formation et une éducation".

Samedi soir, une soixantaine de jeunes Afghans sans-abri ont été accueillis dans un grand local privé du quartier, sous l'impulsion de l'association Emmaüs et d'Augustin Legrand, président des Enfants de Don Quichotte. Ces jeunes Afghans, dont certains sont mineurs, vivent depuis des mois, voire plusieurs années, dans le quartier de la gare de l'Est et du canal Saint-Martin à Paris.

Rappelant qu'"aucun mineur étranger isolé n'est expulsable", M. Besson a affirmé que "tout mineur doit être accueilli". Le ministre de l'Immigration a ajouté que le gouvernement "met beaucoup de moyens" pour les aider et que "nous sommes prêts à les héberger et à leur offrir une formation et une éducation".

M. Besson a relevé que ces "jeunes restent à proximité des gares afin de tenter de partir en Grande-Bretagne et sont toujours la proie de réseaux mafieux" à qui certains "ont payé 15.000 euros" pour venir de leur pays jusqu'à Calais.

Interrogé par ailleurs sur les incidents qui se sont produits en Calabre (Italie) entre des immigrés et des Italiens, M. Besson a estimé qu'il "n'y avait pas de raisons pour que ces évènements se produisent en France".

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Au bord du canal Saint-Martin, rassemblement en soutien aux Afghans sans-abri

(AFP)

PARIS — Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dimanche au bord du canal Saint-Martin à Paris pour réclamer des solutions d'hébergement en faveur des dizaines de migrants afghans sans-abri qui y campent jour et nuit.

Le Prix Goncourt 2008, l'Afghan Atiq Rahimi, et la chanteuse Jane Birkin étaient présents dans le rassemblement qui s'est tenu autour d'un grand feu de palettes de bois, en contrebas du pont La Fayette (Paris Xe), sous lequel les Afghans ont monté plusieurs tentes.

"Nous voulons crier notre révolte, notre indignation de voir que notre pays n'est pas capables d'accueillir ces jeunes qui peut-être mourront de froid demain", a lancé dans un porte-voix Didier Cusserne, délégué général de l'association Emmaüs.

"Ce qu'on cherche, c'est qu'ils restent en France et qu'ils aient une dignité", a poursuivi Atiq Rahimi, exigeant "au nom des Afghans réunis ici" que les associations soient reçues "par les ministres du Logement, de la Jeunesse, et de l'Immigration".

Selon les associations qui leur viennent en aide, plus de 150 Afghans dorment chaque jour sous les ponts du canal ou dans le quartier de la gare de l'Est.

Les très basses températures de ces derniers jours ont amené Emmaüs et Augustin Legrand, président des Enfants de Don Quichotte, à leur trouver un lieu d'hébergement provisoire.

Ils sont accueillis depuis samedi soir au "Comptoir général", 80 quai de Jemmapes, un lieu recevant expositions, conférences, réunions culturelles ou associatives, mis à disposition par ses propriétaires pour quelques jours.

"Pour moi, être Français, c'est être ici avec eux", s'est exclamé Augustin Legrand, en référence au débat sur l'identité nationale.

M. Legrand s'est dit déterminé à structurer un mouvement "pour trouver les conditions d'un rapport de force avec le gouvernement", et organiser "des actions fortes" durant la semaine.


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LE MONDE -

PARIS (Reuters) - Une soixantaine de sans-papiers afghans qui vivaient sur des quais du 10e arrondissement de Paris en dépit de la vague de froid ont trouvé refuge depuis samedi dans un établissement privé.

Cette opération a été menée sous l'impulsion de l'association Emmaüs, de Médecins du Monde et d'Augustin Legrand, président des Enfants de Don Quichotte.

"On laissait ces hommes, souvent très jeunes, dormir sous des ponts dans des conditions abominables", a expliqué dimanche Augustin Legrand sur i>Télé.

Ils ont été accueillis pour une semaine dans les locaux du Comptoir général, quai de Jemappes.

