Leçon 4. La Mécanique et l'expérience, 1580-1660

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« Quand Descartes intervient, quand il s’insère dans l’histoire des pensées françaises et des recherches françaises au début du XVIIe siècle - déjà, un homme comme Mersenne a discerné (dès 1625), dans l’instrument mathématique, le moyen de rationaliser la nature. Déjà, en 1634, (trois ans avant le discours de 1637), le même Mersenne est en train de formuler les règles d’une nouvelle méthode : rejet du principe d’autorité ; recours nécessaire à l’expérimentation ; goût de la science du progrès ; surtout, mathématisation de la nature et volonté de faire du monde entier une sorte d’énorme horloge sans intentions propres et sans âme. Déjà apparaît, nette et sans bavures, la théorie symbolique des animaux machines. Déjà ne cesse de grossir un corps, un trésor véritable d’expérience. Le Mécanisme est fait. La science positive est fondée. En dehors de Descartes. On pourrait, constate avec étonnement M. Lenoble, « on pourrait écrire l’histoire de la naissance du mécanisme, sans parler de Descartes »[1].

            Si je commence par cette citation de Lucien Febvre, qui appréciait le travail alors neuf de Robert Lenoble sur Mersenne et les débuts du Mécanisme, c’est pour insister sur ce fait : la pensée de Descartes, et d’une manière générale, toutes les grandes avancées philosophiques et scientifiques qui ont eu lieu au XVIIe siècle : Descartes (1596-1650), Gérard Desargues (1593-1662), Fermat (1601-1665) qui créèrent la géométrie perspective et descriptive ; Galilée, Kepler,auxquels le monde moderne doit l’astronomie et la physique ; Gilbert, William Harvey qui a trouvé l’explication physiologique des mouvements du cœur et de la circulation sanguine ; William Gilbert qui a découvert les propriétés de l’aimant et fondé les sciences du magnétisme et de l’électricité, s’inscrive dans une continuité de pensée, dans une forme d’approche de la nature qui s’est constituée au XVIe siècle. « Il n’y a rien dans ces livres qui n’ait été expérimenté et plusieurs fois vérifiés sous nos yeux » écrivait Gilbert dans la préface de son ouvrage De Magnete, publié en 1600. Cette revendication de vérification, ce régime nouveau de la preuve par l’expérimentation s’est en fait instauré entre XVIe et XVIIe siècle[2].

            Pour le compte, un lien plus étroit s’établit avec la technique. Et ce lien s’établit de deux manières : au plan matériel, physique presque pourrait-on dire, l’expérimentation en appelle à l’instrument de précision. Des habitudes de travail s’établirent entre savants et « mécaniciens » et préparateurs, qui déterminèrent l’existence d’un milieu de pensée spécifique, un milieu d’intellectuels, de savants, de techniciens, d’entrepreneurs et d’artisans de haut vol, qui gravita a mi-distance de l’élite politique et du milieu des artisans proprement dits. La Royal Society of London, la Lunar Society de Birmingham, l’Académie des Sciences à Paris, que ce soit  l’Académie « première manière », celle que fonda et finança Colbert entre 1666 et 1683, ou l’Académie réorganisée par Pontchartrain en 1699, qui vécut elle jusqu’à la Révolution française, y puisèrent des stimulants féconds pour les expérimentations, et les expertises, et l’invention scientifique et technique.

Au plan intellectuel, la pensée évolua, entre 1580 et 1650, vers d’autres approches. Le but recherché fut moins désormais de construire des approches théoriques de l’action, c'est-à-dire, comme on la vu de « techniciser » les pratiques et les savoir-faire  pour accroître leur efficacité, les rendre reproductibles en développant ce qu’on appellerait aujourd’hui une culture technique de l’action, que de travailler à une interprétation « technique » du monde, c'est-à-dire d’élaborer des modalités de pensée qui rendent plus efficaces la connaissance du monde, améliorent son approche. Avec Francis Bacon, Galilée et Descartes, les conditions de l’efficacité cessent de relever d’une méthode rhétorique appliquée au particulier. La question posée désormais est celle d’une mathesis universalis, d’une « science générale qui explique tout ce qui est possible de rechercher touchant l’ordre et la mesure »[3]. On verra d’une part, que l’approche repose chez Bacon sur la première théorisation  du progrès technique et de sa nécessité, d’autre part le rôle joué par la mécanique, qui est moins à ce moment une science des machines qu’une illustration de l’ingenium, du Génie, de l’esprit humain, dans l’élaboration de cette philosophie nouvelle de la Nature.

I. Bibliographie, sources et contexte

A/ Bibliographie

®     Blay Michel, Halleux Robert, La science classique, XVIe – XVIIIe siècle. Dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1998

®     Bougard Michel, La Chimie de Nicolas Lémery, Turnhout, Brepols, 1999

®     Bourg Dominique, L’homme artifice. Le sens de la technique, Paris, Gallimard, 1996

®     Burke Peter, A social History of Knowledge. From Gutemberg to Diderot, Cambridge, Polity Press, 2000

®     Chareix, Fabien, La maîtrise et la conservation du corps vivant chez Descartes, Methodos, 3 (2003), Figures de l'irrationnel, http://methodos.revues.org/document112.html/

®     Dolza Luisa, Vérin Hélène, « Enigmes et raisons des théâtres de machines », Alliages, n°49, 2004,

®     Dolza, Luisa et Hélène Verin (2004). Figurer la mécanique: l'énigme des théâtres de machines de la Renaissance. Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine 51.2 (avril-juin): 7-37

®     Jardine Lisa, Stewart Alan, Hostage to Fortune. The Troubled Life of Francis Bacon, Victor Gollancz, London,1998

®     Lenoble Robert, Essai sur la notion d’expérience, Paris, Vrin, 1943

®     Malherbe Michel, Pousseur Jean-Marie (dir.), Francis Bacon, science et méthode, Paris, Vrin, 1985

®     Pousseur Jean-Marie, Bacon. Inventer la science, Paris, Belin 1988

®     Ramelli Agostino, The various and ingenious machines of Agostino Ramelli, trad. Martha Teatch Gnudi, annotations techniques de Eugène Fergusson. New-York, Dover, 1987

®     Rossi Paolo. Les philosophes et les machines, 1400-1700, Paris, PUF, (1971)1996

®     Russo François, « Deux ingénieurs de la Renaissance, Besson, Ramelli », Thalès, 1948, p. 108-112

®     Salomon-Bayet Claire, L’institution de la science et l’expérience du vivant. Méthode et expérience à l’Académie royale des Sciences, 1666-1793, Paris, Flammarion, 1978.

B/ Sources

®     Œuvres de Bacon :

®     Of the Proficience and Advancement of Learning, divine and humane , 1605/ De dignitate et augmentis scientiarum , 1623

®     Novum organum scientiarum  1620

®     Instauratio magna, ouvrage composé du De dignitate et augmentis scientiarum, et du Novum organum scientiarum, 1620.