Des candidats de la liste Europe Ecologie pour les régionales en Ile-de-France, dont Augustin Legrand, ont décidé de leur côté de participer à un rassemblement de soutien à ces réfugiés dimanche un fin de journée.

"Cette action vise aussi à alerter l'opinion publique sur les conséquence de la politique" du ministre de l'Immigration Eric Besson, écrivent-ils dans un communiqué.

Depuis la destruction par les forces de l'ordre de la "jungle" de Calais en septembre dernier, les réfugiés afghans se retrouvent encore plus éloignés des structures d'aide, expliquent-ils.

Selon Europe Ecologie, nombreux sont les exilés afghans qui survivent dans les rues de Paris, éloignés de tout suivi, et le gouvernement "doit faire face à ses responsabilités" en leur offrant des hébergements et un soutien juridique.

Gérard Bon, édité par Grégory Blachier

 

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 JDD- 10/01

Un toit pour les exilés afghans

Une soixantaine d'Afghans, qui vivaient sur les bords du canal Saint-Martin à Paris, ont été accueillis dans un établissement privé pour une semaine. Les associations demandent des places d'hébergement supplémentaires et dénoncent la politique menée par le ministre de l'Immigration, Eric Besson.

Ils ont passé leur première nuit au chaud. Alors que la France connaît une importante vague de froid, une soixantaine de sans-papiers afghans ont été accueillis samedi soir dans un établissement privé situé quai de Jemmapes, dans le 10e arrondissement parisien. Cette opération a été menée sous l'impulsion de l'association Emmaüs, de Médecins du Monde mais aussi des Enfants de Don Quichotte. "On laissait ces hommes, souvent très jeunes, dormir sous des ponts dans des conditions abominables", a déclaré, sur iTélé, Augustin Legrand, pour justifier cette nouvelle action. "C'est une réponse à M. Besson, à ce gouvernement qui ne fait rien", a ajouté le président des Enfants de Don Quichotte.

Ces exilés afghans, âgés de moins de trente ans et dont certains sont même mineurs, vivent depuis plusieurs mois sous des tentes, sur les bords du canal Saint-Martin et dans le quartier de la gare de l'Est.

Prise de risque

Depuis samedi soir donc, et pendant une semaine, ils sont hébergés dans les locaux du "Comptoir général", des anciennes écuries rénovées, qui appartiennent désormais à l'entreprise "Commerce Développement". En accueillant ces Afghans, Frédéric Robert, le directeur général de la société, sait qu'il prend de gros risques. D'ordinaire, son établissement est loué à des entreprises et associations ayant un rapport avec l'environnement, le développement durable ou la solidarité.

Pour les associations qui demandent des places d'hébergement supplémentaires, cette initiative est une manière d'alerter l'opinion publique mais également de dénoncer la politique d'immigration menée par le gouvernement. "Après la destruction de la jungle de Calais en septembre dernier, et tous les lieux qui pouvaient servir d'hébergement dans la ville, les exilés se retrouvent encore plus éloignés des structures d'aide juridique et sociale et des dispositifs d'hébergement d'urgence", a estimé, dimanche dans un communiqué, Europe Ecologie – mouvement pour lequel Augustin Legrand est candidat aux élections régionales en Ile-de-France.

La réponse de Besson

Sommé de "faire face à ses responsabilités" en offrant aux exilés afghans des hébergements et un soutien juridique, le gouvernement a répondu dimanche à Augustin Legrand, par la voix de son ministre de l'Immigration. Invité sur iTélé, Eric Besson a estimé que le président des Enfants de Don Quichotte était "probablement sincère" mais mal informé sur la situation particulière des mineurs, qui ont volontairement quitté, selon lui, les centres d'hébergement où ils avaient été placés. "Tout mineur peut et doit être accueilli, c'est la loi en France. Ils peuvent être accueillis s'ils le veulent. (…) Pourquoi ne le font-ils pas? Parce qu'ils sont toujours la proie des trafics mafieux et qu'ils espèrent toujours, pour beaucoup d'entre eux, passer en Belgique, aux Pays-Bas et passer de l'autre côté en Angleterre", a jugé le ministre.

Une manifestation de soutien aux sans-papiers afghans s'est tenue dimanche en fin d'après-midi au Point Ephémère, un centre artistique du 10e arrondissement parisien, situé près du métro Jaurès. Un autre rassemblement est prévu lundi à Calais, place de Norvège, à 19 heures.

Anne-Charlotte Dusseaulx (avec Reuters) - leJDD.fr

Dimanche 10 Janvier 2010

 

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 NOUVEL OBS

SANS-ABRI

Paris : 60 Afghans hébergés dans un lieu privé

NOUVELOBS.COM | 10.01.2010 | 16:13

"Nous prenons un risque", reconnaît l'entreprise "Commerce développement". Appuyée par Emmaüs et les Enfants de Don Quichotte, elle a mis à disposition des locaux pour loger des sans-papiers qui vivaient dehors, dans le froid.

Des réfugiés afghans vivent, pour certains, depuis des années sous les ponts du canal Saint-Martin, à Paris

Des réfugiés afghans vivent, pour certains, depuis des années sous les ponts du canal Saint-Martin, à Paris (AFP)

Une soixantaine d'Afghans sans-abri ont été accueillis samedi soir par les propriétaires de vastes locaux dans le Xe arrondissement de Paris, sous l'impulsion de l'association Emmaüs et d'Augustin Legrand, président des Enfants de Don Quichotte, a-t-on appris dimanche 10 janvier.
Ces jeunes Afghans, en majorité âgés de moins de 30 ans et dont certains sont mineurs, vivent depuis plusieurs mois, voire années, dans le quartier de la gare de l'Est et du canal Saint-Martin à Paris. "Il est scandaleux de voir vivre ces jeunes sous les ponts avec des températures pareilles. Nous avons l'occasion de les héberger dans un lieu chauffé, donc nous le faisons", a expliqué à l'AFP Augustin Legrand, qui figure sur la liste Europe écologie en Ile-de-France pour les prochaines régionales. Soutenus par l'association Emmaüs, qui les suit quotidiennement dans la rue, ils sont hébergés au "Comptoir général", d'anciennes écuries reconverties, qui appartiennent à l'entreprise "Commerce développement", au 80 quai de Jemmapes (Paris Xe).

"Les centres d'hébergement sont pleins"


Présidée par Olivier Laffon, cette société loue régulièrement ce lieu à des entreprises ou à des associations poursuivant un but non lucratif en lien avec l'environnement, le développement durable ou la solidarité. "Nous prenons un risque ce soir, en accueillant ces personnes dans un lieu privé", a déclaré Frédéric Robert, le directeur général de "Commerce développement". Les différentes associations réclament la mise à disposition urgente de places d'hébergement pour ces Afghans, aux statuts juridiques variés, qui depuis quelques jours s'endorment devant les eaux prises par les glaces du canal Saint-Martin. "Les centres d'hébergements son pleins. Il faut absolument que le gouvernement prenne ses responsabilités et mette à disposition de nouvelles places", a affirmé Sandrine Macé, chargée de mission humanitaire chez Emmaüs.
Une manifestation est par ailleurs prévue dimanche à 18h30 à proximité de la station de métro Jaurès.