®     Nova atlantis, composée c. 1623, publiée un an après la mort du Chancelier, en 1627,  (ex : Sylva Sylvarum  sive historia naturalis ), http://gallica.bnf.fr/ark:/1218/bpt6k93944n

®     Théâtres de Machines :

®     Théâtre des instrumens mathématiques et méchaniques de Jacques Besson ; avec l’interprétation des figures d’icelui, par François Beroald (1578)

®     Agostino Ramelli, Le diverse et artificiose machine…, nelli quali si contengo varii et industriosi movimenti… composte in lingua italiana et francese, 1588

®     Salomon de Caus, Les raisons des forces mouvantes avec diverses machines tant utiles que plaisantes aux quelles sont adjointes plusieurs desseings de grottes et fontaine…, Francfort, 1605, Paris, 1624

®     Vittorio Zonca,  Novo teatro di machine et edificii per varie et sicure operationi, con le loro figure tagliate in rame e la dichiaratione e dimostratione di ciascuna, opera necesaria ad architetti et a quelli che di tale studio si dilettano, di Vittorio Zonca, In Padova : appresso P. Bertelli, 1607 [rééd. 1621], in-fol., 115 p., 42 pl. gr. par P. Bertelli

®     Œuvres de Galilée

®     Dialogue où pendant quatre jours de suite sont discutés dans des entretiens les deux plus importants systèmes du monde», 1632

®     Discorsi e dimostrazioni mathematiche intorno a due nuove scienze (Discours et démonstrations mathématiques concernant deux sciences nouvelles), 1638

®     Œuvres de Descartes

®     Regulae ad directionem ingenii, (1626-1628) 1701, I, II….,

®     Traité de l’Homme, 1633

®     Principes philosophiae , 1644, trad. fr. 1647

®     Description du Corps humain, 1648

II. Francis Bacon: promouvoir les connaissances et les faire progresser.

L’œuvre de Francis Bacon est mal connue en France. Les chercheurs s’y intéressent moins qu’à celle de Descartes, Galilée ou Newton. Pourtant, elle joue dans les pays anglo-saxons ce rôle fondateur et identitaire, voire fédérateur, que joue en France la pensée de Descartes. Pourtant, l’œuvre de Francis Bacon influa profondément sur la conception de la relation de la société à la technique en général, et sur les relations entre technique et puissance publique tout particulièrement. J’insiste sur ce point. L’idée qu’il doit y avoir une politique scientifique, et que cette politique est l’une des missions et non des moindres impartie à la puissance publique n’est pas née en France, mais en Angleterre. Son origine n’est pas Colbert, même si celui-ci s’en inspira en créant l’Académie Royale de Sciences, mais bien Francis Bacon. Et c’est encore de Bacon, dont se recommandèrent Diderot et d’Alembert lorsqu’ils décident de rassembler une « société de gens de lettres » pour dresser un état encyclopédique de tous les savoirs disponibles, Sciences, Lettres et Arts (entendez : Techniques).

A/ L’homme

            La vie de Francis Bacon (1561-1626) n’a il est vrai, en soi, rien qui puisse susciter l’admiration[4]. C’est même une sorte d’anti-héros, comparé à Galilée, le savant  voire à Descartes, l’ardent philosophe. Comme eux, il est de moyenne extraction, mais d’une famille habituée à servir les grands, aux plus hauts sommets de l’Etat.  Né en 1561, fils d’une mère puritaine et d’un père juriste, gardien du sceau privé, il étudia le droit à Cambridge, séjourna en France entre 1576 et 1578, où il étudia le droit à Poitiers. Son tour d’Europe le rapprocha de Théodore de Bèze. Lié par sa mère à Sir William Cecil, ministre d’Elisabeth, il fut aussi un proche de Thomas Gresham (1519-1579), marchand anglais, financier de la couronne, initiateur par legs du Gresham College, première institution de haute éducation à Londres, qui ouvrit ses portes en 1597, sous l’égide de la Corporation de Londres et de la Mercers Company[5]. En 1593, F. Bacon entra à la Chambre des Communes et devient le protégé du comte d’Essex, favori d’Élisabeth, puis se retourna contre lui et obtint sa condamnation. Devenu favori du roi Jacques Ier et du duc de Buckingham, il cumula titres et honneurs et fortune, devint Garde des sceaux, puis Grand Chancelier en 1618, et fut fait Lord Verulam. Mais en 1621, le Parlement le convainquit de corruption. Condamné, il perdit sa charge et fut exclu de la vie publique. Il sera publiquement réhabilité, mais il mourut peu après, en 1626, des suites d’une expérience qu’il avait entreprise sur la congélation des viandes.

« C'est au début du XVIIe qu'apparaît en Angleterre avec Francis Bacon une autre image de la connaissance: après l'arbre, vient l'océan. », écrit avec justesse Marc Chevrier. Ceci dit, la pensée de Francis Bacon n’est pas un hapax. Elle s’inscrit dans un courant de pensée, bien représenté en Angleterre, dont le Chancelier fut incontestablement le représentant le plus influent. Ces écrits étaient appréciés, en particulier auprès des Métiers.  Ce courant de pensée, qui s’inspirait de l’idéal humaniste, réfutait l’idée du secret technique. Jusqu’à cette époque, en effet, les savants et autres ingénieurs étaient fondamentalement liés au pouvoir. Ils devaient pour vivre, s’inscrire dans une logique de séduction et d’utilité. Et chercher le patronage d’un Grand pour obtenir des financements renvoyait à la privatisation des savoirs : la rétention de l’information accompagnait le patronage aristocratique, et cela jusqu’aux sommets de l’Etat. Le savoir n’était pas alors une chose publique. Au contraire, il était géré, perçu, conçu, comme une affaire d’Etat, c'est-à-dire un enjeu de pouvoir, cultivé, géré sous le sceau du secret. L’une des caractéristiques de l’idéal humaniste fut de saper cette relation à la possession des connaissances. 

B/ Sa pensée

C’est dans ce cadre général que s’inscrit la pensée de Francis Bacon. Pour résumer cette pensée en deux propositions, je dirai 1) qu’il fut le premier idéologue du progrès ; 2) mais qu’à ses yeux, seul l’Etat pouvait garantir l'aspect cumulatif du savoir.

1) L’observation historique atteste des progrès accomplis par l’humanité.

En d’autres termes, l’invention de la notion de progrès est indissociablement liée à sa manifestation concrète, ce que nous appelons aujourd’hui le « progrès technique », d’une part ; mais elle est aussi indissociablement liée à l’Histoire en tant que pensée spécifique, en tant que mode d’appréhension du monde. Bacon part en effet d’un constat historique : d’évidence, les Arts ont progressé depuis l’Antiquité. Et ce constat, cette évidence presque, induit un autre constat : d’évidence, ces Progrès ont modifié la Nature. La relation de l’homme a la Nature cesse donc d’être envisagée sous l’angle de l’immobilisme : les hommes ont progressé dans leurs savoir-faire. La conclusion s’impose : 

« Ce serait une honte pour les hommes […] que les limites du globe intellectuel restent renfermées dans le cercle étroit des inventions des anciens ».

2) Il faut se donner les moyens de faire encore progresser les arts

Bacon propose un Ars inveniendi, un Art d’inventer, qui est donc moins une méthode, une réduction en Art qu’un  Ars ameliorandi, un Art de la progression, la définition des moyens nécessaires à l’humanité pour qu’elle pratique consciemment son aptitude à progresser techniquement. Le livre IV de l’Instauratio Magna, l’Introduction à la grande restauration des sciences, comporte par exemple comme titre : « Division de l'inventive en inventive des arts et  inventive des argumens.  Qu'il nous manque la première de ces deux parties qui tient le premier rang. Division de l'inventive des arts en expérience guidée et nouvel organe. Esquisse de l'expérience guidée».  Les moyens qu’il définit, ce « nouvel organe » dont il fait état et qu’il préconise, sont de trois ordres : a) mental (on dirait aujourd’hui : psychologique) ; b) intellectuel ; c) institutionnel. Je les détaille, parce qu’il y a là, je crois, outre l’intérêt historique de cette pensée, matière à réflexion.

a) Au plan mental : se débarrasser des « idoles » (fallacies)

Les « fallacies », les choses fallacieuses au sens propre auxquelles l’esprit humain s’accroche parce qu’elles le structurent à son insu, ainsi dénommées parce qu’elles dévoient la pensée. Ces « fallacies », ces « idôles », ce sont les formations spontanées de l’esprit qui gênent, troublent, empêchent le raisonnement, les obstacles psychiques qui empêchent d’atteindre la vérité. Francis Bacon en  repère quatre :

®     Les idoles de la tribu qui ont leur fondement dans « la race et la souche des hommes » ;

®     Les idoles de la caverne, attachées à la personnalité de chacun (on dirait aujourd’hui le « naturel individuel »);

®     Les idoles de la place publique, « qui se glissent dans l’entendement à la faveur des mots et des choses »  (on dirait aujourd’hui les notions communes, les conventions sociales);

®     Enfin, les idoles du théâtre, véritable mise en scène de leurs idées par les philosophes pour paraître, donner une illusion de vérité et emporter l’adhésion.