(Nouvelobs.com)
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BIBLIOBS.COM
Une lettre ouverte d'Atiq Rahimi

Comment peut-on être Afghan à Paris

Par Atiq Rahimi (Écrivain)

Ce dimanche 10 janvier, sur le bord du Canal Saint-Martin, plusieurs centaines de personnes se sont réunies pour réclamer des mesures en faveur des nombreux Afghans sans-abri qui campent dans cette partie de Paris. La chanteuse Jane Birkin était présente, mais aussi l'écrivain Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008, qui avait publié cette lettre ouverte en fin de semaine. Parmi ses premiers signataires figurent Charlotte Rampling, Carole Bouquet, Patrice Chéreau, Marjane Satrapi, Charlotte Gainsbourg. Elle reste d'actualité, la voici

Paris, Canal St Martin, 7 janvier 2010

Ils sont jeunes, certains ont à peine quinze ans, aucun plus de trente. Les plus chanceux ont une écharpe et un bonnet. Presque pas un n'a de gants. Le thermomètre pointe zéro. Qu'est-ce que ça change ? De toute façon, ce n'est pas le maigre brasier, deux planches minables, quatre cageots humides qui vont les réchauffer.

Ils sont cent cinquante à peu près. Cinq cents dans tout Paris, à marcher dans des tennis troués, à tourner, sans trouver où s'arrêter au chaud.

Ils sont Afghans.

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(c)Jobard-Sipa
Sans-abris afghans au Square Villemin, à Paris, à deux pas du Canal Saint-Martin.

Ils ont lâché leur vie, leur famille, leurs amis, leur pays. La plupart viennent de régions contrôlées par les talibans. D'autres non. Quelle importance. Des bombes sautent à Kaboul. C'est tout le pays qui s'abandonne à la guerre.

La France, c'est-à-dire nous, les poursuit comme des criminels. Menottes, avion : c'est aux barbus qu'on les remet puisque les intégristes sont les seuls à leur ouvrir les bras.

Souvenez vous de ce temps : on appelait encore un mineur un enfant. Aucun ministre alors ne se serait permis de nous laisser croire qu'il est bon de laisser un enfant l'hiver dans la rue. Même étranger.

Et il y a certainement eu une époque où on appelait un immigré un homme. Même s'il était sans papier.

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©H.Bamberger. D.R.
Atiq Rahimi

Ces enfants, ces hommes sont venus chez nous portés par l'espoir d'échapper à la violence. D'étudier. De mener une vie paisible. D'être dignes. Ce ne doit pas être trop demander.

Ne jetons pas dans les eaux du canal le manteau que St Martin a partagé avec un pauvre.

Atiq Rahimi

Agenda : ce mercredi 13 janvier, projection/débat du film «In this World» avec des responsables d'ONG et des Afghans qui témoignent. Au Comptoir General, 80 quai de Jemmapes, 75010 Paris.

Pour signer l'appel d'Atiq Rahimi : www.sites.google.com/site/afghansparis/

Besson: «Tout mineur étranger doit être accueilli»

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TELERAMA.FR
  . Appel
Les migrants à Paris

L’appel d’Atiq Rahimi : comment peut-on être afghan à Paris ?

Le 9 janvier 2010 à 17h00    -    Mis à jour le 9 janvier 2010 à 18h17

LE FIL IDéES - Il y a quelques années, l’écrivain, prix Goncourt 2008, a été, lui aussi, un réfugié afghan débarquant sans rien à Paris… A l’époque, il fut très bien accueilli. Aujourd’hui, il s’insurge contre les conditions inhumaines que connaissent ces 500 jeunes sans abri, tremblant de froid dans la capitale, traités comme des criminels alors qu'ils n'ont fait que fuir, tout comme lui, un pays en guerre. Lettre ouverte au pays des droits de l’homme.

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LE FIGARO
Rassemblement à Paris pour les SDF
AFP
10/01/2010 | Mise à jour : 21:09
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Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées aujourd'hui au bord du canal Saint-Martin à Paris pour réclamer des solutions d'hébergement en faveur des dizaines de migrants afghans sans-abri qui y campent jour et nuit.
Le Prix Goncourt 2008, l'Afghan Atiq Rahimi, et la chanteuse Jane Birkin étaient présents dans le rassemblement qui s'est tenu autour d'un grand feu de palettes de bois, en contrebas du pont La Fayette (Paris Xe), sous lequel les Afghans ont monté plusieurs tentes.
"Nous voulons crier notre révolte, notre indignation de voir que notre pays n'est pas capables d'accueillir ces jeunes qui peut-être mourront de froid demain", a lancé dans un porte-voix Didier Cusserne, délégué général de l'association Emmaüs.