Progresser suppose donc de prendre conscience de l’existence de ces modes de pensée fallacieux, de manière à s’en dégager, à s’en libérer, pour n’être pas retenu par eux. Mais ce n’est là qu’un premier pas. Libérer sa pensée est une chose ; procurer à l’esprit une méthode correcte en est une autre. Il y a donc une étape supplémentaire à franchir.

b) Au plan intellectuel, user d’une méthode de pensée correcte.  

            C’est par cet aspect que Francis Bacon rejoint pleinement les humanistes. Il théorise contre l’aristotélisme, comme la plupart des intellectuels de son époque[6]. Comme eux, il préconise d’abandonner la philosophie spéculative et réfute la capacité du syllogisme à accéder à la vérité des choses. En lieu et place de ce mode de pensée jugé par trop aporétique, il propose deux méthodes, la première – faire reposer le raisonnement sur la pratique expérimentale- est conforme à ce qu’en pensent ses contemporains ; la seconde – n’accepter pour méthode de pensée que la méthode inductive - lui revient davantage en propre.

Pour lui, comme pour la plupart des grands esprits de son époque, évidence et clarté, donc vérité, sont le fruit de l’expérience. Mais lui opère une distinction utile entre deux modalités de l’expérience :

®     L’Experientia : ces expériences fortuites que procure l’existence, dont l’homme peut et doit apprendre pour accéder à la sagesse (sapientia, régime raisonné du savoir) ;

®     Les Experimenta : ces expérimentations volontairement déterminées et conduites, qu’elles soient matérielles, pratiques, ou idéelles (litterata), expériences de pensée ; dans l’un et l’autre cas, fruit de la volonté de connaissances ;

Lui-même pratiqua assidûment l’expérimentation : « Bacon a laissé quelques autres ouvrages relatifs aux sciences naturelles, parmi lesquels est un livre intitulé: Sylva sylvarum sive historia naturalis; il fut imprimé immédiatement après sa mort, en 1627, par les soins de son chapelain. C'est un recueil d'observations et d'expériences nombreuses sur toutes sortes de sujets, tirées, soit des ouvrages existants, soit des témoignages des voyageurs ou des hommes d'arts et de métiers avec lesquels il avait conversé, soit enfin de son propre fonds »[7].

Autre particularité, autre caractéristique de sa pensée, en quoi elle se distingue fondamentalement de celle d’un Ramus ou d’un Descartes, Francis Bacon ne voyait de salut qu’en l’induction, qui était à ses yeux la démarche de l’invention par excellence, seule susceptible d’évacuer la pollution par les « idôles », seule aussi susceptible, à ses yeux de totaliser le singulier dans l’universel. D’où il résulta que le philosophe n’écrivit pas de Traités proprement dit. Il se méfiait de la « réduction en art », qu’il réfuta au nom du risque de blocage que cette méthode pouvait faire courir à l’invention. Et cette méfiance, son refus de théoriser a priori,  le rendit peu clairvoyant à l’égard des mathématiques, dont il ne perçut pas la puissance. Son œuvre prit la forme d’aphorismes, d’où une pensée générale devait se dégager par immanence, en intégrant progressivement le particulier dans le général. C’est pour une bonne part ce qui lui valut sans doute son peu de fortune intellectuelle, passé le siècle des Lumières, dans la France industrielle et positiviste des XIXe et XXe siècles.

Le projet de Bacon était celui d’une grande partie des lettrés de son temps : trouver une manière d’aider à l’invention. Mais lui, ne fit pas se reposer l’ars inveniendi sur la maîtrise de la pratique, la rendre lisible et perfectible en travaillant à l’écriture d’une méthode. Bacon renoue avec l’idée développée en son temps par Platon[8], savoir que les techniques (technai) possèdent en elles-mêmes, une force d’ordonnancement. Platon s’appuyait dans son propos sur les métiers d’architecte et de pilote de navire, tout particulièrement. Bacon reprend l’idée, en la rajeunissant, en lui donnant un horizon plus large. Il discerne dans la pratique des Métiers une autre capacité, la capacité à s’améliorer. Et pour preuve, il donne l’expérience historique, le vécu des générations donc, à condition que celles-ci veuillent bien l’admettre : Les techniques qui entourent les gens de l’époque élisabéthaine et dont ils usent, sont supérieures aux techniques dont usaient les Anciens, il y a progrès. Et puisqu’il y a progrès, cela continuera. Les techniques sont susceptibles d’amélioration pourvu qu’on leur offre un terrain adéquat. Et ce terrain, ajoute Bacon, n’est pas la réduction en art, qui enserre, réifie la pensée technique plus qu’elle ne la stimule. Rhétorique et méthode ne sont pas, dit-il, des artes inveniendi, des sciences de l’invention à proprement parler, ce sont des aides à penser rien de plus, et elles peuvent gêner la dynamique inventive. Le projet baconien n’est pas un tutorat, comme l’était la réduction en art. C’est un projet dynamique d’enrichissement des connaissances pratiques et leur renouvellement réclamant un effort d’organisation individuel et collectif.

En homme de son temps cependant, Bacon redoutait la nouveauté radicale. Il refusait l’innovation, terme que l’on appliquait alors exclusivement au politique et au juridique, et la redoutait. Et cet homme, dont les œuvres résonnent de l’épithète « Neuf », « Nouveau » : Nova Atlantis, Novum Organum…, éprouva le besoin de placer les limites de ce goût pour la novation : « Si en cela je me suis parfois écarté de ce qui est couramment reçu, ce fut dans l’intention de procéder in melius et non in aliud, dans un esprit qui tend à l’amélioration et au développement non au changement et à la transformation… » [9]. Un peu plus loin, il s’en explique : « Il existe un grand nombre de vérités incontestées, et rien n’est plus funeste que le projet de tout détruire pour tout recommencer. A vouloir ainsi renoncer à toutes les notions communes, nous serions ramenés à coup sûr au temps de la barbarie, et après des milliers de siècles, nous n’en sortirions pas plus instruites que nous ne le sommes aujourd’hui ».

c) Au plan institutionnel, l’Etat doit promouvoir la Science et les savants

Point de méthode donc, mais un milieu qui favorise une pensée technique la plus large, la plus ample possible, et un cadre qui favorise ce milieu et lui permette de durer et lui donne les moyens de la découverte. L’idée, totalement neuve à l’époque, qu’il revient à la puissance publique d’assurer l’existence de ce cadre, et partant, de donner vie à un tel milieu, F. Bacon en fit part toute son existence. Dès 1594, dans un de ses premiers texte, les Gesta Grayorum (1594), une sorte de farce jouée en présence de la reine, par lui-même et ses amis juristes au Gray’s Inn, F. Bacon fait demander à la reine, pas ses personnages, qu’elle procure les quatre instruments qui permettront  « la conquête des œuvres de la nature » et la découverte de « tout ce qui est caché et secret dans le monde », savoir :

-         « une bibliothèque très parfaite et très générale », en quoi il reprenait à son compte, cette idée de bibliothèque publique déjà proposée en Angleterre, en 1558 ;

-         « un vaste et merveilleux jardin » qui serait à petite échelle « un modèle privé de la nature universelle » ;

-         « un immense cabinet » contenant tout ce qui a été produit de rare par la main de l’homme ;

-         « enfin un laboratoire avec des instruments, des fours et des récipients ».