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NEWSPRESS
Communiqué

Des Afghans en situation critique, d'après France Terre d'Asile

France Terre d'Asile - 11/01/2010 16:16:56

La situation sociale et humanitaire des demandeurs d'asile à Paris et en Ile-de-France se dégrade. Avec 18 405 demandes d'asile déposées au 30 novembre 2009, la région concentre près 43 % de la demande d'asile en France alors qu'elle ne compte que 3 304 places d'hébergement en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), soit à peine plus de 15 % du dispositif national. Une saturation chronique, mais qui s'aggrave depuis l'an dernier, et que la solidarité nationale ne peut résorber, pas plus que l'hébergement d'urgence aux crédits notoirement insuffisants.

Selon les données des équipes de terrain de France terre d'asile, les demandeurs d'asile doivent désormais patienter entre quatre et six mois avant de pouvoir accéder à un hébergement spécialisé. Dans l'attente, l'allocation temporaire de 300 euros, versée dans certaines conditions aux demandeurs d'asile, ne peut suffire à assurer des conditions de vie digne. Et ce sont les dispositifs transitoires qui sont aujourd'hui victimes de cette embolie. L'ensemble des acteurs institutionnels locaux et des acteurs associatifs n'ont pas les clefs pour sortir de cette situation.

La présence d'Afghans dans les rues de la capitale est une des conséquences les plus visibles, pour les Parisiens et les médias, de cette situation. A cela s'ajoutent la complexité et les particularités du parcours migratoire de nombreux Afghans qui les font passer par d'autres pays de l'Union européenne, en particulier la Grèce. L'impossibilité pour eux de voir examiner leur demande d'asile par la France en application du règlement Dublin II renforce leur précarité sociale et administrative. Il a fallu une décision du Conseil d'Etat du 20 octobre 2009 pour que les demandeurs d'asile « dublinés » puissent avoir accès à un hébergement par la voie judiciaire, mais qui amplifie encore plus les pressions qui pèsent sur le dispositif d'accueil.

Nous assistons donc aujourd'hui à une crise importante de l'accueil des demandeurs d'asile, qui impose une concertation urgente entre tous les acteurs de l'asile. Nous l'appelons de nos voeux, dans le respect des obligations européennes et internationales de la France.

Notes

L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) a enregistré 43 181 demandes d'asile (demandes globales) au 30 novembre 2009 contre 42 600 pour l'ensemble de l'année 2008. 637 Afghans ont déposé une demande de protection sur les onze premiers mois de 2009. Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), la demande afghane a augmenté de 57 % dans l'Union européenne au cours du premier semestre 2009 pour atteindre 8 712 demandes.

Le règlement Dublin II du 18 février 2003 établit les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile dans l'Union européenne. Ce texte a fait preuve de son inefficacité et de son injustice. Il crée une pression supplémentaire sur les Etats européens ayant une frontière extérieure et qui ne disposent pas d'un système d'asile développé. La Commission européenne a proposé une réforme du règlement Dublin en décembre 2008.

Avec près de 20 000 demandes d'asile en 2008, la Grèce est un des principaux pays d'accueil de l'Union européenne. Son système de protection fait cependant l'objet de fortes critiques de la part des organisations européennes et internationales, notamment par le HCR et le Conseil de l'Europe. Selon Eurostat, seules 415 personnes ont obtenu une protection internationale en 2008. Les conditions d'accueil des demandeurs d'asile ont également été condamnées par la Cour européenne des droits de l'homme le 11 juin 2009. En novembre 2009, 24 organisations européennes d'aide aux réfugiés ont saisi la Commission européenne pour qu'elle initie une procédure en manquement contre la Grèce.