Par la suite, il dédia à Jacques 1er son Advancement of Learning, et demanda en 1608 d’être titulaire d’une place qui lui permette de « commander aux esprits et aux plumes » à Oxford ou Cambridge. En 1620, il revenait à la charge dans l’Epitre dédicatoire qui précède le Novum Organum, en demandant au Roi de donner des ordres « pour choisir et rassembler les matériaux d’une histoire naturelle et expérimentale », sans plus de succès. L’idée se déploya alors dans l’utopie. Dans sa Nouvelle Atlantide (1623/1627), ce petit texte publié après sa mort, dans un ouvrage intitulé précisément Sylva sylvarum sive historia naturalis, il décrit ce qu’il appelle la « Maison de Salomon » : un lieu idéal dédié non à la science contemplative, mais à la science opérative, une science fondée sur l’observation et l’expérience, supposant la collaboration de savants et de techniciens nombreux, disposant de laboratoires, d’appareillages, d’argent. Seul le mécénat royal, selon lui, pouvait y pourvoir.

L’héritage fut fécond. L’idée de la nécessité d’un milieu de savants et de techniciens travaillant en collaboration à l’édification des sciences de l’observation et de l’expérience[10], de savants et de techniciens qui n’aurait d’autres soucis matériels que d’œuvrer à cette édification, grâce au mécénat, privé et/ou public, fit florès, en Italie d’abord, ensuite à Londres, puis en France et partout. En 1657, était fondée à Florence, l’  « Academia del cimento » - l’Académie de l’Alliage au sens premier des mots. En 1660, un groupe de banquiers, commerçants, gens de métiers et savants fondaient la Royal Society, à Londres. Et six années plus tard, en 1666, Colbert instaurait l’Académie Royale des Sciences à Paris. C’est ainsi, qu’avec Francis Bacon, l’idée de progrès prit le sens d’un « procès continu et indéfini d’accumulation de puissance », commente Dominique Bourg[11]. Faut-il en conclure comme l’écrit Gérard Escat, qu’avec Bacon, « l’omnipotence technicienne relaye la Grâce »[12] ? Virtuellement peut-être. Factuellement, certainement pas : entre penser une capacité à progresser, voire réfléchir assidûment au décuplement des forces et envisager une omnipotence technique, il y a un pas que nul, à l’époque, n’était en mesure de franchir, et cela pas même dans l’utopie.

III. La nature, l’humain et le mécanique

Qu’était en effet concrètement la technique, que j’entends bien ici au sens moderne, de pratique rationalisée et sciemment reproductible ? Elle brille alors par des productions écrites, des publications qui fascinent encore l’historien, l’ingénieur, et le spectateur tout simplement, qui prirent nom de Théâtres de machines. Par leur intermédiaire, s’établit une relation à la technique que l’historien peut appréhender, à condition d’en poser correctement les termes. Ce que je me propose de vous montrer dans cette seconde partie, c’est comment s’instaura ce premier grand moment de la mécanique, concrètement d’abord, métaphoriquement ensuite, comment en d’autres termes, le goût des élites pour les Méchaniques, pour l’artifice technique, influa en retour sur la philosophie.

A/ Les théâtres de machine

C’est François Beroald qui, en 1578, inventa l’expression « Théâtre de Machines », alors qu’il préparait l’édition posthume du livre « distribué en plusieurs inventions nouvelles d'instrumens & machine utiles [...] dont Jacques Besson (v.1535-1572) avait annoncé la mise en chantier en 1569. Ce livre, il l’avait conçu « pour les géomètres, pour les marmiers, pour les marchans, pour les artisans, pour les gentilzhommes, bref pour pauvres et pour riches qui y voudront (tant peu que ce soit) entendre et tout ce pour la conservation, utilité et entretien du bien public »[13].

Théâtre : mise en Scène donc, scénographie dirait-on aujourd’hui, et sans doute, au XIXe siècle, aurait-on parlé de « Musée ». Mise en scène et pas seulement Speculum, miroir : il s’agissait moins de refléter l’existant que de dessiner les possibles de l’artifice. De les dessiner en les expliquant toutefois.

« En ouvrant un théâtre de machines, généralement, un grand in-folio, on découvre d'abord le frontispice, suivi d'une dédicace à un grand personnage, puis d'un avis au lecteur, parfois accompagné d'une préface, où l'auteur annonce comment et pourquoi il a décidé de rendre publiques ses inventions. Ces inventions apparaissent dans la suite des planches gravées en pleine page qui constituent l'essentiel de l'ouvrage. Chacune représente un instrument ou une machine, avec la légende, souvent en latin, qui la décrit. Un texte plus ou moins développé l'accompagne, la " déclaration de la figure ". Celle-ci consiste pour l'essentiel à préciser en quoi la machine est utile, à quelle condition l'utiliser, et aussi comment mouvements et forces s'y propagent et sont transformés », observent Dolza et Vérin. Et d’ajouter : « Le succès est immédiat et durable. Le genre littéraire, fixé dans les années 1570, est d'abord franco-italien : Jean Errard publie son Livre d'instruments en 1584, à Nancy, Agostino Ramelli, à Paris, en 1588, produit, avec le Diverse et artificiose machine, le premier livre bilingue, français et italien, tandis qu'en 1595, Fausto Veranzio présente les déclarations de figures des machines de ses Machinae Novae, publiées à Venise, en cinq langues : latin, italien, espagnol, français et allemand. Jusque dans les années 1620, les auteurs sont essentiellement italiens : Vittorio Zonca (1607), Jacopo Strada (1617-18), Giovanni Branca (1629) ; et français : Ambroise Bachot (1587 et 1598), Joseph Boillot (1598) et Salomon de Caus (1615). Le succès éditorial est considérable, et presque tous connaissent des rééditions en plusieurs langues, de sorte que les théâtres de machines du XVIe siècle et du début du XVIIe se retrouvent encore aujourd'hui dans les bibliothèques du monde entier, du Japon à l'Amérique latine. Ils étaient déjà dans celles des grands ingénieurs et des collectionneurs. Vauban comme Perronet avaient leur Ramelli ». J’ajouterai qu’à la fin du XIXe siècle, encore, les ingénieurs – Centraliens au premier chef – citaient encore l’ouvrage de Jacques Besson et s’y référèrent lorsqu’ils inventèrent la « voiture automobile »[14].  

Le livre de Jacques Besson, comme celui de Ramelli, est cité par Upsher comme la preuve de l'influence de Léonard de Vinci en France, qui aurait fourni «  les premières images de systèmes techniques complexes par exemple celles d'engrenages irréguliers dans les tours (engrenages coniques entre autres), de mandrins et de lunette fixe, etc. »[15]. C’est prêter à Léonard, ce qui revenait à ces ingénieurs, qui étaient aussi des officiers (Ramelli) ou des professeurs de mathématiques (Besson). Et c’est oublier ce que tous ces hommes avaient en commun, Léonard compris : l’obligation d’efficacité, et la nécessité de prouver aux princes et aux seigneurs, leurs commanditaires, la puissance de leur ingenium. Longtemps, les historiens dissertèrent pour savoir si les machines représentées dans ce style si particulier, fonctionnaient ou non. Mais qui, de nos jours, voyant une photographie présentant un objet industriel sous un jour esthétique, souvent magnifié, se pose la question du fonctionnement ? Le dessein était ailleurs, dans le besoin, la nécessité de magnifier certes l’instrument mis en scène, mais surtout la capacité du concepteur. Et ce qui signe la réussite de ce point de vue, ce fut au premier chef, la fortune du genre, son succès immédiat, mais aussi la permanence de l’intérêt que lui portèrent les ingénieurs.

Les théâtres de machines fascinent par cette mise en scène maniériste de la technique qu’ils proposent. Maniérisme : le terme, ici, est à prendre au sens premier, le sens venu de l'italien maniera, style dans le sens de la touche caractéristique d'un peintre, c'est-à-dire de sa manière de peindre, et non pas maniéré par ses formes, comme on le pense spontanément. » Précisément : les planches de Besson gravées par Androuet du Cerceau, celles de Ramelli, les planches de Salomon de Caus ne se confondent pas. Les auteurs y affirment un style, ou plutôt s’affirment dans leur style, affichent leurs individualités. Pourtant, quoi de plus semblables que des jeux d’engrenages, des assemblages et des pompes ? Le genre s’appauvrit par la suite. Il n’en demeure pas moins qu’historiquement, l’émergence de la technique comme pratique consciente s’est accompagnée de son esthétisation. On ne saurait trop insister à cet égard sur le rôle joué par le support : livre et gravure.

Alors, pourquoi tant de mise en scène ? Parce que le langage manquait on l’a dit, et qu’à l’instar de G. Agricola, il parut judicieux d’user de la puissance du média imprimé pour montrer ce que l’on ne pouvait exprimer par le discours. Mais aussi, et peut-être surtout, parce que les théâtres de machines étaient des productions sociales. Faire beau, être ingénieux certes, mais faire beau à l’intention d’un public précis, d’un public ciblé. « Utiles et agréables, plaisants et merveilleux, au service du roi et à la gloire de Dieu, les théâtres de machines concentrent les thèmes rhétoriques les plus en vogue à l'époque ». (Dolza, Vérin).

Mais ce sont moins des Arts d’inventer, que des Inventions proprement dites. « Le mot a les trois sens contemporains du mot engin, ingegno en italien : c'est l'esprit d'invention, le talent d'inventer de l'auteur ; mais c'est aussi l'exercice de cet esprit dans les dispositifs de l'art : les ingéniosités, les trouvailles ingénieuses dont témoignent les machines représentées. Ces engins, machines et instruments sont enfin, et selon un troisième sens, des inventions pour lesquelles leur auteur peut recevoir un privilège d'exploitation ». Ce qui est mis en scène, ce qui se négocie aussi, c’est la capacité inventive: « Chaque figure invite le regard à suivre le parcours de la force imprimée…… La machine est l’incarnation dans un artifice mécanique de l’intelligence de l’ingénieur (son ingenium, son Génie), donc de l’esprit humain » (H. Vérin). Les théâtres sont autant de « tombeaux » au sens ancien du terme ; ils asseoient la notoriété d’hommes disparus ou blanchis sous le harnais des mécaniques : la publication du Théâtre de Besson est posthume, Ramelli a soixante-sept ans lorsqu'il publie son Diverse et artificiose machine, et Giovanni Branca, cinquante-huit ans. « Quant au Novo Teatro de Zonca, il est publié à Padoue en 1607, sept ans après sa mort, et c'est le petit-fils de Jacopo Strada qui publie ses Desseins artificiaux. »

Le mystère s’épaissit, en somme. D’où vient que ces théâtres, qui flattent l’élite aristocratique et politique, sont le fait non d’ingénieurs en plein exercice, mais de personnalités réputées certes, mais en fin de carrière voire disparues ? Arguons, ici d’un autre projet : ces ouvrages, qui donnent à voir le dessous des engins, le jeu des engrenages, en montrent le fonctionnement à une époque où les mathématiques ne s’y risquaient encore qu’à demi, et où le langage purement technique, cette précision que nous connaissons bien, manquaient, ces théâtres étaient aussi des théorisations. Observons à ce propos l’évolution qu’enregistre l’étude de cette forme de dessin technique, de Léonard de Vinci (1452-1519) à Salomon de Caus (1576-1626). Léonard est devenu un mythe, tant il incarne par ces dessins le caractère génial d’une société hyper-mécanisée. Qui observe, cependant, que ces dessins ne quittèrent jamais le secret du cabinet personnel ? Qui souligne que Léonard, s’il osa penser la mécanisation, l’artificialisation de la nature, n’osa pas en proposer à la publication ? Esthétique et mécanique ne se rejoignent pas chez lui ; entendons : elles ne se rejoignent pas publiquement. L’homme, s’il osa penser l’artifice et l’objet mécanique, n’osa pas en publier les résultats. C’était par trop transgressif de faire se rejoindre l’art libéral (la théorie, poiesis), et l’art mécanique (la pratique, praxis). Besson, le protestant et Ramelli le catholique osèrent. Mais Besson, au début des années 1570, renonça à publier en introduction de son ouvrage, « un long et savant exposé sur les mécaniques, sur les rapports entre nature et artifice, physique et mathématiques », alors qu'en 1588, Ramelli truffa sa préface « de références savantes, dont on a pu montrer qu'elle était une sorte de patchwork, constitué d'extraits d'ouvrages de science mécanique. Quelque chose bougeait », conclut Vérin, quelque chose de la relation entre ce que Fabien Chareix appelle la « mécanique 2 », l’ensemble des figures mécaniques, machiniques, et la « mécanique 3 », les règles de la mécanique (ou des « mécaniques ») en tant que science mixte qui use de la géométrie pour penser le mouvement)[16]. De fait, lorsque Salomon de Caus, en 1615 « intitule l'ouvrage qu'il publie : Les Raisons des forces mouvantes avec diverses machines tant utiles que plaisantes auxquelles sont adjoints plusieurs desseings de grotes et fontaines, il affiche la solidarité entre la conception de machines particulières et l'universel que découvre la science ». Et dans son texte, il théorise sur ce qu'il montre, là où G. Agricola par exemple et A. Ramelli, encore, énonçaient et montraient. La conceptualisation changeait de lieu, glissait de l’image vers le texte tandis que l’image tend vers un statut second, passe du concept à l’illustration. Théoriser l’artifice cessait d’être plus transgressif. Et l’utilité sociale des ingénieurs et mécaniciens, tant militaire que civile, l’utilité des ces hommes, savants, praticiens, mathématiciens, était reconnue désormais, leur position d’intermédiaires entre les commanditaires, riches, princes et puissants et les artisans désormais fixée et acceptée. L’imprimerie (par le livre) et la poudre (en légitimant l’intervention de l’ingénieur) y avait puissamment contribué

B/ Le XVIIe siècle, entre  « Homme-machine »et passions laborantines

Parallèlement, le monde des savants et des philosophes glissa, par métonymie, de la symbolisation de la puissance de la pensée, à quoi renvoyaient les machines, réelles ou supposées, à l’affirmation de la preuve expérimentale et à la mécanisation symbolique de l’action humaine. Autant de transgressions que Galilée et Descartes payèrent cher, l’un d’un procès retentissant qui lui vaudra l’humiliation de la rétraction et la mise en résidence surveillée, l’un et l’autre de la mise à l’index de leurs écrits. Mais là encore, pour approcher modestement la réalité et ne pas placer la pensée mathématique et mécaniste en point inaugural d’un mouvement tant infernal que continu, qui conduirait de méprises en aveuglements aux divers désastres techniques et sociétaux qu’a provoqué et subi l’humanité depuis un siècle ; pour ne pas le sur-interpréter donc, il faut mesurer combien au XVIIe siècle, la nature et la matière échappait à la compréhension des hommes, y compris les plus savants, combien la compréhension savante de la nature en était à ses balbutiements. Il faut aussi comprendre qu’il n’en va pas de la pensée humaine comme des techniques : l’expérience et le jeu des représentations n’y sont pas cumulatifs par essence. Une génération, une époque, un siècle peut vivre intensément la mécanique, et la génération, l’époque, le siècle qui suit, en faire peu de cas, ou la vivre sur un autre mode, ou l’oublier, parce que d’autres expériences ont été vécu, d’autres faits matériels : crise économique, effondrement monétaire, guerre, maladie, fait irruption, et que cet autre contexte a conduit la pensée, les recherches et les représentations vers d’autres chemins, ouvert la voie à d’autres déploiements de pensée, ou provoqué la résurgence de modes anciens  qui revive alors sous de nouvelles formes, avec de nouveaux contours. Entre XVIe et XVIIe siècle, la mécanique fit irruption ; elle polarisa l’attention. Cela reviendra, d’une autre manière, dans le courant du XVIIIe siècle. Et nous verrons, dans le prochain chapitre, qu’à la fin du XVIIIe siècle, précisément, l’idée de la perfectibilité non plus des seules techniques, mais bien de la pensée humaine prit corps et se généralisa