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AGORAVOX

Afghans : une mobilisation mais quelle solution ?

Dimanche 10 janvier, à deux pas du métro Jaurès, 150 Afghans étaient rassemblés autour d’un braséro de fortune. Ils vivent dans le froid, dans la peur d’être reconduits chez eux. Mais c’est où chez eux ? Pour ces sans-abris afghans qui mal-logent dans le Xème arrondissement, sur les quais de Jemmapes et de Valmy, qui errent dans le jardin Vuillemin, quelle solution ?
 
Jane Birkin était là hier. Ainsi que le prix Goncourt 2008, Atiq Rahimi, d’origine Afghane. Un collectif existe. Un appel aussi (à lire et à signer ici). Jacques Higelin, Charlotte Rampling, Carole Bouquet, Patrice Chéreau, Marjane Satrapi, Charlotte Gainsbourg ont signé cet appel. On dira « ben voyons, encore des people qui se font mousser pour la bonne cause ». Sauf qu’un dimanche soir de janvier, elles ne sont pas nombreuses, les caméras, à sortir dans le froidure pour venir filmer quelques Afghans. Si Jane Birkin ou Atik Rahimi n’étaient pas là, pas sûr que ce papier aurait été écrit.

Il faisait froid hier. Très froid. Hier c’était dimanche. Mais pas pour les 150 Afghans rassemblés depuis quelques mois dans le 10ème arrondissement. On dit qu’à Paris ils sont 500 venus de Kaboul, de Kandahar, de ce pays riche en pétrole et en gaz... Pour eux, pas de dimanche. Les jours sont courts en hiver, mais ils trouvent le temps long. Je les ai vu, hier, ces Afghans. De jeunes hommes, majoritairement.
 
Autour de l’âtre improvisé qui crachait ses flammèches entre chien et loup. Une petite enclave afghanne au bord du canal Saint-Martin, au pieds du métro Jaurès.
Certains ont fui la « jungle » de Sangatte. Tous ont parcouru des milliers de kilomètres. Aujourd’hui ils ont la sensation de faire du sur-place ou, pire, de revenir au point de départ. Certains commencent à parler français. Ils ne ressemblent pas à des clochards qui se laisseraient aller. Ils sont propres, fiers et dignes. Leur regard est franc. Ils sont déterminés. Ils sont jeunes. Ils parlent autour du feu.
 
Dans les discussions on comprend que certains de leurs camarades attendent actuellement dans des centres de rétention. Ils attendent l’avion qui les reconduira dans un pays en guerre. C’est où chez eux ? Chez les talibans ? 500 mineurs afghans vont-ils déstabiliser la France, sa cohésion, son identité ?
 
Non a répondu Monsieur Besson qui a déclaré hier, juste avant la mobilisation du quai de Valmy, que « le gouvernement était "prêt" à héberger les jeunes Afghans sans-abri du quai de Valmy (Xe) et à leur "offrir une formation et une éducation". » (AFP) Car on n’expulse pas des mineurs. Bon, mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? A cause d’un appel signé par des écrivains, artistes ? Parce que des citoyens, des associations se bougent ? Pourquoi ?

La fermeture de la jungle de Calais a été une belle réussite. Ça oui. On a juste déplacé le problème. Le « problème » Afghan. En général quand un tel problème se présente c’est qu’on a tout fait pour évacuer les solutions. Pas de solution donc, mais que des problèmes. On prend la question à l’envers. Ce pays qui vieillit n’a que des problèmes et plus de solutions. C’est toujours la même chose. Mon grand-père était italien. On le traitait de macaroni. Maintenant l’entreprise qu’il a fondé est l’une des plus prospères de sa région.

On a tué en France des ouvriers italiens. Des ouvriers ont tué des ouvriers parce qu’ils pensaient que ça serait la solution à leur problème. Quand ils n’y pensent pas, de bonnes âmes leur indiquent la marche à suivre. Pogroms, massacres et ratonnades.