1) L’erreur de Galilée (1564-1642)

Galilée, dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, plaidait pour le droit à intégrer dans la théorie, ce qu’apportaient à la compréhension du monde les nouveaux moyens techniques : « en notre siècle, je l’affirme, nous disposons de faits nouveaux et d’observations nouvelles, telles que si Aristote avait été de notre temps, je ne doute point qu’il aurait changé d’opinion. C’est ce qui résulte à l’évidence de son propre mode de philosopher [...]. Il aurait donné, comme il convient, la préséance à l’expérience sensible sur le raisonnement physique [naturale] ». [...] Et un peu plus loin : «  ajoutons que nous pouvons, bien mieux qu’Aristote, raisonner des choses du ciel [...] ; grâce au télescope [...] », (première journée, 94 et 112)[17].   Sa condamnation de Galilée ne laissa par la société savante européenne indifférente et inactive bien au contraire : l’un de ses effets presque immédiat fut la diffusion sans précédent des travaux du savant florentin. L’édition latine, décidée dès juillet 1633, un mois à peine après la mise à l’index du, par le tribunal de l’Inquisition, paraissait en 1635 à Strasbourg, sous le titre Systema Cosmicum, grâce aux puissants éditeurs hollandais Elzevier, qui en assurèrent une partie de la diffusion. Et dès juin 1634, le père Mersenne avait publié en français un traité inédit dont il possédait une copie, Les Méchaniques de Galilée. Le même réseau assurait la publication en 1638 du second chef-d’œuvre du florentin : les Discours et démontrations mathématiques sur deux sciences nouvelles, qui fondait la physique moderne.

Cette seconde publication nous intéresse au premier chef. La société savante discutait alors, ardemment à l’échelle européenne ; ingénieurs et savants dialoguaient, échangeaient idées et arguments, beaucoup plus que de nos jours, de manière plus directe, moins convenue, moins mercantile aussi quoique nous ayons tendance à le penser. Débat, solidarité, dialogue dans, par, autour des sciences : les enjeux, il est vrai, étaient autrement lourds. Or, la démonstration sur les deux sciences nouvelles, le mouvement et la résistance des matériaux, fit débat[18], en des termes qui posent précisément les limites de l’approche mathématiques des matériaux au XVIIe siècle. Galilée et Antoine de Ville, ingénieur réputé et excellent mathématicien, s’accrochèrent sur cette question « une machine qui réussit en petit réussira-t-elle en grand ? » (Au passage, question précisément posée par les théâtres de machines, ou plus exactement implicitement résolue). Comprenons : Galilée ne proposait pas une méthode pour reproduire en grand avec succès dans ses effets, une machine dont on connaissait le bon fonctionnement en taille réduite. Il proposait de traiter mathématiquement les effets d’échelle sur la résistance des machines. L’idée est juste, fondamentalement. Mais pas l’expression qu’en donne Galilée : il voulait démontrer que « lorsqu’on connaît la résistance d’un petit clou ou d’une petite cheville de bois, ou de n’importe quelle autre matière, on puisse connaître démonstrativement les résistances de tous les clous, de tous les poteaux, de toutes les chaînes de fer, de toutes les poutres, antennes, arbres, et, en somme de tous les solides, de quelque matière qu’ils soient, à condition cependant d’éliminer tous les empêchements accidentels, comme les nœuds, les vermoulures, etc. » « Vos concepts sont tout nouveaux, subtils et dépassent les opinions de tous », reconnaît de Ville. Mais il objecte néanmoins, et sérieusement. Parce que construire, pour un ingénieur, c’est précisément composer avec les empêchements accidentels, et, malgré tout, évaluer la résistance. Galilée donnait à sa théorie un pouvoir de calcul que la résistance des matériaux ne possède pas encore, et que, vraisemblablement, elle ne possèdera jamais. Et sans doute, Galilée, aujourd’hui, conviendrait de son erreur au regard des connaissances acquises, à l’instar de ce qu’il disait d’Aristote voyageant au XVIIe siècle. Les deux  hommes argumentaient à partir de l’expérience et de l’observation et usaient l’un et l’autre des mathématiques. Mais leurs buts différaient, l’un recherchant une théorie générale, l’autre des modalités générales d’application : à peine venaient-elles de naître d’un fonds commun – l’action sur la nature, que déjà pensée technique et pensée scientifique divergeaient. 

2) Appréciation historique du mécanisme cartésien

«Je sais bien que les bêtes font beaucoup de choses mieux que nous, mais je ne m’en étonne pas, car cela même sert à prouver qu’elles agissent naturellement et par ressorts, ainsi qu’une horloge, laquelle montre bien mieux l’heure qu’il est, que notre jugement nous l’enseigne. Et sans doute que, lorsque les hirondelles viennent au printemps, elles agissent en cela comme les horloges. » Le propos est de Descartes, dans sa Lettre au marquis de Newcastle, 23 novembre 1646.

On a beaucoup dit du mécanisme cartésien. Il sidère, à distance, tant il est éloigné du vitalisme qui nous berce pour une part, tant aussi, il renvoie à l’imaginaire actuel du « droïde », du pseudo-humain. Descartes exploite en effet sans ambages les métaphores mécaniques et horlogères pour décrire le comportement du corps humain.

« Nous jugeons que le corps d’un homme vivant diffère autant de celui d’un homme mort que fait une montre ou autre automate –c’est-à-dire autre machine qui se meut de soi-même) lorsqu’elle est montée et qu’elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée avec tout ce qui est requis pour son action – et la même montre ou autre machine, lorsqu’elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d’agir. » Descartes, art. 6, Les passions de l'âme, 1649

Et ses continuateurs ont parfois durci le trait :

«Q. Je vois qu’on remonte tous les jours une horloge et ne vois point qu’on remonte la machine d’un chien…. 

R. Mais les bêtes ont leurs aliments, de sorte que nous pouvons dire qu’on remonte leurs machines toutes les fois qu’on leur donne à boire ou à manger…

Toutes les machines ne se remontent pas de la même façon et n’ont pas toute des contrepoids pour principe de leurs mouvements. Les montres de pochette ont leurs ressorts, certains tournebroches ont la fumée de la cheminée, les moulins ont l’eau ou le vent, les thermomètres la chaleur ou la froideur de l’air »,

Rohault, disciple de Descartes, Entretiens sur la philosophie, 1681

L’aboutissement s’en trouve chez La Mettrie : « L’homme est au singe et aux animaux les plus spirituels ce que le pendule planétaire de Huygens est à une montre de Julien Le Roy. » La Mettrie, L’homme machine, 1746

Fabien Chareix, dans un article récent, relativise à juste titre le malaise qu’engendre actuellement ces écrits, d’où il résulte des interprétations faciles. « Les analyses suggestives mais approximatives, sur ce point, de Husserl puis de Heidegger, ont tôt fait de construire une tradition interprétative qui fait de la révolution galiléo-cartésienne le début de l’expropriation de la nature par la technique – voire le fondement de la barbarie nazie. Une réappropriation n’est en effet pas destinée à comprendre l’objet visé, mais à donner un fondement historique, quel qu’il soit, au discours réappropriateur »[19].

Descartes, lui, visait plus simplement à se donner d’une part des possibilités d’analyse du corps humain, de l’autre des moyens pour ce faire comprendre, en s’évitant, autant que faire se pouvait, de subir le sort infligé à Galilée. Il use donc de métaphores parlantes pour ses contemporains[20]. Ainsi, « on trouve une description soutenue et complète du corps vivant dans le traité de L’Homme. Descartes puise dans l’expérience quotidienne possible de son lecteur les éléments de la représentation du corps ainsi les « grottes et fontaines qui sont aux jardins de nos Roys » deviennent le magasin ou le catalogue des analogies disponibles. Selon cette imagination du corps devenue classique, les nerfs sont tuyaux ; les muscles et tendons, engins et ressorts qui servent à mouvoir; les esprits animaux, une eau qui remue et dont le coeur est la source. La respiration se donne selon l’image d’un mouvement continu (celui de l’eau à débit constant) qui pourrait être celui du moulin et de l’horloge. Dans cette mise en scène, Descartes songe à représenter les objets extérieurs qui ne sont autres que les « Estrangers » qui visitent la grotte et qui, par une pression sur les dalles, provoquent la fuite d’une Diane, l’apparition d’un Neptune ou d’un monstre marin « vomi[ssant] » de l’eau sur l’importun. » C’est le lieu de noter avec Jean-Pierre Séris que le référent mécanique fonctionne comme référent d’intelligibilité. Pourquoi les machines, en effet ? Parce qu’elles frappent l’esprit par leurs effets d’une part ; parce qu’elles sont le fruit d’une pensée calculée toujours, mathématique souvent. Descartes ne met pas en scène mentalement des machines, comme produits de l’art, mais comme produites par les règles mécaniques de l’art qui, dans un même monde, s’impose identiquement aux êtres qui sont par nature ou à ceux qui sont par art :

« Comment on peut paruenir à la connaissance des figures, grandeurs et mouuemens des corps insensibles » – « (...) j’ay, premierement, consideré en general toutes les notions claires & distinctes qui peuuent estre...en nostre entendement touchant les choses materielles [figures, grandeurs et mouvements, ainsi que les règles de la Géométrie et des Mechaniques : c’est la Première et la Seconde Partie des Principes] (...). Et par apres, lors que j’ay rencontré de semblables effets dans les corps que nos sens aperçoivent, j’ay pensé qu’ils auoient pu estre ainsi produits. Puis j’ay creu qu’ils l’auoient infailliblement esté, lorsqu’il m’a semblé estre impossible de trouuer en toute l’estenduë de la nature une autre cause capable de les produire. A quoy l’exemple de plusieurs corps, composez par l’artifice des hommes, m’a beaucoup seruy : car je ne reconnois aucune difference entre les machines que font les artisans & les diuers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l’agencement de certains tuyaux, ou ressorts, ou autres instruments, qui, devant auoir quelque proportion avec les mains de ceux qui les font, sont tousjours si grands que leurs figures et mouuemens se peuuent voir, au lieu que les tuyaux ou ressorts qui causent les effets des corps naturels sont ordinairement trop petits pour estre apperceus de nos sens. Et il est certain que toutes les regles des Mechaniques appartiennent à la Physique..., en sorte que toutes les choses qui sont artificielles, sont avec cela naturelles. » Principia philosophiae, 1644, Ive partie, article 203

En d’autres termes, « le corps expurgé des relents d’âme devient réellement une chose, un objet dont la science peut s’emparer ». la maîtrise dont il est question n’est pas en premier lieu une maîtrise technique du monde, une possession telle que celle que donnerait l’affirmation des droits naturels, mais plutôt l’invitation à penser et à donner une meilleure connaissance du corps en général, c’est-à-dire de son corps en particulier. L’essentiel est là, insiste Chareix : « Conserver et mécaniser le corps, c’est d’abord faire en sorte que le discours rationnel ait une prise sur lui. C’est par suite admettre que les mêmes principes d’explication valent dans l’analyse des corps animés tout autant que dans celle de ceux qui ne le sont pas. [...] Le mécanisme propose une réduction qui fait entrer le vivant dans la voie sûre d’une constitution d’objet scientifique. Conserver le même savoir, c’est-à-dire postuler que les corps inertes et les corps vivants ne sont pas différents en nature, voilà le projet cartésien. » Un projet pour partie voué à l’échec, au même titre que le projet galiléen de mathématisation de la résistance des matériaux, faute cette fois, de pouvoir ne serait-ce que concevoir, la complexité biologique. On le sait, la chimie fera pour partie pièce au mécanisme cartésien[21].

3) Le laboratoire, nouveau paradigme ?

« Le meilleur moyen d’expliquer la Nature, s’il pouvoit être employé souvent, ce seroit de la contrefaire, & d’en donner, pour ainsi dire, des représentations, en faisant produire les mêmes effets à des causes que l’on connoîtroit, & que l’on auroit mises en action. Alors, on ne devineroit plus, on verroit de ses yeux, & l’on sroit sûr que les Phenomenes naturels auroient les mêmes causes que les artificiels, ou du moins des causes approchantes »[22].

Retour vers l’expérience donc. Mais avant, je voudrais revenir sur le terme « paradigme » que j’ai déjà utilisé à propos de la réduction en art, sans prendre la peine d’expliquer ce qu’il signifiait. Le paradigme, selon le sens commun, c’est un mode de pensée caractéristique d’une époque, présentant la double particularité d’être général et structurant. Cette définition s’accorde avec la définition épistémologique, qui fait du paradigme, une « conception théorique dominante ayant cours à une certaine époque dans une communauté scientifique donnée, qui fonde les types d'explication envisageables, et les types de faits à découvrir dans une science donnée ». Le terme est plus ancien qu’on croit : on le rencontre en 1584, sous la plume de Thevet, pour signifier : exemple, modèle. Et en 1752, le Dictionnaire de Trévoux propose la définition suivante : «mot-type qui est donné comme modèle pour une déclinaison, une conjugaison; ensemble typique des formes fléchies d'un mot pris comme modèle» (Trév.)[23]. Parler du recours au laboratoire comme nouveau paradigme de la pensée, c’est donc affirmer sa généralisation d’une part, son entrée dans l’habitus intellectuel[24].

Or, c’est bien ce qui s’est passé à la fin du XVIIe siècle. On ne se contente plus de collectionner, on expérimente, ou on assiste à des expérimentations, à l’instar de ce que préconisait F. Bacon. L’habitude se prit alors, pour acquérir ce que nous appelons aujourd’hui une culture scientifique, de suivre des cours « en boutique », chez des gens de métiers de grande réputation. Michel Bougard, qui s’est attaché à examiner historiquement les pratiques expérimentales dans la chimie pré-lavoisienne, autour de Nicolas Lémery (1645-1715), souligne l’importance qu’eurent les démonstrations publiques, à côté et en complément de la publication des Traités et Manuels : « La chimie du XVIIe siècle était également une scène où l’on présentait une pratique achevée, et où on se livrait à une vérification répétée et prévisible d’hypothèses déjà acceptées ». Ces démonstrations étaient nées avec Bernard Palissy, qui avait installé à Paris un cabinet de curiosités. De 1575 à 1584, il y présenta des cours et conférences qui furent publiés dans les Discours admirables (1580). La création du Jardin du roi, en 1635, relança la tradition. De sorte que la scénographie des techniques élargit son domaine. Elle déborda du livre vers le terrain, définissant des lieux dédiés : boutiques d’apothicaire, Jardins du roi, amphithéâtres d’anatomie, etc.,  et cela eut pour effet de populariser le référent expérimental et de le rendre légitime[25]. Bien avant, en 1666, Nicolas Lémery, futur membre de l’Académie des Sciences, compagnon apothicaire venu à Paris dans le cadre de son Tour de France, se mit en pension chez Glazer, Démonstrateur de la Chimie au Jardin du roi, « pour être à une bonne source d’expériences et d’Analises »[26]. Glazer avait d’ores et déjà publié un Traité de la Chymie, enseignant par une briève et facile methode toutes ses plus necessaires préparations, dont s’inspira Nicolas quand il publia son propre Cours de Chymie[27]. De retour à Paris, en 1672, après l’achèvement de son Tour de France, « il y avoit encore des Conferences chez divers particuliers ; ceux qui avoient le goût des véritables sciences s’assembloient par petites troupes comme des especes de Rebelles qui conspiroient contre l’ignorance & les préjugés dominants. Telles étoient les Assemblées de M. l’abbé Bourdelot Medecin de M. le Prince, le Grand Condé, & celles de M. Justel. M. Lémery parut à toutes, & y brilla. Il se lia d’amitié avec M. Martin Apothicaire de M. le Prince, & profitant du Laboratoire qu’avoit son ami à l’Hôtel de Condé, il y fit un Cours de Chimie qui lui valut bientôt l’honneur d’être connu & fort estimé du Prince… ».[28] Par la suite, il officia à titre d’Apothicaire privilégié, non avoir connu moultes difficultés et déboires du fait qu’il était protestant et qu’il dut abjurer.