Le problème : le chômage. La solution, je ne suis pas un spécialiste, mais elle n’est pas à chercher du côtés des immigrés italiens, portugais, espagnols, kabyles, arabes, maliens, afghans, toutes ces strates qui font ce que nous sommes. « Étranges étrangers/Vous êtes de la ville/ vous êtes de sa vie/même si mal en vivez/ même si vous mourez » (Jacques Prévert).

Entre le feu du brasier et l’eau glacée du canal, un grand cercle s’est formé. Des dizaines de Parisiens se sont joints aux Afghans. Ils étaient réunis suite à un appel relayé notamment sur Facebook par un collectif qui ne demande pas la Lune, mais une solution pour que ces Afghans vivent normalement, c’est-à-dire, aussi, que tous les hommes vivent normalement.
 
Que tous ceux qui vivent dans la rue vivent dans un logement. Ce n’est pas pour rien qu’Augustin Legrand, des Enfants de Don Quichotte était là hier, ainsi qu’Emmaüs qui soutient quotidiennement ces hommes venus d’ailleurs.

Nous sommes tous venus d’ailleurs. Nous sommes tous des étrangers.
NB : Ce n’est pas la guerre partout en Afghanistan me dit un lecteur. Certes. Comme en France, en 39-45, il y avait la zone occupée et la zone libre... Quant à l’éducation, je vous conseille l’excellent documentaire de Paul Moreira, "Afghanistan, sur la piste des dollars".
 
 
Mercredi 13 janvier, projection/débat du film « In this world », avec des responsables d’ONG et des Afghans qui témoignent. Au Comptoir des mots (80 quai de Jemmapes, 75010 Paris).
 
Crédit photo : Armand Borlant (avec son aimable autorisation)

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BONDY BLOG

Ils dorment dans le froid et la boue : ce sont les Afghans

Lundi 11/01/2010 | Posté par mehdi_et_badroudine

Ils sont une centaine sur les quais du Canal Saint-Martin, à Paris, grelottant sous des tentes. Beaucoup n’ont pas 20 ans. Feu de planches, hier soir.

Ça sent la pisse. Une poubelle est renversée. Des gants esquintés et dégueulasses baignent dans la boue. On patauge dedans. Un grand feu crépite. Un gaillard saisit un bout de bois, le lance dans les flammes. Ça brille. Le canal Saint-Martin, en contrebas de la station Jaurès, est gelé. Des planches brûlent. Réchauffent les visages. Les visages seulement, car ce dimanche soir, le vent glacé fouette les reins, les jambes, les nuques. Un homme s'approche. Les flammes luisent dans ses yeux bleus. Il nous serre la main. Il parle anglais. « Ça fait cinq mois que je dors là, cinq mois. » Si on lui avait donné le choix, il aurait sans doute refusé de naître. On ne lui a pas demandé non plus où il voulait naître. Il est né en Afghanistan, il y a 21 ans.

Cette vie de misère, cette odeur de merde qui lui bouche les narines, cette peur au ventre qui le tiraille chaque matin. « Oui, j'ai peur. » Sa famille est loin. Il esquive les questions. Dit juste qu'elle est maintenant « au Pakistan ». Il ne la reverra peut-être jamais. Ali n’a choisi qu'une chose, « venir en France parce qu'il aime la France mais pas son gouvernement », qui l’oblige à dormir par moins 10 degrés dans son cachot Quechua, sur les rives du canal givré, sous un pont. Depuis samedi, avec le concours d'Augustin Legrand des Enfants de Don Quichotte, Ali et ses camarades afghans, une centaine, logent dans un établissement privé, Le Comptoir général, Quai de Jemmapes, dans le 10e arrondissement. Mais cet hébergement est provisoire.