Tant dans sa formation que dans sa pratique, Lémery représente parfaitement le désir de pratique qui saisit ces arts destinés à devenir des Sciences expérimentales : physique, chimie, médecine, et d’une manière générale, il représente bien l’atmosphère mi-praticienne, mi-expérimentale que créèrent et cultivèrent les « Modernes » (c’est bien ce qu’évoque Fontenelle, qui fut un acteur essentiel dans la Querelle entre Anciens et Modernes, à la fin du XVIIe siècle).

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[1]. L.Febvre, Au cœur religieux du XVIe siècle, p. 354, à propos de la thèse de Robert Lenoble, Mersenne ou la naissance du mécanisme. Paris, Vrin, 1943.

[2] . Et le plus souvent en réaction à l’intellectualisme de la pensée scolastique et de l’aristotélisme.

[3] Descartes, Règle IV, Œuvres, édition Charles Adam et P. Tannery, Tome X, 378 (nouvelle présentation Vrin-CNRS, 11 vol.)

[4]. Lisa Jardine, Alan Stewart, Hostage to fortune. the troubled life of Francis Bacon, Victor Gollancz, London,1998

[5] . Sept professeurs devaient y enseigner - un par jour - l'astronomie, la géométrie, la physique, le droit, la spiritualité, la rhétorique et la musique.

[6] . Pierre de la Ramée (Ramus, 1515-1572) en particulier, qui joua un rôle essentiel dans cette rénovation de la pensée dialectique.

[7] . Georges Cuvier, Histoire des sciences naturelles, deuxième partie, Paris, Fortin, Leroux et Cie libraires, 1841,  http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Francis_Bacon

[8]. Il s’agit du Timée et de la République. Cela, bien sûr, ne fait pas de F. Bacon un platonicien !

[9]. « En mieux, et pas en différent », F. Bacon,  Du progrès…, p. 292.

[10]. Attention ! Nul ne sait encore à cette époque ce qu’est la « science expérimentale ». Pas d’anachronisme donc…

[11]. D. Bourg,

[12]. Gérard Escat, Bacon, PUF, 1968

[13]. Luisa Dolza, Hélène Vérin, « Enigmes et raison des théâtres de machines », Alliage, 50-51. Le manuscrit de Besson a été retrouvé à la British Library, Add mss 17921. Œuvres de Jacques Besson : Le Cosmolabe, ou Instrument universel concernanbt toutes observations qui se peuvent faire par les sciences mathématiques, tant au ciel, en la terre, comme en la mer, de l’invention de M. Jacques Besson (1567) ; – [L’]Art et science de trouver les eaux et fontaines cachées soubs terre… (1569) ; – Description et usage du compas euclidien… par Jacques Besson (1571) ; – Jacobi Bessoni de Absoluta Ratione extrahendi olea et aquas e medicamentis simplicibus et oleaginosis… L’Art et moyen de tirer huyles et eaux de tous médicaments simples et oléagineux, premièrement receu d’un certain empirique… et depuis confirmé par raisons et expériences, nouvellement corrigé et augmenté d’un second livre par Jacques Besson, latin-français (1571) ; – L’Art et moyen parfaict de tirer huyles et eaux de tous médicaments simples et oléagineux… (1573) ; – Théâtre des instrumens mathématiques et méchaniques de Jacques Besson ; avec l’interprétation des figures d’icelui, par François Beroald (1578).

[14]. A. –F. Garçon, La voiture électrique dans La Nature. Analyse micro-historique d’un échec technique, Cahiers du Centre François-Viète, (2003) 17-43

[15]. History of mechanical inventions, p. 126.

[16] . F. Chareix,

[17]. Seuil, collection Point, 1992, traduit de l’Italien par René Fréreux, avec l’aide de François de Gandt.

[18]. Hélène Vérin, « Un lecteur intéressant », Cahiers de Science et Vie, Dossier Galilée, n°61, février 2001, p. 68-71.

[19]. Fabien Chareix, « La maîtrise et la conservation du corps vivant chez Descartes », Methodos, 3 (2003), Figures de l'irrationnel, http://methodos.revues.org/document112.html/

[20]. Les machines convoquées par Descartes sont : l’horloge, le moulin, les fontaines, les automates d’exposition, mais aussi le crible, la marmite, l’alambic.

[21]. Jacques Roger, Les Sciences de la vie dans la pensée française au XVIIIe siècle, 1971, p. 164

[22]. Compte-rendu de l’Académie des Sciences sur le premier exposé de Nicolas Lémery, 21 avril 1700, Histoire des Séances de l’Académie Royale des Sciences, Paris, Jean Boudot, 1700.

[23]. Trésor de la Langue Française : http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/displayp.exe?13;s=2523505245;i=ft-1-2.htm

[24]. « J'ai supposé que le moteur de notre comportement comportait principalement une sorte de sédiment de toute notre histoire, un sédiment en lequel résiderait donc des dispositions nous inclinant vers telle ou telle pensée, tel ou tel acte. », expliquait Pierre Bourdieu. Cette supposition qu’il endossait de la sorte et faisait sienne, est un fait une notion créée et explicitée par E. Husserl, dans Krisis, La crise de la conscience européenne. Dans cet ouvrage, écrit dans les années 1930, Husserl définissait la culture comme processus historique, somme de la sédimentation des habitus, pouvant se réactiver le long des étapes que parcourt l’humanité (voir www.erudit.org/revue/philoso/2001/v28/n2/005665ar.pdf ). La notion relève donc de la phénoménologie. Foucault parle, quant à lui, d’épistémé.

[25]. Au début du XIXe siècle encore, Boussingault, qui compte parmi les grands métallurgistes, et les  grands agronomes, se forma à la chimie, non dans les études académiques, non au lycée qu’il exécrait, mais dans les laboratoires du Muséum, où il officiait à titre de garçon de laboratoire.

[26]. « Eloge », par Fontenelle, in M. Bougard, La chimie… op.cit, p. 24. Lemery préféra ensuite occulter ce passage chez Glazer, qui avait mis en cause par la marquise de Brinvilliers, lors de l’Affaire des poisons (1666-1676). 

[27][27]. Ce cours fut réédité treize fois, la dernière édition étant celle effectuée par Baron d’Hénouville, en 1756, membre particulièrement influent de la classe de chimie de l’Académie des Sciences. Le Cours fut également traduit et réédité à plusieurs reprises en Anglais, en Allemand, Italien, Espagnol, Latin et Néerlandais.

[28]. Ibidem, p. 31