Les flammes deviennent gigantesques. Mais le froid est encore plus fort, s'introduit dans les baskets, glace les orteils, congèle les doigts. Emmaüs, un des organisateurs du rassemblement avec Médecins du monde, avait prévenu : « Ramenez ce que vous pouvez. » Certains descendent les marches pour atteindre le campement une tarte dans les mains. D'autres, des sacs remplis de vêtements chauds. Anne-Dominique a les lèvres légèrement brillantes. Elle fouille dans le grand sac Darty qu'elle a ramené. En sort une paire de gants, puis deux, puis trois. Des jeunes Afghans l'entourent. Plus de 100 se gèlent dans ce camp pourri. Elle donne une paire à l'un, propose une écharpe à l'autre. « Quand je suis descendue, ça m'a fait un choc », dit-elle, émue.

Souleymane a 16 ans et n'a déjà plus rien. L'argent, il l'a dépensé pour arriver à Paris. « J'ai été du Pakistan, en Iran, puis d'Iran en Turquie, puis de Turquie en Grèce, de Grèce en Roumanie, de Roumanie en Bulgarie, puis d'Italie à ici. » En quatre mois ! La famille, il l’a laissée à portée de balles des Talibans. Il culpabilise. Il a gardé ce qu'il a pu sauver : un manteau, des gants et sa haine. « On peut pas travailler, on a pas de papiers. On peut pas vivre dans un appartement, on a pas de papiers. » Papiers. Papiers. Papiers. Des morceaux de papiers froissés gisent sous nos pieds, dans la boue. On les piétine. Ceux là ne valent rien ...

Un homme crie dans le haut-parleur : « Merci aux quelques centaines de personnes qui sont venues, merci. » Il ajoute dans un cri de rage : « Il manque 2000 places d'hébergements à Paris. Essayez d'appeler le 115, après vingt minutes d'attente, ils vous le diront ! »

Alors ils dorment ici. Sous des tentes minuscules qu'on n’emmènerait même pas en camping, l'été. Sous le pont, derrière un grillage branlant, c’est là qu’ils dorment. Dans de la boue. Comme des rats dans des égouts puants. Sous des tentes glaciales. « Ce sont des hommes jeunes, ils ont une bonne constitution. Les pathologies qui les frappent, c’est la gale et les infections respiratoires, à cause du froid », explique Olivier Bernard, le président de Médecins du monde. Qui se souvient : « Quand on avait installé des tentes chauffées pour les Roms à Saint-Denis, la préfecture nous avait assigné en justice. »

Jane Birkin (photo), à l'ombre des caméras, tenant son chien en laisse : « J'ai chanté hier à Annecy et on m'a prévenue de ce problème. Je débarque à peine du train, ma valise est dans la voiture. » Elle se frotte énergiquement les bras. Elle a froid. A donné son manteau à « un gamin de 17 ans qui était tout jaune ». Elle sort son portable, compose un numéro. On lui a dit qu'un charter décollerait lundi à 9h30. Elle laisse un message à Carla Bruni. « Encore faudrait-il que ce soit le bon numéro », lâche-t-elle. La buée brulante s'échappant de sa bouche, elle clame doucement : « Il faut que la France les accueille comme elle m'a accueillie il y 40 ans. » Elle se frotte les bras. Elle gèle. Endure une heure ce qu'eux vivent tous les jours.

Une dame, « voisine » du camp des Afghans de Jaurès, s'engage dans ce combat qui n'est pas perdu d'avance parce que ces hommes sont « très motivés, plus motivés que mon propre fils ». Ils ont soif de liberté. Un bol de liberté qu'ils n'ont jamais bu. Ni en Afghanistan, ni ici. Ils veulent respirer comme tout le monde. Ils veulent marcher sans entendre leurs cœurs palpiter. Ils veulent courir, jouer et bouffer. Ils veulent apprendre. Ils veulent être des innocents comme tous les adolescents.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Photos : Laurent Beauplet (que le Bondy Blog remercie infiniment)


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